{"id":111631,"date":"2023-01-29T20:22:42","date_gmt":"2023-01-29T19:22:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=111631"},"modified":"2023-02-12T19:13:44","modified_gmt":"2023-02-12T18:13:44","slug":"le_double_voyage-00_prologue-voyages-reels","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le_double_voyage-00_prologue-voyages-reels\/","title":{"rendered":"#voyages | Voyages r\u00e9els"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Il sortit par la porte Gay-Lussac. H\u00e9sita \u00e0 prendre le RER, puis traversa la Place Edmond Rostand. Il aurait voulu remonter la rue Soufflot, mais ne souvenait plus qu\u2019elle \u00e9tait si proche pourtant. Il prit sur sa droite parce que son seul rep\u00e8re \u00e9tait la rue Claude Bernard. Avant il fallait longer la rue Gay-Lussac, ses caf\u00e9s, ses petites boutiques sans relief. Il serait bien retourn\u00e9 aux Gobelins revoir les longs dimanches o\u00f9 seul il marchait au hasard. Parfois il allait \u00e0 la Grand Mosqu\u00e9e, parfois au Jardin des Plantes. Et le matin, au march\u00e9 de la rue Mouffetard pour y trouver la vie en se noyant parmi les passants. Il avait habit\u00e9 un sixi\u00e8me \u00e9tage sous les toits, silencieux, ouvert par une petite fen\u00eatre sur le croisement de la rue des Gobelins et du boulevard Saint Marcel. Il y avait \u00e9t\u00e9 heureux. Il y avait lu quand il \u00e9tait \u00e9tudiant les Mis\u00e9rables en hiver dans son lit, et s\u2019\u00e9tait extirp\u00e9 pour aller courir sur les traces de Jean Valjean, \u00e9merveill\u00e9 de cette confusion temporelle.Il avait toujours ressenti en arpentant la rue Claude Bernard une grande solitude. Les trottoirs lui semblaient froids, la vie qu\u2019il esp\u00e9rait y manquait. Il ne savait plus comment rejoindre la rue Mouffetard. Il avait un ami architecte rue des Gobelins et se dirigea dans cette direction. Sur la gauche, se trouvait la rue de l\u2019Arbal\u00e8te. Il fut attir\u00e9 par le nom. Ne se souvenait pas de cette rue. Se demandait ce qu\u2019il y trouverait.&nbsp; C\u2019\u00e9tait une rue plus \u00e9troite. Elle lui semblait famili\u00e8re. Sans doute parce que plus passante, et parce que le froid y sifflait moins. Il faisait encore assez clair. Apr\u00e8s la longue rang\u00e9e de voitures, la rue prenait un virage pour conduire vers des b\u00e2timents moins hauts, et les fa\u00e7ades \u00e9taient color\u00e9es. Quelques tables sur les trottoirs \u00e9taient vides. Le ciel \u00e9tait si blanc. Il \u00e9tait pourtant pr\u00e8s de 17h. Il se sentait comme un \u00e9tranger. Cet anonymat l\u2019apaisait. Avait-il r\u00e9ellement v\u00e9cu l\u00e0 ? Pourtant, lorsqu\u2019il d\u00e9boucha rue Mouffetard, tout lui revint. Les trottoirs bond\u00e9s, les bruits, les conversations, les files d\u2019attente devant les cr\u00e8pes qui fumaient, les hivers, les \u00e9t\u00e9s, les longues promenades \u00e0 la recherche de ce qui serait, plus tard, sa vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce jour-l\u00e0 de janvier, apr\u00e8s ces longues ann\u00e9es, il retrouva la maison qu\u2019il avait oubli\u00e9e au 9 rue de l\u2019Estrapade. S\u2019il avait aim\u00e9 cette maison, c\u2019\u00e9tait certainement \u00e0 cause du nom de la rue. Elle \u00e9tait ocre. Il ne savait pas que c\u2019\u00e9tait la maison Cusset, que c\u2019\u00e9tait une br\u00fblerie de caf\u00e9, qu\u2019elle \u00e9tait construite sur un reste de l\u2019enceinte de Philippe Auguste. Derri\u00e8re les grilles qu\u2019il trouvait majestueuses, un puits de contes de f\u00e9e lui rappelait l\u2019histoire de l\u2019Escarboucle.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">3<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait quitt\u00e9 Sylvie en sortant du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Alliance fran\u00e7aise. Il l\u2019avait raccompagn\u00e9e par la rue de Fleurus, sur le trottoir de la librairie Guillaume Bud\u00e9. Le froid leur faisait presser le pas vers l\u2019arr\u00eat de bus. Pour la premi\u00e8re fois, il s&rsquo;aper\u00e7ut que dans le prolongement de la rue, on arrivait au Jardin du Luxembourg. La lumi\u00e8re \u00e9tait belle,il d\u00e9cida de rentrer \u00e0 pied. Le ciel \u00e9tait blanc. Sylvie avait trop froid. Ils s&rsquo;attard\u00e8rent devant le traiteur italien, la vitrine rappelait encore No\u00ebl avec ses babas, ses panettone et ses chocolats Venchi. Le bus tardait, ils se dirent au revoir. Il longea les terrasses vides, rapidement, vers le grand portail ouvert. Une plaque verte mentionnait Porte Fleurus. Une autre, \u201cLes marionnettes du th\u00e9\u00e2tre du jardin du Luxembourg amusent petits et grands\u201d. Les arbres \u00e9taient nus. L\u2019avait-il d\u00e9j\u00e0 travers\u00e9 ? La grand all\u00e9e paraissait irr\u00e9elle, immense, comme hors du monde. A gauche, quelques joueurs sur le court de tennis. Il longea le grand bassin. Un enfant souriait en guidant son bateau t\u00e9l\u00e9command\u00e9. Les chaises paraissaient oubli\u00e9es apr\u00e8s une f\u00eate, mal rang\u00e9es. Il se souvint d\u2019Anatole France, d\u2019un enfant qui traversait le Luxembourg un jour de rentr\u00e9e des classes, son cartable sur les \u00e9paules. Il se souvint qu\u2019il aimait les jours de rentr\u00e9e, ce moment de solitude neuve, les fournitures, comme un d\u00e9part.