{"id":102922,"date":"2023-01-03T11:39:42","date_gmt":"2023-01-03T10:39:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=102922"},"modified":"2023-01-08T19:05:09","modified_gmt":"2023-01-08T18:05:09","slug":"carnet-individuel-pascale-sablonnieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-pascale-sablonnieres\/","title":{"rendered":"Carnet individuel &#8211; Pascale Sablonni\u00e8res"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>#38 strat\u00e9gie du r\u00eave<\/p>\n\n\n\n<p>Ils filent comme des nuages par grand vent. Le vent qui souffle ce sont mes paupi\u00e8res qui s\u2019ouvrent, mes sens qui affrontent la mat\u00e9rialit\u00e9 du matin. Fugaces, partis sans moi, ils me laissent en plan, mes r\u00eaves. Aucune strat\u00e9gie en \u0153uvre ni de leur part ni de la mienne. Ils filent o\u00f9 ils veulent, libres dans leur l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 grave mais laissant leur impact \u00e9motionnel. Puis un jour, au d\u00e9tour d\u2019une phrase, une impression de d\u00e9j\u00e0-vu, n\u2019est-pas eux qui se joueraient de moi?<\/p>\n\n\n\n<p>#37 par c\u0153ur<\/p>\n\n\n\n<p>Ce devait \u00eatre en classe de 3 me que la professeur de fran\u00e7ais, qui nous avait fait d\u00e9couvrir le Th\u00e9\u00e2tre du Soleil et le roman \u00ab&nbsp;\u00c9lyse ou la vraie vie \u00bb&nbsp;de Claire Etcherelli, nous avait impos\u00e9 Barbara de Jacques Pr\u00e9vert.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Rappelle-toi Barbara<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-l\u00e0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et tu marchais souriante<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c9panouie ravie ruisselante&#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens aussi que souvent j\u2019\u00e9coutais la c\u00e9l\u00e8bre chanteuse en noir du m\u00eame pr\u00e9nom, que j\u2019aurais plus volontiers appris les paroles d\u2019une de ses chansons, qui me touchaient, que du Pr\u00e9vert.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#36, Routine, lire, \u00e9crire<\/p>\n\n\n\n<p>Avant tout, au r\u00e9veil, boire de l\u2019eau, doucement. Pas r\u00e9veill\u00e9e, ne pas parler, ne pas trop me parler. D\u00e9plier et chausser mes lunettes dans le silence du matin. Assise, ne pas trop m\u2019agiter, ne pas m\u2019\u00e9trangler en lisant les titres sur mon t\u00e9l\u00e9phone, du journal du matin. Diff\u00e9rer l\u2019ouverture des articles \u00e0 plus tard. Manger quelque chose, boire du th\u00e9, beaucoup de th\u00e9. Laisser du temps entre chaque geste, Lire les quelques sms ou messages sur whatsap, puis les mails. Entre ceux provenant d\u2019une liste de diffusion et les autres, les personnels, d\u2019abord consulter les personnels. \u00c9viter d\u2019ouvrir les messages qui risquent d\u2019\u00eatre contrariants surtout avant d\u2019\u00eatre \u00e0 m\u00eame de m\u2019en d\u00e9fendre. Ensuite regarder les pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9o, esp\u00e9rant qu\u2019elles soient en accord avec mon envie de lumi\u00e8re. Commencer \u00e0 avoir assez bu de th\u00e9, et laisser les mots sortir, les miens enfin ceux qui veulent venir, ceux qui \u00e9mergent. \u00c9viter les pens\u00e9es plombantes, les choses encombrantes de l\u2019organisation de la vie mat\u00e9rielle. La danse des mots, des images et les associations d\u2019id\u00e9es peuvent arriver, j\u2019ai de quoi noter, j\u2019\u00e9cris \u00e0 la main sur de grandes feuilles de brouillons, bic noir, graphie peu lisible, mots en d\u00e9sordre sur la feuille, noir sur blanc&nbsp;.Et le temps de l\u2019\u00e9criture plus ordonn\u00e9e va venir, mais plus tard, l\u00e0 c\u2019est encore le matin. Et encore un peu la toute fin de la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>La lecture de roman ce sera dans l\u2019apr\u00e8s midi, ou la soir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas le matin. Pas le matin blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>#35 la panne, l&#8217;embrouille<\/p>\n\n\n\n<p>Impossible de me rappeler le titre ou le nom de l\u2019auteur. Pourtant je revois la couverture claire, la photo sur la une de cet \u00e9pais roman sorti il y a peu, dont \u00ab En attendant Nadeau \u00bb&nbsp;a fait l\u2019\u00e9loge. Alors je raconte en d\u00e9tail ce que je n\u2019ai pas encore lu au libraire. J\u2019insiste. Mais \u00e7a ne lui \u00ab&nbsp;dit rien&nbsp;\u00bb. Je me sens b\u00eate et le trouve incomp\u00e9tent. C\u2019est plus facile de me raconter qu\u2019il ne conna\u00eet pas la litt\u00e9rature qu\u2019autre chose, mais je devrai tout de m\u00eame revenir.<\/p>\n\n\n\n<p>#34 ce serait une histoire pour&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur Didier Daeninckx. Le d\u00e9cor l\u2019usine Berthollet \u00e0 Montreuil. D\u00e9saffect\u00e9e mais remplie de d\u00e9chets chimiques toxiques. Danger. Les pouvoirs publics se renvoient la responsabilit\u00e9. Personnages: le gardien du b\u00e2timent, un groupe de dealers, des \u00e9l\u00e8ves des \u00e9cole et coll\u00e8ge voisins. Quelque chose tourne mal. Par exemples, le gardien blesse gravement un ado zonant le soir vers l\u2019usine ou un dealer y planque sa came mais ne parvient pas \u00e0 y entrer pour la r\u00e9cup\u00e9rer&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>33# faire le vide<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a passe par le corps. Souvent le corps en mouvement. Pour calmer le flux des pr\u00e9occupations, aller, de pr\u00e9f\u00e9rence, marcher. Prendre appui sur le sol et l\u2019air et laisser le souffle traverser les poumons. Si possible que la t\u00eate se vide au passage, que les pens\u00e9es parasites \u00e9chouent dans le silence. Ne pas trop lutter contre ce qui (se) passe alentour et n\u2019\u00eatre que le r\u00e9ceptacle d\u2019un pr\u00e9sent imm\u00e9diat. Seulement \u00e7a, un corps dans l\u2019instant, enfin dans l\u2019id\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p>32# mes morts sont parmi nous<\/p>\n\n\n\n<p>Tu as fait au mieux. Pendant et apr\u00e8s, je te remercie. J\u2019avais trop mal, je ne me sentais pas capable de continuer. Je ne pouvais plus jouer de r\u00f4le, aucun, ni donner quoi que ce soit. Tout \u00e7a tu le sais. Combien d\u2019heures et de nuits m\u2019as-tu veill\u00e9 quand je ne savais plus compter. Et apr\u00e8s tu l\u2019as aid\u00e9e \u00e0 grandir. Je n\u2019aurais pas pu faire plus. Autrement sans doute. J\u2019aimais tant la c\u00e2liner mais \u00e7a ne pouvait pas me suffire pour continuer \u00e0 respirer.<\/p>\n\n\n\n<p>31# de l&rsquo;\u00e9tat du monde<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne veux plus jamais voir cela, ou plut\u00f4t que cela n&rsquo;ai plus de raison d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"614\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/20201031_144732-1024x614.