{"id":111592,"date":"2023-01-08T17:30:36","date_gmt":"2023-01-08T16:30:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=111592"},"modified":"2025-04-09T05:00:27","modified_gmt":"2025-04-09T03:00:27","slug":"_le-double_voyage-00_prologue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/_le-double_voyage-00_prologue\/","title":{"rendered":"##Le_double_voyage | #10_street_view"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"#00\">00<\/a> \/ <a href=\"#01\">01<\/a> \/ <a href=\"#02\">02<\/a> \/ <a href=\"#03\">03<\/a> \/ <a href=\"#04\">04<\/a> \/ <a href=\"#05\">05<\/a> \/ <a href=\"#06\">06<\/a> \/ <a href=\"#07\">07<\/a> \/ <a href=\"#08\">08<\/a> \/ <a href=\"#09\">09<\/a> \/ <a href=\"#10\">10<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"00\"><\/a>00. Prologue<\/h2>\n\n\n\n<p><em>consigne<\/em>&nbsp;: \u00c9cris deux listes de dix noms de lieux : une de lieux r\u00e9els que tu as visit\u00e9s, une de lieux imaginaires que tu r\u00eaves de visiter \u2014 chaque nom doit \u00eatre suivi d\u2019une courte phrase po\u00e9tique ou visuelle, et dans chaque liste, glisse un intrus indiscernable (un r\u00eave dans les r\u00e9els, un r\u00e9el dans les r\u00eaves).<\/p>\n\n\n\n<p><em>Texte :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Voyages effectu\u00e9s<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Paris, dans la ville des biblioth\u00e8ques infinies et des supermarch\u00e9s ti\u00e8des.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Ch\u00e2teau-Rouge, au march\u00e9 des mangues bless\u00e9es et des mots d\u00e9pareill\u00e9s.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Alger, sous les balcons \u00e9caill\u00e9s, l\u00e0 o\u00f9 les m\u00e8res lavent les souvenirs.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Marseille, dans le port o\u00f9 l\u2019on \u00e9change les silences contre du tissu.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Naples, la ville qui d\u00e9borde m\u00eame quand elle se tait.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Gen\u00e8ve, dans les rues si propres qu\u2019on n\u2019ose y poser un soupir.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Istanbul, entre deux rives o\u00f9 le temps bascule d\u2019un th\u00e9 \u00e0 l\u2019autre.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Djibouti, sur le quai des matins blancs, entre deux cargos de r\u00eave.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Lisbonne, dans les tremblements de voix des vieux fado au fond des caf\u00e9s.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Samarcande, dans la ville au go\u00fbt de cendre et de coriandre.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><em>Voyages imaginaires<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Tombouctou, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019alphabet dort en spirale dans la poussi\u00e8re chaude.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Java, dans la for\u00eat o\u00f9 les orchid\u00e9es ont des voix de femmes anciennes.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 C\u00e9l\u00e8bes, sur la c\u00f4te tordue comme un chat qui r\u00eave.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Zanzibar, la ville des marchands de sommeil, aux parfums triangulaires.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Kyoto, dans le jardin min\u00e9ral o\u00f9 les pierres prient sans dire un mot.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Mexico, dans l\u2019altitude qui fait parler les lianes et les tambours.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Ulan Bator, sous les yourtes palpitantes comme des c\u0153urs d\u2019enfance.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Ithaque, sur l\u2019\u00eele jamais atteinte, o\u00f9 l\u2019on ne revient jamais pareil.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Tananarive, l\u00e0 o\u00f9 les couleuvres lisent dans les c\u0153urs.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Clermont-Ferrand, en \u00e9quilibre sur le volcan \u00e9teint du monde.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"01\"><\/a>01. La nuit d&rsquo;avant<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Consigne :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9cris un texte sur un lieu qui revient sans cesse dans tes r\u00eaves ou tes pens\u00e9es, un lieu r\u00e9el ou imaginaire, qui te hante ou te r\u00e9conforte.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Texte :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tu n\u2019as pas dormi. Presque pas. Juste un flottement vers trois heures, le corps effondr\u00e9 dans ce canap\u00e9 de gardien trop propre pour toi.<br>Depuis des semaines tu te r\u00e9p\u00e8tes : il faut que je fasse quelque chose de moi. Tu te le murmures comme on m\u00e2che un os. Et cette nuit, tu sais que c\u2019est l\u00e0. Le seuil.