{"id":100927,"date":"2022-12-21T23:16:29","date_gmt":"2022-12-21T22:16:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=100927"},"modified":"2023-05-21T22:52:29","modified_gmt":"2023-05-21T20:52:29","slug":"carnet-individuel-laure-humbel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-laure-humbel\/","title":{"rendered":"Carnet individuel | Laure Humbel"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Mon vrai carnet n&rsquo;est pas celui que je publie<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><strong>21 d\u00e9cembre (#solstice)<\/strong>\nLe soleil fait une courte pause. J'en profite pour perdre la notion du temps.<\/pre>\n\n\n\n<p><br><strong>10 novembre (#01)<\/strong><br>L&rsquo;odeur discr\u00e8te de la cr\u00e8me que j\u2019\u00e9tale sur mon visage me murmure \u00ab&nbsp;Mauritanie&nbsp;\u00bb. Mon d\u00e9part impr\u00e9vu, en mars dernier, me saute \u00e0 la m\u00e9moire. Le flacon de cr\u00e8me solaire est orange et plat, il tient dans la main. Le pharmacien m&rsquo;a vant\u00e9 son format, id\u00e9al dans la poche d&rsquo;un pantalon de ski, et la bille qui permet de l&rsquo;utiliser sans enlever ses gants. Je souriais int\u00e9rieurement en m\u2019excluant du clan des adeptes des sports d\u2019hiver. Je partais pour Nouakchott. Depuis, tous les matins, quand je mets la cr\u00e8me protectrice avant le fond de teint, je pense \u00e0 ce voyage. Je ne sais pas si je garderai le flacon lorsqu&rsquo;il sera vide. Est-ce que mes souvenirs s&rsquo;amoindriront de l&rsquo;absence d&rsquo;un objet si commun ?<br>J\u2019avais fait auparavant deux courts s\u00e9jours en Afrique, aux deux extr\u00e9mit\u00e9s du continent, tout \u00e0 l\u2019ouest, et tout \u00e0 l\u2019est, \u00e0 Dakar et \u00e0 Addis Abeba. Les deux fois, je prenais consciencieusement, tous les matins, un complexe d\u2019huiles essentielles destin\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger mes entrailles des miasmes exotiques. Il s\u2019en d\u00e9gageait une odeur forte d\u2019arbre \u00e0 th\u00e9, qui est longtemps rest\u00e9e pour moi l\u2019odeur de l\u2019Afrique, alors que c\u2019est moi qui l\u2019y avait import\u00e9e. J&rsquo;ai souvent remarqu\u00e9 que les gens ne rapportent du bout du monde que ce qu&rsquo;ils sont all\u00e9s chercher. Nos impressions de voyage sont conditionn\u00e9es par ce que nous emportons, ce que nous trainons derri\u00e8re nous.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>11 novembre (#02)<\/strong><br>Le temps et le r\u00e9el. Dans le miroir quotidien de ma salle de bain, j\u2019observe un creux sur ma joue gauche. La lumi\u00e8re est-elle plus rasante que tous les autres jours&nbsp;? Ou est-ce l\u2019attention au temps et au r\u00e9el, aux souvenirs labiles, lointains et impr\u00e9cis, qui la fait appara\u00eetre soudain \u00e0 mon regard&nbsp;? J\u2019ai cette trace sur ma peau. Je ne la voyais plus. Je revois aujourd\u2019hui cette cicatrice minime, qui avait compl\u00e8tement disparu de mon regard comme de ma m\u00e9moire. Un petit kyste de graisse, disgr\u00e2cieux, a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 par un.e dermatologue. Lequel ? Quand&nbsp;? O\u00f9&nbsp;? Dans quelle ville&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis fascin\u00e9e par la peau. Pas pour les maladies, les affections, les colorations, les herp\u00e8s, les cro\u00fbtes, les l\u00e9sions. Beurk&nbsp;! Si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 m\u00e9decin, je n\u2019aurais pas choisi la dermatologie. M\u00e9decin de toute fa\u00e7on, jamais de la vie&nbsp;! Sauf peut-\u00eatre ost\u00e9opathe, au moins pour un futur personnage. Ou kin\u00e9 plut\u00f4t, les mains sur la peau. La peau est l\u2019organe le plus extraordinaire de tous. Je suis fascin\u00e9e par sa continuit\u00e9 tout autour de nous, malgr\u00e9 les orifices dont nos