{"id":102558,"date":"2022-12-15T10:43:45","date_gmt":"2022-12-15T09:43:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=102558"},"modified":"2022-12-15T10:43:47","modified_gmt":"2022-12-15T09:43:47","slug":"carnets-individuels-pv","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-pv\/","title":{"rendered":"carnets individuels | PV"},"content":{"rendered":"\n<p>15\/12 <em>routines<\/em><br>Les gestes, c\u2019est selon. Si jour ou nuit, si \u00e9veil r\u00e9el ou insomnie (courte \u00e0 prolong\u00e9e). Enlever le mode avion, scroller. \u00c9couter, regarder, \u00e0 la lumi\u00e8re bleue de l\u2019\u00e9cran. Lire les mails. Penser \u00e0 celui non re\u00e7u. Une semaine me semble un mois. Peut-\u00eatre allumer et lire ce roman ou ce recueil en cours. Attendre pour ne pas r\u00e9veiller les autres. Penser. Parfois \u00e9crire. \u00c9couter sur youtube (cette conf\u00e9rence \u00e0 la cit\u00e9 des sciences). Prendre des notes, faire des captures. Plus tard, prendre un caf\u00e9. Toilette de chat, v\u00eatements. Taxi-woman du matin. Revenir, r\u00e9pondre aux mails. Commenter. Mod\u00e9rer. \u00c9crire. Cuisiner. Lire. <\/p>\n\n\n\n<p>14\/12 <em>la panne<\/em><br>Le mot manquant (toujours au mauvais moment). Sur le bout de la langue, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il rue, qu\u2019il se cabre et refuse de sortir. On le sait l\u00e0, tout proche, mais sauvage. Ne se laisse pas capturer, se r\u00e9fugie on ne sait o\u00f9 derri\u00e8re une synapse molle, une cellule affaiblie du cortex, \u00e0 l\u2019extr\u00eame limite de la m\u00e9moire. L\u00e0 o\u00f9 le mot se cache expr\u00e8s. Des fois je me dis que c\u2019est pure provocation du cerveau pour m\u2019obliger \u00e0 en trouver un autre. A tort ou \u00e0 raison&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>13\/12 <em>une histoire pour&#8230;<\/em><br>Elle enfle sa baudruche ti\u00e8de. Vivante dans son \u00e9tuve. \u00c9lastique et douce. Grossit \u00e0 son allure des plus grandes lenteurs. Son odeur fermentaire un peu aigre et chaude. Tourn\u00e9e retourn\u00e9e sa peau de p\u00e2te molle. Je la fa\u00e7onne \u00e0 ma main, je la p\u00e9tris. Je pense \u00e0 celle qui aurait pu la toucher aussi, la caresser et la rompre, qui aurait pu l\u2019\u00e9crire. Je pense \u00e0 Colette en travaillant ma p\u00e2te \u00e0 pain.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/DSC_0335-perle-vallens.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-109664\" width=\"488\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/DSC_0335-perle-vallens.jpg 599w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/DSC_0335-perle-vallens-420x288.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 488px) 100vw, 488px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><br>12\/12 <em>du vide<\/em><br>Stopper les machines en plein oc\u00e9an sans risquer l\u2019avanie. C\u2019est l\u2019oubli de la vague. La suspendre, abandonner jusqu\u2019\u00e0 son fr\u00e9missement. Gagner l\u2019immobilit\u00e9 et c\u2019est dans l\u2019espacement que l\u2019on voit mieux le vide, dans l\u2019immensit\u00e9. Laisser son c\u0153ur en bordure, l\u2019apn\u00e9e se trouve mieux en fermant les yeux en bouchant les oreilles. Fermer les \u00e9coutilles. S\u2019abandonner sans radar, trouver e flux blanc, ce hors tout. Ralentir la respiration jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arr\u00eat presque. L\u2019arr\u00eat complet des machines.<\/p>\n\n\n\n<p>11\/12 <em>les morts<\/em><br>Il y a cette carte d\u2019identit\u00e9 que j\u2019ai gard\u00e9e. Nom prime sur celle d\u2019\u00e9pouse, pr\u00e9noms tremblent sur les lignes qui font des vagues bleues, entrelac\u00e9es. Et cette signature, souvent contrefaite. Il y a la photo o\u00f9 tu souris (c\u2019\u00e9tait encore autoris\u00e9 sur les papiers officiels). Regard vif qui semble vouloir dire tant de choses. De celles que tu as tues (les dirais-tu aujourd\u2019hui&nbsp;?). La pudeur ferme mieux la bouche que la mort. Et il y a la date de validit\u00e9, jamais atteinte.