{"id":110265,"date":"2022-12-17T21:58:32","date_gmt":"2022-12-17T20:58:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=110265"},"modified":"2022-12-19T16:30:47","modified_gmt":"2022-12-19T15:30:47","slug":"carnet-individuel-%e2%8e%ae-therese-de-paulis-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-%e2%8e%ae-therese-de-paulis-2\/","title":{"rendered":"Carnet individuel \u23ae Th\u00e9r\u00e8se De Paulis"},"content":{"rendered":"\n<p><br><strong>[carnet] #38  strat\u00e9gies du r\u00eave<\/strong><br><br>Je cours dans la nuit. J\u2019arrive au carrefour de la rue de la Centrale et de la rue de Verdun. Essouffl\u00e9e, dans le froid. Tout est noir, il fait nuit noire, pas d\u2019\u00e9clairage. Je cours pour m\u2019\u00e9chapper. Une fuite \u00e0 d\u00e9couvert, en plein milieu de la chauss\u00e9e. Je cours, dans un corps d\u2019adulte, pris pour cible. Personne, la ville est vide. Je n\u2019entends que mon souffle. Je cours, le carrefour s&rsquo;\u00e9loigne, se rapproche, s\u2019\u00e9loigne encore. C\u2019est la guerre. Je cours dans la nuit. Le noir, le bruit de mes pas sur l\u2019asphalte, le froid. Une fuite \u00e0 d\u00e9couvert, sans longer les murs des vieilles fermes, des maisons grises, des grilles ferm\u00e9es, au milieu de la chauss\u00e9e, mes pas r\u00e9sonnent, mon souffle envahit le silence \u00e2cre de cette immensit\u00e9 vide, la peur, les frissons, le bruit des pas. Il faut courir, avancer, et pourtant je suis toujours au m\u00eame endroit, sans couverture possible dans les jardins potagers, en sautant les grilles, pour me fondre dans l\u2019encadrement des portes des caves \u00e0 l\u2019arri\u00e8re des b\u00e2tis. La ville s&rsquo;appelait Floringen.<br>TdeP<br><br><strong>[carnet] #37 du par coeur<\/strong><br><br>Le temps a laiss\u00e9 son manteau<br>De vent, de froidure et de pluie, <br>Et s\u2019est v\u00eatu de borderie, <br>De soleil luisant, clair et beau.<br>Il fait froid, le ciel est blanc, derri\u00e8re la vitre le terrain vague scintille, la route serpente verglac\u00e9e, le muret \u00e0 l\u2019angle est vide. Les maisons immobiles sont encore dans l\u2019obscurit\u00e9 du mercredi matin. Le haut fourneau fabrique des nu\u00e9es blanches, \u00e9paisses, cotonneuses, lourdes \u00e0 monter dans le ciel vague. Il ne s\u2019arr\u00eate jamais. Sur le rebord de la fen\u00eatre, en faux granit jaune, marron, orange, quatre plantes vertes, un pot en c\u00e9ramique beige pour les stylos, tous les stylos de la maison, des rideaux de voile blanc comme une tra\u00eene de mari\u00e9e. Sur le rebord, mon pupitre en bois de r\u00e9cup\u00e9ration, fabriqu\u00e9 par mon p\u00e8re pour placer mes partitions, jamais termin\u00e9 car il manque les pieds; pour le faire tenir debout, il faut l\u2019adosser \u00e0 la fen\u00eatre, sur le rebord et la vitre glac\u00e9e. Il est si t\u00f4t dans le silence, ni voiture qui passe, ni pas dans l\u2019escalier, ni voix. Mon cahier de r\u00e9citation ouvert, le dessin d\u00e9j\u00e0 fait, un soleil, et quelques gouttes de pluie, bien rondes, colori\u00e9s en bleu azur, d\u00e9tour\u00e9es au stylo, un arbre d\u00e9j\u00e0 vert, plant\u00e9 jusqu\u2019aux racines un peu trop \u00e9paisses, un ch\u00eane peut \u00eatre, \u00e2g\u00e9, regardant le champ de fleurs riant de paquerettes. J\u2019apprends ma r\u00e9citation. J\u2019imagine sa main tra\u00e7ant les lettres, o\u00f9, comment, dans la solitude peut-\u00eatre, dans le souvenir de l\u2019enfance ou de la derni\u00e8re m\u00e9moire de la vieillesse, dans l\u2019ombre de l\u2019aube \u00e9clair\u00e9 par le reflet des si\u00e8cles derri\u00e8re la vitre.   <br>TdeP<br><br><strong>[carnet] #36 du lire \u00e9crire et quoi faire de mieux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9veil sonne, j\u2019attrape mon t\u00e9l\u00e9phone. Sur insta, je lis les posts, les commentaires, je fais d\u00e9filer les images. Je n\u2019allume pas la lumi\u00e8re, je reste au chaud, je vais sur youtube, j\u2019\u00e9coute ma playlist de musique italienne, Romacapoccia, Antonello Venditti, Eros Ramazotti, Mina, Celentano, \u2026 Je lis les notifications linkedin, je ne les commente pas. Je lis des interviews de Cristiano Ronaldo, me fascine en ce moment par son parcours. Je m\u2019enfonce dans les couvertures, je referme les yeux. Je lis les journaux. J\u2019ouvre Les Fleurs du Mal au hasard. Je lis un texte en grec ancien en bilingue au hasard. Il faut bien se lever, je mets youtube \u00e0 fond sur mon t\u00e9l\u00e9phone pour me donner le rythme. Je lis mon agenda comme si je d\u00e9couvrais mon premier jour. Je lis mes messages sur le trajet. J\u2019allume l\u2019ordi en arrivant; directement sur pronote, je relis le programme que j\u2019ai inscrit le dimanche pour toute la semaine, heure par heure, jour par jour. J\u2019\u00e9cris des noms propres au tableau, des mots inconnus, des dates, des listes. J\u2019\u00e9cris sur word les corrig\u00e9s des questions sur les textes. En ce moment, Victor Hugo, Demain, d\u00e8s l\u2019aube. Champs lexical, comparaison, r\u00e9p\u00e9tition, strophe, vers, quatrain, alexandrin. Je projette tout pour que mes \u00e9l\u00e8ves recopient. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019ai le silence parce qu\u2019\u00e9crire fait rentrer en soi, m\u00eame l\u2019\u00e9criture de l\u2019autre, neutre, scolaire. Je regarde les mots se former sur les feuilles \u00e0 carreaux. R\u00e9cr\u00e9ation. Je lis mes messages, je r\u00e9ponds par sms, texto, photo, emoticon. Je reprends la lecture : extraits d\u2019auteurs du XIX\u00e8me, Apollinaire, Rimbaud, Verlaine. Je lis des images, tableaux, dessins, photographies, caricatures.  J\u2019\u00e9cris au tableau. C\u2019est un tableau blanc sur lequel j\u2019\u00e9cris au feutre. Je pr\u00e9f\u00e9rais la craie qui glissait pour former des lettres rondes, pleines et sonores. Pause d\u00e9jeuner, je lis mes mails, je r\u00e9ponds vite sans r\u00e9fl\u00e9chir, neutre aussi, t\u00e9l\u00e9graphique. Je corrige des copies, contr\u00f4les, interro, je lis trente fois le m\u00eame texte, la m\u00eame r\u00e9ponse, j\u2019entoure et\/est, on\/ont, ces\/ses, etc. J\u2019\u00e9cris au tableau et j\u2019efface. Avant, les portables sortent pour le prendre en photo. La photo est la m\u00e9moire de cet \u00e9crit, car les feuilles \u00e0 carreaux sont jet\u00e9es dans les sacs, perdues, d\u00e9chir\u00e9es, jet\u00e9es. J\u2019\u00e9cris les notes sur le logiciel scolaire qui calcule les moyennes automatiquement. J\u2019\u00e9cris les absents : je coche des cases. Quand la nuit tombe, quand le brouhaha s\u2019efface, la solitude est douce, un caf\u00e9, un verre d\u2019eau, une respiration. Je range les paquets de feuilles dans un trieur. Je prends des notes dans l\u2019agenda. J\u2019\u00e9cris mes r\u00eaves dans un cahier. Des r\u00eaves ordonn\u00e9s, fluides, des listes d\u00e9sir\u00e9es, de voyages, de pr\u00e9noms, de musique, d\u2019impatience. J\u2019ouvre une page blanche sur word, j\u2019\u00e9cris  mon texte. Je lis des mails, encore, des formulaires, des newslettres. Je r\u00e9ponds, je note les rendez-vous. Tout est fragment. <br>TdeP<br>Paris, XI\u00e8me<br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #35 | la panne, l\u2019embrouille<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>l\u00e0 j\u2019ai vraiment pas le temps parce que je dois t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0&nbsp; tu sais qui nous propose un projet avec&nbsp; mais si celui qu\u2019on a rencontr\u00e9 tu sais en septembre, tu sais l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait tous invit\u00e9s, celui \u00e0 qui j\u2019ai promis de le rappeler ce matin et qui doit attendre mon appel alors non je peux pas te voir l\u00e0 il y a oui lui il m\u2019attend oui celui qui on est d\u2019accord alors l\u00e0 vraiment pas le temps&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #34 | ah \u00e7a serait une histoire pour\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9ventail 40 ans qu\u2019il tra\u00eene sur le buffet en bois et tissu; le tissu est peint avec l\u2019image du Colys\u00e9e, les teintes sont p\u00e2les, achet\u00e9 en sortant du train un \u00e9t\u00e9 de canicule \u00e0 Rome en ao\u00fbt \u00e0 un marchand ambulant environ 200 lires tr\u00e8s t\u00f4t le matin