{"id":101564,"date":"2022-11-22T19:23:49","date_gmt":"2022-11-22T18:23:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=101564"},"modified":"2022-12-27T18:50:01","modified_gmt":"2022-12-27T17:50:01","slug":"carnet-individuel-olivia-scelo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-olivia-scelo\/","title":{"rendered":"# Carnet individuel | Olivia Sc\u00e9lo"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Ratures-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-101565\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Ratures-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Ratures-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Ratures-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Ratures-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Ratures-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Faire le vide<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la contemplation obstin\u00e9e d\u2019un d\u00e9cor d\u2019arbres et d\u2019oiseaux, j\u2019aspire au vide. Le flottement auquel je parviens ne m\u2019emm\u00e8ne jamais trop loin. J\u2019attends l\u2019emplissement apr\u00e8s l\u2019envahissement du vide, l\u2019\u00e9vidence qui sans cesse se d\u00e9robe.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les morts sont parmi nous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les teintes brunes du papier albumin\u00e9 disent la pr\u00e9sence fantomatique des morts. Je veux tisser les liens invisibles qui nous lient, explorer la g\u00e9n\u00e9alogie fictionnelle qui me donne l\u2019existence. Je veux retracer la vie des morts pour \u00e9crire entre les manques. Ces morts qui ne sont pas les miens, j\u2019ai choisi de les hanter pour qu\u2019ils me hantent \u00e0 leur tour, pour qu\u2019ils me disent la vie et son prix.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>On n&rsquo;aurait pas d\u00fb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019aurais pas d\u00fb laisser filer le temps hier, laisser gagner la torpeur, entretenir le chagrin alors que c\u2019est dans l\u2019activit\u00e9 m\u00eame que j\u2019aurais pu me sortir de l\u2019h\u00e9b\u00e9tude, de la nonchalance du corps, du sentiment glac\u00e9 de l\u2019impossibilit\u00e9 m\u00eame. Je n\u2019aurais pas d\u00fb laisser le n\u00e9ant envahir l\u2019espace du dedans, grignoter l\u2019int\u00e9rieur, ronger le sang, d\u00e9former la volont\u00e9 comme une l\u00e8pre pour ne plus rien laisser que le bris acide de l\u2019inutilit\u00e9, du vide, de la vanit\u00e9 de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rumin\u00e9, rab\u00e2ch\u00e9, ressass\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019aurais jamais d\u00fb laisser mon double faire toutes ces choses \u00e0 ma place, \u00e7a m\u2019apprendra.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pas moi mais mon double<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La journ\u00e9e qui s\u2019annonce \u00e9tant trop charg\u00e9e, c\u2019est mon double qui va l\u2019assumer \u00e0 ma place. Il se l\u00e8vera \u00e0 sept heures, accompagnera son fils \u00e0 l\u2019\u00e9cole, rentrera pour finaliser rapidement un cours, d\u00e9jeunera en un \u00e9clair pour assurer l\u2019atelier d\u2019\u00e9criture avec les lyc\u00e9ens. \u00c0 partir de 15h30 et peut-\u00eatre jusqu\u2019\u00e0 20h, il encha\u00eenera les rendez-vous et rentrera ext\u00e9nu\u00e9 avec la seule envie de se coucher. S\u2019il peut tenir un tel rythme, s\u2019il se montre bon orateur et suffisamment p\u00e9dagogue devant les \u00e9l\u00e8ves, convaincant devant les parents, alors je le laisserai se faire inspecter \u00e0 ma place la semaine prochaine. J\u2019en profiterai pour lire, \u00e9crire, chanter et voir passer la vie \u00e0 travers la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fragment du corps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le corps \u00e9tranger qu\u2019on voudrait apprivoiser comment \u00e9viter l\u2019\u00e9clatement quand on n\u2019aspire qu\u2019\u00e0 t\u00e2ter sa consistance. Ce corps sans notice suit sa propre m\u00e9canique on voudrait tant restreindre l\u2019empire de la pens\u00e9e maligne. Mon corps \u00e9tranger craint pour toujours l\u2019abandon pourquoi le rassurer si de soi on n\u2019a jamais fait aucun don. Mais le corps fragment\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce d\u00e9tach\u00e9e sait que le jour viendra de la r\u00e9unification, de la pacification, de la r\u00e9conciliation, le jour o\u00f9, de guerre lasse, les armes, il rendra.