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221215_102359-1024x520.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-109663\" width=\"259\" height=\"131\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221215_102359-1024x520.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221215_102359-420x213.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221215_102359-768x390.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221215_102359-1536x780.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221215_102359-2048x1040.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 259px) 100vw, 259px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>10\/12 <em>d\u00e9sarroi, col\u00e8re (podcast)<\/em><br>On ne peut taire l\u2019intarissable. On ne peut enduire le r\u00e9el, le cacher dans nos poches, l\u2019enfouir pour ne plus le voir. On ne peut que colmater les br\u00e8ches. L\u2019\u0153il reste ouvert et lucide. S\u2019interdit de se refermer. Se scl\u00e9roserait transi. S\u2019effriterait sous l\u2019assaut des images du monde. Il faut savoir accueillir jusqu\u2019\u00e0 l\u2019immonde m\u00eame si c\u2019est dur. Les saccades, les guerres, les v\u00e9rit\u00e9s quotidiennes. La peau se tanne, celle de la paupi\u00e8re, fig\u00e9e dans l\u2019effroi jusqu\u2019\u00e0 trouver la voix pour crier.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/accueillir-limmonde.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p>9\/12<em> fait divers<\/em><br>Exclu ce lyc\u00e9en surdou\u00e9 qui avait r\u00e9ussi \u00e0 percer l\u2019espace num\u00e9rique de travail de son \u00e9tablissement. <em>Identifi\u00e9 avec l\u2019aide de l\u2019informaticien et de la police<\/em>, nous dit-on. Puis conseil de discipline et exclusion d\u00e9finitive. Quelle tristesse ce talent si mal employ\u00e9. L\u2019ennui avant le vice, l\u2019\u00e2ge des d\u00e9fis souvent stupides ou dangereux (pour que jeunesse se passe), l\u2019ado d\u00e9s\u0153uvr\u00e9, que lui est-il pass\u00e9 par la t\u00eate&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>8\/12 <em>je n&rsquo;aurais pas d\u00fb<\/em><br>Je n&rsquo;aurais pas d\u00fb. Je n&rsquo;aurais pas d\u00fb lui dire \u00e7a. Je n&rsquo;aurais pas d\u00fb m&#8217;emporter, me laisser submerger par l\u2019agacement. J&rsquo;aurais d\u00fb me contenir. J&rsquo;aurais d\u00fb garder ce flegme qui sauve, ou affecter cette froide indiff\u00e9rence qui emp\u00eache les mots de fuser, de vriller sans ma\u00eetrise. Ce qui explose laisse toujours des traces. Cette blessure que j\u2019ai caus\u00e9e, soit elle s&rsquo;agrandit dans la journ\u00e9e, soit elle se r\u00e9sorbe d&rsquo;elle-m\u00eame mais il en restera une petite cicatrice.<\/p>\n\n\n\n<p>7\/12 <em>ruminer<\/em><br>Revient en boucle. Ressasse circulaire. Creuse toujours le m\u00eame sillon, sec d\u2019\u00eatre retourn\u00e9 sans \u00eatre humect\u00e9, pierreux, s\u2019\u00e9vide et se comble dans le m\u00eame geste qui racle la m\u00eame veine. O\u00f9 se trouve le sang, la force, le sens. Fuseau horaire inchang\u00e9, la voix s\u2019\u00e9corche de ne pas dire plus, ailleurs, de sertir sa part de vide, son inertie. Le sas s\u2019ouvre et se referme avec une constance de n\u00e9vrose, la r\u00e9p\u00e9tition saccad\u00e9e de l\u2019autiste.