juste avant de prendre le bus pour l\u2019Aquila<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #33 | faire le vide<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Juste en respirant, en aspirant l\u2019air lentement, voluptueusement, en fermant les yeux, en gonflant le ventre, en retenant l\u2019air, une, deux, trois, quatre, cinq, secondes, sentir les muscles du dos se d\u00e9tendre, et souffler l\u2019air encore lentement, encore plus lentement, souffler, ouvrir la bouche, allonger la m\u00e2choire, se frotter les joues, d\u00e9rider les traits, aspirer, l\u2019air s&rsquo;\u00e9chauffe, le diaphragme danse, d\u2019avant en arri\u00e8re, le sourire s\u2019esquisse, parce que la pens\u00e9e vide<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #32 | les morts sont parmi nous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Deux plaques c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te fa\u00e7ade en marbre support pour la lumi\u00e8re d\u2019une bougie qui s\u2019\u00e9claire avec une pile fleurs artificielles plac\u00e9es dans l\u2019anneau dor\u00e9 une photo ovale encadr\u00e9e par une bordure en m\u00e9tal argent photo noir et blanc le regard doux et vis deux plaques sym\u00e9triques en bas dans la derni\u00e8re rang\u00e9e du mur le marbre est gris les fleurs multicolores et vives en tissu<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #31| de l\u2019\u00e9tat du monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ils dorment dans les rues par un froid glacial je les croise tous les soirs en rentrant chez moi et j\u2019ai m\u00eame honte d\u2019avoir un chez moi au chaud ils sont l\u00e0 sur des matelas ils vont vraiment dormir la dehors et on va nous sortir un plan grand froid l\u2019h\u00e9bergement d\u2019urgence mais apr\u00e8s ? Ils seront toujours l\u00e0 et il ne se passe rien, bien s\u00fbr, les mairies, les associations, les b\u00e9n\u00e9voles y sont chaque jour au charbon pour sauver ce qui nous reste d\u2019humanit\u00e9, et \u00e0 c\u00f4t\u00e9, tous ces millions \u00e9tal\u00e9s, ces boutiques de luxe, on en peut plus de cette mis\u00e8re accept\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #30 | fait divers, tout petit fait divers<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A accueilli une femme qu\u2019il prenait pour sa m\u00e8re, a allum\u00e9 un feu sur la moquette pour \u00e9liminer les poussi\u00e8res, a jett\u00e9 l\u2019aspirateur sur la verri\u00e8re du voisin, les flammes se sont embras\u00e9es, une fum\u00e9e noire, une odeur de bois br\u00fbl\u00e9, l\u2019immeuble \u00e9vacu\u00e9, deux heures, le temps de l\u2019intervention des pompiers qui ont frapp\u00e9 \u00e0 toutes les portes, le lendemain les meubles br\u00fbl\u00e9s \u00e9taient sur le trottoir dans un espace d\u00e9limit\u00e9 par des barri\u00e8res, et les passants y jettaient leurs d\u00e9tritus<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #29 | on n\u2019aurait pas d\u00fb, voil\u00e0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>r\u00e9pondre au t\u00e9l\u00e9phone et prendre encore cet appel qui va lui demander de lui taper une lettre parce que lui pas d\u2019ordi et de lui envoyer alors qu\u2019elle n\u2019a m\u00eame pas le temps d\u2019\u00e9crire ses textes \u00e0 elle oui vous pouvez laisser les sacs dans la salle oui vous pouvez rester au chaud \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation et elle est priv\u00e9e de son caf\u00e9 car elle doit rester l\u00e0 les surveiller oui elle pr\u00eate un stylo \u00e0 ceux qui sont venus sans affaires oui elle accepte d\u2019accompagner une sortie le vendredi le jour o\u00f9 elle n\u2019a pas cours et qui doit \u00eatre consacr\u00e9 aux corrections et pr\u00e9paration et l\u00e0 le carnet attend<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #28 | rumin\u00e9, rab\u00e2ch\u00e9, ressass\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>appeler le dentist, aller au pressing, retrouver les torches payer les charges vendre le four mettre \u00e0 jour mon CV&nbsp; rappeler le Carreau du Temple raccommoder le bouton de la veste envoyer du muguet \u00e0 Madame Bellin