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-108472\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/20201031_144732-1024x614.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/20201031_144732-420x252.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/20201031_144732-768x461.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/20201031_144732-1536x922.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/20201031_144732-2048x1229.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>#30 tout petits faits divers<\/p>\n\n\n\n<p>Cette nuit sur le trottoir des dizaines de bris de verre s\u00e9curit brillent. Un d\u00e9tail pour la passante que je suis, mais pour le ou la propri\u00e9taire de la voiture \u00e0 la vitre fractur\u00e9e, c\u2019est autre chose. Cette voiture, avec sa fen\u00eatre ouverte \u00e0 tous vents, est partie maintenant.&nbsp;Seules restent encore ici ces preuves de cambriolage. Qu\u2019est-ce qui a fait envie au voleur&nbsp;? Qu\u2019a t-il pu d\u00e9rober ? Je n\u2019en saurai rien. Je continue mon chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>#29 on aurait pas d\u00fb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment je n\u2019aurais pas d\u00fb relancer. Je savais qu\u2019il \u00e9tait mieux d\u2019attendre un retour. Qu\u2019est-ce que je risquais \u00e0 patienter? Qu\u2019ai-je imagin\u00e9 qu\u2019on allait me reprocher si je ne me manifestais pas? Rien. Alors pourquoi forcer&nbsp;? Me forcer&nbsp;? Pour avoir l\u2019air impliqu\u00e9e&nbsp;? Quelles images ai-je voulu donner \u00e0 ces gestionnaires, dont je n\u2019ai pas grand-chose \u00e0 faire au fond de leur estime ? Et comme lorsqu\u2019on lance trop fort un boomerang, je me suis pris leur agressivit\u00e9, \u00e9videmment.<\/p>\n\n\n\n<p>#27 pas moi mais mon double<\/p>\n\n\n\n<p>Tellement d\u2019appr\u00e9hension \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019aller chez la dentiste, j\u2019en deviens une autre. Ma bouche ne serait plus la mienne. Par extension je me d\u00e9connecte de l\u2019ensemble de mon corps. Brancher mon cerveau sur le bouton \u00ab&nbsp;pas d\u2019abonn\u00e9e au num\u00e9ro que vous demandez \u00bb&nbsp;et entrer dans le cabinet. Je meurs d\u2019envie de n\u2019\u00eatre pas ici. Pas maintenant, jamais, mais continuer \u00e0 respirer. Puis les radios s\u2019av\u00e8rent conformes, alors je peux \u00eatre. Redevenir moi et \u00eatre pr\u00e9sente au monde.<\/p>\n\n\n\n<p>#26 choses nettes, choses floues<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain des flocons de neige virevoltent doucement. M\u2019empresser de rentrer les oxalis&nbsp; encore en fleur, comme on prot\u00e8ge des enfants en danger. Trois vestes, une capuche, un aller-retour dans la cour. Vite je sors, vite je rentre et d\u00e9pose avec d\u00e9licatesse mes pots sur la table. Avec une loupe et une pince \u00e0 \u00e9piler, j\u2019observe la terre de pr\u00e8s, pour voir si des escargots n\u2019ont pas choisi de s\u2019y r\u00e9fugier. Non, ni neige, ni pr\u00e9dateur. Elles sont sauves.<\/p>\n\n\n\n<p>#25 fragment du corps<\/p>\n\n\n\n<p>Tel un squelette ambulant dans un dessin anim\u00e9, l\u2019\u00e9paule droite craque au moindre des mouvements, et depuis longtemps l\u2019hiver, elle se recroqueville comme si la bretelle d\u2019un sac \u00e0 dos invisible, mais bien trop lourd, la lestait, l\u2019emp\u00eachait de s\u2019ouvrir et de s\u2019\u00e9panouir. Pourtant cette m\u00eame \u00e9paule, arrondie et carr\u00e9e, aux muscles dessin\u00e9s, sous un dos nu, l\u2019\u00e9t\u00e9, revit, rit, bouge et danse. Elle aime la chaleur, la lumi\u00e8re et la libert\u00e9 d\u2019\u00eatre, cette \u00e9paule qui couine.