<br>L\u2019appartement est pr\u00eat. Tu as briqu\u00e9 jusqu\u2019aux plinthes, d\u00e9sinfect\u00e9 l\u2019\u00e9vier, rang\u00e9 l\u2019agrandisseur dans un sac-poubelle. M\u00eame la cafeti\u00e8re est pr\u00eate : eau, caf\u00e9, bouton. Il ne manquera qu\u2019un doigt pour faire basculer la machine.<br>Tu as rompu. Tu as tout quitt\u00e9. Tu n\u2019as aucune image de l\u00e0-bas, seulement le besoin de l\u2019ailleurs.<br>Tu marcheras au matin le long du canal. Tu as tout pr\u00e9vu pour arriver juste \u00e0 l\u2019heure.<br>Et pourtant, tout en toi est flou.<br>Tu ne pars pas vraiment vers un lieu.<br>Tu pars de toi.<br>C\u2019est ce que tu crois.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu t\u2019es r\u00e9veill\u00e9 en sueur, sans r\u00eave en t\u00eate, mais avec cette sensation pr\u00e9cise d\u2019avoir oubli\u00e9 quelque chose d\u2019essentiel.<br>C\u2019\u00e9tait la nuit d\u2019avant. Celle o\u00f9 tu t\u2019\u00e9tais jur\u00e9 de partir.<br>Tu avais encore h\u00e9sit\u00e9. Pes\u00e9, repes\u00e9. L\u2019envie de fuir contre l\u2019impossibilit\u00e9 de l\u00e2cher.<br>Et puis tu avais compris : tu ne fuyais rien, tu cherchais \u00e0 revenir.<br>\u00c0 cet homme que tu n\u2019as jamais connu, ton grand-p\u00e8re. Parti d\u2019Estonie, pass\u00e9 par Saint-Petersbourg, \u00e9chou\u00e9 \u00e0 Paris. Tu portes sa blessure en creux dans la tienne.<br>Tu repensais \u00e0 ta m\u00e8re. \u00c0 sa mani\u00e8re de tout tenir sous un \u201cne t\u2019inqui\u00e8te pas\u201d, alors que tout s\u2019\u00e9croulait.<br>Et l\u00e0, sur le bord du lit, tu avais su.<br>Ce n\u2019\u00e9tait pas un d\u00e9part.<br>C\u2019\u00e9tait une tentative d\u2019approche.<br>D\u2019un lieu. D\u2019un fant\u00f4me. De toi.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"02\"><\/a>02. L&rsquo;arriv\u00e9e dans la ville<\/h2>\n\n\n\n<p><em>consigne:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9cris deux fragments d\u00e9crivant l\u2019arriv\u00e9e dans une ville \u2014 r\u00e9elle ou imaginaire \u2014 comme premi\u00e8re sc\u00e8ne de voyage, o\u00f9 chaque d\u00e9tail compte, chaque micro-perception construit une vision totale et fondatrice. L\u2019un des fragments doit \u00eatre bas\u00e9 sur un souvenir, l\u2019autre sur une invention. Mais le lecteur ne doit jamais pouvoir distinguer lequel est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Texte<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La nuit tombe vite. Le bus tousse une derni\u00e8re fois, s\u2019\u00e9teint. Tu poses le pied sur un sol sablonneux, tu crois le silence, mais c\u2019est un mensonge : le vent mugit, et dans ses bourrasques, des voix de femmes chantent, aigres, lointaines, dans des haut-parleurs pendus aux baraques.<br>Les klaxons se r\u00e9pondent comme des chiens. Les moteurs p\u00e9taradent, les rickshaws d\u00e9raillent, les bus scintillent, bossel\u00e9s comme des b\u00eates m\u00e9talliques au repos. Une place. Une meute. Des lumi\u00e8res clignotantes. Des signes illisibles.<br>C\u2019est la ville nouvelle. Elle t\u2019agresse d\u2019abord, te repousse. Puis, tu tournes. Tu bifurques. Et l\u00e0, \u00e0 quelques rues, une autre ville : la vraie. Moins de bruit, plus d\u2019odeurs. Des volutes d\u2019\u00e9pices, de linge chaud, de sueur. Tu respires.<br>La ville est double. Comme toi. Comme chaque arriv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas de carte. Pas de nom sur les panneaux. Les atlas mentent. Les GPS d\u00e9rivent. Et pourtant tu arrives. La nuit d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9e, tu ne vois rien, mais tu sens. Une odeur \u2014 de feuilles s\u00e8ches, de fleurs oubli\u00e9es. Elle te parle. Elle te reconna\u00eet.<br>Tu marches, lentement. Tu n\u2019as jamais mis les pieds ici, mais tu sais chaque d\u00e9tour. Comme si quelqu\u2019un t\u2019attendait depuis longtemps. Comme si c\u2019\u00e9tait ta ville d\u2019avant ta naissance. Tu crois reconna\u00eetre les silhouettes. Elles s\u2019approchent. Elles te saluent. Comme si tu rentrais.<br>Tu n\u2019as pas vu Sonora. Tu l\u2019as devin\u00e9e.<br>Et maintenant elle te regarde.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"03\"><\/a>03. L&rsquo;impossible retour<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Consigne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9cris deux fragments \u00e0 la mani\u00e8re de Michaux, chacun ancr\u00e9 dans un lieu o\u00f9 le narrateur est emp\u00each\u00e9 de repartir, comme pi\u00e9g\u00e9 dans une forme d\u2019\u00e9tranget\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>L\u2019un est issu d\u2019une exp\u00e9rience r\u00e9elle (un lieu que tu as visit\u00e9, mais o\u00f9 tu te sens comme captif, emp\u00each\u00e9, d\u00e9phas\u00e9).<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019autre est issu d\u2019un voyage invent\u00e9, mais doit \u00eatre aussi convaincant, sensoriel, obsessionnel.