<\/p>\n\n\n\n<p>6\/12 <em>pas moi, mon double<\/em><br>Victime ou bourreau. Ou rien qu\u2019une absence au miroir, qui se regarde dans le vide. Creuse et poursuit dans la faille ce que je ne dis pas, ce dont je refuse de me parler. Ce qu\u2019au mieux je dis tout bas. Je me tends un tort dont je ne sais quoi faire. Une culpabilit\u00e9 comme monnaie de ma pi\u00e8ce qui ne rach\u00e8te rien. Je fais la sourde oreille. Je ne m\u2019\u00e9coute pas. Je me renfonce toutes les fautes au fond de la gorge pour me faire taire. Aujourd\u2019hui, je continue de m\u2019ignorer.<\/p>\n\n\n\n<p>5\/12 <em>net et flou<\/em><br>Brouill\u00e9e la ligne d\u2019horizon plong\u00e9e dans une brume \u00e9paisse. Invisibles les barres d\u2019immeuble, les panneaux d\u2019affichage, les phares des voitures, les passants. Flou le son d\u2019une tron\u00e7onneuse, le brouhaha de coll\u00e9giens. Ce qui perce&nbsp;: la saign\u00e9e vive des souches d\u2019arbres d\u00e9capit\u00e9s, l\u2019objet rouge dans la gueule du l\u00e9vrier au passage pi\u00e9ton, la mine brute de ce type \u00e0 bonnet qui traverse la ville un document \u00e0 la main (vu ici, revu l\u00e0 \u00e0 plus de 3 km), les nu\u00e9es d\u2019oiseaux qui volent par grappes<\/p>\n\n\n\n<p><em>(oubli\u00e9 la consigne \u00ab\u00a0sans adjectif\u00a0\u00bb)<\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221205_082621_resized_20221207_062801006-1024x505.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-107840\" width=\"549\" height=\"270\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221205_082621_resized_20221207_062801006-1024x505.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221205_082621_resized_20221207_062801006-420x207.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221205_082621_resized_20221207_062801006-768x379.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221205_082621_resized_20221207_062801006.jpg 1152w\" sizes=\"auto, (max-width: 549px) 100vw, 549px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>4\/12 <em>corps<\/em><br>tendon froiss\u00e9 de vieil \u00e9lastique&nbsp;&#8211;&nbsp;tiraill\u00e9 se travaille en longueur surtout pas en force&nbsp;&#8211;&nbsp;s\u2019exercer \u00e0 la souplesse l\u00e0 o\u00f9 le muscle cesse&nbsp;&#8211;&nbsp;ne sait comment tout \u00e7a reprend sa forme initiale&nbsp;&#8211;&nbsp;comment se reconstitue le puzzle&nbsp;&#8211;&nbsp;comment parle le squelette&nbsp;&#8211;&nbsp;onomatop\u00e9es ou rugissements&nbsp;&#8211;&nbsp;osselets se jouent de l\u2019esprit&nbsp;&#8211;&nbsp;l\u00e0 o\u00f9 nerf tendus \u00e0 l\u2019extr\u00eame&nbsp;&#8211;&nbsp;o\u00f9 la douleur o\u00f9 le plaisir quand l\u2019un chasse l\u2019autre&nbsp;&#8211;&nbsp;si la morsure de la peau&nbsp;&#8211;&nbsp;la laisse l\u00e2che sur la chair&nbsp;&#8211;&nbsp;chiennerie le corps<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/dos\u00a9Perle-Vallens-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-107835\" width=\"228\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/dos\u00a9Perle-Vallens-rotated.jpg 444w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/dos\u00a9Perle-Vallens-266x420.jpg 266w\" sizes=\"auto, (max-width: 228px) 100vw, 228px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><br>3\/12 <em>attente<\/em><br>Voiture gar\u00e9e. Enfonc\u00e9e dans mon attente comme dans l\u2019\u00e9toffe froide du duffle-coat sur l\u2019assise us\u00e9e, froide aussi. Le silence gagne l\u2019habitacle en nu\u00e9es progressives, comme le froid. Je piste mes pens\u00e9es dans leur flot discontinu. A un moment, je disparais dans le rien. L\u2019\u00e9veil du n\u00e9ant est la porte qui s\u2019ouvre. Si l\u2019une des filles sort, si les volets roulants sont baiss\u00e9s c\u2019est que l\u2019attente se termine. L\u2019homme qui passe en surplomb de la vitre me fixe. D\u00e9sapprobation du moteur mis en marche. J\u2019ai pens\u00e9 que \u00e7a la ferait venir plus vite.