{"id":101916,"date":"2022-12-23T23:24:14","date_gmt":"2022-12-23T22:24:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=101916"},"modified":"2022-12-23T23:24:14","modified_gmt":"2022-12-23T22:24:14","slug":"carnet-individuel-james-hardy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-james-hardy\/","title":{"rendered":"Carnet individuel | James Hardy"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>#40 \u00c9pilogue | Carnet volant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je rentrais chez moi en serrant mon tr\u00e9sor sous le bras, le vent me chassait avec les bruits du boulevard et je marchais vite, plus vite que je ne le pouvais, sur un rythme Amapiano, je marchais comme si le carnet que j\u2019avais trouv\u00e9 \u00e9tait la seule chose qui comptait vraiment, la derni\u00e8re chose. Je me suis assis chez moi sans m\u00eame allumer les lumi\u00e8res, mon manteau encore sur le dos, les sens en pagaille, d\u00e9j\u00e0 inquiet de ce que j\u2019allais trouver dans ces pages, ou plut\u00f4t de ce que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 perdu. Parce que j\u2019avais beau le feuilleter \u00e0 nouveau, le carnet existait de moins en moins. Mon t\u00e9l\u00e9phone sonnait, les amis que j\u2019avais appel\u00e9, un \u00e0 un voulaient savoir ce que j\u2019avais trouv\u00e9 de si pr\u00e9cieux, mais quoi leur dire, quoi leur montrer sinon ce carnet en cuir r\u00e9duit comme peau de chagrin, sans pages, sans encre, sans rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Je leur parlerai du carnet volant, qui n\u2019existe que lorsqu\u2019on l\u2019invoque, comme les notes que j\u2019ai retrouv\u00e9es hier soir, en faisant le tri dans ma bo\u00eete mail. En 2011, je me suis envoy\u00e9 157 messages, 157 notes \u00e9parses, de pens\u00e9es, de r\u00eaves, de morceaux de sc\u00e8nes, de citations, de remarques qui n\u2019\u00e9taient pas n\u00e9cessaire de noter, encore moins de m\u2019envoyer, ce n\u2019est que mon avis, le Moi de cette ann\u00e9e-l\u00e0 me sugg\u00e9rerait surement d\u2019aller balayer devant ma porte. Et il aurait raison d\u2019\u00eatre agac\u00e9 de me voir aussi crisp\u00e9. Toujours la m\u00eame peine \u00e0 la lecture des vieux carnets, une lecture \u00e0 regret presque, de d\u00e9couvrir qui j\u2019\u00e9tais alors, d\u2019en \u00eatre d\u00e9\u00e7u, de me trouver maladroit et confus, de lire le bon et surtout le mauvais, le ratur\u00e9, le compliqu\u00e9. Une d\u00e9ception diffuse, comme si ces seules notes d\u00e9finissaient tout entier la personne que j\u2019\u00e9tais et celle que je suis encore. Comme si ces notes \u00e9taient d\u00e9finitives, abouties, comme si elles devaient faire sens dans leur ensemble, faire \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re chose que je leur ferai noter, sur la premi\u00e8re page de leur carnet volant&nbsp;: \u00ab&nbsp;d\u00e9fense de regretter&nbsp;\u00bb. On ne saurait pas qu\u2019il s\u2019agit de la premi\u00e8re page puisqu\u2019on ferait expr\u00e8s de la perdre dans le cloud. Plus de carnet mat\u00e9riel, des feuilles volantes qui n\u2019existent pas. On ne s\u2019occuperait plus de sauvegarder, compiler, archiver les notes \u00e0 tout prix comme un bien pr\u00e9cieux. Il faudra accepter de les perdre ces notes, ou de les oublier. Plus pr\u00e9cieux sera le tr\u00e9sor en retombant dessus. S\u2019emp\u00eacher de faire un sommaire, s\u2019emp\u00eacher de trier ou de classer, parce que trier c\u2019est juger, c\u2019est se juger et on se juge assez dans l\u2019\u00e9criture, pas besoin d\u2019en rajouter, les notes sont ce qu\u2019elles sont, les notes ne seront jamais parfaites ou bien c\u2019est un accident, un carnet de notes n\u2019est pas fait pour \u00eatre lu mais picor\u00e9, annot\u00e9, recycl\u00e9, pill\u00e9, de fond en comble.<\/p>\n\n\n\n<p>Je leur dirai que le carnet n\u2019aura plus jamais de fin. C\u2019est ce qui m\u2019a g\u00ean\u00e9 pendant tant d\u2019ann\u00e9es, cette injonction remplir l\u2019objet, noircir ses pages, comme une obsession d\u2019aller au bout quoi que j\u2019\u00e9crive. \u00catre d\u00e9\u00e7u de soi en s\u2019apercevant que le carnet restait trop vide. Alors quoi, plus rien \u00e0 dire&nbsp;? On ne se met pas \u00e0 la table pour \u00e9crire un carnet, le carnet est en nous, presque, il est m\u00e9moire vive et doit le rester. Un carnet volant donc, qui n\u2019a pas de fin, qu\u2019on ne pourra jamais remplir parce qu\u2019il se termine avec nous. Je leur dirai de penser \u00e0 ce qu\u2019ils feraient s\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas en train d\u2019\u00e9crire. Je leur dirai que le carnet n\u2019est qu\u2019une bo\u00eete \u00e0 outil du pass\u00e9 pour celui qui \u00e9crit l\u00e0, celui qui se met aujourd\u2019hui \u00e0 la table. Une bo\u00eete avec des outils qui traversent le temps et quelques autres qui appartiennent \u00e0 leurs \u00e9poques, du scotch double-face qui ne colle plus tr\u00e8s bien, il faudra faire avec.<\/p>\n\n\n\n<p>Hier j\u2019ai relu ces notes de 2011 o\u00f9 je parlais d\u2019amour avec si peu de recul, de souvenirs encore trop vifs dans mon esprit pour m\u2019en \u00e9tonner, de consignes qui ne me concernaient plus. L\u2019une d\u2019entre elles disait simplement \u00ab&nbsp;Tout conna\u00eetre de Walter Murch&nbsp;\u00bb. C\u2019est un monteur de cin\u00e9ma, un ma\u00eetre qui a mont\u00e9, pour ne pas dire fabriquer puisque le montage, c\u2019est de l\u2019\u00e9criture &#8211; la plupart des films de Coppola. J\u2019ai retrouv\u00e9 dans ma biblioth\u00e8que ce livre d\u2019entretiens que je n\u2019avais jamais ouvert et j\u2019ai ob\u00e9i \u00e0 mon Moi de 2011. Le livre commence par un extrait de&nbsp;<em>Conversation secr\u00e8te.