corps sont pourvus. Je suis fascin\u00e9e par son r\u00f4le de fronti\u00e8re, de protection et de contact. Le r\u00e9el et le temps&nbsp;: quoi de mieux que la peau pour scruter l\u2019un et l\u2019autre&nbsp;? La peau d\u00e9limite le r\u00e9el de chacun, son r\u00e9el corporel comme immat\u00e9riel, le monde ext\u00e9rieur, le monde int\u00e9rieur. Je cherche toujours les m\u00e9tiers que mes futurs personnages pourraient exercer. J\u2019en ai trouv\u00e9 un qui me satisfait, fabricant d\u2019escaliers m\u00e9caniques (escalators, escaliers roulants). Est-ce que ce sont les m\u00eames usines qui fabriquent les chenilles des tanks&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas possible de revenir \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019avant la connaissance, et si je retrouve assez pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019image de cette chambre d&rsquo;un h\u00f4tel cubique d\u2019une station baln\u00e9aire dont je n\u2019ai vu qu\u2019un soir de hors-saison, il ne m\u2019est plus donn\u00e9 de me rem\u00e9morer comme je l\u2019ai v\u00e9cue l\u2019attente du lendemain o\u00f9, pour la premi\u00e8re fois, je verrais Tarquinia.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12 novembre (#03)<\/strong><br>La pi\u00e8ce est tapiss\u00e9e du sol jusqu&rsquo;au plafond d&rsquo;\u00e9tag\u00e8res de biblioth\u00e8que o\u00f9 s&rsquo;entassent des livres, et sur les livres des feuillets, des revues, d&rsquo;autres livres couch\u00e9s. \u00c7a sent le vieux parquet, le tabac, le bois cir\u00e9, le vieux papier. Un certain ordre pourtant se remarque, une attention au d\u00e9cor, aux objets. Sur le gu\u00e9ridon, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un samovar, s&#8217;empilent dans une assiette des \u00e9clairs au chocolat. <br>IL AURAIT FALLU QU\u2019ELLE NE SOIT PAS MORTE.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>13 novembre (#04)<\/strong><br>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas le bon r\u00e9veil.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>14 novembre (#05)<\/strong><br>Il aurait fallu que cette consigne arrive avant que je traverse la France en un week-end, dans un sens puis dans l\u2019autre&nbsp;; quand j\u2019ai vu des ciels o\u00f9 la brume succ\u00e8de \u00e0 la lumi\u00e8re dor\u00e9e d\u2019apr\u00e8s les pluies d\u2019automne, quand j\u2019ai vu de vrais nuages. Je croyais ce matin devoir toute la journ\u00e9e citer Brassens devant mon ciel bleu, \u00ab&nbsp;ces pays imb\u00e9ciles o\u00f9 jamais il ne pleut&nbsp;\u00bb. Ce fut pire encore. Le ciel gris de Marseille, aujourd\u2019hui, est insipide.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux fois, sur l\u2019horizon et \u00e0 peine plus haut, la p\u00e2leur du matin est stri\u00e9e de bandes un peu plus grises et qui s\u2019effilochent. Les stries noires des fils \u00e9lectriques sont aussi immobiles que le ciel.<br>Qu\u2019est-ce qu\u2019une phrase pourrait faire \u00e0 ce ciel&nbsp;?<br>Une phrase pourrait-elle pommeler le ciel&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>15 novembre (#06)<\/strong><br>Le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical parle comme \u00e0 Sartrouville. Pas l&rsquo;accent des jeunes du 9-3, ni m\u00eame du 7-8, pas celui de l&rsquo;arri\u00e8re-cousine de Rosny. Celui de Sartrouville je vous dis, nasal et d&rsquo;arri\u00e8re gorge. Qui d&rsquo;autre que moi a remarqu\u00e9 comme il est difficile de d\u00e9crire une \u00e9locution ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>16 novembre (#07)<\/strong><br>Dans l\u2019\u00e9cran les traits \u00e9pais et gracieux du visage sans fard d\u2019une com\u00e9dienne au bord de la maturit\u00e9 peut-\u00eatre une fausse blonde | Il manque une dent sur le c\u00f4t\u00e9 et le cheveu est fatigu\u00e9 les yeux quoique tr\u00e8s clairs