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Salle d&rsquo;attente<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comment c\u2019est quand on reste l\u00e0 sous un n\u00e9on blafard encore envelopp\u00e9e d\u2019un reste de nuit parce que dehors il fait froid et que tout le monde est parti d\u00e9j\u00e0. Comment c\u2019est quand assise sur une chaise un peu raide le corps d\u2019abord transi puis peu \u00e0 peu envelopp\u00e9e d\u2019un souffle chaud l\u2019\u00e9charpe est d\u00e9roul\u00e9e d\u2019un demi-tour puis d\u00e9lass\u00e9e de son n\u0153ud la gorge ouverte respirante. Comment c\u2019est alors que la poitrine se dilate enfin aux battements du monde quand quelqu\u2019un arrive finalement et gaspille le pourquoi le pour qui le pour autrui quand soudain le sol chavire et la pi\u00e8ce r\u00e9tr\u00e9cit quand la nuit gagne et le froid et le sel. Comment c\u2019est quand on voit partout le sel de la terre d\u00e9vers\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Exercice avec d\u00e9nombrement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 seize ans, \u00e0 16.000 lieues du lieu de sa naissance admirer les mille et trois clochers et les sept gares de Moscou. \u00c0 quarante deux ans, \u00e0 3 kilom\u00e8tres du lieu de ma naissance, une journ\u00e9e pareille \u00e0 cent mille autres, contempler les centaines de livres des huit biblioth\u00e8ques de la maison. \u00catre encore bien loin, et fr\u00e9mir en pensant \u00e0 la jeunesse perdue.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Faire bouger les choses<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>3h30. des boules quies. des protections anti-bruit en forme de pyramide. \u00e0 tourner sous les doigts. rouler en tube. glisser dans l\u2019oreille. \u00e0 gauche. \u00e0 droite. sentir les pr\u00e9cieuses mousses de tranquillit\u00e9 gonfler dans le conduit auditif. entendre le mouvement du souffle de l\u2019ext\u00e9rieur vers l\u2019int\u00e9rieur. \u00eatre en soi. couper le son.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Transaction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves re\u00e7oivent aujourd\u2019hui leurs codes d\u2019acc\u00e8s pour l\u2019application Cyclades qui valide l\u2019inscription au baccalaur\u00e9at. L\u2019\u00e9change de documents se fait contre signature, dit \u00e9margement, il faut signer ici, pr\u00e9ciser la date, comme preuve de transaction, pour un document administratif, officiel, important. Ne faites pas croire que la transaction n\u2019a pas eu lieu. Elle est enregistr\u00e9e&nbsp;; nous avons les preuves.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Recopier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a><em>Son id\u00e9e, sa conception d\u2019une banque \u00e9tait celle d\u2019une taverne \u00e9lisab\u00e9thaine ou d\u2019une auberge de la fronti\u00e8re au temps o\u00f9 les pionniers marchaient vers l\u2019Ouest&nbsp;: vous vous y arr\u00eatiez avant la nuit pour vous abriter des dangers de la nature sauvage, on y offrait le g\u00eete et le couvert pour vous et de la paille pour votre monture, avec un lit (ou ce qui en tenait lieu) o\u00f9 dormir&nbsp;; si vous vous r\u00e9veilliez le lendemain matin d\u00e9pouill\u00e9 de votre bourse ou de votre cheval ou m\u00eame la gorge tranch\u00e9e, vous n\u2019aviez qu\u2019\u00e0 vous en prendre \u00e0 vous-m\u00eame puisque personne ne vous avait oblig\u00e9 \u00e0 passer par l\u00e0 ni incit\u00e9 \u00e0 vous y arr\u00eater. Et donc, quand il se fut rendu compte qu\u2019\u00e0 l\u2019origine m\u00eame de son accession \u00e0 la vice-pr\u00e9sidence d\u2019une banque il y avait eu le pillage de celle-ci par un cr\u00e9tin aussi d\u00e9nu\u00e9 de courage et d\u2019imagination qu\u2019il savait \u00eatre son cousin Byron, sa d\u00e9cision d\u2019en retirer son argent le plus t\u00f4t possible n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 plus irraisonn\u00e9e que celle du voyageur qui, au moment de desseller sa monture dans la cour de l\u2019auberge et voyant jeter du haut d\u2019une fen\u00eatre un corps nu \u00e9gorg\u00e9, ressangle sa selle sans perdre un instant et poursuit son chemin, peut-\u00eatre pour chercher une autre auberge ou sinon, pour passer la nuit dans les bois qui apr\u00e8s tout, en d\u00e9pit des Indiens, des ours et des brigands, ne seraient pas tellement moins s\u00fbrs.