<\/em>&nbsp;Gene Hackman y joue un ing\u00e9nieur du son taciturne qui passe ses nuits \u00e0 restaurer ses bandes sonores comme on \u00e9crit un livre. Un soir, une fille qu\u2019il drague lui demande&nbsp;: \u00ab&nbsp;Harry, raconte-moi encore comme tu as plac\u00e9 un micro dans une perruche&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#39 mais il ne fallait pas le dire<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#38<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019y ai vu des navires couler, des for\u00eats br\u00fbler, des sc\u00e8nes de cascades et de poursuite qu\u2019on ne pourrait jamais voir ici, mais les images l\u00e0-bas ne comptent pas, les pires tremblements de terre s\u00e9vissent ailleurs. Ce qu\u2019il me reste au retour, un d\u00e9sert sans images, un paysage monochrome, une plan\u00e8te aux airs de Solaris&nbsp;o\u00f9 le drame s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 en moi. J\u2019en reviens chaque fois secou\u00e9 de ces voyages, avec le sentiment ahuri \u2013 toujours le m\u00eame &#8211; d\u2019avoir v\u00e9cu ce qu&rsquo;ici je ne vivrai jamais. Jamais dans mon existence je n\u2019ai ressenti autant de col\u00e8re, d\u2019honteuse jalousie, de m\u00e9lancolie ou de tristesse profonde, que dans ce vaisseau lugubre avec vue sur la mer. J\u2019y ai v\u00e9cu les plus belles histoires d\u2019amour. Et chaque fois que je peine \u00e0 en revenir, il faudrait que je me souvienne du r\u00eave de Verlaine, <em>\u00e9trange et p\u00e9n\u00e9trant, d&rsquo;une femme inconnue, que j&rsquo;aime, et qui m&rsquo;aime, et qui n&rsquo;est, chaque fois, ni tout \u00e0 fait la m\u00eame, ni tout \u00e0 fait une autre, et m&rsquo;aime et me comprend.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#37 L&rsquo;oiseau rare<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il sifflote mon p\u00e8re, il a toujours fait \u00e7a. Ado \u00e7a m\u2019aga\u00e7ait pas mal mais il fallait bien trouver quelque chose. Il sifflote un peu \u00e9go\u00efstement, c\u2019est vrai, il sifflote sans se demander si ceux qu\u2019ils l\u2019entendent ont envie de l\u2019\u00e9couter. &nbsp;C\u2019est plus fort que lui, il sifflote comme il respire. Mon p\u00e8re sifflote des airs que je ne reconnais jamais. Des airs qui n\u2019ont pas d\u2019\u00e9motions particuli\u00e8res, un peu comme le chant des oiseaux. On dit qu\u2019ils chantent les oiseaux mais citez-moi un seul refrain d\u2019oiseau c\u00e9l\u00e8bre. Mon p\u00e8re sifflote quand il ne fait rien d\u2019autre et nous \u00e9tions deux \u00e0 ne rien faire d\u2019autre que d\u2019\u00e9couter la pluie tomber sur le toit, une fin d\u2019apr\u00e8s-midi. Le week-end \u00e9tait bien avanc\u00e9 d\u00e9j\u00e0, le tour de ce qu\u2019on pouvait se dire d\u2019urgent \u00e9tait fait. Une tr\u00eave naturelle s\u2019\u00e9tait install\u00e9e dans la conversation, une longue respiration, et puis, \u00e9videmment, le sifflotement\u2026 <em>Il pleure dans mon c\u0153ur comme il pleut sur la ville Quelle est cette langueur qui p\u00e9n\u00e8tre mon c\u0153ur&nbsp;?<\/em> Je ne saurais pas dire s\u2019il venait de l\u2019apprendre par c\u0153ur ou si c\u2019\u00e9tait un bout de m\u00e9moire qui remontait chez lui d\u2019un coup \u00e0 la surface. Je ne lui ai pas demand\u00e9. Je n\u2019ai rien dit, j\u2019ai pris soin de ne pas bouger, de ne rien changer dans mon comportement, avec la m\u00eame prudence qu\u2019on emploie lorsqu\u2019un oiseau se pose par miracle sur votre \u00e9paule. Je l\u2019ai laiss\u00e9 continuer sans un mot parce que j\u2019avais soudain l\u2019impression de comprendre une langue qui m\u2019\u00e9chappait jusque-l\u00e0. D\u2019assister \u00e0 un miracle, de voir une br\u00e8che inesp\u00e9r\u00e9e se dessiner dans l\u2019\u00e9paisseur d\u2019une cr\u00e9ature qu\u2019on s\u2019est habitu\u00e9 \u00e0 fr\u00e9quenter sans en saisir tous les aspects \u2013 et c\u2019est heureux je crois, c\u2019est heureux de cultiver le myst\u00e8re. <em>C&rsquo;est bien la pire peine De ne savoir pourquoi Sans amour et sans haine Mon coeur a tant de peine<\/em>. Il a sifflot\u00e9 toute la m\u00e9lancolie du monde sur la m\u00eame tonalit\u00e9, avec la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d\u2019un chant d\u2019oiseau qui sit\u00f4t la derni\u00e8re strophe termin\u00e9e s\u2019est envol\u00e9 sans faire d\u2019histoires.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#36 Histoires de rituels<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ouvrir ses oreilles avant d\u2019ouvrir ses yeux. \u00c9teindre le r\u00e9veil, trois fois, minimum. Bouder la radio et lancer Twitch, sans regarder l\u2019\u00e9cran. \u00c9couter l\u2019ami qui depuis quelques temps lit pour moi les journaux et me laisse les mains libres pour m\u2019adonner aux gestes rituels. <\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00eames gestes, peu de mots encore. Il faudra attendre quelques heures pour que la parole reprenne, je me le reproche parfois mais je ne suis plus tout seul \u00e0 cultiver le brouillard. \u00c9couter oui sans probl\u00e8me, attentivement m\u00eame. Parler, \u00e9crire, il faudra attendre un peu. Ou peut-\u00eatre faudra-t-il forcer l\u2019exp\u00e9rience un jour d\u2019aventure. Demain, je le ferai. Demain. C\u2019est programm\u00e9. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 un rituel. Quinze minutes d\u2019\u00e9criture pour inventer les r\u00eaves qui m\u2019ont \u00e9chapp\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>Les mails du matin je ne les d\u00e9couvre jamais. Ce que je d\u00e9couvre, c\u2019est les avoir d\u00e9j\u00e0 lus la veille ou au r\u00e9veil peut-\u00eatre, sans m\u2019en rendre compte. Je ne me rends plus compte de ce que je vois sur mes \u00e9crans. Alors ces mails, je les lis avec la d\u00e9sagr\u00e9able impression que quelqu\u2019un d\u2019autre que moi a fait le boulot. Qu\u2019il m\u2019a laiss\u00e9 le cadeau empoisonn\u00e9 d\u2019y r\u00e9pondre quand y r\u00e9pondre prend quelque chose de moi que je pourrais mettre ailleurs. Et c\u2019est souvent ce qui me fait lever de ma chaise. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est devenu rituel \u00e7a aussi. Je viens \u00e0 peine de me mettre au bureau que je me l\u00e8ve d\u00e9j\u00e0. Je prends un livre au hasard. Les meilleures pages du jour sont lues debout pr\u00e8s de la fen\u00eatre, le manteau encore sur les \u00e9paules le temps que le radiateur fasse son travail et que le caf\u00e9 chauffe et d\u00e9borde parce que j\u2019ai lu un jour que le caf\u00e9 br\u00fble clapet ferm\u00e9, le caf\u00e9 ne me pr\u00e9vient jamais qu\u2019il monte. Plus tard je lirai plus longtemps, sur l\u2019\u00e9cran ou ailleurs, mais ces pages-l\u00e0, elles sont pr\u00e9cieuses puisque presque vol\u00e9es. Elles sont comme les minutes de sommeil qu\u2019on grappille apr\u00e8s la sonnerie du r\u00e9veil avec un plaisir coupable. Elles me laissent un go\u00fbt tenace qui me suit toute la journ\u00e9e. J\u2019en r\u00eave en tout cas, souvent je les oublie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#35 <\/strong>Une histoire de pr\u00e9noms<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 \u2018\u2019 D\u2019accord mais de toute fa\u00e7on je ne retiens pas les pr\u00e9noms\u2019\u2019. Il est d\u00e9j\u00e0 loin quand il me balance \u00e7a en l\u2019air, pas d\u00e9sol\u00e9 du tout de tirer un trait sur nos pr\u00e9sentations, \u2018\u2019moi non plus\u2019\u2019 je r\u00e9ponds b\u00eatement, alors que alors que c\u2019est faux, compl\u00e8tement faux, je rumine \u00e7a tout le retour, je les retiens toujours. Les paroles de chansons, les entames de roman, les vers d&rsquo;anthologie, les codes de carte bleue , les titres de films, les noms d\u2019acteurs jamais, je ne les retiens jamais mais leurs pr\u00e9noms, toujours les pr\u00e9noms, n\u2019importe quel pr\u00e9nom que je rencontre \u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;oubli. Et derri\u00e8re la rancoeur je l\u2019envie Pierre-Alexandre de r\u00e9server sa m\u00e9moire pour d\u2019autres choses, s\u00fbrement plus importantes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#34 Une histoire pour<\/strong> <strong>?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le sommeil coupable d\u2019\u00eatre rest\u00e9 au lit trop longtemps pendant que d\u2019autres travaillent et gagnent leur vie, est-ce que je perds la mienne roul\u00e9 en boule sous la couette en pleine journ\u00e9e avec une fi\u00e8vre trop l\u00e9g\u00e8re pour m\u2019excuser, je me plains d\u00e9j\u00e0 de ceux qui n\u2019ont pas pris de nouvelles, qui ne se sont pas inqui\u00e9t\u00e9s de mon absence alors que je m\u00e9rite comme tout le monde un peu de cette piti\u00e9, et ce moment m\u00e9diocre que je ne partage qu\u2019avec moi-m\u00eame pourrait servir \u00e0 **** de d\u00e9but de roman.  (et ouais faut deviner)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#33 pour ne rien lire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr je pourrais marcher quelques kilom\u00e8tres et me d\u00e9lester de ce trop-plein par l\u2019effort du corps mais il faudrait passer outre les cris des moteurs et de la vie fixer le sol pour reposer le regard et rien ne serait gagn\u00e9 non ce qui marche pour moi c\u2019est la vidange de mots les barmans le font \u00e0 chaque nouveau f\u00fbt en \u00e9vacuant l\u2019eau du r\u00e9servoir une logorrh\u00e9e du clavier sans interruption sans intentions aucune parler pour ne rien dire \u00e9crire pour ne rien lire. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#32 | Hantez-les<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Son pr\u00e9nom, ind\u00e9modable, revient par vague, et elle avec | L\u2019enfant regarde par une br\u00e8che de la pierre, elle est d\u00e9\u00e7ue de ne pas l\u2019apercevoir mais ne se d\u00e9courage pas | c\u2019\u00e9tait son id\u00e9e de passer le voir mais elle rebrousse chemin et je fanfaronne \u00e0 vouloir faire les pr\u00e9sentations, je n\u2019y crois pas vraiment, c\u2019est pour la blague mais alors pourquoi je b\u00e9gaye autant en lui parlant&nbsp;? | Il parle avec angoisse de cette nuit o\u00f9 un vivant est venu le hanter. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#31 | On a perdu<\/strong>, il m&rsquo;a dit, c\u2019est fini. Il y\u2019a quelques ann\u00e9es encore on pouvait esp\u00e9rer faire autrement, tout cela avait encore du sens mais l\u00e0, il faut se dire les choses, il faut cesser de se mentir, cesser de s\u2019\u00e9puiser, cesser de d\u00e9sesp\u00e9rer de ne pas pouvoir. Il faut commencer \u00e0 faire le deuil, passer \u00e0 autre chose, il m\u2019a dit, c\u2019est fini. J\u2019ai imagin\u00e9 ce que donnerait une manif de perdants, des slogans perdus d\u2019avance. Et j\u2019ai souri. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#30 | Silence ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ils disent qu\u2019au village c\u2019est l\u2019omerta la vieille \u00e0 sa fen\u00eatre confirme ici personne n&rsquo;en parle elle dit pourtant elle ne fait que \u00e7a de parler, que \u00e7a de r\u00e9p\u00e9ter la m\u00eame chose \u00e0 qui veut l\u2019entendre et tous font comme elle tous \u00e0 remplir le silence de mots toujours les m\u00eames et avec eux le vent qui s\u2019invite partout avec pour bagage les bruits du lointain, la rumeur de l&rsquo;autoroute qu\u2019on ne voit pas d&rsquo;ici et la for\u00eat tout autour grouillante le silence est de mise mais il est bien mal gard\u00e9 il hurle. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#29 | La chose dans le ciel <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On n\u2019aurait pas d\u00fb, il n\u2019aurait jamais d\u00fb lever les yeux au ciel, je l&rsquo;ai continu\u00e9 moi mon chemin ce matin-l\u00e0 je suis pass\u00e9 \u00e0 autre chose mais lui n\u2019est plus rest\u00e9 le m\u00eame et j\u2019ai mis des jours \u00e0 comprendre pourquoi apr\u00e8s \u00e7a il traversait le pays en cherchant sans savoir quoi trouver il n\u2019aurait pas d\u00fb, il n&rsquo;aurait jamais d\u00fb imaginer chose plus int\u00e9ressante que nous ici en bas que nos douleurs et nos joies devenues si vaines \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce que lui promettait ce ciel, de ce que lui promettent les&nbsp;abysses sans fond du dehors. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:50%\">\n<p><strong>#28 <\/strong>| <strong>lui rumine<\/strong><\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:50%\">\n<p>Il faut , il faut<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut que<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut que je fasse<\/p>\n\n\n\n<p>Il me faut du temps, il me faut plus de temps pour<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019aurait fallu plus de temps pour<\/p>\n\n\n\n<p>Au lieu de faire<\/p>\n\n\n\n<p>Au lieu de faire \u00e7a j\u2019aurais d\u00fb<\/p>\n\n\n\n<p>Au lieu de faire \u00e7a j\u2019aurais pu<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;aurais pu lui demander de le faire, j&rsquo;aurais tr\u00e8s bien pu<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aurais gagn\u00e9 du temps<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aurais gagn\u00e9 du temps pour m\u2019occuper du reste, \u00e0 quoi d\u2019autre servirait un double de moi ?&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><strong>#27 | Lui<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Je le suis \u00e0 distance, il ne se retourne jamais. Pas curieux pour un sou de ce qui peut lui  arriver dans le dos. J&rsquo;\u00e9tais comme lui, tranquille. Derri\u00e8re moi, personne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il doit savoir qu\u2019il faut partir pour arriver \u00e0 l\u2019heure mais il r\u00e9siste au temps sans que je comprenne pourquoi.<\/p>\n\n\n\n<p>Bouche b\u00e2illonn\u00e9e de toute sa main qui sert de support \u00e0 sa t\u00eate. Ou il r\u00e9fl\u00e9chit, ou il s\u2019\u00e9parpille. <\/p>\n\n\n\n<p>Plus je le regarde, moins je sais ce qui m\u2019attends.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a la chance d&rsquo;avoir un temps d\u2019avance et n\u2019en profite pas. Il pense \u00e0 autre chose en croisant son regard alors qu&rsquo;elle le regarde vraiment, elle. Je sais d\u00e9j\u00e0 ce qu&rsquo;il va oublier. Je ferais un meilleur double que lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00eave que je suis en train de le suivre mais qu\u2019au d\u00e9tour d\u2019une rue ou d\u2019un caf\u00e9 je r\u00e9alise mon erreur, tout ce temps j&rsquo;ai suivi quelqu&rsquo;un qui lui ressemblait beaucoup mais qui n&rsquo;\u00e9tait pas lui, je devrais \u00eatre an\u00e9anti d&rsquo;avoir perdu sa trace mais je me sens libre.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><strong>#26 Entendre flou<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Situation g\u00e9opolitique au, temp\u00e9rature en baisse sur l\u2019ensemble du, et un point sur l&rsquo;activit\u00e9 sportive | phrase d\u2019enfant qui ne veut rien dire mais qu\u2019on ne corrige pas, vertige devant le paysage de sens qui s\u2019ouvre \u00e0 nous | du souvenir lointain qui a perdu ses images mais pas son \u00e9motion | de la conversation hach\u00e9e par le r\u00e9seau qu&rsquo;on maudit, plus de mots, conversation r\u00e9duite aux intentions, deux piafs qui dialoguent et qui se comprennent | Bruits infimes des nouveaux voisins \u00e0 travers les murs, pr\u00e9sence pourtant indiscutable | \u2018\u2019enfin tu vois quoi, je sais pas si je suis clair ?\u2019\u2019 | bruits de vaisselle et rires en disent plus qu\u2019une langue que j&rsquo;entends clairement mais que je ne comprends pas | Plus je m\u2019examine, moins je me comprends. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#25 Bol d&rsquo;air<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tenir l\u2019effort, pousser sur les cuisses, sentir par vagues la chaleur irradier sous le manteau sous le bonnet, laisser le corps disparaitre, s\u2019\u00e9vaporer en pens\u00e9es, et puis d\u00e9glutir comme tr\u00e9bucher de l\u2019int\u00e9rieur, subir soudain l\u2019air qui passe, qui use la trach\u00e9e depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, le faire passer par le nez, la bouche, alterner pour le dompter, trop tard, comme ouvrir les yeux \u00e0 mar\u00e9e haute avec l\u2019eau au menton, tout est trach\u00e9e maintenant, le corps n\u2019est plus qu\u2019un endroit o\u00f9 l\u2019air passe. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#24 Attente interdite<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2018\u2019Je vais chez ma daronne, chercher le canap, tu viens avec nous ou tu restes l\u00e0 pour finir&nbsp;? Tu risques d\u2019attendre un peu quoi, si t\u2019es press\u00e9, t\u2019es press\u00e9 je crois, tu m&rsquo;as dit que tu \u00e9tais press\u00e9, tu dois partir \u00e0 pile ou tu peux pousser un peu, tu peux pas, je voulais t\u2019inviter c&rsquo;est pour \u00e7a, \u00e7a me g\u00eane que tu partes sans que, mais pas de soucis merci en tout cas, bien s\u00fbr je te retiens pas, on te retient pas du tout, le seul truc c&rsquo;est que tu risques d&rsquo;attendre si on ne revient pas avant l&rsquo;heure o\u00f9 tu dois partir,  donc vas-y maintenant si tu veux, c&rsquo;est mieux comme \u00e7a, je dis \u00e7a pour toi parce que le temps que je revienne, \u00e7a me g\u00eane vraiment si tu attends, si tu nous attends, c&rsquo;est pas cool du tout, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 sympa d&rsquo;\u00eatre venu, tu vas pas rester pour si peu, on a presque fini, c&rsquo;est rien du tout, non on va pas te faire poireauter tu peux y aller, vas-y, enfin c\u2019est comme tu veux mais oui ahah on te lib\u00e8re ahah.\u2019\u2019<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#23 Les nombres mentent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>25 marches blanches. 18 arbres d\u00e9charn\u00e9s. 2 grues. 42 si\u00e8ges qui s\u2019apparentent \u00e0 des bancs. 108 rambardes. 108 autres plus loin. 24 projecteurs. 52 autres sous le d\u00f4me. 30 personnes en tout. Compter tout sauf l&rsquo;essentiel. Compter ce qui n&rsquo;est pas le Stade et le Stade disparait. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#22 Mauvaise intention<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Perdre un roman policier, un de ces best-seller qui tra\u00eene dans le second rayon de la biblioth\u00e8que, un qu\u2019on ramasserait facilement dans un rayon de la FNAC ou sur le banc d\u2019un square parce que tout le monde connait l\u2019auteur, un qu\u2019on aurait la chance de trouver par hasard, un qui a une valeur commerciale. Glisser dans le livre une petite enveloppe avec la mention \u00ab&nbsp;ne pas ouvrir&nbsp;\u00bb. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, la r\u00e9solution de l\u2019intrigue en une phrase cinglante. Le chanceux \u00e9tait pr\u00e9venu. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"640\" data-id=\"106065\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/01-1-rotated.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-106065\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/01-1-rotated.jpeg 480w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/01-1-315x420.jpeg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"640\" data-id=\"106066\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/02-1-rotated.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-106066\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/02-1-rotated.jpeg 480w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/02-1-315x420.jpeg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"640\" data-id=\"106067\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/03-1-rotated.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-106067\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/03-1-rotated.jpeg 480w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/03-1-315x420.jpeg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p><strong>#21 Faire bouger les <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vouloir retrouver un th\u00e9 merveilleux. Ne plus se rappeler de son nom. Reconna\u00eetre un mot mais pas l\u2019odeur. Reconna\u00eetre l\u2019odeur mais pas la couleur. Fruits rouges et pas fruits noirs. Reconna\u00eetre s\u2019\u00eatre tromp\u00e9. Trop de bo\u00eetes boug\u00e9es, trop de bo\u00eetes ouvertes, trop de \u00ab&nbsp;sentez, \u00e7a vous rappelle quelque chose&nbsp;?&nbsp;\u00bb Feindre de se rapprocher. Feindre le souvenir d\u2019un th\u00e9 qu\u2019on ne connaissait pas avant d\u2019entrer pour en sortir. Regard d\u00e9\u00e7u de la fille&nbsp;; elle sait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#20 L&rsquo;argent <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je sors mon portefeuille mais j\u2019ai peur qu\u2019il se sente insult\u00e9, de le voir se retourner d\u2019un coup, de l\u2019entendre prononcer mon pr\u00e9nom avec le ton de quelqu\u2019un qui est d\u00e9\u00e7u, alors je garde mon portefeuille dans ma main et je le cache \u00e0 moiti\u00e9 derri\u00e8re ma hanche comme si je l\u2019avais sorti pour de faux, comme si je ne voulais pas vraiment payer, comme si je voulais profiter de lui au fond, voil\u00e0 ce qu\u2019il pourrait penser, que je ne veux pas payer mais il paye, il sort sa carte sans une once d\u2019h\u00e9sitation lui, ce sera mon tour la prochaine fois il se dit, je commanderai quelque chose de cher et je lui rendrai la monnaie de sa pi\u00e8ce, il se dit, c\u2019est s\u00fbr, c\u2019est ce que je me dirais, en attendant il paye sans m\u2019accorder un regard et je ne saurai jamais ce qu\u2019il pense de moi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#19 Transaction <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La transaction se fait \u00e0 peine parce que pas le temps, parce que pas plus de temps qu\u2019un petit coucou, un signe de la main, et pourtant, sa mani\u00e8re de faire de ces deux secondes un moment de partage absolu ; magicienne | je vais finir par le boire, son whisky, m\u00eame si je n\u2019aime pas \u00e7a. Mais moi, qu\u2019est-ce que j\u2019offre \u00e0 Kolt\u00e8s&nbsp;? | Nos airs h\u00e9b\u00e9t\u00e9s \u00e0 moi et au livreur \u00e0 qui je tiens la porte ouverte en sortant. En un geste, rendre obsol\u00e8te codes cam\u00e9ras porte blind\u00e9s. Regret imm\u00e9diat d\u2019avoir song\u00e9 \u00e0 me m\u00e9fier.