{"id":110459,"date":"2022-12-18T16:31:20","date_gmt":"2022-12-18T15:31:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=110459"},"modified":"2022-12-18T16:39:42","modified_gmt":"2022-12-18T15:39:42","slug":"110459-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/110459-2\/","title":{"rendered":"# carnets individuels \/ Monika Espinasse"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>#14 | rien qu\u2019une seconde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Devant ma fen\u00eatre ouverte sur l&rsquo;air frais un oiseau noir au bec orange traverse tranquillement l&rsquo;espace en se servant de ses ailes comme d&rsquo;un \u00e9ventail<\/p>\n\n\n\n<p>Un rayon de soleil furtif \u00e9claire le ch\u00e2teau \u00e0 flanc de montagne ses tours ses fen\u00eatres, caresse le bouleau au feuillage jaune \u00e9clatant et dispara\u00eet aussit\u00f4t dans la brume<\/p>\n\n\n\n<p>Debout sur la rive, je lance un caillou dans l&rsquo;eau, jets, \u00e9claboussures, gouttelettes, trou dans la rivi\u00e8re qui cr\u00e9e des ronds, des ondes, des vagues \u00e0 l&rsquo;infini<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;<strong>#15 | cut up moi \u00e7a<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ouvert enfin&#8230;il y a la queue \u00e0 la boucherie je repasserai\u2026viens boire le caf\u00e9 avec nous\u2026 ce matin je peux pas parce que\u20267,80, Madame, vous voulez le ticket de caisse&#8230;attention \u00e0 la marche, tombez pas\u2026je marche doucement, c&rsquo;est que \u00e7a glisse, je me suis d\u00e9j\u00e0 cass\u00e9 le poignet au printemps, trop b\u00eate\u2026vous avez encore des fraises comme samedi dernier, d\u00e9licieuses, on croirait pas en novembre\u2026le petit est mont\u00e9 pour le weekend, je le vois pas souvent maintenant\u2026la mienne aussi est \u00e0 Montpellier, un peu compliqu\u00e9 le voyage\u2026on est bien, mais on est loin de tout\u2026 enfin ce matin on a le soleil!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#16 | il fait froid, couvrons-nous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La blouse \u00e0 l&rsquo;ancienne de l&rsquo;infirmi\u00e8re parsem\u00e9e de mauve et de rose et le tensiom\u00e8tre violet assorti, le pull noir et rouge en poils mohair tout doux sur la carrure de la sportive, la salopette bleu roi du travailleur de la rue et son gilet jaune fluorescent, K-way rouge criard gants bleus et casque noir jaune du cycliste en pause-caf\u00e9, sous un parapluie rouge des sabots crocs printaniers jaune et vert pataugeant dans les flaques sur la place, dans la rue un teeshirt vert \u00e9colo sur des biceps gonfl\u00e9s ne craignant pas le froid du matin,&nbsp; un large pull tricot\u00e9 main en laines et couleurs diff\u00e9rentes r\u00e9jouissant \u00e9cru \u00e9maill\u00e9 de n\u0153uds blancs rouges bleus, un manteau ample et long travaill\u00e9 au crochet aux nuances de rouille et l&rsquo;\u00e9charpe tiss\u00e9e assortie, sous une minijupe noire des collants noirs soyeux aux coquelicots rouges et feuilles vertes dans de fines bottes en cuir rouge et fourrure blanche, des chaussures de randonn\u00e9e en cuir souple velout\u00e9 couleur caramel aux semelles avalant le goudron sans bruit, un manteau en velours mauve garni d&rsquo;un duvet de fourrure mauve et&nbsp; la capuche mauve pos\u00e9e comme une aur\u00e9ole au-dessus du front, un chemisier en dentelle blanche et crochet\u00e9 de coton l\u00e9ger comme une toile d&rsquo;araign\u00e9e, le blouson noir d&rsquo;aviateur rempli par des \u00e9paules puissantes, une veste marron en mouton retourn\u00e9 et le col fourrure \u00e9crue, une veste canadienne de b\u00fbcheron carreaux rouge et noir, une veste en laine verte feutr\u00e9e autrichienne, une combinaison de sauveteurs couleur orange ray\u00e9 de deux bandes argent\u00e9es sur veste et pantalon, la silhouette noire d&rsquo;un cur\u00e9 en visite, soutane