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Prologue<\/p>\n\n\n\n<p>57100. <\/p>\n\n\n\n<p>57100 trois heures du matin. Quand la nuit t\u2019appelle et que tu n\u2019as pas dormi. L\u2019\u00e9t\u00e9 encore froid. Trois heures. Sortir de Thionville 57100 rue Georges Ditsch. La bu\u00e9e transpire sur la vitre. Qui est Georges Ditsch ? Le boulevard Robert Schuman le rend anonyme. Europa. Souvenirs d\u2019\u00e9cole encore pr\u00e9sents adolescence d\u00e9sert\u00e9e. Metz. Metz, Verdun, Reims, Paris, Walygator, Sarrebruck. Les champs de morts. Les \u00e9clats d\u2019obus, de boue, de squelettes enfouis qui crient d\u00e8s l\u2019aube. Strasbourg, Saint-Avold, Sarrebruck. Les saints existent-ils ? \u00e0 travers la bruine qui s\u2019\u00e9vapore dans le noir du dehors. Qui pourrait \u00eatre un saint en ce jour ? Abn\u00e9gation, sacrifice mortel. Traverser Marmoutier, ne pas la voir le jour n\u2019est pas lev\u00e9, il faudrait un rayon de Lune pour que ce nom devienne. Singrist. S\u2019\u00e9loigner. Tendre son \u00e9cho loin du jour. Wasselonne, Marlenheim, route de Strasbourg, l\u2019\u00e9viter. Ce sera un matin de juillet l\u2019aller-retour pour s\u2019inscrire \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Marc Bloch, conduit par un fr\u00e8re sans rien dire tout le trajet, la radio. Dorlisheim, Colmar, A\u00e9roport Basel L\u00f6rrach, Usine Peugeot. B\u00e2le celui des mythes ne reviendra plus, dynasties \u00e9teintes au chalumeau. Entr\u00e9e sur le territoire suisse. Sous le jour appauvri. Augst, Gotthard, Luzern, Bern, Arisdorf, Belchen-Tunne, H\u00e4rkingen, Wiggertal. A. Sifflement go\u00fbt d\u2019essence. L\u2019apog\u00e9e du monde retourne la gorge emmur\u00e9e dans les spasmes de l\u2019orage d\u2019artifice.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tunnel Kirchenwald<\/p>\n\n\n\n<p>Seelisbergtunnel<\/p>\n\n\n\n<p>Gottahardtunnel<\/p>\n\n\n\n<p>Sankt Gotthard<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain Grancia. C\u00f4me, l\u2019id\u00e9e du lac jamais vu, \u00e9tendue g\u00e9ographique am\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Milan, Tangenziale Ovest, Milano Sud. Ville de la peur, ville lass\u00e9e, grouillante comme ses boutiques illumin\u00e9es m\u00e9lodieuses s\u2019\u00e9ternisent. Le d\u00f4me blanc. La Scala. Le commerce qui rugit dans des soubresauts arides. Piacenza. Moiteur des ruelles. Pierres illumin\u00e9es. Loin d\u00e9j\u00e0 des espoirs manqu\u00e9s dissous dans les persiennes ferm\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Parma<\/p>\n\n\n\n<p>Reggio Emilia<\/p>\n\n\n\n<p>Modena<\/p>\n\n\n\n<p>Bologna<\/p>\n\n\n\n<p>Le caf\u00e9, court, ristretto, br\u00fblant, \u00e2pre, des rues fourmili\u00e8res.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Galleria Monte Mario Galleria Allocco Galleria Vado<\/p>\n\n\n\n<p>Grizzana comme une fleur de jeune fille ronde blonde et endormie sur l\u2019herbe \u00e9gar\u00e9e. Val di Sambro Sparvo Galleria di Base. Je ne me souviens plus des bruits ni du tintement de la route. Prato Firenze \u00e9blouissante sous la gr\u00eale un soir. Pozzolatico Arezzo Settebagni<\/p>\n\n\n\n<p>Via Salaria, Tengenziale Est, Parioli<\/p>\n\n\n\n<p>00100 Roma<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il sortit par la porte Gay-Lussac. H\u00e9sita \u00e0 prendre le RER, puis traversa la Place Edmond Rostand. Il aurait voulu remonter la rue Soufflot, mais ne souvenait plus qu\u2019elle \u00e9tait si proche pourtant. Il prit sur sa droite parce que son seul rep\u00e8re \u00e9tait la rue Claude Bernard. Avant il fallait longer la rue Gay-Lussac, ses caf\u00e9s, ses petites boutiques <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le_double_voyage-00_prologue-voyages-reels\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#voyages | Voyages r\u00e9els<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":241,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4095,4107,4111,4129,4157,4094],"tags":[],"class_list":["post-111631","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-00_prologue","category-01_la_nuit_d_avant","category-02_arrivee_dans_la_ville","category-03_michaux_impossible_retour","category-04_cortazar","category-le_double_voyage-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111631","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/241"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=111631"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111631\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=111631"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=111631"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=111631"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}