{"id":100191,"date":"2022-11-14T17:16:01","date_gmt":"2022-11-14T16:16:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=100191"},"modified":"2022-11-20T12:45:22","modified_gmt":"2022-11-20T11:45:22","slug":"carnet-individuel-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-4\/","title":{"rendered":"Carnet individuel | C\u00e9line Bernard"},"content":{"rendered":"\n<p>#1 Sur le mur rouge, derri\u00e8re le comptoir et les serveurs qui s\u2019activent sur les tireuses, une marelle dessin\u00e9e sur toute la surface. Terre. Ciel. Et six cases pour y arriver. Attendre le ciel en quelques enjamb\u00e9es. Je termine ma bi\u00e8re et j\u2019essaie de retrouver en m\u00e9moire cette sensation de l\u2019enfance, le saut et la br\u00fblure de l\u2019air froid de l\u2019hiver. Combien de cases pour s\u2019extraire du noir froid de la nuit?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#2 Dans l\u2019entr\u00e9e de l\u2019appartement, le dimanche soir, elle, qui enl\u00e8ve ses chaussures. Elle a de longs cheveux noirs, je crois, et elle pleure sans bruit. Elle essuie les larmes sur ses joues et retient les sanglots. Elle, dont le visage et la silhouette, se confondent avec la photographie de la femme sur le carton du s\u00e8che-cheveux, celui rang\u00e9 soigneusement dans le meuble orange, dans la salle de bain de l\u2019enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>#3 Au moment o\u00f9 je remontais \u00e0 v\u00e9lo la rue de la m\u00e9sange, le brouillard en nappes \u00e9paisses tombait sur la ville, absorbait tout, m\u00eame la cath\u00e9drale. Un monde se laissait engloutir de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la ligne de tram, devenait images d\u2019archives, photographie vieillie. Il aurait fallu traverser et se laisser envahir par la brume. Dispara\u00eetre et rena\u00eetre ailleurs?<\/p>\n\n\n\n<p>#4 La t\u00eate lourde de sommeil qui arrache au monde ses couleurs de printemps. La r\u00e9compense imm\u00e9diate qui s&rsquo;allume, comme un bonbon interdit et qui emporte les heures sur son passage.<\/p>\n\n\n\n<p>#5 Je suis la peau du ciel qui se penche \u00e0 tes oreilles. Je suis la vo\u00fbte tapiss\u00e9e dans ta t\u00eate qui se remplit d\u2019orages, de ger\u00e7ures et de mines. Je suis cette fen\u00eatre l\u00e0-bas qui se laisse caresser le dos. Je suis cette ombre la nuit qui grimpe sur les toits, qui s&rsquo;agrippe aux antennes comme \u00e0 des arbres, \u00e0 des branches \u00e0 travers lesquelles regarder les \u00e9toiles.<\/p>\n\n\n\n<p>#6 Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 que la chienne nous regardait. Si je n\u2019avais rien dit. La chienne nous regarde. C\u2019est ce que j\u2019ai murmur\u00e9. La chienne. La louve. Sur le mur derri\u00e8re les rails. La louve. On la voit encore m\u00eame si elle s&rsquo;\u00e9loigne d\u00e9j\u00e0. Emport\u00e9e par le ressac du train. Image furtive qui dispara\u00eet derri\u00e8re les arri\u00e8res-cours aux teintes grises.\u00a0 La louve. La chienne. Garde fi\u00e8rement l&rsquo;entr\u00e9e du hangar. Comme autant de passages secrets, de sanctuaires, de grottes \u00e0 explorer.<\/p>\n\n\n\n<p>#7 Ne pas s&rsquo;attarder sur le groupe tout juste install\u00e9 dans ke train, ne pas s&rsquo;attarder sur leurs rires trop forts, ne pas s&rsquo;attarder sur la fa\u00e7on dont ils te tirent du sommeil, ne pas s&rsquo;attarder sur leurs conversations, ne pas s&rsquo;attarder sur les mots colloque Medef Macron doit venir, ne pas s&rsquo;attarder sur leur fa\u00e7on de conqu\u00e9rir l&rsquo;ensemble de l&rsquo;espace de la voiture, ne pas s&rsquo;attarder sur leurs tons de donneurs de le\u00e7ons, ne pas s&rsquo;attarder sur leurs sonneries criardes de t\u00e9l\u00e9phones et leurs voix, bonjour Mikael!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#1 Sur le mur rouge, derri\u00e8re le comptoir et les serveurs qui s\u2019activent sur les tireuses, une marelle dessin\u00e9e sur toute la surface. Terre. Ciel. Et six cases pour y arriver. Attendre le ciel en quelques enjamb\u00e9es. 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