le 1er mai monter le film Amour et Psych\u00e9 faire les comptes renouveler la carte d\u2019identit\u00e9 perdue lire l\u2019agenda acheter un aspirateur accrocher la couverture de survie retourner au cours de danse planifier les cours de la semaine appeler le dentiste aller au p<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #27 | pas moi, mais mon double<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle boit un caf\u00e9 chaud dans une tasse en porcelaine blanche. Un caf\u00e9 court pour que l\u2019ar\u00f4me soit concentr\u00e9. Un caf\u00e9 quotidien tous les jours \u00e0 la pause, \u00e0 la m\u00eame heure, dans la m\u00eame tasse de porcelaine blanche. Le geste est pr\u00e9cis : ins\u00e9rer la capsule, v\u00e9rifier le r\u00e9servoir d\u2019eau, cliquer sur le bouton caf\u00e9 court. Le bruit ressemble \u00e0 celui des anciens percolateurs qui devait moudre le caf\u00e9 encore en grains. L\u2019ar\u00f4me se r\u00e9pand, et l\u2019emm\u00e8ne. Dans les rues de Rome, dans celles de l\u2019Aquila, \u00e0 Venise. Dans ces mondes parall\u00e8les o\u00f9 la beaut\u00e9 rend libre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #26 |&nbsp;choses nettes, choses floues<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le bruit de la porte close, referm\u00e9e \u00e0 la pointe du jour, le tapis rouge de l\u2019escalier \u00e9touffant les pas, la rampe de bois vernis brillante et lisse, sauter les marches hautes, une autre porte lourde, avec sa grille de fer, trois marches jusqu\u2019\u00e0 la cour, pav\u00e9e, luisante sous la pluie, les arbustes et les fleurs encore endormis, sans parfum, le porche sombre, la rue mouill\u00e9e, le trottoir encore solitaire, le souffle du vent sur la joue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #25 | fragment du corps&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>les boucles qui chatouillent la nuque &nbsp;\u2014 sur la peau fine &nbsp;\u2014 &nbsp;jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9paule engourdie &nbsp;\u2014 r\u00e9chauff\u00e9e par le ch\u00e2le bleu &nbsp;\u2014 le froid qui pique les yeux &nbsp;\u2014 clignement des paupi\u00e8res &nbsp;\u2014 &nbsp;ralentir le diaphragme &nbsp;\u2014 respirer avec le ventre &nbsp;\u2014 &nbsp;apaisement des sens &nbsp;\u2014 &nbsp;le dos se d\u00e9tend &nbsp;\u2014 un sourire &nbsp;\u2014 un frisson de froid&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #24 | salle d\u2019attente<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>journ\u00e9e termin\u00e9e, froid, bu\u00e9e sur la vitre, pas un bruit, \u00e9paules douloureuses, envie de rentrer se mettre \u00e0 l\u2019abri, compter les chaises vides, r\u00e9ajuster les tables, porte ferm\u00e9e, nuit, attente de l\u2019heure de la r\u00e9union quand encore personne n\u2019est arriv\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>carnet] #23 | exercice avec d\u00e9nombrement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>173 stylos, 173 stylos dont 3 quatre couleurs, 173 stylos dont 90 stylos noirs, dont 2 sans capuchons, dont 18 mordus, dont 45 bic orange, dont 30 bic cristal, dont 6 effa\u00e7ables, dont 3 compl\u00e8tement vid\u00e9s de leur encre, 173 stylos dont 18 stylos publicitaires, 173 stylos dont 23 stylos rouges, 173 stylos dont 13 stylos bleus, plus quelques crayons \u00e0 papiers.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #22 | on remet \u00e7a, mais avec un livre (\u00e0 perdre)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle a un exemplaire d\u2019Alcools dans sa table de chevet, dans sa biblioth\u00e8que, dans son sac, dans le tiroir de son bureau. Elle le lit dans le m\u00e9tro, dans les fils d\u2019attente, parfois sur un banc. Juin ton soleil ardente lyre. Elle d\u00e9couvre la version de ferr\u00e9. A chaque fois qu\u2019elle arrive \u00e0 la derni\u00e8re page, elle d\u00e9pose l\u2019exemplaire \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 il se trouve. Les dimanches s\u2019y \u00e9ternisent. A l\u2019arr\u00eat du bus, sur le banc des Tuileries, sur un banc au square du Temple, Triste et m\u00e9lodieux d\u00e9lire, dans un caf\u00e9, sur la pelouse de la place des Vosges, l\u00e0 o\u00f9 elle s\u2019allonge pour recevoir une derni\u00e8re fois les rayons du soleil en fermant les yeux avant l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019automne.