<\/p>\n\n\n\n<p>2\/12 <em>d\u00e9nombrer<\/em><br>Je les ai compt\u00e9es nues. Celles que j\u2019ai manqu\u00e9es, non vues derri\u00e8re les volants, rang\u00e9es dans des gants ou des moufles, cach\u00e9es sous v\u00eatements amples, calfeutr\u00e9es du froid. Au total de ces mains crois\u00e9es, j\u2019ai compt\u00e9 33 d\u2019adultes, vivaces, actives, tenant sac, b\u00e9quille ou caddie, mangeant, tapant sur caisse enregistreuse ou pulv\u00e9risant parfum, se tenant amoureusement. Manucur\u00e9es et lisses, ou sales jusqu\u2019au poignet. Nombre impair quand une sur deux loge dans une poche.<br>Et 92 mains de tout jeunes enfants, errantes ou bien serr\u00e9es dans celle du voisin.<\/p>\n\n\n\n<p><em>(pas s\u00fbre d&rsquo;avoir vraiment bien compris la consigne, mais j&rsquo;ai compt\u00e9)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>1\/12 <em>apprendre \u00e0 perdre<\/em><br>Chercher un nom peu connu&nbsp;et succomber&nbsp;\u00e0 l\u2019orgueil de faire d\u00e9couvrir quelque chose \u00e0 quelqu\u2019un. D\u2019elle, j\u2019ai plusieurs exemplaires, l\u2019un que je pensais offrir. Et du coup,&nbsp;l\u2019offrir \u00e0 un inconnu. Le d\u00e9poser \u00e0 l\u2019aveugle&nbsp;? J\u2019h\u00e9site entre la salle d\u2019attente de la gare, d\u2019un cabinet m\u00e9dical. Finalement, salle des profs d\u2019un lyc\u00e9e. Je ne sais pas o\u00f9 elle se trouve, je fouine, je fur\u00e8te, je finis par demander&nbsp;et confier le livre au bon soin d\u2019une responsable d\u2019\u00e9tablissement curieuse mais sans doute aussi m\u00e9fiante. J\u2019aurais aim\u00e9&nbsp;me carapater,&nbsp;enti\u00e8rement&nbsp;anonyme,&nbsp;le c\u0153ur battant d\u2019un coup commis avec pr\u00e9m\u00e9ditation, et le secret espoir d\u2019une r\u00e9ponse,&nbsp;d\u2019un partage, d\u2019un lien tiss\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Et c&rsquo;est un peu tricher que de choisir le lieu o\u00f9 le livre a le plus de chance d&rsquo;\u00eatre lu, et peut-\u00eatre avec plaisir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221201_153040.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-106336\" width=\"297\" height=\"208\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221201_153040.jpg 800w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221201_153040-420x295.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_20221201_153040-768x540.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 297px) 100vw, 297px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>30\/11 <em>faire bouger les choses<\/em><br>Petit matin, sous l\u2019abribus, des bandes blanches genre polystyr\u00e8ne rest\u00e9es coll\u00e9es \u00e0 la paroi vitr\u00e9e. Emprunter un stylo bille dans la rue. Tracer les mots, l\u2019encre noire dans le sillon que la mine a creus\u00e9, fa\u00e7on tatouage. Ne fonctionne pas, ne s\u2019encre pas. Emprunter un feutre \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que (un stabilo bleu). Ecrire alors quelques vers d\u2019un po\u00e8me r\u00e9cent. Ne pas voir si celle qui attend assise sur le banc se retourne pour lire. Ne pas savoir si la po\u00e9sie changera le r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>29\/11 <em>sc\u00e8ne muette<\/em><br>Pile l\u2019ouverture. Sourire bref, escamot\u00e9 quand je tends mes enveloppes. Je dois utiliser la machine \u00e0 affranchir. Elle me montre comment imprimer trois fois la m\u00eame \u00e9tiquette, touche +. Pour trois enveloppes identiques. C\u2019est cher. Je croyais qu\u2019il y avait un tarif sp\u00e9cial \u00ab&nbsp;livres&nbsp;\u00bb, pas os\u00e9 demander, me regardait d\u2019un air rev\u00eache. J\u2019ins\u00e8re ma carte bleue. Un client m\u2019indique un dernier message sur l\u2019\u00e9cran. Quel indice de satisfaction&nbsp;? L\u2019\u00e9motic\u00f4ne vert content sera pour la machine seule.