renvoient peu de gaiet\u00e9 mais beaucoup de douceur et son sourire est franc il me vend mon pain quotidiennement j\u2019ignore quelle douleur marque sa jeune vie | \u00c0 hauteur de caddie deux yeux lev\u00e9s lunettes rondes pardon merci le papa a dit laisse passer la dame je souris pas lui intimid\u00e9 ou surpris il a l\u2019air poli pull en laine comme j\u2019avais les miens grattaient mais blouson diff\u00e9rent | je n\u2019ai pas parl\u00e9 de la couleur de sa peau | la carnation d\u00e9finition couleur apparence de la chair d\u2019une personne |&nbsp;\u00e0 cause de l\u2019incarnat d\u00e9finition d\u2019un rose tr\u00e8s vif rappelant la couleur de la chair on croit que carnation c\u2019est rose ou rouge sur fond beige | une carnation d\u2019un brun sombre \u00e9tait la sienne |<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17 novembre<\/strong><br>Si je d\u00e9cris quelqu\u2019un qui a les yeux bleus \u2013 comme moi \u2013 je le dis, les cheveux blonds \u2013 comme moi \u2013 je le dis, la peau claire \u2013 comme moi \u2013 je ne le dis pas, si je d\u00e9cris quelqu\u2019un qui a les yeux marrons \u2013 pas comme moi \u2013 je le dis, les cheveux bruns \u2013 pas comme moi sauf quand je les teins \u2013 je le dis, la peau claire \u2013 comme moi \u2013 je ne le dis pas, si je d\u00e9cris quelqu\u2019un qui a les yeux marrons, les cheveux bruns, la peau fonc\u00e9e, je commence par l\u00e0, et m\u00eame je dis seulement la couleur de sa peau, non pas la couleur, souvent je dis noir au lieu de dire la couleur, au lieu de dire le ton, au lieu de dire fonc\u00e9, et \u00e0 partir de quelle nuance la peau devient claire ou fonc\u00e9e, et si je ne parle pas de la carnation, c\u2019est que le portrait pour la peau me ressemble, mais si je lis un portrait \u00e9crit, je suppose que je sais la peau de son auteur et si moi je suis claire ce n\u2019est pas le cas de toute ma famille, \u00e7a me travaille la peau et la fa\u00e7on de dire les gens. Je ne sais pas si neutre existe.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17 novembre (#08)<\/strong><br>Germaine Tillion Stanley Ughetto docteur Ramandrasoa monsieur Dumas Merc\u00e9d\u00e8s Benz Isabelle Joy Barnab\u00e9 Valensi Louis Armand Hugues Aubriot Virginia Woolf Gabriel P\u00e9ri Augustin Krupp Elisabeth von Wittelbach Jacques-Henri Labourdette Marcel Baudelaire Yamina Ferhat Sonia Busi Luc Arfi Jean Guyon \u00c9tienne Peson Rachel Degorgue Louis de Bourbon Richard Torres Timon David Marc Lavoine capitaine G\u00e8ze L\u00e9on Meisserel Jean-Pierre Cavalier Gabriel Laugier David Foenkinos Harry Potter Daniel Radcliffe Jean-Pierre Fabre Elo\u00efse Tardi Charlotte Berthier S\u00e9verine Cantini Biram Dah Abeid<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;escalator est sign\u00e9 Thyssen Krupp (c\u2019est donc bien des marchands de canons).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>18 novembre (#09)<\/strong><br>Tous les hommes naissent, n\u2019est-ce pas, naissent et demeurent, dans le d\u00e9sert dans les villes les hommes demeurent, tous les hommes meurent, tous les hommes libres, le sont le demeurent, tous les hommes, tous les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droit, tous les hommes \u00e9gaux, dans leurs demeures de toile de b\u00e9ton de brique, grav\u00e9 dans le sable, tous les hommes naissent, la loi 0031-2015 criminalise l\u2019esclavage mais ne pr\u00e9voit aucune indemnisation pour les victimes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019impr\u00e9vu se met \u00e0 table. \u00c0 l\u2019entr\u00e9e du m\u00e9tro Vieux-Port, une table carr\u00e9e en bois blanc. Une jeune femme y repose un instant son sac \u00e0 dos. Puis s\u2019en va. En sortant du m\u00e9tro \u00e0 Saint-Barnab\u00e9, dans la rue qui descend vers le parking, un homme et une femme sont attabl\u00e9s \u00e0 une petite table carr\u00e9e. Dans la rue, au pied d\u2019un immeuble grand. Ils ont d\u00e9bouch\u00e9 une bouteille, sont assis sur des pliants, des bougies sur la table.