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #21 | faire bouger les choses<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les cartons entass\u00e9s depuis cinq ans, des journaux, des bocaux de conserves vides, des pots de peintures align\u00e9s, une chaise pos\u00e9e dans le coin, des pinceaux, tout sortir, jour par jour pendant une semaine, d\u2019abord dans le couloir des caves, pour bien aligner, voir, penser ce d\u00e9barras, et chaque soir les sortir dans la rue, voir s\u2019amonceler cinq ans d\u2019attente, de poussi\u00e8re, de projets oubli\u00e9s, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s peut-\u00eatre par les passants, retir\u00e9s t\u00f4t demain matin, et le trottoir &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #20 | la sc\u00e8ne est muette (mais vaut son prix)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Chaque fois qu\u2019il traverse la cour, il regarde dans sa direction, on ne sait jamais, si elle \u00e9tait l\u00e0, il pourrait la saluer d\u2019un geste de la main, ou m\u00eame lui dire un mot, et parfois, s\u2019avancer vers elle, lui sourire, entamer une discussion essentielle sur le sens de cette journ\u00e9e, et si jamais elle \u00e9tait trop press\u00e9e, se contenter de ce geste de la main, pour se dire \u201cOn est l\u00e0.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #19 | transaction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vous voulez vous asseoir ? Non, merci, je descends au prochain arr\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu veux un caf\u00e9 ? Oui, merci, \u00e7a fait du bien, j\u2019ai froid aujourd\u2019hui et j\u2019ai mal dormi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un signe de la main \u00e0 l\u2019ouvrier du lyc\u00e9e qui traverse la cour.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On peut laisser nos sacs dans la salle pendant la r\u00e9cr\u00e9 ? Non, je ne ferme pas la porte, mais vous pouvez rester au chaud.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Allo ? Comment \u00e7a va aujourd\u2019hui ? C\u2019est comme tous les jours.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a va madame ? il fait froid, rentrez bien chez vous, et restez bien au chaud.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #18 | recopier c\u2019est facile<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les princes italiens croyaient, avant d\u2019\u00e9prouver les coups des guerres ultramontaines, qu\u2019il suffit \u00e0 un prince \u00e0 savoir m\u00e9diter dans son bureau une r\u00e9ponse subtile, \u00e9crire une belle lettre, \u00e9mailler ses propos de traits d&rsquo;esprit, \u00eatre habile dans l\u2019art de mentir, se parer de pierres pr\u00e9cieuses et d\u2019or, dormir et manger avec plus de magnificences que les autres, s\u2019entourer de volupt\u00e9s, se comporter envers les sujets en ma\u00eetre exigeant et superbe, croupir dans l\u2019oisivet\u00e9; ils ne s&rsquo;apercevaient pas, ces m\u00e9diocres, qu\u2019ils se pr\u00e9paraient \u00e0 \u00eatre la proie du premier assaillant venu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un&nbsp; carnet Clairefontaine datant de 1981 de 17 cm sur 11 cm, \u00e0 carreaux rouges, plastifi\u00e9, \u00e0 petits carreaux, 192 pages, papier velout\u00e9 90g. C\u2019est le premier extrait que j\u2019ai recopi\u00e9 \u00e0 15 ans, au stylo \u00e0 encre, en noir, entre guillemets. Sur la couverture, depuis, une t\u00e2che de caf\u00e9, parce que je posais ma tasse dessus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #17 | petits embellissement bienvenus<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>refleurir la place, retirer les \u00e9chafaudages, mais quand ? Les maisons \u00e0 reconstruire, les portes \u00e0 r\u00e9ouvrir, la vie \u00e0 retrouver, faire revenir un orchestre le 15 ao\u00fbt, danser autour de la buvette, reconstruire les murets, profiter de l\u2019hiver pour