d&rsquo;autrefois balayant le sol en marchant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#17 | petits embellissements bienvenus<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Inventer un moyen de voyager en t\u00e9l\u00e9pathie t\u00e9l\u00e9portage t\u00e9l\u00e9tapisvolant ou autre pour des d\u00e9placements sur mesure sans g\u00eane et sans dommages | Supprimer ensuite tous les grands complexes de gares et d&rsquo;a\u00e9roports (pour les petits c&rsquo;est fait depuis belle lurette) et cr\u00e9er des parcs d&rsquo;atterrissage en douceur | Concevoir un signal, une onde endormant les gens qui s&rsquo;invectivent&nbsp; sans vergogne dans une assembl\u00e9e quelconque | Arr\u00eater de mutiler les platanes et autres arbres au printemps |&nbsp; Repousser la montagne en face du village pour avoir le soleil jusqu&rsquo;au soir comme tout le monde<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#18 | recopier c\u2019est facile<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Il est une page blanche | Pas vierge d&rsquo;\u00e9criture | Mais avec de grandes marges | Que tant de choses l&rsquo;habitent | Il n&rsquo;en revient pas | Il se croyait beaucoup plus simple | Je suis, r\u00e9p\u00e8te-t-il | Une eau | Que ne trouble m\u00eame pas sa profondeur<\/p>\n\n\n\n<p>Il va voir la vague | La verra longtemps | Chaque fois | Il n&rsquo;en saura gu\u00e8re plus | Sur ce qu&rsquo;il a de commun avec elle | Elle est une de ces choses | Dont il ne se lassera pas \u00a0\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Extrait d&rsquo;un po\u00e8me de Guillevic \u00ab\u00a0Ce sauvage\u00a0\u00bb. Po\u00e8te d\u00e9couvert par hasard il y a quelques ann\u00e9es dans un festival du livre. R\u00e9citation. Impr\u00e9gnation. Impression de ressentir, de comprendre, de communier. On m&rsquo;a offert le petit livre, un lien de plus. Souvenir durable. Je suis sensible \u00e0 la musique qui \u00e9mane de ces mots, de ces pages. Images qui affleurent, simplicit\u00e9, l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, profondeur, pr\u00e9sence d&rsquo;un courant invisible qui finit par relier.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais fini par choisir, et puis non il y a aussi Gide, ce passage des nourritures terrestres que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 au bac de langue fran\u00e7aise, jamais lu, pas connu, j&rsquo;ai d\u00fb improviser, pas trop mal, heureusement et le texte ne m&rsquo;a jamais vraiment quitt\u00e9, j&rsquo;ai fini par lire le livre et trouv\u00e9 le passage et sa musique\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Caravanes venues le soir ; caravanes parties le matin ; caravanes horriblement lasses, ivres de mirages, et maintenant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Caravanes ! que ne puis-je partir avec vous, caravanes ! Il y en avait qui partaient vers l&rsquo;Orient, chercher le santal et les perles, les g\u00e2teaux au miel de Bagdad, les ivoires, les broderies. Il y en avait qui partaient vers le sud chercher de l&rsquo;ambre et le musc, la poudre d&rsquo;or et les plumes d&rsquo;autruches. Il y en avait vers l&rsquo;Occident, qui partaient le soir, et qui se perdaient dans l&rsquo;\u00e9blouissement dernier du soleil.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#19 | Transaction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un lundi de pluie \u00e0 la campagne. Pas la peine de descendre au village. Boucher, superette, bar, bureau de poste, biblioth\u00e8que, tout est ferm\u00e9 aujourd&rsquo;hui. La boulangerie peut-\u00eatre, mais pas besoin de baguette. Bien dormi ? Pas eu froid ? il se l\u00e8ve. L&rsquo;infirmi\u00e8re au t\u00e9l\u00e9phone, j&rsquo;ai eu une panne, d\u00e9sol\u00e9e, \u00e0 demain. Une amie allo, allo, c&rsquo;est quand d\u00e9j\u00e0, le rendez-vous ? Peut-\u00eatre la voisine, celle qui n&rsquo;est pas