<\/p>\n\n\n\n<p>#24 attendre<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9e sur le quai du m\u00e9tro. Lumi\u00e8re blafarde. Panneau d\u2019affichage, prochain train dans 3 minutes. Voix programm\u00e9e annon\u00e7ant la m\u00eame chose. Parfois un l\u00e9ger d\u00e9calage mais pas l\u00e0. Marcher quelques pas encore. D\u00e9tourner mon regard des publicit\u00e9s murales si laides. O\u00f9 m\u2019arr\u00eater&nbsp;? Rester debout ou m\u2019asseoir&nbsp;? \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de qui&nbsp;? Ce n\u2019est pas important et pourtant. Ou alors rester debout immobile, mais difficile de ne rien faire. Avoir l\u2019air de faire quelque chose, mais quoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>#23 d\u00e9nombrer <\/p>\n\n\n\n<p>Entre chez moi et le m\u00e9tro, sans compter les badauds au march\u00e9. Sur le trottoir impair j\u2019ai vu 1 voiture et 1 camionnette stationn\u00e9es, j ai crois\u00e9 7 personnes, 0 chien. \u00c0 arr\u00eat du bus 102 vers Gambetta 9 personnes, \u00e0 l\u2019arr\u00eat dans l\u2019autre sens 3 personnes, 0 \u00e9l\u00e9phant rose. Assis \u00e0 la terrasse du Bar du March\u00e9 2 hommes qui fumaient. Devant la boulangerie les 2 marchands tunisiens de beignets, pr\u00e8s de 2 jeunes rooms faisant la manche, de 5 marchands d\u2019herbes aromatiques mais 0 baobab.<\/p>\n\n\n\n<p>#22 un livre \u00e0 perdre<\/p>\n\n\n\n<p>Ne pas me souvenir du titre de ce roman prim\u00e9 de Chlo\u00e9 Delaume que j\u2019ai d\u00e9pos\u00e9 sur un banc public apr\u00e8s m\u2019\u00eatre impos\u00e9 de le lire, malgr\u00e9 un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat certain, jusqu\u2019au bout. Ne pas croire qu\u2019il faut toujours terminer un livre. Ne pas h\u00e9siter \u00e0 se d\u00e9lester des livres malaim\u00e9s. Ne pas trop s\u2019attendrir sur le fait que le papier provient des arbres. Ne pas trop penser aux arbres en lisant, mais ne pas parvenir \u00e0 me d\u00e9lester du poids de l\u2019hiver.<\/p>\n\n\n\n<p>#21 faire bouger les choses<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9placer les mots, faire tourner les livres libres. Transporter d\u2019une bo\u00eete \u00e0 livres \u00e0 une autre. Pour changer d\u2019air, de quartier, de voisins. Pour acc\u00e9l\u00e9rer la circulation des histoires. Devenir de Mich\u00e8le Obama parti de la Place de la Fraternit\u00e9 pour le Square Parmentier, Debout-Pay\u00e9 de Gauz du Square \u00e0 la Conqu\u00eate du Pain, le Manoir \u00e9carlate de Jean Failler de la boulangerie au Cin\u00e9ma le M\u00e9li\u00e8s. De la biblioth\u00e8que du cin\u00e9ma, j\u2019ai emprunt\u00e9 AOC Fictions 2018, mais laiss\u00e9 le Larousse des vins et des fromages.<\/p>\n\n\n\n<p>#20 la sc\u00e8ne est muette (mais vaut son prix)<\/p>\n\n\n\n<p>Lui, il vendait des serviettes, des torchons color\u00e9s et d\u2019autres petites choses encore. Sous les arches, en bas de la Casbah d\u2019Alger. Elle, elle s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e, a regard\u00e9, saisi et d\u00e9pli\u00e9 un torchon. Elle lui a sans doute demand\u00e9 le prix. Lui a eu un sourire en r\u00e9pondant, presque d\u2019excuse, alors elle a repli\u00e9 le bout de tissus, d\u00e9licatement, mais pas tout \u00e0 fait dans les m\u00eames plis, l\u2019a repos\u00e9. Elle est repartie. Il lui a encore dit quelque chose, mais elle a continu\u00e9 d\u2019avancer. Un peu plus tard, elle est revenue, lui a achet\u00e9 4 serviettes.