<\/p>\n\n\n\n<p>28\/11 <em>service<\/em><br>Salut mutique de remerciement \u00e0 travers le pare-brise. Se laisser passer les uns, les autres quand la rue pluvieuse est engorg\u00e9e de v\u00e9hicule. Comme un lundi matin \u00e0 cette heure-ci, tu te dis. On se remercie mais c\u2019est sans certitude que l\u2019autre nous ait vu \u00e0 travers ce rideau de pluie. Rien \u00e0 voir avec cet autre qui a fait une queue de poisson pour se trouver frein\u00e9 quelques m\u00e8tres plus loin. Pour lui l\u2019invective ne serait pas loin si elle n\u2019\u00e9tait insonoris\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>27\/11 <em>recopier c&rsquo;est facil<\/em>e<br>480 signes, la loi des chiffres 4, 8, 80, sur \u00e9tag\u00e8re fra\u00eechement mont\u00e9e et fra\u00eechement remplie de livres qui commen\u00e7aient \u00e0 s\u2019entasser. Mettons 4\u00e8me \u00e9tag\u00e8re en partant du haut, 8\u00e8me livre en partant de la droite, page 80, 8\u00e8me ligne. Nous y voici. Couverture grise, angle de la 4\u00e8me de couverture un peu corn\u00e9. Contrairement \u00e0 ce passage choisi de fa\u00e7on al\u00e9atoire, ce n\u2019est pas un livre \u00e9rotique (ceux-l\u00e0 sont rang\u00e9s ailleurs, invisibles).<br><em>Il remet son masque pour cacher les grimaces humides qui d\u00e9forment son visage. La lumi\u00e8re d\u2019une ampoule dessine des ombres mouvantes sur son corps nu. Il se branle de plus en plus vite, le regard vague, d\u00e9j\u00e0 suppliant. Puis il \u00e9jacule dans le cendrier, sur son p\u00e9tard \u00e9teint. Je coupe la webcam et j\u2019allume la musique. Le pr\u00e9lude en do di\u00e8se de Rachmaninov couvre le bruit du moteur qui gronde entre mes cuisses. Le masque m\u2019\u00e9touffe. Sur le mur face \u00e0 moi, deux fant\u00f4mes me sourient en noir et blanc<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>26\/11 <em>embellissements<\/em><br>Supprimer les \u00e9clairages publics et enseignes lumineuses quelques heures la nuit, pas tant pour les \u00e9conomies d\u2019\u00e9nergie mais pour qu\u2019enfin nous puissions tous voir les constellations.<br>Diffuser dans la ville musique zen, bruits de la nature ou son asmr pour adoucir les m\u0153urs. Emp\u00eacher toute tentative de cr\u00eapage de chignon ou de castagne pr\u00e9ventivement par une substance rendue licite pour l\u2019occasion. Interrompre toute invective ou insulte d\u2019une friandise dans les bouches pour les clore.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/P1390419-Exterieur-nuit\u00a9Perle-Vallens-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-105554\" width=\"201\" height=\"357\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/P1390419-Exterieur-nuit\u00a9Perle-Vallens-rotated.jpg 281w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/P1390419-Exterieur-nuit\u00a9Perle-Vallens-236x420.jpg 236w\" sizes=\"auto, (max-width: 201px) 100vw, 201px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>25\/11 <em>floril\u00e8ge vestimentaire<\/em><br>Veste matelass\u00e9e noire, jean slim, tennis dor\u00e9es \u00e0 lacets blancs. Parka vieux rose pour vieille dame, ses souliers noirs comme des pantoufles, \u00e0 pas vifs. Pull c\u00f4tel\u00e9 \u00e9cru d\u2019o\u00f9 \u00e9merge le col montant volant\u00e9 d\u2019un chemisier vernis <em>rouge dahlia<\/em> pour attirer le regard. Vert amande les manches de pull en laine d\u00e9passant de la blouse blanche \u00e0 croix verte dans le dos. Deux pantalons noirs, deux hauts beiges (blouson &amp; polaire) se tiennent par la main, tirant aussi une valise \u00e0 roulettes. Pull bariol\u00e9 \u00e0 col boule, sac sur l\u2019\u00e9paule, imperm\u00e9able \u00e0 la main, chignon haut flou et \u0153il tr\u00e8s charbonneux (un raton laveur). Deux bleus de travail, un tee-shirt \u00e0 manche courte orange sous une pluie drue, un cycliste noir et sweat bleu manches retrouss\u00e9es aux coudes, queue de cheval haute. Trench noir, pantalon noir \u00e9vas\u00e9 en bas, bottines vernies (noires aussi) o\u00f9 brillent les gouttes de pluie.