<\/em><\/a>Le lourd inquarto Gallimard est un des livres de chevet, un de ceux qui, depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, ne retrouvent jamais leur place dans la biblioth\u00e8que mais restent obstin\u00e9ment l\u00e0, au sol, \u00e0 port\u00e9e de main, dans un n\u00e9cessaire fouillis. Les livres miraculeux sont gribouill\u00e9s, gris\u00e9s, annot\u00e9s, soulign\u00e9s, des croix marquent le haut de certaines pages, la tranche est jaunie mais aussi salie. Pas de f\u00e9tichisme de l\u2019objet livre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Embellissements bienvenus<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Petits embellissements bienvenus dans les lyc\u00e9es o\u00f9 les \u00e9tats d\u00e9pressifs et suicidaires gagnent du terrain. Casser les vitres, briser la glace, r\u00e9clamer ces verres de couleur, <em>vitres magiques<\/em>, <em>vitres de paradis<\/em> et hurler \u00e0 travers les fen\u00eatres \u00ab&nbsp;La vie en beau&nbsp;! La vie en beau&nbsp;! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cut up moi \u00e7a<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les enfants ne comprennent pas les attendus. Ils ne comprennent pas leurs notes m\u00eame avec la correction. C\u2019est un probl\u00e8me de consignes. Ils sont cens\u00e9s tous avoir un agenda. Ils sont cens\u00e9s noter ce que l\u2019on dit. On note l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ce que dit le professeur. Et on ne parle pas avec son voisin sa voisine ou son poisson rouge. Vous n\u2019\u00eates pas cens\u00e9s ranger vos affaires quand \u00e7a sonne. \/ Il est attentiste. Il est assis. Il attend. Ya un probl\u00e8me de poil dans la main. Ya aussi un probl\u00e8me de compr\u00e9hension. Il doit y avoir un probl\u00e8me de compr\u00e9hension mais il y a aussi un probl\u00e8me de posture. D\u2019o\u00f9 la mise en garde pour le travail. \/ Ce qui me d\u00e9range c\u2019est la victimisation. J\u2019ai mis l\u2019\u00e9tude en place tous les soirs. Je ne sais pas si elle a la volont\u00e9 d\u2019avancer. Elle a le sentiment de n\u2019\u00eatre pas accompagn\u00e9e. Vous avez des choses \u00e0 nous dire peut-\u00eatre&nbsp;? Au Canada, ils ont des normes et des valeurs tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Elle tutoie ses profs par exemple. J\u2019ai le droit de m\u00e2cher du chewing-gum et de prendre un petit d\u00e9j en classe, elle nous a dit. Elle ne se l\u00e8ve pas quand un prof rentre dans la classe. Mais elle se sent super bien dans la classe. Et votre sentiment \u00e0 vous les filles&nbsp;? J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle s\u2019en fiche de ses notes. Elle n\u2019a pas r\u00e9alis\u00e9 que pour avoir des bonnes notes il faut qu\u2019elle travaille. Mais \u00e7a commence \u00e0 changer. Maintenant elle fait des choses qui ressemblent \u00e0 des maths. \/ Quinze de moyenne et tu as mis r\u00e9sultats d\u00e9cevants. \u00c7a devait \u00eatre au moment du match, le deuxi\u00e8me but. On peut changer&nbsp;?&nbsp; On met convenable&nbsp;? Je consid\u00e8re que c\u2019est au moins satisfaisant. Oui, on fait des copier-coller. Mais il faut copier au bon endroit.&nbsp; \/ Il est int\u00e9gr\u00e9 en classe&nbsp;? Non. Je le connais depuis la sixi\u00e8me et il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9. Je pense qu\u2019il a une posture qui fait qu\u2019on n\u2019a pas envie d\u2019aller lui parler. \u00c7a a l\u2019air m\u00e9chant mais non c\u2019est parce qu\u2019il est dans son univers. \/ Elle me fait de la peine parce qu\u2019elle est toute seule. Mais elle me dit que \u00e7a va. Mais je suis inqui\u00e8te quand m\u00eame. \/ Elle veut rien dire ma phrase. \u00c7a c\u2019\u00e9tait apr\u00e8s la mi-temps. Le troisi\u00e8me but. La troisi\u00e8me bi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Arr\u00eater le monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Arr\u00eater l\u2019image sur la salle vide, la cour d\u00e9sert\u00e9e, l\u2019escalier d\u00e9peupl\u00e9. Suspendre la sonnerie stridente qui d\u00e9clenche le grouillement infini, la cadence des pas, le flot des voix. Remplir l\u2019absence du flux continu d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 suspendu, combler le vide de ce qui d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 se tient tapi en sursis.