reconstruire le seul lieu de rencontre avec la place de l\u2019\u00e9glise, parce que l\u2019\u00e9t\u00e9, les enfants y jouent, retirer les tas de sable, r\u00e9installer le marchand de glaces, et se retrouver l\u00e0, treize ans apr\u00e8s le tremblement de terre qui a fendu les maisons, vid\u00e9 le village, et tout rendu au silence<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #16 | Il fait froid, couvrons-nous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>pull raglan \u00e0 torsades irlandaises bleu glacier, col chemin\u00e9e, pantalon velours bordeaux \u00e0 fines c\u00f4tes, dos poches derri\u00e8re, une devant, mod\u00e8le fusel\u00e9, bottes noires plates \u00e0 la cheville avec fermeture \u00e9clair, rembour\u00e9es, \u00e9charpe noire en tricot c\u00f4te un un, franges, bonnet noir au point mousse, manteau de laine chin\u00e9 gris blanc, longueur genoux, boutons dor\u00e9s en m\u00e9tal grav\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #15 | cut up moi \u00e7a<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que j\u2019ai froid. Des maux de t\u00eate aujourd\u2019hui. Oui, hier soir, je me suis couch\u00e9 t\u00f4t. J\u2019ai apport\u00e9 une soupe au potimarron. N\u2019oubliez pas de refermer la porte \u00e0 cl\u00e9. C\u2019est l\u2019heure, il faut rentrer. Le m\u00e9tro est bloqu\u00e9. Prends le bus. J\u2019ai rallum\u00e9 la machine \u00e0 caf\u00e9. Les rues \u00e9taient calmes ce matin. Enl\u00e8ve tes \u00e9couteurs. Bonjour, \u00e7a va Madame, vous allez bien ? Je peux entrer ? Ferme la porte, on a froid.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #14 | rien qu\u2019une seconde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Referm\u00e9 la porte avec pr\u00e9caution, rue d\u00e9serte \u00e9cras\u00e9e par la chaleur, la ville est vide, longe le trottoir, tourne \u00e0 droite puis \u00e0 droite, sur le bitume br\u00fblant, les herbes immobiles, les portails d\u00e9filent, ferm\u00e9s, silencieux, le mur du cimeti\u00e8re, les tombes fleuries, anciennes, du si\u00e8cle dernier, le carrefour, une voiture vitre ouverte, les anciens b\u00e2tis des fermes, la route de l\u2019\u00e9glise, le clocher appara\u00eet, la place, la route d\u00e9partementale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>[carnet] #13<\/strong> <strong> | arr\u00eater le monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La rue des Marronniers. Les feuilles mortes rouges, jaunes, marron. Les coques tomb\u00e9es \u00e0 terre. Le bitume mouill\u00e9. La sortie du soleil tout \u00e0 coup. La lumi\u00e8re chaude. Ciel apais\u00e9. Samedi apr\u00e8s-midi je d\u00e9vale la rue \u00e0 v\u00e9lo. <br>TdeP<br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #12 | la grisaille, les dessous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Laisser couler le sens et s\u2019enfuir dans les r\u00e9sonances, sans \u00e9paisseur, sans intention forc\u00e9e, laisser les doigts glisser sur le clavier, clic, clic, clic, trouver le vide, goutte apr\u00e8s goutte laisser la pluie tremper les mots, \u00e9couter ces petits bruits qui nous enveloppe dans le calme d\u2019une pi\u00e8ce vide, et retrouver un r\u00eave.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #11  | c&rsquo;est dimanche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Robin des Bois, suivi de Ivanho\u00e9, dans le m\u00eame album grand format, superbes illustrations dessin\u00e9es en couleur, texte en gros caract\u00e8res, \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;envie de vouloir aider tout le monde et de me prendre pour un chevalier loyal et courageux, envers et contre tout. Premier livre en italien : L&rsquo;uomo di neve e altri racconti envoy\u00e9 pour No\u00ebl par ma tante Elisa. Le plus po\u00e9tique : L&rsquo;uccello turchino, quel mot magique pour d\u00e9signer la couleur bleue ! <br>TdeP<br><strong> <\/strong><br><strong> [carnet] #10 | pendant que<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>pendant que je bois mon caf\u00e9, je revis tous les matins d\u2019enfance<\/p>\n\n\n\n<p>pendant que je marche dans la rue, je revois la plage de Chania<\/p>\n\n\n\n<p>pendant