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#18 Recopier c&rsquo;est facile<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2018\u2019Je veux dire qu\u2019il faut&nbsp;<em>croire<\/em>&nbsp;en des choses pour \u00eatre humain vous voyez ? Il faut avoir l\u2019impression que les choses sont&nbsp;<em>vraies<\/em>. Un clown est quelqu\u2019un qui, pour croire \u00e0 quelque chose, donnerait son \u00e2me s\u2019il en avait une. Mais cela lui est impossible, et il se contente de r\u00e9p\u00e9ter fid\u00e8lement les gestes, de plus en plus difficilement, mais en vain. Et nous rions de lui parce que nous reconnaissons que, avec certaines limites, c\u2019est exactement comme \u00e7a que nous sommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Le soir tombait quand Pearson trouva enfin, ou du moins le pr\u00e9tendit-il, une forte pr\u00e9sence aquatique, juste le long de la palissade du jardin. Ils rep\u00e9r\u00e8rent l\u2019endroit avec un pieu, puis entr\u00e8rent dans la cuisine pour r\u00e9gler ce qui \u00e9tait d\u00fb. Le chien resta \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, l\u2019air insult\u00e9, et Mickelsson songea \u00e0 inviter l\u2019animal \u00e0 entrer. Mais il y renon\u00e7a de suite. C\u2019\u00e9tait bizarre, comme il se sentait b\u00eate en pr\u00e9sence de son voisin. Langages trop diff\u00e9rents, sans aucun doute&nbsp;: chaque mot et chaque geste \u00e9chang\u00e9s paraissant \u00e0 demi \u00e9tranger \u00e0 l\u2019autre.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pas d\u2019\u00e9tag\u00e8re encore pour celui-l\u00e0, il ne quitte plus mes sacs, trimball\u00e9 jusque sous l\u2019\u00e9quateur et le volume est comme neuf, couverture souple brillante comme au premier jour, fine tranche bordeaux coll\u00e9e solide comme la coiffe en alu d\u2019une bonne bouteille, typo minime mais pas illisible et un papier bible si fin, si d\u00e9licat qu\u2019on manipule les pages avec le soin d\u2019un croyant pour texte sacr\u00e9. Il p\u00e8se le volume au bout d\u2019une heure de lecture mais on avance dans le r\u00e9cit comme on se fraye un chemin dans la neige et c\u2019est bien comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#17 Mauvaises intentions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pens\u00e9e collect\u00e9e au matin : rendre rue Bonvin si \u00e9troite que son passage deviendrait laborieux voire impossible. De l\u00e0, projet de malveillance arbitraire. Distiller agacement et inqui\u00e9tude au quotidien | places de parkings inutilisables de quelques centim\u00e8tres seulement | senteurs de tabac froid et de sueur dans cin\u00e9mas et restaurants | Photographie de la b\u00eate sur tout morceau de viande achet\u00e9 | portrait n\u00e9crologique dans couloirs d\u2019\u00e9coles | Campagnes de stage de communication malveillante -r\u00e9mun\u00e9rer les inscrits | en ville, plus une seule porte ne peut se fermer. <\/p>\n\n\n\n<p>Catalogue disponible sur commande.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#16 Histoires de v\u00eatements<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Caban de marin gris qui transforme le boulevard en quai, le caf\u00e9 en buvette du port | Jean taille si haute | dans le wagon tous v\u00eatus de noir, toutes mati\u00e8res, la lumi\u00e8re des n\u00e9ons cherche \u00e0 se refl\u00e9ter dans le moindre pli | Au loin, rien qu\u2019un bonnet rouge | Imperm\u00e9able aux plis si nombreux qu\u2019on pense \u00e0 un rideau de th\u00e9\u00e2tre pr\u00eat \u00e0 s\u2019ouvrir | pas de marque placard\u00e9e sur les pectoraux mais un dessin grossier de squelette | V\u00eatements en peau, ce qu\u2019il nous reste d\u2019animal.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#15 l&rsquo;heure du caf\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s, il faut que tu choisisses tes combats | Il est doux et sec, tu vois ce que je veux dire ? | Et l\u00e0 elle ne dit plus rien, elle prend tous les param\u00e8tres en compte | J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s contente d\u2019\u00eatre l\u00e0 et puis [bruit de la machine \u00e0 caf\u00e9] | Demander \u00e7a \u00e0 un ami en pleine journ\u00e9e, c\u2019aurait \u00e9t\u00e9 bizarre non ? | It\u2019s exactly the same but without the chemicals and shit | Il y a une marque que j\u2019adore mais j\u2019ai oubli\u00e9 le nom | Et tu me fais r\u00e9p\u00e9ter en plus ? | Pour l\u2019instant y\u2019a personne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#14. La seconde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>combien de temps m\u2019offrira le jour pour deviser entre chien et loup, d\u00e9j\u00e0 le regret de ce que mon esprit n\u2019a pas encore vu, mes yeux la regarde parce qu&rsquo;elle a presque boug\u00e9 dans le noir, mes yeux la regarde mais ne sauraient me dire tout de suite qu\u2019une fen\u00eatre s\u2019est allum\u00e9e quelque part dans le soir et que j\u2019aurai tout de suite envie de regarder au travers, pour \u00e7a il faudra attendre la deuxi\u00e8me seconde au moins.