<\/p>\n\n\n\n<p>24\/11<em> cut-up<\/em><br>tu me l\u2019as d\u00e9j\u00e0 dit&nbsp;|&nbsp;dans l\u2019oreille&nbsp;|&nbsp;souffle&nbsp;!&nbsp;| c\u2019est vert&nbsp;|&nbsp;attends&nbsp;|&nbsp;le feu&nbsp;|&nbsp;\u00e7a va m\u2019handicaper&nbsp;|&nbsp;je le m\u00e9rite&nbsp;|&nbsp;c\u2019est la vie&nbsp;|&nbsp;ce truc qui flotte&nbsp;|&nbsp;c\u2019est moche&nbsp;|&nbsp;il dit qu\u2019il est heureux&nbsp;|&nbsp;il tire sur sa laisse&nbsp;|&nbsp;je veux l\u2019embrasser et l\u2019\u00e9trangler en m\u00eame temps&nbsp;|<\/p>\n\n\n\n<p>23\/11 <em>en une seconde<\/em><br>En une seconde, je le vois avancer vers moi. Je vois son \u0153il pirate qui transperce la grisaille de son pansement blanc tandis que l\u2019autre est aveugl\u00e9 par le soleil mais me sourit quand m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>22\/11 <em>arr\u00eater le monde<\/em> (transmission tardive)<br>Le son avant l&rsquo;image. Coups de klaxon r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Dans le r\u00e9tro gauche, image fig\u00e9e de phares aveuglants. A peine visible, le pare-choc. Le monde comme coup\u00e9 en deux dans le champ de vision. Le vide se creuse et le coeur s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re. Mais le regard reste dans une \u00e9trange fixit\u00e9, revenu sur l&rsquo;horizon clairsem\u00e9 de voitures devant moi. Un blanc se prolonge d&rsquo;h\u00e9b\u00e9tude, d&rsquo;absence, avant que j&rsquo;entende \u00e0 nouveau le klaxon, sur ma droite cette fois-ci. Avant que je n&rsquo;aie le temps de m&rsquo;offusquer, que la col\u00e8re ne monte. La voiture a mang\u00e9 trois voies d&rsquo;un coup ayant failli me heurter.<\/p>\n\n\n\n<p>21\/11 <em>les dessous<\/em><br>Les dessous, chics ou non, c\u2019est se d\u00e9voiler le moins possible (au d\u00e9but). La couche est \u00e9paisse mais molle, meuble. Il ne faut pas racler longtemps pour faire sortir les monstres, pour ouvrir les vannes. Il ne faut pas trop gratter et \u00e7a gicle \u00e0 mots vifs, \u00e7a fuse, \u00e7a fourmille dans la mati\u00e8re brute. Pluie d\u2019or ou de sang, quel minerai pour quel fa\u00e7onnage, quels cris de b\u00eates \u00e0 apprivoiser, \u00e7a cr\u00e8ve mes plafonds d\u2019o\u00f9 tombe je ne sais quel fracas de souvenirs pour nourrir mes b\u00e9ances.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/grisailles\u00a9Perle-Vallens-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-103273\" width=\"267\" height=\"401\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/grisailles\u00a9Perle-Vallens-rotated.jpg 400w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/grisailles\u00a9Perle-Vallens-280x420.jpg 280w\" sizes=\"auto, (max-width: 267px) 100vw, 267px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Gratter les grisailles pour trouver la lumi\u00e8re<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>20\/11 <em>Lire et \u00e9crire<\/em><br>Etait-ce d\u00e9j\u00e0 lire en CP&nbsp;? En tout cas faire le lien entre lire et \u00e9crire. Jusqu\u2019au CM2, les premi\u00e8res glorieuses r\u00e9dactions. L\u00e0 vient l\u2019id\u00e9e de raconter une histoire. Je disais avec emphase que j\u2019\u00e9crivais un <em>roman<\/em> (jamais termin\u00e9). Une comtesse, un jardin fleuri, un orphelin adopt\u00e9, sous influence de la S\u00e9gur, de contes, de chansons&nbsp;:&nbsp;il y avait ce lit creus\u00e9 d\u2019une rivi\u00e8re o\u00f9 les cheveux