que j\u2019allume l\u2019ordi dans ma salle de classe, je go\u00fbte le silence du moment avant<\/p>\n\n\n\n<p>pendant que je lis Demain, d\u00e8s l\u2019aube devant les \u00e9l\u00e8ves endormis, je m\u2019imagine la campagne et le port de Honfleur<\/p>\n\n\n\n<p>pendant que je tourne les pages du livres, je me nourris des noms effleur\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>pendant que je bois mon verre d\u2019eau, je respire en fermant les yeux<\/p>\n\n\n\n<p>pendant que je pense \u00e0 la maison de ma m\u00e8re, je traverse le temps et je m\u2019y trouve jusque dans mes doigts<\/p>\n\n\n\n<p>pendant que la sonnerie retentit, je r\u00eave d\u2019un monde libre<\/p>\n\n\n\n<p>pendant que je touche le bois du bureau, j\u2019imagine le geste d\u2019un menuisier lev\u00e9 \u00e0 l\u2019aube pour vernir les planches<\/p>\n\n\n\n<p>pendant que les heures passent, je m\u2019imagine arpenter les rues&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>TdeP<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #09 | ne pas s\u2019attarder sur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>un matelas par terre, trois enfants dans le froid de la rue, vieille dame qui ouvre les poubelles, regard perdu qui se h\u00e2te sans savoir, tristesse d\u2019une coll\u00e8gue \u00e9puis\u00e9e, insultes quotidiennes dans le pr\u00e9au, consignes absurdes, agacement \u00e0 la boulangerie de ceux qui press\u00e9s n\u2019en peuvent plus d\u2019attendre, les blagues idiotes \u00e0 la pause caf\u00e9 quand tu ne r\u00eaves que de humer ta tasse en pensant \u00e0 Rome.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #08 | les noms c\u2019est du propre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bernard du nom de ma rue quand je sors V\u00e9ronique Liliane Annie Victor Hugo Lynda Calvin Workhyia Mariame Keylian Ousmane Shainez Amadou Sofia Fatoumata Setou Yassine Josiane heure par heure ce matin beaucoup d\u2019absents Nathalie Isabelle Christine Fatima Jean-Louis Maryl\u00e8ne Chabane au caf\u00e9 \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation Ray Bradbury Fran\u00e7ois Rabelais Condorcet George Sand Maylis de Kerangal Roger Caillois Vladimir Nabokov en cours avec les Terminales Aijaz Noah Elie Aboubakar C\u00e9rine Mariam Fatou Bintou Nakim Oumou Antonello Laure Raquel Adja Am\u00e9lie<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #07 | chaque visage un trait<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>| bonnet ray\u00e9 rouge et blanc, doudoune noire, cartable rouge sur le dos, figurines Disney, \u00e9charpe en laine, d\u00e9marche dansante dans l\u2019air glacial du matin | regard ailleurs, pas press\u00e9, bottes \u00e0 talon, pourtant \u00e7a glisse, poings serr\u00e9s, casquette noire, cheveux aux \u00e9paules | le sourire du chauffeur du bus 76, \u00e0 peine, derri\u00e8re la vitre, un visage esquiss\u00e9 |TdeP|<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[carnet] #06<\/strong> <strong>| personne d&rsquo;autre que moi n&rsquo;aurait remarqu\u00e9 que<\/strong><br><\/p>\n\n\n\n<p>Vingt apr\u00e8s, j&rsquo;ai trouv\u00e9 la cl\u00e9 sous le paillasson. Personne d&rsquo;autre que moi n&rsquo;aurait remarqu\u00e9 que rien n&rsquo;avait chang\u00e9. La m\u00eame odeur de bois et de poussi\u00e8re. Le m\u00eame silence au fond de la cour. Les m\u00eames persiennes ferm\u00e9es. La m\u00eame th\u00e9i\u00e8re, la m\u00eame table ronde, le m\u00eame couloir bord\u00e9 de biblioth\u00e8ques en pin. Les m\u00eames livres, un peu jaunis, un peu pench\u00e9s, toujours \u00e0 la m\u00eame place, les m\u00eames affiches sur les murs, la m\u00eame chambre dans la p\u00e9nombre, le m\u00eame matelas par terre. J&rsquo;\u00e9tais l\u00e0, debout, dans cet appartement identique \u00e0 celui de nos soir\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudiantes, \u00e0 nos rires, \u00e0 nos angoisses les veilles de partiels. Je me suis assise et je l&rsquo;attendais, car durant vingt ans, elle avait v\u00e9cu dans ce lieu sans \u00e2ge, et je l&rsquo;attendais.