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><em>Texte<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait revenir. On me l\u2019avait dit. Le corps l\u2019avait dit. Fi\u00e8vre, vomissements, couleurs du foie. Kandahar s\u2019\u00e9loignait dans le brouillard jaune. \u00c0 Peshawar on confirma. \u00c0 Quetta, on plia mes bagages. France, Roissy, m\u00e9tro. Je marchais comme un rat dans son propre plan. Retourner n\u2019avait plus de sens. Tout avait r\u00e9tr\u00e9ci. Les couloirs, les v\u00eatements, les visages. La bo\u00eete aux lettres vomissait les preuves du monde. J\u2019\u00e9tais revenu. Mais o\u00f9 ? Kandahar \u00e9tait ailleurs, maintenant. Et moi, de ce c\u00f4t\u00e9, coinc\u00e9 dans ce qu\u2019il restait de moi. L\u2019espoir, c\u2019\u00e9tait une mauvaise paire de chaussures.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019avais b\u00e2tie moi-m\u00eame. Pas de murs, non. Une cellule en lignes droites qui ne se croisent jamais. Un r\u00eave, un plan, un nom \u2014 photographe \u2014 pour avancer. Mais \u00e7a tournait, \u00e7a revenait. Rien ne s\u2019ouvrait. \u00c0 force, j\u2019ai vu : ce n\u2019\u00e9tait pas une route, c\u2019\u00e9tait une boucle. Les images s\u2019\u00e9vanouissaient. Le but aussi. Et le soulagement, oui, un peu, de ne plus devoir sortir. Les \u00e9chapp\u00e9es devenaient illusions, les illusions devenaient sol. Ce n\u2019\u00e9tait pas une prison, mais je n\u2019avais plus la force d\u2019en chercher la porte. Alors je suis rest\u00e9. Et tout est devenu supportable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"04\"><\/a>04. \u00e9tapes<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Consigne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9cris deux fragments d\u00e9crivant exactement la m\u00eame halte, dans le m\u00eame style, syntaxe, rythme, mais :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>le premier doit d\u00e9crire une halte r\u00e9elle v\u00e9cue dans un de tes voyages<\/li>\n\n\n\n<li>le second doit \u00eatre enti\u00e8rement invent\u00e9, mais sans modifier la structure du premier texte.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><em>Texte<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>1983&nbsp;:<\/em> L\u2019hiver dure. J\u2019ai rendu les cl\u00e9s de la Fuego. Fini le porte-\u00e0-porte entre Boissy et Brunoy. Trop de noms, trop d\u2019\u00e9tages. J\u2019empilais les phon\u00e8mes comme des miettes de pain dans mon Moleskine. La matin\u00e9e pour prospecter, l\u2019apr\u00e8s-midi pour rebondir. On ne vend pas le matin. On d\u00e9plie, on \u00e9coute. On boit du th\u00e9, du caf\u00e9, du chocolat chaud. Les femmes racontent : l\u2019\u00e9cole, les enfants, la peur. L\u2019ascenseur en panne, les croquettes du chien, la moquette qui pue. Les photos sur le mur, les fleurs en plastique, les rideaux marron. Parfois une vente, une Twingo \u00e0 vingt heures, jackpot. Et puis la honte. Toujours. De gagner sur leur dos. De sourire. D\u2019y retourner. Mais c\u2019\u00e9tait une halte, tout \u00e7a. Une \u00e9tape, comme les autres. Et j\u2019y suis rest\u00e9 un peu trop.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Hiver 83.<\/em> Une 2CV poussive, Paris-Avignon. Plus de chauffage. Le froid ronge. Je bifurque \u00e0 Chanas, entre deux stations. La nuit p\u00e8se. Les parkings sont vides, pel\u00e9s, les camions roupillent. \u00c0 chaque \u00e9tape, j\u2019esp\u00e8re un caf\u00e9, une lumi\u00e8re, un rien de chaud. Je pense \u00e0 Jack London, ses chiens, le blizzard. C\u2019est \u00e0 l\u2019avant-derni\u00e8re station qu\u2019un gars me dit : \u00ab\u00a0T\u2019as oubli\u00e9 de passer en mode hiver.\u00a0\u00bb Il bidouille sous le capot. Le chauffage revient. Miracle. Je ris comme un con. Le caf\u00e9 br\u00fble, le c\u0153ur se d\u00e9tend. Apr\u00e8s \u00e7a, je m\u2019arr\u00eate \u00e0 toutes les stations. Trop chaud. Trop crev\u00e9. Trop vivant d\u2019un coup.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"05\"><\/a>05. Usages du monde<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Consigne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Replonge toi dans un voyage que tu as fait, m\u00eame lointain dans le temps.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>note neuf rep\u00e8res visuels simples comme sur un croquis ( ex: \u00ab\u00a0pont\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0buisson\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0garde\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9choppe\u00a0\u00bb).<\/li>\n\n\n\n<li>Pour chacun des neuf mots, \u00e9cris un court paragraphe ( 2 \u00e0 5 lignes ) qui ne d\u00e9crit pas mais restitue la vision, le v\u00e9cu sensoriel, l&rsquo;impression m\u00e9morielle pure.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><em>Texte<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>1. Limbes<\/em> Encore dans les limbes, flottant entre deux injonctions, entre deux billets non publi\u00e9s. Ce mot surgit, comme le premier cercle de l\u2019Enfer. Il ram\u00e8ne aussi \u00e0 Bertrand, \u00e0 Gaspard de la nuit, \u00e0 ces livres qui ont failli rester invisibles, comme parfois nos vies. Les organismes, les factures, les coups de fil coupants : j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de partir. Pas au loin, mais en moi. C\u2019est un d\u00e9part quand m\u00eame. Un enfermement au fond duquel peut na\u00eetre une carte. Celle qu\u2019on trace en imagination.