{"id":111622,"date":"2023-01-30T11:19:05","date_gmt":"2023-01-30T10:19:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=111622"},"modified":"2023-01-30T14:21:52","modified_gmt":"2023-01-30T13:21:52","slug":"le_double_voyage-voyages-reels","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le_double_voyage-voyages-reels\/","title":{"rendered":"le double voyage | premier voyage"},"content":{"rendered":"\n<p>02 l\u2019arriv\u00e9e | \u00c0 la descente de l\u2019avion la duret\u00e9 du tarmac. L\u2019immeuble-rempart de l\u2019a\u00e9roport et derri\u00e8re le bourdonnement de millions de vies. Les parfums br\u00fbl\u00e9s de caoutchouc, de bois, de roses, de jasmin, d\u2019encens, de rafia, de graisses, de culs de marmites, de casseroles en alliages, de caf\u00e9 au lait et aux \u00e9pices, de pneus, de terres, de papiers, d\u2019os, de chairs, d\u2019urines, d\u2019excr\u00e9ments, de patchouli, de charbon, de cheveux, de soies camphr\u00e9es, de santal, de benjoin, de cardamomes, de feuilles de curry et de tabac, de cotonnades, de sirops, de th\u00e9s noirs et verts, de lourd diesel et de bouses de vache, de caprins, de plastique de bouteille, de semelles de basket, d\u2019\u00e9gouts \u00e0 ciel ouvert, d\u2019eaux putrides, de tas de journaux, de pisses de chien, de gales, de toits en t\u00f4le, de soleil, de b\u00e9tons humides, de crachats, d\u2019huiles de moteurs, de sucreries,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet instant, ce n\u2019est qu\u2019une boule parfum\u00e9e dont je ne connais pas les d\u00e9tails, tout est derri\u00e8re l\u2019immeuble-rampart. <\/p>\n\n\n\n<p>01 la nuit d\u2019avant | Ce sera <em>il<\/em> \u00e0 la place de <em>je<\/em>. Puis<em> je <\/em>reviendra quand<em> il <\/em>ne sera plus n\u00e9cessaire. Comme avant chaque d\u00e9part, il pose la valise sur la table pour les petits trajets et la valise au sol pour les longs trajets. Il s\u2019en fait la r\u00e9flexion du haut de l\u2019escalier, regarde cette grosse valise ouverte d\u00e9j\u00e0 pleine sur le tapis. Elle ne devra pas exc\u00e9der trente kilos et devra mesurer tant de centim\u00e8tres par tant de centim\u00e8tres. C\u2019est une valise standard, la profondeur, m\u00eame le soufflet ouvert, doit certainement correspondre aux tailles requises. Il n\u2019a pas besoin de relire le courriel de la compagnie. Il l\u2019a d\u00e9j\u00e0 lu et relu. Il a l\u2019habitude de prendre l\u2019avion et \u00e0 chaque nouveau voyage c\u2019est la premi\u00e8re fois, peut-\u00eatre, parce que ses voyages sont espac\u00e9s, qu\u2019il ne prend pas l\u2019avion une fois par semaine. La derni\u00e8re fois, il n\u2019est pas all\u00e9 loin et pourtant c\u2019\u00e9tait comme s\u2019il \u00e9tait parti \u00e0 l\u2019autre bout de la plan\u00e8te. Quelque chose a chang\u00e9 avec l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il suffisait de prendre un sac \u00e0 dos et courir, passer l\u2019enregistrement, s\u2019asseoir dans l\u2019avion, prendre un verre et se marrer pendant toute la dur\u00e9e du vol, puis atterrir&nbsp;; c\u2019\u00e9tait une partie du voyage&nbsp;; il n\u2019avait pas \u00e0 se pr\u00e9parer pour une journ\u00e9e et une partie de la nuit qui ne compteront pas&nbsp;; un temps mort entre ici et l\u00e0-bas. Et pour l\u2019instant, l\u00e0-bas ne compte pas. Il est dans la valise ouverte dans cette partie du monde, chez lui, et sera dans une autre partie du monde apr\u00e8s-demain moins demain. Il n\u2019aime pas l\u2019avion, mais il ne peut pas y aller \u00e0 la nage. En camping-car ou \u00e0 cheval, ce serait bien, il faudrait plus de temps pour cela&nbsp;; ce serait s\u2019arr\u00eater en chemin et le voyage n\u2019aurait pas de destination pr\u00e9cise, tout juste un point d\u2019arriv\u00e9e avant de songer \u00e0 reprendre la route dans l\u2019autre sens ou continuer&nbsp;; ce serait se rendre dans des lieux qui n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9vus, fouiller, chercher comme on surfe sur internet. Il est le curseur vert d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et se rend vers le curseur rouge, entre les deux il y\u2019a le trajet bleu, une ligne droite, sans temps ni distance. Cette fois-ci, lorsque viendra la cinqui\u00e8me heure de voyage, il ne commencera pas \u00e0 regarder sur l\u2019\u00e9cran dans le si\u00e8ge devant lui, la distance et les heures restantes. Je n\u2019aime pas l\u2019avion. Est-ce depuis 2008, le crash \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Madrid&nbsp;? Je n\u2019y pense pas toujours, je ne fais pas toujours le lien, mais quand j\u2019y pense, c\u2019est une \u00e9vidence. Lors du dernier voyage, il a m\u00eame song\u00e9 \u00e0 consulter un sophrologue ou \u00e0 faire un stage de pilotage parce que cela lui pourrit un peu le voyage. Bon, il faut s\u2019y mettre. Que manque-t-il dans cette valise&nbsp;? Tout et rien. Rien, parce qu\u2019ils n\u2019utiliseront