<\/p>\n\n\n\n<p>#19 transactions<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est vraiment obligatoire de faire r\u00e9aliser tous les travaux que l\u2019architecte expert de la copropri\u00e9t\u00e9 demande&nbsp;? Il doit n\u00e9cessairement valider le devis de r\u00e9fection? On doit se soumettre \u00e0 son avis, quelque soit le montant&nbsp;? M\u00eame sur les parties privatives&nbsp;? Mais qui dans ce vieil immeuble parisien a une salle d\u2019eau avec une \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 sur la totalit\u00e9 du sol et des parois&nbsp;? Et vous dites que c\u2019est la loi d\u2019avoir un architecte r\u00e9f\u00e9rent&nbsp;pour un Syndic?<\/p>\n\n\n\n<p>#18 recopier c&rsquo;est facile<\/p>\n\n\n\n<p><em>Anne s\u2019empare de quelques mots, les emm\u00e8ne avec elle dans un songe. Blanchisserie, r\u00e9veil, lampe. Aub\u00e9pine, journal, aiguille. Isabelle ne choisit aucun mot. Elle les prend tous, un par un. Elle \u00e9coute avec avidit\u00e9, fascin\u00e9e par celle qui parle de choses si noires d\u2019une voix si claire, surprise par celle qui lui fait face, son double dans un miroir vieilli, une orpheline de soixante-dix-neuf ans.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aurais pu recopier tellement de pages de ce livre des belles \u00e9ditions du Temps qu&rsquo;il fait. Il ne reste jamais longtemps pos\u00e9 dans la biblioth\u00e8que, comme moi il circule ici et l\u00e0&#8230; Je l\u2019ai lu pour la premi\u00e8re fois en automne 1993 d\u2019une seule traite, trop vite, sur mon lit (je ne lis presque jamais sur un lit) dans ma chambre, sombre, o\u00f9 vivait une plante verte d\u00e9mesur\u00e9e (je logeais alors le 15 eme). Ce livre m\u2019a \u00e9merveill\u00e9e, j\u2019en avais besoin. Le lendemain je l\u2019ai relu. Depuis je l\u2019ai offert ind\u00e9finiment et relu aussi ind\u00e9finiment.<\/p>\n\n\n\n<p>#17 petits embellissements bienvenus<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les places de la ville, l\u2019hiver, je r\u00eave de fontaines \u00e0 chocolat chaud pour les lutins et de vin chaud pour les autres, de musique endiabl\u00e9e pour danser, de gros fauteuils color\u00e9s dispos\u00e9s autour d\u2019un grand feu de bois, pour avoir les yeux brillants, profiter de l\u2019odeur de s\u00e8ve, se r\u00e9chauffer et se poser pour rencontrer des inconnus, je r\u00eave de lampions multicolores la nuit qui virevoltent au vent presque l\u00e9ger&nbsp;: de moments de bonheur, m\u00eame si ce sont des clich\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>#16 Il fait froid couvrons nous<\/p>\n\n\n\n<p>Petit bonnet noir \u00e0 revers, pantalon droit vert pomme, pull manches longues sans doute synth\u00e9tique \u00e0 rayures verticales col rond, \u00e9charpe laine fine et douce rouille, collants opaques bleu canard, jupe droite et courte l\u00e9opard, pantalon \u00e9cossais aux teintes automnales, chapeau cloche en feutre maronnasse, blazer pieds de poule rouge et bordeaux, boots brunes en cuir souple \u00e0 soufflet, et blouse grise informe recouvrant tout le corps port\u00e9e avec un foulard cachant la moindre m\u00e8che de cheveux.