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>19 novembre (#10)<\/strong><br>Pendant que j\u2019imagine, le monde devient possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ciel bleu comme bleu. Et puis vient le soir. Sur la bande dor\u00e9e \u00e0 l\u2019horizon et grise, les nuages forment une ribambelle. C\u2019est comme des \u00e9l\u00e9phants en voyage, trompe tenant queue, sauf que ce seraient plut\u00f4t des silhouettes de sangliers. Une ribambelle d\u2019\u00e9l\u00e9phants sangliers. De sangliers nuages. Les arbres (le micocoulier, le pin parasol) sont des silhouettes noires \u00e0 d\u00e9couper.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>20 novembre (#11)<\/strong><br>Il ne savait pas un vers de po\u00e9sie nomade, ni quelles langues traversaient le d\u00e9sert. Rien n&rsquo;avait encore commenc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux femmes de dos dans le m\u00e9tro adoss\u00e9es aux si\u00e8ges pr\u00e8s de la porte du wagon. \u00c0 Marseille il n\u2019y a pas de strapontins. Elles n\u2019ont pas l\u2019air de se conna\u00eetre. Elles se tiennent droites. Un manteau sombre couvre leurs \u00e9paules, leurs cheveux couvres le manteau. des cheveux longs d\u00e9tach\u00e9s qui descendent \u00e0 la m\u00eame hauteur, jusqu\u2019aux omoplates, on pourrait croire qu\u2019elles l\u2019ont fait expr\u00e8s. Sauf que la blonde, \u00e0 gauche, fait presque une t\u00eate de moins que l\u2019autre. Elel a d\u00fb se faire d\u00e9colorer, ses m\u00e8ches lisses sont trop claires et lumineuses pour \u00eatre enti\u00e8rement naturelles. La brune, \u00e0 droite, a une chevelure moins appr\u00eat\u00e9e, moins peign\u00e9es. Elle aurait une petite tendance \u00e0 boucler.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>21 novembre<\/strong><br>Le ciel n&rsquo;\u00e9tait pas uniform\u00e9ment blanch\u00e2tre. Il y tra\u00eenait des filaments de nuages plus gris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>24 novembre<\/strong><br>Trois de rat\u00e9es, \u00e0 rattrapper.<strong> (#12)<\/strong> Mes premiers dessous, ma premi\u00e8re grisaille, la pr\u00e9paration de ma premi\u00e8re toile, fut le rythme simple d\u2019une chanson qui parlait d\u2019\u00e9tranger et d\u2019\u00e9tranget\u00e9, avec son balancement, ses tambours battants. Je l\u2019\u00e9coutais plusieurs fois \u00e0 la suite chaque fois que j\u2019allais me mettre \u00e0 \u00e9crire. De cela il reste au fond d\u2019un carton une pile de feuillets tap\u00e9s \u00e0 la machine, un premier roman, le dessous de mon histoire d\u2019\u00e9crire. Je me demande si ce protocole a conf\u00e9r\u00e9 une unit\u00e9 au texte, et ce qu\u2019il en a gard\u00e9 d\u2019\u00e9trange.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>24 novembre (#15)<\/strong> C\u2019\u00e9tait l\u2019homme de ma vie. Tu sais on a plusieurs vies. Ils \u00e9taient suisses de p\u00e8re en fils. Allez j\u2019arr\u00eate de vous emb\u00eater avec mes histoires, to\u00ef comme on disait \u00e0 Hanoi, mais depuis qu\u2019Anne y est retourn\u00e9e, il para\u00eet que ce n\u2019est pas sur ce ton l\u00e0, tao\u00ef ou quelque chose comme \u00e7a. On va tout droit pour se promener&nbsp;? Allez&nbsp;! L\u00e9o L\u00e9o eh oh eh bien&nbsp;! Vous n\u2019avez pas un euro&nbsp;? Attendez je regarde non je n\u2019ai que des petits centimes, franchement ma meilleure volont\u00e9. C\u2019est pas grave. Il me faudrait George Orwell 1984. Moi&nbsp;\u00e7a me fait beaucoup de peine pour lui parceque. Ouahou ouin ouahou ouah. On est l\u00e0 si vous voulez parler des probl\u00e8mes des quartiers on est l\u00e0 jusqu\u2019\u00e0 18h, on va passer les Pink Floyd ah&nbsp;! \u00e7a c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque les ann\u00e9es soixante dix soixante quatorze hein \u00e0 Woodeustock hein.