pas un dixi\u00e8me de ce qu\u2019elle contient, et tout, parce que le principal n\u2019y est pas. Il manque des livres. Bien qu\u2019il n\u2019en lira qu\u2019un. Il en faut plusieurs. Celui-ci, <em>L\u2019\u00e9trange cas du Dr Jeckyll and Mr&nbsp;Hyde,<\/em> n\u2019ira pas avec le d\u00e9cor, ne conviendra pas, et celui de Marguerite Duras, <em>Un barrage contre le Pacifique<\/em>, un peu trop. Puis, je fais le tour du jardin. Il a gel\u00e9 aujourd\u2019hui. C\u2019est l\u2019occasion de constater les endroits, les parcelles o\u00f9 la gel\u00e9e tient plus qu\u2019ailleurs, un indicateur pour le choix des plantations. C\u2019est toujours au moment de partir que l\u2019on a tant \u00e0 vivre chez soi&nbsp;; que surgit l\u2019\u00e9vidence qu\u2019un monde nous entoure, ici, directement&nbsp;; c\u2019est souvent avant le d\u00e9part qu\u2019un \u00e9cureuil passe derri\u00e8re la fen\u00eatre comme si j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 parti. Avant d\u2019aller se coucher, il entamera la boite de m\u00e9latonine. Sa glande pin\u00e9ale est d\u00e9j\u00e0 en d\u00e9calage. Au temps alg\u00e9brique, avant de partir, succ\u00e8dera le temps spontan\u00e9 dans l\u2019inconnu, apr\u00e8s-demain moins demain. Ici, je planterai les euphorbes, et l\u00e0 je d\u00e9placerai l\u2019hortensia, il n\u2019est pas bien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lilas&nbsp;; le lilas est gourmand et ne laisse pas grand-chose \u00e0 ses voisins comme le tilleul qui assoiffe tout ce qui l\u2019entoure. O\u00f9 sont les passeports&nbsp;? Il les a rang\u00e9s dans le meuble de la chambre, il serait temps de les sortir et de les mettre dans le sac. Il pense qu\u2019il l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait, il v\u00e9rifiera plusieurs fois avant d\u2019aller se coucher et encore demain matin avant de partir. C\u2019est comme le gaz, il ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de revenir plusieurs fois \u00e0 la maison pour s\u2019assurer que le robinet est bien ferm\u00e9. Depuis peu, il a une m\u00e9thode, il dit tout haut <em>j\u2019ai ferm\u00e9 le gaz<\/em>, et ajoute <em>Athanase<\/em> ou <em>Sh\u00e9h\u00e9razade<\/em>&nbsp;; dire <em>j\u2019ai ferm\u00e9 le gaz<\/em> ne suffit pas, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce mot cl\u00e9 qui lui sert de serrure dans la m\u00e9moire, <em>Athanase, Sh\u00e9h\u00e9razade, Iraz<\/em> ou <em>Alcatraz<\/em>. Pour <em>j\u2019ai rang\u00e9 les passeports<\/em>, il ajoutera <em>Hector<\/em> ou <em>Victor<\/em>. Je m\u2019accroupis au pied du fr\u00eane, les perce-neige ont encore cette vitalit\u00e9 contrainte par l\u2019incertitude.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>00_prologue | <\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Istanbul o\u00f9 te p\u00e9n\u00e8tre le chant du muezzin<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le Bosphore entre deux continents Europa et Asiae<\/p>\n\n\n\n<p>Je roulais sur les pistes du Mont Ida \u00e0 la poussi\u00e8re ocre<\/p>\n\n\n\n<p>Assis sur la terre de Bundi aux pierres pr\u00e9cieuses<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Ja\u00efpur devant la Porte des Vents<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re des vitraux de la Cath\u00e9drale de Chartres<\/p>\n\n\n\n<p>Je croquais un olivier dans la Plaine de la Messara<\/p>\n\n\n\n<p>De Glastonbury, les danses de la f\u00e9condit\u00e9 au dessus de la source du Graal<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Plum o\u00f9 \u00e0 l\u2019aube se levaient les couleurs<\/p>\n\n\n\n<p>Noum\u00e9a Dumb\u00e9a Bouloupari La Foa Bourail,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La rivi\u00e8re Poueo aux rochers ronds comme des boules de billard<\/p>\n\n\n\n<p>Je descendais Craig \u2019s Close apr\u00e8s la chute de Robert Fergusson&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Edimbora, les cornemuses \u00e0 la fontaine des sorci\u00e8res<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Fife, la tombe sous la mer de Lilias Adie<\/p>\n\n\n\n<p>Me baignais dans les eaux chaudes de la Mer de Lybie<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais de Mahabalipuram \u00e0 Tiruvanamalai comme l\u2019\u00e9l\u00e9phant<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 Koda\u00efkanal \u00e0 la fraicheur presque froide<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 New-Delhi ou H\u00f4 Chi Minh City, la multitude de klaxon<\/p>\n\n\n\n<p>Du Palais fort de Shahjahanabad, toute la ville<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sonne la Liberty Bell \u00e0 Philadelphia City<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Matala o\u00f9 l\u2019on danse toute la nuit.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>02 l\u2019arriv\u00e9e | \u00c0 la descente de l\u2019avion la duret\u00e9 du tarmac. 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