<br>TdeP<br><br><strong>[carnet] #05 | ciel du lundi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au point du jour la lune disparut, les nuages s&rsquo;effilochent dans l&rsquo;ombre, longues tra\u00eenes tremblantes dans l&rsquo;air frais qui caresse les joues, je ferme les yeux et le ciel s&rsquo;\u00e9claircit loin, la brume s&rsquo;\u00e9vapore, et soudain les bruits de la rue, des v\u00e9hicules press\u00e9s, les passants, les vitrines, le cercle du tour de la Terre. <br>TdeP<br><br><strong>[carnet] #04<\/strong> <strong> | phrase de r\u00e9veil<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il fait noir; le jour n&rsquo;est pas lev\u00e9. <br>TdeP<br><br><strong>[carnet] #03 | il aurait fallu\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les liens se d\u00e9litent et tu ne sais plus qui tu es. L&rsquo;enfance a pass\u00e9, les mois d&rsquo;ao\u00fbt, le train, la chaleur, le village, la beaut\u00e9 des Abruzzes, le Gran Sasso, les jeux dans la rue, la terrasse inond\u00e9e de blancheur, le rideau multicolore de la porte d&rsquo;entr\u00e9e, les jus de fruits dans la cantine, la place, la f\u00eate du quinze ao\u00fbt, les grands escaliers pour entrer dans la maison adoss\u00e9e \u00e0 la colline br\u00fbl\u00e9e par le soleil implacable, et puis tu oublies, tu veux vivre ta vie d&rsquo;adulte et tu t&rsquo;\u00e9loignes du pass\u00e9 familial parce que tu ne trouves pas qui tu es. Un tremblement de terre en 2009, un sursaut vers les maisons d\u00e9truites, les visages, les voix retrouv\u00e9es. L&rsquo;urgence d&rsquo;y retourner, de se retourner vers qui tu es vraiment, avec eux. Des regrets du temps perdu \u00e0 mille choses insignifiantes alors que l&rsquo;essentiel de ta vie t&rsquo;attendait l\u00e0. <br>TdeP<br> <br><strong>[carnet] #02<\/strong> <strong>|<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tard ce soir je ne reconnais pas son visage. Long voyage, train de Florange \u00e0 Paganica, aucune trace. Juste, souvenir du noir, la porte s&rsquo;ouvre sur la salle \u00e9clair\u00e9e par flamme de la chemin\u00e9e, ou le vieux lustre peut-\u00eatre, plafonnier, une lumi\u00e8re diffuse, je ne reconnais pas cette maison. Entre deux pays, deux histoires, l&rsquo;enfance. TdeP<br><br><strong>[carnet] #01<\/strong> <strong>| de l&rsquo;impr\u00e9vu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>nuit quand tout dort, bruit de la rue. o\u00f9 tu ne sais plus o\u00f9 tu es. o\u00f9 tu aimerais te r\u00e9veiller \u00e0 Rome,courir sous la chaleur palpable implacable via Labicana, rejoindre le Colis\u00e9e avant que la chaleur te figes absorbant toutes tes forces comme M\u00e9duse. La joue sur l&rsquo;oreiller douceur du silence frisson de novembre encore au chaud et soulever la couverture de laine. Boire l&rsquo;eau fra\u00eeche de la nuit l&rsquo;odeur vibrante du caf\u00e9 et ah le go\u00fbt de la premi\u00e8re gorg\u00e9e tu fermes les yeux respires et habilles l&rsquo;aube sur le parquet. <br>TdeP<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[carnet] #38 strat\u00e9gies du r\u00eave Je cours dans la nuit. J\u2019arrive au carrefour de la rue de la Centrale et de la rue de Verdun. Essouffl\u00e9e, dans le froid. Tout est noir, il fait nuit noire, pas d\u2019\u00e9clairage. Je cours pour m\u2019\u00e9chapper. Une fuite \u00e0 d\u00e9couvert, en plein milieu de la chauss\u00e9e. Je cours, dans un corps d\u2019adulte, pris pour <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-%e2%8e%ae-therese-de-paulis-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Carnet individuel \u23ae Th\u00e9r\u00e8se De Paulis<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":241,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897,1],"tags":[],"class_list":["post-110265","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/110265","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/241"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=110265"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/110265\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=110265"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=110265"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=110265"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}