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>25 novembre (#13)<\/strong><br>L\u2019image de volets pouss\u00e9s en fa\u00e7ade d\u2019une maison bourgeoise \u2013 mais les fen\u00eatres sont ferm\u00e9es \u2013 juste pouss\u00e9s, pas ouverts en grand \u2013 et le soleil du matin joue sur les vitres. Le monde int\u00e9rieur est opaque.<\/p>\n\n\n\n<p>La diff\u00e9rence entre les s\u00e9ries et la r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est que dans la vraie vie, les murs ne sont pas toujours repeints de neuf.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9finition de \u00ab&nbsp;feston&nbsp;\u00bb dans <em>Le Robert<\/em> <br>Guirlande de fleurs et de feuilles li\u00e9es en cordon, que l&rsquo;on suspend sans la tendre, de mani\u00e8re qu&rsquo;elle retombe en forme d&rsquo;arc. Murs d&rsquo;une salle de f\u00eate orn\u00e9s de festons. Festons courant le long d&rsquo;une fa\u00e7ade<em>. Du temple, orn\u00e9 partout de festons magnifiques<\/em> (&#8230;) Racine, <em>Athalie<\/em>, i, 1 | Bordure dentel\u00e9e et brod\u00e9e. Col, bavoir, lingerie \u00e0 festons. Faire des festons. \u2013 Point de feston : point nou\u00e9 qui prend l&rsquo;\u00e9toffe avec le fil et sert \u00e0 arr\u00eater un contour d\u00e9coup\u00e9. \u2013 Tapisserie. Tenture drap\u00e9e en festons. Festons cachant la t\u00eate des rideaux. <em> Une femme passa, d&rsquo;une main fastueuse, Soulevant, balan\u00e7ant le feston et l&rsquo;ourlet (&#8230;)<\/em>, Baudelaire, <em>Les Fleurs du mal, Tableaux parisiens<\/em>, \u00ab&nbsp;\u00c0&nbsp;une passante&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>25 novembre (#16)<\/strong><br>Noirs les bas comme des pyjamas, noires les vestes comme des pneus&nbsp;; les chaussures blanches sont fabriqu\u00e9es avec des r\u00e9sidus p\u00e9troliers. Pantalon mou gris chin\u00e9, veste molle \u00e0 fermeture \u00e9clair&nbsp;; pourtant ils ne se mettent pas \u00e0 courir. Assise avec son sac sur les genoux, elle a des bottines cir\u00e9s, un pantalon noir bien coup\u00e9, une veste longue en laine \u00e0 motifs de losanges rouges et blancs (les Gaulois en rafolaient) qui peluche expr\u00e8s, qui a l&rsquo;air douce et bien chaude&nbsp;; son foulard en soie est trop rose pour y \u00eatre parfaitement assorti. Est-ce qu&rsquo;on peut dire l&rsquo;\u00e2ge des gens rien qu&rsquo;en parlant de leur habillement&nbsp;? Les semelles vert fluo font r\u00eaver tout autant que le dessus psych\u00e9d\u00e9lique. Elle porte, dans les tons \u00e9crus, un pantalon de toile fine laissant appara\u00eetre la marque du string, un gros pull ray\u00e9 marin, des bottes en plastique aux semelles \u00e9paisses&nbsp;; pourtant elle n&rsquo;a rien d&rsquo;un patron p\u00eacheur. Veste vegan imitation l\u00e9opard des neiges. Djellaba blanche en tissu synth\u00e9tique, bonnet en dentelle de coton, pieds nus dans des tongs en cuir. Jean&nbsp;; veste en jean doubl\u00e9e de mouton, col retourn\u00e9&nbsp;; de dessous d\u00e9passe un vrai pull marin, couleur lie de vin aux rayures marines&nbsp;; sneakers de grosse toile&nbsp;; il doit avoir le m\u00eame \u00e2ge que moi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>25 novembre (#17)<\/strong><br>Ne pas croire que comprendre r\u00e9soudra quoi que ce soit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a s\u2019appellerait \u00ab&nbsp;Tomber dans le panneau&nbsp;\u00bb. Tu aurais un grand panneau publicitaire \u2013 peu importe l\u2019image ou le slogan \u2013 quand tu t\u2019approcherais, tu serais aspir\u00e9 par un souffle violent qui te propulserait en travers, l\u00e0 tu cr\u00e8ves l\u2019\u00e9cran, quelque chose de mince tu vois, genre papier japonais, et derri\u00e8re il