<\/li>\n\n\n\n<li><em>2. Luxure<\/em> On m\u2019a vol\u00e9 le mot. Il ne d\u00e9signe plus rien. Une \u00e9paule lux\u00e9e, peut-\u00eatre. Pourtant le vent de Dante me soul\u00e8ve, comme Francesca et Paolo, emport\u00e9s non par le p\u00e9ch\u00e9 mais par la lecture. Une banquiere me r\u00e9primande. Je deviens animal. Mais c\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a, la luxure moderne : une pulsion contrari\u00e9e, un d\u00e9sir de vivre contrari\u00e9 par les chiffres. Le d\u00e9sir n\u2019a plus de lieu o\u00f9 s&rsquo;\u00e9pandre, sinon dans le refus, dans la r\u00e9sistance molle.<\/li>\n\n\n\n<li><em>3. Gourmandise<\/em> Un bonbon dans la bouche. Pour faire taire la langue. Pour ne pas qu\u2019elle se retourne contre moi. L&rsquo;\u00e9picier, la main dans la poche, la salive qui pr\u00e9c\u00e8de le vol. Dans le jardin, des canaux de boue. Je recr\u00e9e une ville avec des boutiques gratuites. Ma langue danse de plaisir. Le chien \u00e0 trois t\u00eates veille \u00e0 la porte. Mais j\u2019ai un bonbon. \u00c7a suffit pour rester en vie.<\/li>\n\n\n\n<li><em>4. Avarice<\/em> Ils roulent des pierres. Des jours entiers sur des routes en chantier. Moi, j\u00e9r\u00e9miades int\u00e9rieures en boucle, je secoue mon corps \u00e0 bord d\u2019engins vibrants. Le soir, un verre, pour recomposer la forme humaine. Puis un achat absurde, pour sortir de la boucle. Le lendemain, la boucle recommence. Le bitume fond. Je r\u00eave d\u2019une sortie, mais le cercle est parfait.<\/li>\n\n\n\n<li><em>5. Col\u00e8re<\/em> Je l&rsquo;ai m\u00e9dit\u00e9e, cette col\u00e8re. Pas les cris, les postillons. Non : l&rsquo;\u00e9nergie. Le signal. J&rsquo;ai vu des gens s&rsquo;en faire une m\u00e8re, un rempart. Moi, je l&rsquo;ai laiss\u00e9e couler dans les silences, les mots aval\u00e9s. C&rsquo;est elle qui me fait partir. Elle que je ne nomme pas. Elle qui m&rsquo;a appris \u00e0 dire : \u00e7a suffit.<\/li>\n\n\n\n<li><em>6. H\u00e9r\u00e9sie<\/em> Penser par soi-m\u00eame, puni. Faire mourir l&rsquo;\u00e2me avec le corps, dit Dante. Je l&rsquo;ai fait, souvent. Par fatigue. Par d\u00e9go\u00fbt. Par lucidit\u00e9 aussi. J&rsquo;ai ador\u00e9 Farinata : l&rsquo;homme qui s\u00e9pare la ville de sa vengeance. Je suis rest\u00e9 longtemps bras crois\u00e9s, regard au sol. L\u00e0, au bord du brasier.<\/li>\n\n\n\n<li><em>7. Violence<\/em> Trois cercles pour les violents. Trois fa\u00e7ons d&rsquo;en vouloir au monde. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 arbre sec. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 Harpie. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 feu et sable. On m&rsquo;a dit : calme-toi. On m&rsquo;a dit : pardonne. Mais parfois il faut rester dans le feu. Y rester, pour savoir.<\/li>\n\n\n\n<li><em>8. Ruse et tromperie<\/em> Les bolges sont innombrables. Chacun son pi\u00e8ge. Chacun sa fa\u00e7on de courber l&rsquo;autre \u00e0 ses fins. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 flatteur, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 voleur. Mais le pire \u00e9tait de croire \u00e0 la puret\u00e9. D&rsquo;en faire un mensonge. De le dire. Ulysse, mon fr\u00e8re. Diom\u00e8de, mon reflet.<\/li>\n\n\n\n<li><em>9. Trahison La glace<\/em>. Le silence. L&rsquo;immobilit\u00e9. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 vu la Jud\u00e9e. J&rsquo;y suis n\u00e9. Trahir son espoir, trahir son geste. Ne plus croire que partir suffit. Ne plus croire qu&rsquo;on revient.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"06\"><\/a>06. Qui raconte, \u00e0 qui ?<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Consigne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9cris un dialogue entre deux personnages (comme Marco Polo et Kubila\u00ef Khan chez Calvino) o\u00f9 l\u2019un raconte ses voyages (r\u00e9els, r\u00eav\u00e9s, oubli\u00e9s) \u00e0 l\u2019autre, qui l\u2019\u00e9coute, interroge, relance \u2014 pour cr\u00e9er un fil narratif qui reliera tous tes r\u00e9cits pass\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Texte<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu n\u2019avais pas parl\u00e9 depuis combien de temps ?<br>\u2014 Je ne sais plus. Peut-\u00eatre dix ans. Peut-\u00eatre depuis le retour.<br>\u2014 De quel retour ?<br>\u2014 D\u2019Asie. Six mois de voyage. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre.<br>\u2014 Et maintenant, tu racontes ?<br>\u2014 J\u2019essaye.<br>Silence. L\u2019autre ne note rien. Il attend. Une mouche vole dans l\u2019air ti\u00e8de. Le voyageur replie ses mains sur ses genoux. Il n\u2019a pas encore lev\u00e9 les yeux.