<\/p>\n\n\n\n<p>#15 Cut up moi \u00e7a<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Arr\u00eate arr\u00eate ici on n\u2019est pas en Am\u00e9rique &#8211; C\u2019est vraiment cette question qui l\u2019a obs\u00e9d\u00e9e \u2013 Coriandre&nbsp;! Menthe&nbsp;! Persil&nbsp;!- L\u00e0 je sors de chez le notaire &#8211; Faut combien de sardines par personne&nbsp;?&nbsp;&#8211; Justement il se passe rien &#8211; Qu\u2019est-ce qu&rsquo;il y a l\u00e0&nbsp;? Une porte mais ils l\u2019ont pas remise &#8211; Elle peut prendre ses petites vacances, faire ses petits machins et puis voil\u00e0 &#8211; Tu te gares l\u00e0&nbsp;? &#8211; C\u2019est une d\u00e9sillusion &#8211; Aujourd\u2019hui c\u2019est Thomas qui fait \u00e0 manger &#8211; C\u2019est surtout \u00e7a &#8211; Tu veux quoi ma Poulette&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>#14 | rien qu\u2019une seconde<\/p>\n\n\n\n<p>March\u00e9 des biffins. Pas trop de monde dans les all\u00e9es. Devant moi un homme marche d\u2019un pas h\u00e9sitant. Keffieh sur la t\u00eate, radiocassette sur l\u2019\u00e9paule, sac \u00e0 dos pas trop rempli sur le dos. Et soudain tout s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, un mec, me double et d\u2019un geste vif, d\u2019une main assur\u00e9e, palpe le contenu du sac. Sans l\u2019ouvrir, ni vraiment s\u2019arr\u00eater d\u2019avancer. Trois instants maximum. Je r\u00e9alise apr\u00e8s-coup. Sac rest\u00e9 ferm\u00e9. Rien de vol\u00e9. Que voulait ce mec&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>March\u00e9 des Biffins. Dans une all\u00e9e, une jeune room, foulard fleuri et jupe longue. Avec les corps de ses enfants coll\u00e9s au sien, elle forme une torsade. Sur l\u2019ain\u00e9 r\u00eaveur et le dernier immobile dans ses bras je passe, mais pas sur la fille d\u2019environ 3 ans aux joues d\u2019une rondeur et d\u2019une peau qui appellent trop la caresse. Le regard vers l\u2019int\u00e9rieur, elle joue avec sa langue. Ce petit bout rose sort, rentre et l\u00e8che plus ou moins une sucette.<\/p>\n\n\n\n<p>#13, arr\u00eater le monde<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai suspendu mon geste, \u00e0 10H10. Au bout de ma main, une bouteille de vin pr\u00eate \u00e0 glisser dans le conteneur, quand surgit un homme assez g\u00e9ant, une cannette de bi\u00e8re \u00e0 la main. Il me lance \u00ab&nbsp;T\u2019es s\u00fbre qu\u2019elle est vide ta bouteille&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Il me sourit \u00e0 demi. J\u2019\u00e9value qu\u2019il est ivre, enfin pas trop mais tout de m\u00eame. Je me demande s\u2019il ne va pas me proposer de partager sa d\u00e9sesp\u00e9rance, au bar d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, devant quelques verres de rouge.<\/p>\n\n\n\n<p>#12, la grisaille, les dessous,<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un lundi t\u00eate farcie, mais tant pis, je ferai avec, avec les mots qui s\u2019enfouissent et fuient, pourtant parfois ils bataillent pour \u00eatre le premier \u00e9crit, pour sortir du fouillis. Avec avidit\u00e9, je les accueille, les palpe et les \u00e9coute pour leur entendre leur rythme. Laisser tout venir, le n\u2019importe quoi, le trop violent, le trop pauvre et le reste. Surtout l\u00e2cher les vannes et me laisser porter, d\u00e9porter, emporter. On triera apr\u00e8s. Apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>#11, c&rsquo;est dimanche<\/p>\n\n\n\n<p>Si je ne me souviens pas vraiment de mon 1<sup>er<\/sup> \u00ab&nbsp;vrai livre \u00bb lu, je me rappelle des albums de \u00ab&nbsp;Caroline et ses amis \u00bb, une fille coquine, coiff\u00e9e de couettes, avec des chiens pour copains, puis du Club des cinq de la Biblioth\u00e8que verte avec ses personnages tr\u00e8s raisonnablement aventureux. Quelles folles \u00e9motions ces lectures pouvaient-elles me procurer&nbsp;? Aucune id\u00e9e, si ce n\u2019est que je les pr\u00e9f\u00e9rai aux contes qui eux m\u2019ennuyaient.