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#13 Le temps de pause<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si on la fixait l\u00e0 debout dans le caf\u00e9 avant qu\u2019elle n\u2019enfile son manteau, on la prendrait pour une personne \u00e2g\u00e9e ordinaire, fragile, on l\u2019imaginerait chercher la sortie un peu perdue et se diriger dehors le pas mal assur\u00e9, on passerait compl\u00e8tement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son rire d\u2019enfant et de sa r\u00e9partie qui fuse comme un coup de fusil qu\u2019on n\u2019attendait pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#12 Pas de porte<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai toujours une porte \u00e0 poser quelque part, c\u2019est ma pierre angulaire. Entr\u00e9e d\u2019un ailleurs ou sortie de secours. Pas toujours facile \u00e0 trouver, c\u2019est parfois le sujet. D\u2019autres fois elle est ferm\u00e9e pour de bon ou bien c\u2019est un pauvre placard, alors il faut revoir les plans parce que toute la baraque est construite sur cette base, et on maudit l\u2019architecte, et on se jure de commencer le prochain chantier par des fondations en b\u00e9ton arm\u00e9. En attendant on y range ce que l\u2019on veut parce qu&rsquo;elle donne sur un placard ou un d\u00e9barras.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#11 Madeleines <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Des notes de vanille et d\u2019amande, odeur d\u2019un autre monde venu \u00e0 moi | le poids de l\u2019\u00e9dredon sur les \u00e9paules et la veilleuse pr\u00eate \u00e0 s\u2019\u00e9teindre au moindre bruit | Les pentes infinies de la Croix Rousse, une bande en train de se faire que je finirai par rejoindre | l\u2019envie d\u2019\u00e9crire un grand roman en regardant dehors puis, tout de suite, la mauvaise surprise de l\u2019effort \u00e0 produire | le besoin de raconter \u00e0 la grand-m\u00e8re ce qui se tramait dans mes villes imaginaires, puis mes galeries de monstres, pour faire rire les copains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>#10 <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Pendant que je fais fondre un gla\u00e7on sous ma langue dans le plus grand secret, je songe \u00e0 ma carri\u00e8re d&rsquo;espion<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Tandis que nous avons b\u00eatement essay\u00e9 d\u2019\u00eatre joyeux, il a cr\u00e9\u00e9 son entreprise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Pendant que je rassure ma fille sur un jeu de cordes, le monde \u00ab\u00a0sanctionne\u00a0\u00bb la Russie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Tandis que je compte les films qu\u2019il me reste \u00e0 voir, je m\u2019endors au premier chapitre d\u2019un nouveau livre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Tandis qu\u2019il hurle en l\u00e2chant son dernier coup, je songe aux secondes qui pr\u00e9c\u00e8dent l\u2019assaut d\u2019une ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Tandis que je m&rsquo;\u00e9chine \u00e0 ne plus me disperser, mots les j\u2019inverse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>#9 Je ne voulais pas voir<\/strong> le voisin du sixi\u00e8me de peur qu\u2019il me demande des comptes en me secouant brutalement au bord de l\u2019escalier. Il n\u2019a strictement aucune raison de le faire, on se reconna\u00eet \u00e0 peine. Pourtant quelque chose chez lui m&rsquo;inqui\u00e8te, un air trop grave pour son visage de poupon, l\u2019impression qu\u2019il pourrait \u00eatre assez fou pour&nbsp;briser notre contrat. Je ne voulais pas le croiser mais c\u2019est chose faite. On s\u2019est ignor\u00e9 comme d\u2019habitude et au fond c\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a que je ne voulais pas voir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#8 Namedrop<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Daniil Medvedev Marie-Laure Lekieffre John Gardner Nadim Chalach Guissepe Garibaldi Rosa Bonheur Charlotte Kherian Octave Mirbeau Lise Arif Patrick Bui James Ellroy Bernard Squarcini Nathalie Altmann Patricia McGerr Martine Laffon J\u00e9r\u00e9my Rubenstein<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#7 Visages d&rsquo;un trait. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pas besoin de le voir pour savoir qu\u2019il arrive en crachant son aigreur comme la chemin\u00e9e d\u2019un vieux train qui on ne sait par quel miracle avance encore et toujours. <\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019existe seulement parce qu\u2019il tient par la main un gamin dont je connais le pr\u00e9nom et qui a sur le front le m\u00eame air \u00e9tonn\u00e9 de voir que la vie nous \u00e9chappe autant. <\/p>\n\n\n\n<p>Elle se d\u00e9robe en nous montrant son dos, au mieux une m\u00e8che de cheveux, ses mains quand on a la chance de les remarquer entre la machine \u00e0 carte bleu et le caf\u00e9 bouillant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#6 Personne d\u2019autre que moi,<\/strong> ne remarque ce morceau de phrase que j\u2019ajoute chaque fois que je confesse une faiblesse. Je n\u2019ai pas une tare sans que l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re la partage. Ce qui \u00e9tait <em>moi <\/em>devient <em>nous <\/em>par commodit\u00e9. Par l\u00e2chet\u00e9 ? Oui, si vous pr\u00e9f\u00e9rez. C\u2019est vrai, je manque de courage. Pas si souvent que \u00e7a, non, il m\u2019arrive parfois d\u2019\u00eatre plus audacieux que d\u2019habitude, enfin comme tout le monde j\u2019imagine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#5 Ciel(s) du lundi.