y aurait un trampoline pour le fun. Alors on entendrait une bande son qui dirait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bravo, vous \u00eates encore tomb\u00e9 dans le panneau&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>26 novembre (#14)<\/strong><br>Du robinet le tube blanc, sonore et moussu de l\u2019eau devient bulles et dans le lavabo devient liquide transparent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>27 novembre (#18)<\/strong><br>\u00ab&nbsp;L\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre toutes les lampes s\u2019\u00e9teignirent, \u00e0 ceci pr\u00e8s que Mr Carmichael, qui aimait lire un peu de Virgile avant de s\u2019endormir, laissa br\u00fbler sa bougie nettement plus longtemps que les autres.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Tout le monde s\u2019est endormi. Tirant sur ma fatigue, je m\u2019accorde encore des minutes dans le coin lecture que j\u2019ai am\u00e9nag\u00e9 avec un vieux fauteuil coinc\u00e9 entre une biblioth\u00e8que basse et un piano synth\u00e9tiseur. Le matin au r\u00e9veil, je me promettrai encore de me coucher t\u00f4t de bonne heure.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>29 novembre (#19)<\/strong><br>Au livreur, gros paquet sous le bras, qui alterne coups d&rsquo;\u0153il press\u00e9s sur son portable et regards inquiets aux grilles, \u00e0 la rampe de parking, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e b\u00e9tonn\u00e9e de l&rsquo;h\u00f4tel, tout autour du gros b\u00e2timent : \u00ab\u00a0Vous cherchez quoi, monsieur ?\u00a0\u00bb Lui, nouveau coup d&rsquo;\u0153il sur l&rsquo;\u00e9cran : \u00ab\u00a0Euh, le 2 rue Barbouze\u00a0\u00bb. Elle, ne r\u00e9primant son amusement qu&rsquo;en fa\u00e7ade, montre du doigt : \u00ab\u00a0La rue Barbusse, c&rsquo;est l\u00e0-bas.\u00a0\u00bb Elle lui conseille de s&rsquo;adresser \u00e0 l&rsquo;accueil du CMCI. Lui, sourire, la remercie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>29 novembre (#20)<\/strong><br>Il \u00e9tait heureux, le directeur de l&rsquo;agence, d&rsquo;avoir obtenu l&rsquo;ouverture du mus\u00e9e le jour de fermeture. Il lui fallait partager son bonheur. Il&nbsp; tendit un billet au chef de site qui, \u00e9tant fonctionnaire et toujours pr\u00e9sent le mardi, le refusa. D&rsquo;ailleurs le chef de site remercia le groupe de n&rsquo;avoir pas empi\u00e9t\u00e9 sur ses horaires ordinaires. Car ils \u00e9taient arriv\u00e9s tard et cela l&rsquo;avait inqui\u00e9t\u00e9. Il quittait \u00e0 18h, lui. Le directeur glissa de force le billet dans la main du chef de site qui, tout aussi prestement le lui remit dans la poche du veston. Le bonheur du directeur en fut diminu\u00e9. Eut-il le temps depuis de m\u00e9diter sur le service public ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>30 novembre (#21)<\/strong><br>Rien pu faire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre<\/strong><br>Je ne r\u00e9ussis pas \u00e0 tenir le rythme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5 d\u00e9cembre (#26)<\/strong><br>La lumi\u00e8re du matin d\u00e9taille chaque relief sur les volutes des chapiteaux de la fa\u00e7ade du palais de justice. Contre le mur \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de la colonnade, le bord des ombres tremble.<\/p>\n\n\n\n<p>En remontant, on peut voir le nom de la station refl\u00e9t\u00e9, mais pas en entier, sur les vitres suspendues qui entourent la tr\u00e9mie de l&rsquo;escalier d&rsquo;acc\u00e8s au quai, et qui servent peut-\u00eatre \u00e0 arr\u00eater le vent, \u00e0 abattre le bruit, je ne sais. Au milieu du nom, les lettres sont un peu d\u00e9cal\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant cet exercice, je n&rsquo;avais jamais remarqu\u00e9 ces vitres suspendues. Le carnet affute l&rsquo;attention aux d\u00e9tails du quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6 d\u00e9cembre (#27)<\/strong><br>\u00e0 observer un beau gars m\u00e9tis qui lui-m\u00eame s&rsquo;observe dans la vitre du m\u00e9tro, regard fier et menton haut, pour v\u00e9rifier comme il est beau.