<\/p>\n\n\n\n<p>#10, Pendant que<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que tu dors j\u2019entends ta respiration lourde et reste \u00e9veill\u00e9e avec un chat alangui sur les genoux. Pendant que je me brosse les dents je pense \u00e0 mon prochain voyage. Pendant que certains prient je m\u2019agite, pendant que je cherche encore comment faire pour certains ont trouv\u00e9. Pendant que la radio annonce des horreurs je mange de la salade. Pendant que je regarde des photos d\u2019inconnus je me demande ce qu\u2019ils sont, ce qu\u2019ils font, ce qui comptent pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p>#9, Ne pas s&rsquo;attarder sur<\/p>\n\n\n\n<p>Les piqures de moustiques et les piercings, la pluie transper\u00e7ant les os et la mort de soif des arbres, l\u2019agressivit\u00e9 des chauffards et les embouteillages, le silence des angoiss\u00e9s et les cris suraigus des enfants, la douleur du monde et les fatigues du matin, la m\u00e9disance des voisins et la mauvaise foi, les signes de vieillissement du corps et l\u2019omnipr\u00e9sence du virtuel, l\u2019odeur du fromage et le parfum artificiel de vanille.<\/p>\n\n\n\n<p>#8, Les noms c&rsquo;est du propre<\/p>\n\n\n\n<p>Marcel Samba Robespierre Sara Oriental Parmentier Colonel Fabien Tom Arndt Ernst Haas Pauline Klein Jaur\u00e8s Philippe Auguste Fran\u00e7ois Bon Krischna Bhavan Bogdan Konopka Alexandre Dumas<\/p>\n\n\n\n<p>#7, chaque visage un trait<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9picier indien sourire banane yeux ronds ventre rond bracelet sikh t\u00eate ronde sans cheveux tout \u00e7a m\u2019\u00e9voque la t\u00eate \u00e0 Toto \/ en attente de traverser la rue une chinoise sans \u00e2ge plant\u00e9e les jambes \u00e9cart\u00e9es en V \u00e0 l\u2019envers le buste en arri\u00e8re telle un cow-boy juste avant de sortir son colt\/ un acteur presque connu un grand maigre d\u00e9gingand\u00e9 bras et jambes qui voudraient s\u2019\u00e9chapper avec plein de rides en \u00e9toile autour des yeux et la lune dans le regard\/<\/p>\n\n\n\n<p>#6, personne d&rsquo;autre que moi n&rsquo;aurait remarqu\u00e9 que<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant qu\u2019un jeune geai saute sur les branches du ch\u00eane du voisin, les m\u00e9sanges ne picorent pas le ch\u00e8vrefeuille. D\u2019ailleurs, je n\u2019en ai ni vu ni entendu depuis longtemps, et ce matin j\u2019ai compris la raison d\u2019un petit trou suppl\u00e9mentaire, tout rond, sur une feuille de pilea peperomioides, fraichement d\u00e9pli\u00e9e. Avec une fourchette j\u2019ai gratt\u00e9 un peu la terre, et d\u00e9couvert trois minuscules vers blancs, tout agit\u00e9s. Les affaires du Monde sont si lourdes et les vers de terre si l\u00e9gers, si n\u00e9cessaires.