<\/strong> Et puis dans la ros\u00e9e du ciel, un cercle parfait. Les nuages de brume lui donne un air de mirage mais le voyeur ne se trompe jamais. On pourrait croire pourtant, on pourrait croire que ce qui est l\u00e0 devant moi n&rsquo;est pas le soleil, lil n\u2019\u00e9blouit plus, il ressemble \u00e0 la lune ou un judas de porte au moment du coucher. C\u2019est ce dont je me vanterai ce soir, avoir pu regarder le ciel dans les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#4 Pens\u00e9es de r\u00e9veil<\/strong>. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019il me reste, un brouhaha qui gronde et qu\u2019on&nbsp;aurait envie de fuir. Terreur de l\u2019entre-deux mondes. Une bataille se joue dehors et je ne pourrai rester si mal cach\u00e9 tr\u00e8s longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Rendre la Rue Fran\u00e7ois Bonvin si \u00e9troite que son passage devient difficile pour tous, laborieux, voire impossible.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#3 Il aurait fallu <\/strong>sauter du toit et passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Les entendre m\u2019appeler au loin, puis plus du tout. Se perdre dans la for\u00eat de taule. Ouvrir les bo\u00eetes au hasard. L\u2019une d\u2019entre elle est un navire qui part. Voir de mes yeux ce qui sent si fort et comprendre&nbsp;que les adultes parlent sans savoir. Rentrer la nuit tomb\u00e9e et affronter leurs regards qui ont chang\u00e9. A jamais dans les r\u00e9cits de famille je serai celui qu\u2019on doit surveiller. Les grands se taisent&nbsp;; ils ne sont plus les seuls conteurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#2 Si loin, si loin.<\/strong> D\u2019abord cette odeur tenace de goudron frais et de caf\u00e9 br\u00fbl\u00e9. Le terrain vague, sa longue palissade de b\u00e9ton qui nous s\u00e9pare du monde. Derri\u00e8re, la mer de conteneurs, infinie, je le sais aujourd\u2019hui. Mais nous, les petits, n\u2019avons encore rien vu. Les grands nous aident \u00e0 grimper sur le toit. De ce que j\u2019ai vu, plus aucune image. Seulement l\u2019excitation de ce qu\u2019elles sugg\u00e9raient<em>. Quelque chose doit advenir, nous ne savons pas quoi, nous nous lan\u00e7ons \u00e0 sa recherche<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#1 de l\u2019impr\u00e9vu. <\/strong>Le moment est trop pr\u00e9cieux pour le souiller avec des paroles en l\u2019air. La bi\u00e8re n\u2019est pas tr\u00e8s fra\u00eeche mais elle a quelque chose de savoureux. Le go\u00fbt de l\u2019\u00e9trange. On joue un spectacle de cirque \u00e0 c\u00f4t\u00e9, je n\u2019en ai aucune preuve, les portes coupe-feu font leur travail. Je partirai avant la fin, personne ne saura que j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0, en tenue de sport. La dame du bar m\u2019a d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9. Tout est si facile. Je n\u2019ai pas eu grand-chose \u00e0 faire. Une d\u00e9viation de quelques m\u00e8tres seulement. D\u00e9vier. En faire un principe au quotidien. Faire que mes journ\u00e9e ne se terminent plus jamais.<\/p>\n\n\n\n<p><strong># Prologue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le carnet que je n\u2019ai jamais eu. Sa couverture en cuir a r\u00e9sist\u00e9 au temps\u00a0; elle accroche aux doigts comme un avertissement. De la premi\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re, ses pages sont noircies d\u2019une \u00e9criture limpide, lisible quelle que soit la lumi\u00e8re. Je pioche une phrase ici et l\u00e0, au hasard, et chaque fois c\u2019est un d\u00e9but de roman. Chaque fois c\u2019est un fragment de vie, un bout de m\u00e9moire, un morceau d\u2019\u00e2me. Rien n\u2019est immuable. Je lis et relis la m\u00eame phrase et elle signifie toujours autre chose de plus ambigu\u00eb. Je ne bois plus mon caf\u00e9 et le gar\u00e7on vient me trouver. J\u2019ai le r\u00e9flexe \u00e9trange de recouvrir le carnet avec mon bras pour lui r\u00e9pondre. Je pr\u00e9f\u00e8re le caf\u00e9 froid. Le carnet est num\u00e9rot\u00e9 et dat\u00e9 comme s\u2019il en existait des dizaines avant lui. Des dizaines de tr\u00e9sors peut-\u00eatre perdus \u00e0 jamais. Je le fourre dans mon sac que je glisse entre mes jambes. Je le lirai seul. J\u2019ai un peu honte de le garder pour moi alors je fais une liste de personnes \u00e0 appeler. Je m\u2019\u00e9gare dans mes choix. Je ne sais plus quoi faire. Je recommande un caf\u00e9 et sur mon t\u00e9l\u00e9phone je demande \u00e0 dieu Google ce qu\u2019il faut faire. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il faut faire de la m\u00e9moire des Hommes ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#40 \u00c9pilogue | Carnet volant Je rentrais chez moi en serrant mon tr\u00e9sor sous le bras, le vent me chassait avec les bruits du boulevard et je marchais vite, plus vite que je ne le pouvais, sur un rythme Amapiano, je marchais comme si le carnet que j\u2019avais trouv\u00e9 \u00e9tait la seule chose qui comptait vraiment, la derni\u00e8re chose. Je <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-james-hardy\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Carnet individuel | James Hardy<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":537,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-101916","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101916","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/537"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=101916"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101916\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=101916"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=101916"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=101916"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}