<br>\u2014 Je n\u2019ai jamais su ce que j\u2019\u00e9tais cens\u00e9 rapporter. Ni \u00e0 qui.<br>\u2014 Mais tu avais des images, des notes.<br>\u2014 Trop d\u2019images. Aucune voix pour les dire. Je suis rentr\u00e9, j\u2019ai voulu raconter. Personne n\u2019\u00e9coutait. Alors j\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 voyager. En dedans.<br>\u2014 Et \u00e7a ressemble \u00e0 quoi, un voyage en dedans ?<br>\u2014 \u00c0 un exil. Sans carte. Sans auditoire.<br>\u2014 Tu n\u2019\u00e9cris pas pour eux ?<br>\u2014 J\u2019\u00e9cris pour ceux qui n\u2019ont pas encore entendu.<br>L\u2019autre hoche la t\u00eate. Il feuillette un carnet invisible. Il note \u00e0 mi-voix : \u00ab Le voyageur se m\u00e9fie des formes. Il en cherche une. Il rature. Il recommence. Il n\u2019ose pas signer. \u00bb<br>\u2014 Pourquoi tant de silence ?<br>\u2014 Parce qu\u2019on m\u2019a appris \u00e0 me taire. \u00c0 croire que mes mots ne valaient rien. Et j\u2019ai fini par les croire.<br>\u2014 Tu parles de ta famille ?<br>\u2014 De tous. De moi.<br>\u2014 Et la col\u00e8re ?<br>\u2014 Elle m\u2019a sauv\u00e9. J\u2019ai refus\u00e9 leur monde, leur carri\u00e8re, leurs attentes. J\u2019ai choisi la fatigue, la poussi\u00e8re, les petits boulots.<br>\u2014 Pour penser libre ?<br>\u2014 Pour penser vrai.<br>L\u2019autre s\u2019approche, ouvre une bo\u00eete. En sort un petit appareil photo.<br>\u2014 Tu \u00e9tais photographe.<br>\u2014 J\u2019ai arr\u00eat\u00e9. Trop de faux regards.<br>\u2014 Tu \u00e9crivais ?<br>\u2014 Je noircissais des carnets.<br>\u2014 Et maintenant ?<br>\u2014 Je cherche comment les relier.<br>Silence encore.<br>\u2014 Il te faudrait une forme.<br>\u2014 J\u2019en ai une.<br>\u2014 Laquelle ?<br>\u2014 Toi.<br>Le deuxi\u00e8me homme sourit. Il dispara\u00eet lentement dans la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"07\"><\/a>07. un tout petit voyage<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Consigne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9cris, sous forme de motifs distincts et pr\u00e9cis, le r\u00e9cit d\u2019un tout petit voyage que tu as fait souvent \u2014 une promenade, un trajet familier \u2014 en t\u2019inspirant de la mani\u00e8re de Pierre Bergounioux : discontinuit\u00e9, d\u00e9tails concrets, et confiance dans la sensation.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Texte<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9t\u00e9 nous allions \u00e0 Saint-Bonnet, \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres de La Grave. La question du pourquoi ne se posait pas. C\u2019\u00e9tait. On partait.<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Le lieu Saint-Bonnet. Un nom sans myst\u00e8re mais un endroit singulier. Plus qu\u2019un lieu, une destination rituelle. Il y avait d\u2019autres lieux de baignade, plus proches, mais c\u2019est celui-l\u00e0 qui comptait.<\/li>\n\n\n\n<li>Le pass\u00e9 du p\u00e8re Je crois que mon p\u00e8re y avait pass\u00e9 une part de son enfance. Un exil depuis Paris vers ses grands-parents. Il n\u2019en parlait pas. Ou tr\u00e8s peu.<\/li>\n\n\n\n<li>Les anciens Charles Brunet, l\u2019instituteur, combattant dans les Dardanelles. Son \u00e9pouse, aveugle, acari\u00e2tre, la m\u00e8re Picard. On les \u00e9voquait comme des statues, fig\u00e9es dans la m\u00e9moire.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019image Un gamin en blouse, aux boucles sages, sur une photo. Mon p\u00e8re. Accroch\u00e9e dans le salon de son enfance. T\u00e9l\u00e9 allum\u00e9e pour les premiers pas sur la lune. Deux images fondatrices.<\/li>\n\n\n\n<li>Le d\u00e9part Le p\u00e8re disait \u00ab on y va \u00bb et tout se mettait en place. La m\u00e8re organisait. Le panier, les serviettes. Le p\u00e8re fumait. Le fr\u00e8re aidait. Moi j\u2019ouvrais le portail. Le voyage commen\u00e7ait.<\/li>\n\n\n\n<li>La mont\u00e9e La Simca 1000 peinait dans la mont\u00e9e du Cluzeau. Le p\u00e8re retrogradait. En haut, il rallumait sa pipe. La m\u00e8re, une cigarette. Le plateau s\u2019ouvrait.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019\u00e9tang L\u2019\u00e9tang de Saint-Bonnet \u00e9tait notre mer \u00e0 nous. Des ch\u00e2taignes d\u2019eau piquantes. Le ciel, le sable, les feuillages s\u2019y refl\u00e9taient.<\/li>\n\n\n\n<li>La nage Le p\u00e8re s\u2019\u00e9loignait. Lentement. Il nageait comme on part, \u00e0 peine un bruit. Son cr\u00e2ne s\u2019\u00e9loignait. Puis disparaissait. Nous restions sur la berge.<\/li>\n\n\n\n<li>Le retour Je refais ce trajet encore. En voiture, en v\u00e9lo. Parfois \u00e0 pied. Toujours le m\u00eame \u00e9lan. La m\u00eame bouff\u00e9e d\u2019air. L\u2019immense ciel au-dessus de l\u2019Aumance.<\/li>\n\n\n\n<li>Le deuil F\u00e9vrier, mars. Ma m\u00e8re, mon p\u00e8re. L\u2019absence a ses saisons. Arr\u00eater de fumer, c\u2019est affronter les fant\u00f4mes. Les souvenirs sortent du silence, d\u00e9roulent leurs paysages.