s\u2019abreuvaient. Ce qui \u00e9tait d\u00e9go\u00fbtant et fascinant \u00e0 la fois. L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>19\/11 <em>Pendant que<\/em><br>Pendant que les bruits ext\u00e9rieurs cr\u00e8vent le silence d\u2019un petit matin assourdi, mon cerveau bouche expr\u00e8s mes oreilles&nbsp;|&nbsp;Pendant que je me tais, les mots tentent une sortie (en force)&nbsp;|&nbsp;Pendant que je brouillonne, les mots m\u2019appellent, ils s\u2019imposent et composent sans moi. Ils prennent leur ind\u00e9pendance&nbsp;|&nbsp;Pendant qu\u2019elles s\u2019obligent, je go\u00fbte ma libert\u00e9&nbsp;|&nbsp;Pendant que la vie mijote (sans couvercle dessus), quelque chose quelque part br\u00fble&nbsp;|&nbsp;Pendant qu\u2019une ombre dispara\u00eet, le soleil en profite pour en faire na\u00eetre une autre.<\/p>\n\n\n\n<p>18\/11 <em>Ne pas s&rsquo;attarder<\/em><br>Non je ne vais pas soulever les dessous des mots. Je ne vais pas d\u00e9tacher le pansement des anciennes blessures, des ranc\u0153urs. Non je ne vais pas retirer la couche mince et ignorer le suintement, la su\u00e9e f\u00e9roce, les mauvais desseins. Surtout ne pas s\u2019attarder sur les mots qui grattent, qui iront au sang (ou \u00e0 la rouille). Plut\u00f4t pl\u00e2trer d\u2019empathie la fausse indiff\u00e9rence mais avec ce sursaut des lendemains. Plut\u00f4t garder lisse la peau des non-dits, ce blanc neutre qui ne dit rien. Au moins pour aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>17\/11 <em>Noms<\/em><br>Fr\u00e9d\u00e9ric Mistral Alexis Gruss Jocelyn Quivrin Rudolf Steiner Millie Duy\u00e9 Bastien Loukia Jean-Louis Trintignant Jean Moulin Andr\u00e9e Michaud Doroth\u00e9e Volut Giampietro Campana Gaspard No\u00e9<br>(et les autres)<\/p>\n\n\n\n<p>16\/11 <em>Visages<\/em><br>de loin visage coll\u00e9 au smartphone, coup\u00e9 en deux haut fixe sans regard presque, bas mobile la bouche est une porte battante par grand vent&nbsp;|&nbsp;face lunaire teint brouill\u00e9 brumeux renfrogn\u00e9 le regard par en-dessous et cette chevelure grise d\u00e9coiff\u00e9e brouillonne sale&nbsp;|&nbsp;bienveillance de l\u2019enfance souriante et serviable (premier stage&nbsp;?) l\u2019\u0153il vif rieur toute l\u2019\u00e9nergie r\u00e9side ici je ne sais rien du reste.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>15\/11 <em>Personne d&rsquo;autre que moi<\/em> <em>n&rsquo;aurait remarqu\u00e9 que<\/em><br>Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 ce regard qui se d\u00e9cale, ce visage qui se perd dans l\u2019ombre (m\u00eame sans ombre). Personne n\u2019aurait identifi\u00e9 ce fin liser\u00e9 sous l\u2019\u0153il ni ce vide dans la pupille (qui ne dit rien sinon le vide). Personne n\u2019aurait compris que quelque chose s\u2019\u00e9tait immisc\u00e9 quelque part sous la bo\u00eete cr\u00e2nienne qui cherchait \u00e0 s\u2019\u00e9vader par la fente mince, \u00e9troite de la paupi\u00e8re. Quelque chose comme un d\u00e9sarroi, l\u2019impression d\u2019une fuite, d\u2019une fonte de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>14\/11 <em>Ciel<\/em><br>sans agitation les nuages ne montrent aucun signe d\u2019animosit\u00e9<br>sont d\u2019immobiles argiles souples l\u00e9g\u00e8res d\u2019une clart\u00e9 ambigu\u00eb<br>flottent en nappes d\u00e9shabit\u00e9es dans ce premier bain du jour<br>d\u2019un gris de poussi\u00e8re p\u00e2li et confus comme brouill\u00e9<br>rien ne suinte rien ne perle ne d\u00e9teint dans le silence<br>rien ne menace la contention du ciel en suspens<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"489\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-PV-1024x489.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-102574\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-PV-1024x489.