<\/p>\n\n\n\n<p>#5, ciel du lundi<\/p>\n\n\n\n<p>Un carr\u00e9 blanc sur pourtour blanc. Ce matin la d\u00e9coupe, l\u2019ouverture du Velux sur le mur se d\u00e9tachent \u00e0 peine. Ciel opaque, cotonneux, farineux. Du brouillard encore. Aucune lumi\u00e8re franche. \u00c7a fait \u00e9cran. \u00c7a me renvoie \u00e0 moi. Envie de me replonger dans les draps, eux aussi blancs. Ce trop de blancs manque de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, de nuances, de nuages&nbsp;plume effil\u00e9s dans un ciel bleu ciel. Y a-t-il vraiment un soleil derri\u00e8re ce ciel&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>#4, phrase de r\u00e9veil<\/p>\n\n\n\n<p>Rien. Ne subsiste rien de ce tout petit moment entre r\u00eave et \u00e9veil. Rien. D\u00e9j\u00e0 les r\u00eaves se sont \u00e9chapp\u00e9s, si vite. Par les yeux, les oreilles, les images partent en douce. Des courants d\u2019air lents et violents les ont embarqu\u00e9es. O\u00f9&nbsp;? Aucune id\u00e9e. Acc\u00e8s top secret. Le matin arrive, brutal, et rien de ce qui est arriv\u00e9, de ce qui m\u2019a agit\u00e9e n\u2019a surv\u00e9cu. Rien sauvegard\u00e9, aucun lambeau d\u2019impression. Le pr\u00e9cieux reste au fond. Rien \u00e0 dire. Alors au suivant.<\/p>\n\n\n\n<p>#3, il aurait fallu<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un TGV vers Paris. Un homme avance dans le couloir. Il vient de monter, et ne s\u2019assoit pas loin de moi. La bonne cinquantaine, chaussures pour marcher, tenue d\u00e9contract\u00e9e mais soign\u00e9e. Il \u00f4te sa veste, d\u00e9pose son sac \u00e0 dos de ville sur le si\u00e8ge voisin. Quelques minutes plus tard il se plonge dans des mots crois\u00e9s. Non ce n\u2019est sans doute pas un universitaire, m\u00eame s\u2019il ressemble \u00e0 un prof que j\u2019ai eu \u00e0 la fac, il y a&nbsp;longtemps. Cet homme-l\u00e0 que fait-il&nbsp;dans la vie ? Que fait-il de sa vie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>#2, si loin, si loin<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s froide et humide la pi\u00e8ce de cette vieille maison o\u00f9 nous avons dormi. Une seule nuit. Je me souviens de l\u2019\u00e2tre d\u2019une immense chemin\u00e9e, mais pas comment nous \u00e9tions arriv\u00e9s l\u00e0. Les flammes \u00e9clairaient nos visages, un peu de nos corps et la couche pos\u00e9e \u00e0 m\u00eame le sol. Un tapis \u00e9pais, presque confortable, recouvert de couvertures. Un lit de fortune, le plus pr\u00e8s possible de la chaleur du feu. Aucune lumi\u00e8re dans le silence et l\u2019obscurit\u00e9 de la nuit. Une bulle de vie dans un nulle part.<\/p>\n\n\n\n<p>#1, l&rsquo;impr\u00e9vu<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le silence du matin, sur la chauss\u00e9e, avancent trois ou quatre policiers accompagn\u00e9s de deux infirmiers me semble-t-il, en tous les cas il y a aussi deux hommes en blanc portant des gants en plastique bleu myosotis. Au centre de ce petit groupe, un homme en tee-shirt malgr\u00e9 le brouillard. Un homme plut\u00f4t jeune, escort\u00e9 de pr\u00e8s, il descend la rue. De mon c\u00f4t\u00e9, derri\u00e8re la fen\u00eatre, seulement le temps d\u2019entrevoir le geste de celui qui me semble \u00eatre arr\u00eat\u00e9.&nbsp;Une main en l\u2019air. Un au revoir&nbsp;? Un signe de provocation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#38 strat\u00e9gie du r\u00eave Ils filent comme des nuages par grand vent. Le vent qui souffle ce sont mes paupi\u00e8res qui s\u2019ouvrent, mes sens qui affrontent la mat\u00e9rialit\u00e9 du matin. 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