<\/li>\n\n\n\n<li>La for\u00eat Tron\u00e7ais au loin. Ch\u00eanes de Vauban. L\u2019\u00e9tang, comme un diamant au milieu de cette for\u00eat ancienne. Une trou\u00e9e, une paix, un tout petit voyage incrust\u00e9 dans le grand.<\/li>\n\n\n\n<li>Le recommencement L\u2019\u00e9tang est toujours l\u00e0. Le p\u00e8re ne revient pas. Mais j\u2019\u00e9cris. Et en \u00e9crivant, je me tiens encore sur la berge, les pieds dans l\u2019eau, les yeux sur l\u2019horizon o\u00f9 un point noir s\u2019efface doucement.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"08\"><\/a>08. Reconstitutions<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Consigne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9cris un r\u00e9cit sous forme de fragments disjoints (avec des tirets), comme dans Une am\u00e9ricaine de Nathalie Quintane, qui reconstitue un voyage ou une figure de voyage fictionnelle (ou semi-fictionnelle), en laissant la juxtaposition des notes produire du sens sans narration unifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu peux inventer un personnage ou une situation, t\u2019appuyer sur des bribes de r\u00e9alit\u00e9 ou de m\u00e9moire, faire des d\u00e9tours, des hypoth\u00e8ses, laisser la reconstitution ouverte, stratifi\u00e9e, lacunaire. Ce sont les fragments eux-m\u00eames, dans leur constellation, qui forment le r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Texte<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Un p\u00e8re peut-\u00eatre grand, ou petit. Tout d\u00e9pend de l\u2019humeur avec laquelle on se l\u2019\u00e9voque.<\/li>\n\n\n\n<li>On peut dire le p\u00e8re, le grand-p\u00e8re, le petit p\u00e8re. Si on est peu respectueux on peut aussi dire p\u00e9p\u00e9, ou pire p\u00e9p\u00e8re.<\/li>\n\n\n\n<li>Comment on ne serait pas respectueux envers ses p\u00e8res exigerait un assez long d\u00e9veloppement. Pas ici et pas maintenant.<\/li>\n\n\n\n<li>Sans doute parce que le respect s\u2019invente ou se construit comme toute chose, qu\u2019on ne trouve pas le respect comme on ramasse une pierre, qu\u2019 on enlace un arbre.<\/li>\n\n\n\n<li>Il faut du temps. Le respect n\u00e9cessite des ann\u00e9es de r\u00e9flexion. Sinon ce n\u2019est rien que de l\u2019admiration b\u00e9ate ou de la peur, n\u2019est-ce pas la m\u00eame chose, c\u2019est \u00e0 dire du d\u00e9sir, une envie de meurtre ou encore du cannibalisme qui ne se dit pas.<\/li>\n\n\n\n<li>Un petit p\u00e8re \u00e2g\u00e9 d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, il se nomme Johannes Musti. Il part de la ville de Tallinn en Estonie, j\u2019arrive \u00e0 voir sa silhouette. C&rsquo;est un maigrichon, \u00e9lanc\u00e9, fragile. Je le vois faire un d\u00e9tour de quelques ann\u00e9es par Saint-P\u00e9tersbourg pour y apprendre \u00e0 peindre.<\/li>\n\n\n\n<li>Je le vois un peu moins nettement \u00e0 Epinay-sur-Seine, \u00e0 peindre des d\u00e9cors de cin\u00e9ma pour la firme Eclair qui a rachet\u00e9 les locaux au producteur Joseph Menchen.<\/li>\n\n\n\n<li>Johannes Musti boit pour oublier qu\u2019il a voulu \u00eatre un grand peintre. Mais on croit peut-\u00eatre \u00e0 tort qu&rsquo;il faut une raison pour boire. On invente des raisons. Il boit pour oublier l\u2019Estonie. Il boit car il a maintenant trois enfants en bas \u00e2ge plus un quatri\u00e8me, un grand gars qui peut lui le regarder bien en face. Ils sont de m\u00eame taille. Quatre gamins. Il se ressert un verre. Le verre de trop. Il en mourra.<\/li>\n\n\n\n<li>Dans ces quelques lignes tant de choses se cachent d\u00e9j\u00e0. La moindre n\u2019est pas le fait que je n\u2019ai jamais connu Johannes Musti. Tout ce que je sais de lui provient de la rumeur, de la l\u00e9gende familiale. Johannes Musti disparait presque enti\u00e8rement une fois que ma grand-m\u00e8re disparait, que ma m\u00e8re disparait \u00e0 sa suite. Il n\u2019en restera encore moins que \u00e7a encore quand je disparaa encore quand je dispara\\u00eitrai moi-m\u00eame.<\/li>\n\n\n\n<li>La n\u00e9cessit\u00e9 de dire le nom Johannes Musti pour ne pas l\u2019oublier tout \u00e0 fait. De l\u2019\u00e9crire une fois de temps en temps pour ne pas perdre ce couple de mots.<\/li>\n\n\n\n<li>O\u00f9 est enterr\u00e9 Johannes Musti ? Est-ce le cimeti\u00e8re du Montparnasse ? Au P\u00e8re-Lachaise ? M\u00eame \u00e7a impossible d\u2019en \u00eatre sur. Quand on ne sait pas o\u00f9 se trouve un mort il peut bien se trouver partout. Il vit chez moi, il vit avec moi. C\u2019est une constat tardif. Et m\u00eame d\u00e9sar\u00e7onnant. A 63 ans de constater la pr\u00e9sence d\u2019un mort dans sa propre maison. Un mort sous son toit.<\/li>\n\n\n\n<li>Un petit p\u00e8re \u00e9pouse une petite m\u00e8re et en 1916 &#8211; C\u2019est pendant la premi\u00e8re guerre mondiale ( on tient le compte ) &#8211; puis vient la r\u00e9volution russe \u00e7a devient d\u2019une violence inou\u00efe. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019ils d\u00e9cident de fuir; mais fuir vers o\u00f9 ? Pas la France tout de suite, ils partent ailleurs. De toute fa\u00e7on on part toujours ailleurs.