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7 d\u00e9cembre (#28)<\/strong><br>ne plus chercher une logique du temps ou une \u00e9quation insoluble qui pr\u00e9tend pouvoir tout faire tout caser mais qui emp\u00eache d\u2019avancer \u00e0 cause du besoin de compter sans arr\u00eat et cesser de vouloir canaliser le temps le s\u00e9quencer le faire entrer dans des cases de dur\u00e9e lui permettre au contraire une fluidit\u00e9 pour mieux laisser couler la phrase et la pens\u00e9e ne pas avoir peur de le regarder passer ou se refl\u00e9ter dans la vitre d\u2019un train qui passe<\/p>\n\n\n\n<p>Les nuits de pleine lune, le ciel est trop clair pour la plupart des \u00e9toiles. Seules les plan\u00e8tes se montrent. Le monde est laiteux et ce n\u2019est pas r\u00e9el. Au matin nous dit-on, quatre corps c\u00e9lestes s\u2019aligneront.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8 d\u00e9cembre (#29)<\/strong><br>Je n\u2019aurais pas d\u00fb avoir peur de le d\u00e9ranger. Si je l\u2019avais appel\u00e9, j\u2019aurais su que je n\u2019avais pas le bon num\u00e9ro. Mon texto n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 \u00e0 un inconnu qui n\u2019a pas daign\u00e9 se signaler. Il n\u2019aurait pas interpr\u00e9t\u00e9 mon courriel de travers, il ne l\u2019aurait pas transmis \u00e0 la direction. Je n\u2019aurais pas \u00e9t\u00e9 en col\u00e8re contre lui. Je ne l\u2019aurais pas appel\u00e9, furieuse, pour entendre le r\u00e9pondeur \u00e9noncer un autre nom et me rendre compte qu\u2019il n\u2019avait pas re\u00e7u mon explication de texte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9 d\u00e9cembre (#30)<\/strong><br>Un braqueur en trottinette fait triper les chroniqueurs. Un larcin, arme \u00e0 la main, au magasin des petits pains. De la boulang\u00e8re on ne saura rien.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>11 d\u00e9cembre (#32)<\/strong><br>Les yeux d&rsquo;Osiris, ouverts en grand ; ses yeux soulign\u00e9s de kh\u00f4l ; son regard clair, presque transparent ; son regard franc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12 d\u00e9cembre (#33)<\/strong><br>Les pieds en l&rsquo;air &#8211; l&rsquo;odeur de l&rsquo;herbe &#8211; et ce serait l&rsquo;\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>15 d\u00e9cembre (#36)<\/strong><br>Je me l\u00e8ve. Je me pr\u00e9pare un caf\u00e9. J\u2019ouvre le livre que j\u2019ai quitt\u00e9 le temps de mon sommeil. J\u2019ai le temps d\u2019en lire quelques pages. Le bruit du monde arrive. Je pose mon livre. Le bruit m\u2019\u00e9loigne plus ou moins longtemps de moi-m\u00eame, et s\u2019\u00e9loigne \u00e0 son tour. Alors je rel\u00e8ve les notes de la veille, celles du carnet papier, celle de l\u2019\u00e9cran dans la paume, et les photos. J\u2019en fais ce que je peux. L\u2019heure s\u2019impose d\u2019aller faire autre chose, et que cette t\u00e2che absorbe le moins d\u2019\u00e9nergie possible de moi-m\u00eame. Profiter de quelques pauses pour prendre des notes, pour lire le quotidien. Le soir approche. Ce soir, le figuier sur mon chemin a perdu ses derni\u00e8res feuilles. Ecrire un texte apr\u00e8s 16h et l\u2019envoyer avant 18h est presque impossible. Les heures propices sont celles de la fin de la matin\u00e9e, et quelquefois la nuit tomb\u00e9e. Je regarde ce que mes relations virtuelles ont \u00e0 me proposer sur les r\u00e9seaux sociaux. J\u2019avance dans ma lecture d\u2019un essai historique ou scientifique ou sociologique. Le bruit revient autour de la table de la cuisine. Ensuite, je fais ce que je veux. Enfin, je rouvre le livre que j\u2019ai pos\u00e9 