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La grisaille, les dessous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ils allaient obscurs dans la nuit solitaire\u2026<\/em> (<em>Ibant obscuri sola sub nocte\u2026<\/em>, Virgile, <em>L\u2019\u00c9n\u00e9ide<\/em>, livre VI). Je recherche le transfert de caract\u00e9risation tout simple qui provoque une telle puissance d\u2019\u00e9vocation, ce genre d\u2019image obs\u00e9dante qu\u2019on se relance en boucle. J\u2019explore le dessous du texte, j\u2019entre dans le tableau&nbsp;: je marche obscure dans la nuit solitaire je marche seule dans la nuit obscure je marche sombre et solitaire dans la nuit je marche je suis sombre je suis seule je marche la nuit m\u2019obscursit et m\u2019isole je suis la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C&rsquo;est dimanche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que le d\u00e9sir d\u2019\u00e9crire a in\u00e9vitablement accompagn\u00e9 les r\u00e9v\u00e9lations lumineuses des premi\u00e8res lectures. Certains de ces \u00e9blouissements sont difficiles \u00e0 expliquer. Pourquoi sentir une obscure fraternit\u00e9 avec un vieil homme qui se bat en mer contre un espadon quand on a douze ans&nbsp;? J\u2019ai confi\u00e9 parfois secr\u00e8tement \u00e0 cet \u00e2ge-l\u00e0 que je voulais \u00eatre \u00e9crivain. Comment ne pas&nbsp;? Ils \u00e9taient les seuls que j\u2019avais vus embarqu\u00e9s sur la voie du sens.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pendant que<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>(\u00c0 Laurent)<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que tu fais pendant que tes \u00e9l\u00e8ves travaillent&nbsp;? Je vais sur YouTube.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ne pas s&rsquo;attarder sur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le rendez-vous m\u00e9dical d\u00e9borde toujours dans mon emploi du temps. Il est \u00e0 la fois l\u2019espace vacant d\u2019un temps perdu et la confrontation \u2013 parfois monstrueuse \u2013 avec le moi que je ne veux pas voir, le moi vuln\u00e9rable, le moi infantilis\u00e9, le moi objet, le moi nu. Alors aujourd\u2019hui, esquiver le corps en sous-v\u00eatements, allong\u00e9 sur une table, potentiellement souffrant, infect\u00e9, mortel etc\u2026 Et assumer l\u2019irr\u00e9v\u00e9rence&nbsp;: je vais ranger mon corps et je ne reviendrai pas l\u2019an prochain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chaque visage un trait<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Figure fantomatique entraper\u00e7ue derri\u00e8re la vitre visage blafard surmont\u00e9 d\u2019une neige \u00e9vanescente <strong>| <\/strong>Silhouette de pantin \u00e0 l\u2019allure acrobatique traversant le couloir d\u2019un pas d\u00e9sarticul\u00e9 | Laideur saisissante du visage enfantin d\u00e9j\u00e0 d\u00e9form\u00e9 par la frivolit\u00e9 de vivre |<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Personne d&rsquo;autre que moi n&rsquo;aurait remarqu\u00e9 que<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 que le CPE du lyc\u00e9e avait balay\u00e9 d\u2019une main l\u2019ennui de la t\u00e2che administrative pour r\u00e9citer au milieu du bureau de la vie scolaire des vers de Corneille et de Racine. Et quel plaisir vif il y prenait. Personne d\u2019autre que moi ne le voyait sur la sc\u00e8ne de ce th\u00e9\u00e2tre antique \u00e0 Lyon o\u00f9 il avait cr\u00e9\u00e9 la surprise au milieu des visiteurs et de ses cousins amus\u00e9s. Personne d\u2019autre que moi n\u2019entendait l\u2019\u00e9clat de rire, la joie de la r\u00e9miniscence, dans ces vers noirs de la vengeance tragique. &nbsp;<em>Filles d\u2019enfer vos mains sont-elles pr\u00eates&nbsp;? &nbsp;Que le courroux du ciel allum\u00e9 par mes v\u0153ux fasse pleuvoir sur elle un d\u00e9luge de feux<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ciel du