<\/li>\n\n\n\n<li>On ne sait pas vraiment o\u00f9. Peut-\u00eatre en Gr\u00e8ce, en Mac\u00e9doine, en Turquie. C\u2019est apr\u00e8s un premier p\u00e9riple qu\u2019ils arrivent en France. Peut-\u00eatre le jour m\u00eame de l\u2019armistice. Dans l\u2019effervescence. Les rues sont envahies, tout le monde s\u2019embrasse, on jette des confettis et des fleurs du haut des balcons \u00e0 Paris.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"09\"><\/a>09. tout le monde raconte l&rsquo;histoire<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Consigne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00e9crire un texte en fragments o\u00f9 plusieurs personnages racontent chacun une histoire autonome, en \u00e9cho au proc\u00e9d\u00e9 narratif utilis\u00e9 par Monique Wittig dans Les Gu\u00e9rill\u00e8res, afin d&rsquo;explorer le r\u00e9cit de voyage comme constellation d\u2019histoires ench\u00e2ss\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p><em>Texte<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait remonter assez loin dans cette histoire pour retrouver la trace de l\u2019inspecteur Blanchard. Celle de Dali embarqu\u00e9 dans un vaisseau de l\u2019Alliance Galactique en guerre contre les reptiliens. De m\u00eame qu&rsquo;Alonso Quichano disparait lui aussi. Tous les moulins \u00e0 vent se seront effondr\u00e9s avec le temps.<br>De nombreux personnages semblent ainsi s\u2019enfoncer dans l\u2019oubli. Ce r\u00e9cit n\u2019est-il pas un voyage ? On y rencontre des pays, des personnages, des objets, on saute du coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne. Les fronti\u00e8res n\u2019existent ici qu\u2019\u00e0 la fa\u00e7on de jours qui succ\u00e8dent \u00e0 la nuit, ou encore la nuit qui succ\u00e8de aux jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Blanchard raconte l\u2019histoire suivante : il traque un peintre disparu, un certain C.R., vu pour la derni\u00e8re fois dans une station-service de l\u2019A75, la veste macul\u00e9e d\u2019huile et le regard perdu dans le vide. Il note les chiffres des pompes comme s\u2019il s\u2019agissait de coordonn\u00e9es c\u00e9lestes.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur un fichier pdf re\u00e7u ce jour on peut admirer la d\u00e9coupe des blocs noir sur blanc sans m\u00eame lire le texte. Ils sont d\u2019une taille similaire, et l\u2019on pourrait imaginer que si l\u2019on prend le premier au hasard il parlera exactement de la m\u00eame chose que tous les autres : d\u2019une r\u00e9sistance probablement vaine \u00e0 cet oubli. Des femmes racontent des histoires. Elles portent des noms stup\u00e9fiants de familiarit\u00e9, mais d\u2019une familiarit\u00e9 si lointaine qu\u2019on d\u00e9couvre un autre type d\u2019oubli, venu de l\u2019amont, de l\u2019avant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dali raconte l\u2019histoire suivante : dans l\u2019\u0153il d\u2019un cam\u00e9l\u00e9on cosmique, il d\u00e9couvre un d\u00e9sert invers\u00e9. Chaque grain de sable est un souvenir condens\u00e9 d\u2019un autre voyage. Il tente de les trier avec une pince \u00e0 \u00e9piler dor\u00e9e.<br>Hom\u00e8re raconte une guerre qui n\u2019en finit pas. Elle semble s\u2019achever parce que le livre s\u2019ach\u00e8ve, mais elle ne s\u2019ach\u00e8ve pas. Et l\u2019on comprend qu\u2019on serait bien en peine de savoir le moment exact o\u00f9 elle a commenc\u00e9. Si on ne tient pas compte des pr\u00e9textes, des raisons, des justifications, des caract\u00e9ristiques si lamentables de la nature humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Alonso Quichano raconte l\u2019histoire suivante : il vit d\u00e9sormais dans une cit\u00e9 pavillonnaire. Il \u00e9crit des avis Google sur les ronds-points, les trouve trop timor\u00e9s, regrette les lances, les dragons et les g\u00e9ants. Il parle seul aux grillages des lotissements.<\/p>\n\n\n\n<p>Vendredi est le compagnon de Robinson, mais c\u2019est aussi le jour des stages de peinture. Ce dernier vendredi fut le lieu d\u2019un mythe. Le peintre avait trouv\u00e9 l\u2019id\u00e9e dans l\u2019air du temps. L\u2019intitul\u00e9 du stage est toujours \u00ab de n\u2019importe \u00eatre quoi \u00e0 quelque chose \u00bb. Tous furent ravis, dans le sens d\u2019\u00eatre enlev\u00e9s d\u2019un autre lieu, d\u2019un autre temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Circ\u00e9 transforme les marins en cochon mais quid de ceux qui le sont d\u00e9j\u00e0, l\u2019histoire ne le dit pas. A moins que l\u2019\u00e9vidence soit si limpide qu\u2019on ne cesse de l\u2019\u00e9viter.<\/p>\n\n\n\n<p>Borg\u00e8s raconte aussi beaucoup d\u2019inepties pour attirer les mouches avec autre chose que du vinaigre. On peut passer des ann\u00e9es \u00e0 le lire sans comprendre qu\u2019il se moque de toute \u00e9rudition. Ce qui lui importe : une mati\u00e8re po\u00e9tique, seule trou\u00e9e de lumi\u00e8re dans son aveuglement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour voyager une boussole est n\u00e9cessaire. En revenir \u00e0 l\u2019intuition premi\u00e8re peut \u00eatre salutaire lorsqu\u2019on s\u2019\u00e9gare. Ainsi, cette admiration pour la mise en page de Monique Wittig, Les Gu\u00e9rill\u00e8res, Minuit 1969.