le matin. Il s\u2019agit de finir la journ\u00e9e avec de la litt\u00e9rature, pour mieux recommencer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>16 d\u00e9cembre (#37)<br><\/strong>T<em>out reposait dans Ur et dans Jerimadeth ;<br>Les astres \u00e9maillaient le ciel profond et sombre ;<br>Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l&rsquo;ombre<br>Brillait \u00e0 l&rsquo;occident, et Ruth se demandait,&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Immobile, ouvrant l&rsquo;\u0153il \u00e0 moiti\u00e9 sous ses voiles,&nbsp;<br>Quel dieu, quel moissonneur de l&rsquo;\u00e9ternel \u00e9t\u00e9&nbsp;<br>Avait, en s&rsquo;en allant, n\u00e9gligemment jet\u00e9<br>Cette faucille d&rsquo;or dans le champ des \u00e9toiles.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La vanit\u00e9 d&rsquo;un s\u00e9ducteur chenu, qui se persuade de la l\u00e9gitimit\u00e9 de succ\u00e8s \u00e0 venir (\u00ab\u00a0<em>car le jeune est beau, mais le vieillard est grand<\/em>\u00ab\u00a0) intriguait et fascinait mon esprit de lyc\u00e9enne, tandis que mon corps connaissait les premiers \u00e9mois de mon \u00e2ge. Les alexandrins hugoliens avan\u00e7aient, roulaient, transformant le ronflement trivial de Booz en musique des sph\u00e8res, ils s&rsquo;\u00e9levaient dans la nuit des si\u00e8cles, pour soudain s&rsquo;\u00e9craser \u00e0 plat (\u00ab\u00a0<em>et ceci se passait dans des temps tr\u00e8s anciens<\/em>\u00ab\u00a0), avant de repartir en envol\u00e9es grandioses. Victor Hugo \u00e9tait capable de tout, immense po\u00e8te tellement humain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>18 d\u00e9cembre (#38)<\/strong><br>Le r\u00eave et le r\u00e9veil se ressemblent. Je passe de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre sans me soucier de les distinguer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>21 d\u00e9cembre (#solstice)<\/strong><br>Le soleil fait une courte pause. J&rsquo;en profite pour perdre la notion du temps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>21 d\u00e9cembre (#40)<br><\/strong>Continue \u00e0 \u00e9crire tant que tu n\u2019as pas perdu la notion du temps. Il n\u2019est jamais trop tard. Le temps saura revenir. Laisse-le r\u00e9sonner. Et si la vibration de la cloche provoque une \u00e9motion en toi, cherche son contraire, afin que le souvenir de villages arr\u00eat\u00e9s \u00e0 mi-chemin d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre, que ton enfance croit avoir aim\u00e9s, se transforme en col\u00e8re et en haine, et qu\u2019au contraire l\u2019agacement des manifestations bruyantes de religions triomphalistes soit le bouclier o\u00f9 se refl\u00e8tera, splendide, un soleil int\u00e9rieur. La rue attire tes pas. Il n\u2019est jamais trop t\u00f4t. Il ne faudrait pas sortir sans proposition et pourtant certains jours, lorsque le ciel est \u00e9gal \u00e0 lui-m\u00eame, un morceau de phrase suffit \u00e0 faire des kilom\u00e8tres. Trouve-lui un compl\u00e9ment. Donne-lui la r\u00e9plique. Sur la page, tu referas le chemin \u00e0 l\u2019envers. Et puis retrouve l\u2019endroit, celui-l\u00e0 qui, jour et nuit, est propice \u00e0 l\u2019acte d\u2019\u00e9crire, o\u00f9 le labeur ne fait plus peur, o\u00f9 le temps n\u2019est pas ennemi, mais compagnon. LH.<\/p>\n\n\n\n<p>Image de couverture \u00a9 A.-M. Passaret, Marseille, 2022<\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon vrai carnet n&rsquo;est pas celui que je publie. 21 d\u00e9cembre (#solstice) Le soleil fait une courte pause. J&rsquo;en profite pour perdre la notion du temps. 10 novembre (#01)L&rsquo;odeur discr\u00e8te de la cr\u00e8me que j\u2019\u00e9tale sur mon visage me murmure \u00ab&nbsp;Mauritanie&nbsp;\u00bb. Mon d\u00e9part impr\u00e9vu, en mars dernier, me saute \u00e0 la m\u00e9moire. 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