partie dans le sud\u2026\u00c7a va ? Oui, un peu seule, peut-\u00eatre\u2026Viens boire le caf\u00e9 \u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#20 | la sc\u00e8ne est muette (mais vaut son prix)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>File longue dans la petite boulangerie. En t\u00eate, une dame menue, \u00e2g\u00e9e. Elle montre de la main les pains expos\u00e9s sur l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re, baguettes boules pain complet graines, h\u00e9site, la jolie boulang\u00e8re aux cheveux noirs souples la conseille avec patience, tourne la t\u00eate, vers l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re, puis vers la cliente qui secoue la t\u00eate, non, puis oui, c&rsquo;est bon, qui pose sa canne contre le mur, sort son petit porte-monnaie, ajuste ses lunettes, et creuse avec les doigts pour trouver la somme exacte, s&rsquo;\u00e9nerve, vide le tout sur le comptoir. Trie les euros et centimes, calcule avec la boulang\u00e8re, paie, range pain et argent dans son sac, reprend sa canne, sourit et sort \u00e0 petit pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#21 | faire bouger les choses<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Creuser un trou assez grand. Assez profond pour les racines. Couvrir le fond d&rsquo;une couche de terre, ajouter du fumier, m\u00e9langer. Installer le petit arbre de Jud\u00e9e re\u00e7u en cadeau avant-hier. Remplir le trou d&rsquo;une terre plut\u00f4t calcaire pas trop collante. Tasser. Arroser. Surveiller. Attendre le printemps pour admirer ses fleurs en bouquets roses, profiter de son ombrage en \u00e9t\u00e9. Appr\u00e9cier les couleurs jaune orang\u00e9 cuivr\u00e9 des feuilles rondes en automne. Et l&rsquo;accompagner ainsi pendant des ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#22 | on remet \u00e7a, mais avec un livre (\u00e0 perdre)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Choix du livre \u00e0 perdre, \u00e0 donner, un de ceux que je n&rsquo;aime pas, que je ne lis plus ? Trop facile, pas honn\u00eate. Et ceux que j&rsquo;aime, je les garde. Trop difficile d&rsquo;en racheter par ici, ou alors Amazon, mais je r\u00e9siste encore un peu. Choix du destinataire, biblioth\u00e8que du village ? Non merci, \u00e7a d\u00e9borde. Cabine t\u00e9l\u00e9phone devenue d\u00e9p\u00f4t livres, pas de clients en hiver. D\u00e9chetterie, poubelle, trop dur, violent. Le bac \u00e0 livres au magasin bio du village ! Biblioth\u00e8que rose et verte, t\u00e9moins d&rsquo;une tradition de lecture pour enfants. Six livres en bon \u00e9tat. Le lendemain, ils \u00e9taient partis.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#14 | rien qu\u2019une seconde Devant ma fen\u00eatre ouverte sur l&rsquo;air frais un oiseau noir au bec orange traverse tranquillement l&rsquo;espace en se servant de ses ailes comme d&rsquo;un \u00e9ventail Un rayon de soleil furtif \u00e9claire le ch\u00e2teau \u00e0 flanc de montagne ses tours ses fen\u00eatres, caresse le bouleau au feuillage jaune \u00e9clatant et dispara\u00eet aussit\u00f4t dans la brume Debout <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/110459-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># carnets individuels \/ Monika Espinasse<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":122,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942],"tags":[],"class_list":["post-110459","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/110459","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/122"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=110459"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/110459\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=110459"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=110459"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=110459"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}