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-PV-420x201.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-PV-768x367.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-PV-1536x734.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-PV-2048x979.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>13\/11 <em>Phrase<\/em><br>La nuit, sa texture de latex liquide.<\/p>\n\n\n\n<p>12\/11 <em>Il aurait fallu<\/em><br>A surgi dans l\u2019angle, ombre aux contours flous, visible \u00e0 peine dans la nuit noire. J\u2019ai aper\u00e7u la silhouette d\u2019un homme \u00e0 travers la vitre, c\u00f4t\u00e9 passager. Marchait sur le bas-c\u00f4t\u00e9 de la nationale. N\u2019avait pas de gilet jaune, de v\u00eatement fluorescent, de lampe frontale. Aucune phosphorescence permettant d\u2019\u00eatre vraiment vu. Dangereux, je me suis dit. Peut-\u00eatre \u00e9tait-il en panne, peut-\u00eatre aurais-je du m\u2019arr\u00eater, porter secours. Mais j\u2019ai poursuivi ma route, en direction oppos\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>11\/11 <em>Si loin<\/em><br>La voix m\u2019\u00e9chappe. Je me rappelle les mots, la bouche qui les dit. Mais c\u2019est comme s\u2019il y avait un d\u00e9calage entre le son et l\u2019image. Je reconnais les modulations pourtant et la fr\u00e9quence&nbsp;: du c\u0153ur. L\u2019inflexion est juste mais la tonalit\u00e9 inexacte. La tessiture vibre dans une autre octave, inconnue et famili\u00e8re \u00e0 la fois puisque retranscrite par mon cerveau. Je visualise les l\u00e8vres, le sourire mais la voix, elle, me fuit.<\/p>\n\n\n\n<p>10\/11 <em>Impr\u00e9vus<\/em><br><em>Laisser votre voiture peut vous sauver la vie<\/em>. Il a fallu s\u2019approcher pour comprendre. C\u2019est en cas d\u2019inondations et c\u2019est \u00e9trange car le gars sur l\u2019affiche sirote tranquillement son caf\u00e9. Peut-\u00eatre que le message c\u2019est de garder son calme&nbsp;? Peut-\u00eatre qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 faire d\u2019autre que regarder les voitures flotter, qu\u2019attendre que \u00e7a passe. Ne pas prendre la voiture, oui, ne rien faire, pas moyen quand on est envahi, mais \u00e9vacuer, \u00e9coper, essorer. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/laisser-votre-voiture-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-102569\" width=\"220\" height=\"205\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/laisser-votre-voiture-1.jpg 512w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/laisser-votre-voiture-1-420x391.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>15\/12 routinesLes gestes, c\u2019est selon. Si jour ou nuit, si \u00e9veil r\u00e9el ou insomnie (courte \u00e0 prolong\u00e9e). Enlever le mode avion, scroller. \u00c9couter, regarder, \u00e0 la lumi\u00e8re bleue de l\u2019\u00e9cran. Lire les mails. Penser \u00e0 celui non re\u00e7u. Une semaine me semble un mois. Peut-\u00eatre allumer et lire ce roman ou ce recueil en cours. Attendre pour ne pas r\u00e9veiller <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-pv\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">carnets individuels | PV<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":546,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-102558","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/102558","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/546"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=102558"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/102558\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=102558"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=102558"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=102558"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}