lundi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ciel clair presque transparent bard\u00e9 d\u2019un grand rectangle noir, une montagne hallucin\u00e9e. Vo\u00fbte laiteuse, quelques rayons trop vifs troublent les nuages mousseux charg\u00e9s de pluie, des perles d\u2019eau \u00e9toilent \u00e0 peine le sol. Vapeurs de nu\u00e9es confondues en feux de chemin\u00e9es. Ciel lessiv\u00e9 brouill\u00e9 de fin de journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Phrase de r\u00e9veil<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>effrangement de lumi\u00e8re au seuil de la porte quand doucement s\u2019ouvre l\u2019\u0153il rester flottant dans ce suspens du temps pour pr\u00e9parer lentement l\u2019effraction <em>partir avec les grues<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il aurait fallu que<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le vol de grues en V parfait dans un ciel trop bleu de novembre a retenu notre attention pendant quelques minutes. Le temps s\u2019arr\u00eate et fige les corps les mains dans le dos, la nuque cass\u00e9e, les yeux clignotants au soleil. Il n\u2019y a plus que les oiseaux guid\u00e9s par un instinct tr\u00e8s s\u00fbr, criant dans l\u2019azur frais. Il aurait fallu y aller nous aussi. On aurait d\u00fb faire partie du voyage. Je l\u00e8ve les bras vers le ciel et d\u00e9j\u00e0 les plumes fr\u00e9missent d\u2019une promesse nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Si loin si loin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>brouillard d\u2019automne roussi \u00e0 l\u2019aube de l\u2019\u00e9cole faut-il qu\u2019il m\u2019en souvienne&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De l&rsquo;impr\u00e9vu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>le r\u00e9veil en pleine nuit la gorge en feu les cordes vocales douloureuses et alors toutes ces choses \u00e0 dire \u2013 Colette, S\u00e9n\u00e8que \u2013 et les mots qui manquent d\u00e9j\u00e0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Prologue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-8cf370e7 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<p>des essais<\/p>\n\n\n\n<p>des ratures<\/p>\n\n\n\n<p>des mots biff\u00e9s, barr\u00e9s, effac\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>des feuilles volantes, des versos,<\/p>\n\n\n\n<p>pas jet\u00e9es en boules<\/p>\n\n\n\n<p>en beaut\u00e9 de corbeille \u00e0 papier<\/p>\n\n\n\n<p>mais soigneusement pli\u00e9es, entass\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>les ratures<\/p>\n\n\n\n<p>pli\u00e9es en quatre, in octavo<\/p>\n\n\n\n<p>les mots gribouill\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>rageusement effac\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>r\u00e9\u00e9crits, bousill\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>dans l\u2019angoisse<\/p>\n\n\n\n<p>du d\u00e9s\u0153uvrement<\/p>\n\n\n\n<p>pas de carnets&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Faire le vide Dans la contemplation obstin\u00e9e d\u2019un d\u00e9cor d\u2019arbres et d\u2019oiseaux, j\u2019aspire au vide. Le flottement auquel je parviens ne m\u2019emm\u00e8ne jamais trop loin. J\u2019attends l\u2019emplissement apr\u00e8s l\u2019envahissement du vide, l\u2019\u00e9vidence qui sans cesse se d\u00e9robe.\u00a0 Les morts sont parmi nous Les teintes brunes du papier albumin\u00e9 disent la pr\u00e9sence fantomatique des morts. Je veux tisser les liens invisibles <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-olivia-scelo\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># Carnet individuel | Olivia Sc\u00e9lo<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":503,"featured_media":101565,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-101564","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101564","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/503"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=101564"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101564\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/101565"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=101564"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=101564"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=101564"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}