<br>On peut recopier une partie du texte pour voir comment il s\u2019inscrit dans la colonne :<br>\u00ab\u00a0Dans la l\u00e9gende de Sophie M\u00e9nade, il est question d\u2019un verger plant\u00e9 d\u2019arbres de toutes les couleurs. Une femme nue y marche. Son beau corps est noir et brillant. Ses cheveux sont des serpents fins et mobiles qui produisent une musique \u00e0 chacun de ses mouvements. C\u2019est la chevelure conseill\u00e8re.\u00a0\u00bb<br>Peut-\u00eatre que cette association d\u2019id\u00e9e entre colonne et texte, entre r\u00e9cit et double voyage, entre m\u00e9nade et folie rec\u00e8le un sens cach\u00e9. Et que ne pas le trouver rend furieux. Mais tout vouloir comprendre est-il n\u00e9cessaire ? Peut-\u00eatre suffit-il de se laisser \u00e9clairer du fond de son aveuglement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"10\"><\/a>10. trois cartes postales &amp; une fiction<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Consigne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Choisissez un lieu pr\u00e9cis dans le monde, ( avec Google Street View ) \u2014puis \u00e9crivez trois courts paragraphes comme des cartes postales d\u00e9crivant trois images Street View de ce lieu (sans nommer le lieu), suivis d\u2019un quatri\u00e8me paragraphe fictionnel mettant en sc\u00e8ne un personnage dans ce cadre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Texte<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La vitrine refl\u00e8te les n\u00e9ons de la place, bleu p\u00e2le, rouge vif, des lettres clignotent au-dessus de la porte : Self Place Clichy. \u00c0 travers la vitre, le carrelage blanc semble glisser vers l\u2019arri\u00e8re, d\u00e9sert. Une silhouette se tient seule au comptoir, comme plant\u00e9e dans une attente qui ne viendra pas. \u00c0 cette heure-ci, la lumi\u00e8re int\u00e9rieure est plus froide que la rue.<\/p>\n\n\n\n<p>Une table m\u00e9tallique coll\u00e9e au mur, deux chaises viss\u00e9es au sol. Le plastique des si\u00e8ges est fissur\u00e9 par endroits. Des miettes tra\u00eenent sur le plateau, vestiges d\u2019un repas anonyme. Au fond, un distributeur de boissons \u00e9teint renvoie un reflet tremblant du n\u00e9on du plafond.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019angle de la ruelle qui longe la place, un rideau de fer tagu\u00e9 s\u2019enroule sur lui-m\u00eame. Une enseigne sans lettres, juste l\u2019ombre d\u2019un nom effac\u00e9. Au-dessus, trois \u00e9tages de fen\u00eatres noires. Une seule, au deuxi\u00e8me, reste allum\u00e9e \u2013 rectangle ti\u00e8de suspendu dans l\u2019humidit\u00e9 nocturne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il rentre lentement, la bo\u00eete de restes \u00e0 la main. Elle lui a racont\u00e9 ce soir-l\u00e0 une anecdote sur les carm\u00e9lites et le silence, ils ont ri tous les deux. Dans la ruelle, il acc\u00e9l\u00e8re un peu, monte les marches de l\u2019immeuble sans lever les yeux. La chambre l\u2019attend, avec son lit m\u00e9tallique, ses murs nus, et ce silence, plus \u00e9pais que la soupe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>00 \/ 01 \/ 02 \/ 03 \/ 04 \/ 05 \/ 06 \/ 07 \/ 08 \/ 09 \/ 10 00. Prologue consigne&nbsp;: \u00c9cris deux listes de dix noms de lieux : une de lieux r\u00e9els que tu as visit\u00e9s, une de lieux imaginaires que tu r\u00eaves de visiter \u2014 chaque nom doit \u00eatre suivi d\u2019une courte phrase po\u00e9tique <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/_le-double_voyage-00_prologue\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">##Le_double_voyage | #10_street_view<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":530,"featured_media":111594,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"gallery","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4336,4094],"tags":[],"class_list":["post-111592","post","type-post","status-publish","format-gallery","has-post-thumbnail","hentry","category-10_street_view","category-le_double_voyage-2","post_format-post-format-gallery"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111592","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/530"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=111592"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111592\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":184032,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111592\/revisions\/184032"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/111594"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=111592"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=111592"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=111592"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}