{"id":111703,"date":"2023-03-28T18:57:08","date_gmt":"2023-03-28T16:57:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=111703"},"modified":"2023-03-28T18:59:15","modified_gmt":"2023-03-28T16:59:15","slug":"a-double-entree","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/a-double-entree\/","title":{"rendered":"Double voyage # 10 | Kawanehon. ChE"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" data-id=\"111704\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/reflets-Dossen.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-111704\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/reflets-Dossen.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/reflets-Dossen-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n<figcaption class=\"blocks-gallery-caption wp-element-caption\"><br><br><br><br><strong>10 . Kawanehon<\/strong><br>Petit sac \u00e0 dos bleu de survie avec cordage enroul\u00e9, pos\u00e9 comme jet\u00e9 ou abandonn\u00e9 sur un chemin de pierrailles \u00a0\u00a0coupantes, la plupart d\u2019un gris bleu \u2013 gris de Payne. Certaines sont blanches. Et une pente caillouteuse, petites touffes de foug\u00e8res agripp\u00e9es au bord. Tout autour, des montagnes sous un manteau de for\u00eats. Pour en arriver l\u00e0, il a s\u00fbrement fallu grimper, escalader.<br><br>Passerelle vue du dessous. Plut\u00f4t un pont souple tenu par filin et poutrelles d\u2019acier supportant au centre de longues planches de bois pour traverser. Des garde-corps m\u00e9talliques et le tout en suspension. \u00a0Un fleuve en dessous, long\u00e9 par ce qui semble \u00eatre une voie ferr\u00e9e, une route aussi. Tableau en contre-plong\u00e9e o\u00f9 dominent lignes horizontales du passage et verticales de la s\u00e9curit\u00e9.<br><br>Une sorte d\u2019id\u00e9ogramme de bois plant\u00e9 au bord d\u2019une route, sur fond d\u2019arbres. \u00a0Un kanji proche visuellement de\u00a0: livre, racine, origine. Deux lignes de signes grav\u00e9s sur les deux barres horizontales \u2013 deux lignes de signes ind\u00e9chiffrables \u00e9crites sur la repr\u00e9sentation-m\u00eame. \u00a0Une moto au car\u00e9nage vert vif, gar\u00e9e tout pr\u00e8s, devant. Comme un kanji moderne, mobile celui-l\u00e0.<br><br>Il a voulu revenir, pour voir ce qui \u00e9chappait, y compris lui, \u00e0 la prolif\u00e9ration des villes. Mission impossible\u00a0: il y a toujours la case gare, la case voiture et les ramifications qui vont avec. Restait la marche et l\u2019engin que lui avait pr\u00eat\u00e9 l\u2019\u00e9tudiant calligraphe. Il a pris dans son sac \u00e0 dos le strict minimum sans vraiment savoir ce qu\u2019\u00e9tait le strict minimum, a laiss\u00e9 son engin \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du pays, pr\u00e8s d\u2019un rep\u00e8re incompr\u00e9hensible et a entam\u00e9 l\u2019ascension, en suivant la mise en abyme.<br><br><br><strong>9. Les dix pr\u00e9lev\u00e9<\/strong>.e.<strong>s<\/strong><br>Comme Bachir ou Tour\u00e9, il est dans le train du petit jour, le premier. Toi tu te laisses emporter vers l\u2019a\u00e9roport, et lui il glane ce qui reste de bercement avant de commencer la journ\u00e9e de travail en s\u2019engouffrant dans le camion des encombrants ou des d\u00e9chets. Comme Bachir ou Tour\u00e9 il dit qu\u2019il n\u2019a jamais vu autant de choses jet\u00e9es, mises au rebut qu\u2019en ce moment. C\u2019est bizarre\u00a0: plus la mis\u00e8re grandit et plus on se d\u00e9barrasse \u00e0 tort et \u00e0 travers de ce qui ressemble \u00e0 du surplus mais c\u2019est juste ce que la consommation addictive te force \u00e0 remplacer.\u00a0 Il dit qu\u2019au milieu des choses rejet\u00e9es, il utilise le peu de temps qui reste pour faire le tri et r\u00e9cup\u00e9rer ce qui peut encore servir. Il se d\u00e9brouille avec ses amis pour entreposer dans des box les objets sauv\u00e9s de la d\u00e9chetterie et tu apprends que c\u2019est grande f\u00eate quand il r\u00e9ussit \u00e0 faire partir un camion charg\u00e9 \u00e0 bloc vers son pays d\u2019origine. Il descend avant toi et te souhaite bon voyage.<br><br> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Tsukuyomi a emm\u00e9nag\u00e9 il n\u2019y a pas si longtemps au dernier \u00e9tage du b\u00e2timent, le trente-troisi\u00e8me. Il n\u2019aime pas le mot gratte-ciel\u00a0: \u00e0 la place, il parle de \u00ab\u00a0grand distributeur\u00a0\u00bb.\u00a0 Tsuku, comme l\u2019appellent ses voisins, a atterri l\u00e0 par un heureux concours de circonstances\u00a0; il a dit que finalement les anciens locataires avaient horreur du vide et que la vue imprenable d\u2019en-haut signifiait pour eux vertige \u00e0 l\u2019infini alors non merci, ils sont partis. Pour Tsuku, c\u2019est le contraire\u00a0: il aime se retrouver perch\u00e9 le soir quand les lumi\u00e8res de la ville ressemblent \u00e0 ce que voient les navigateurs de la station spatiale dont il peut suivre le lent d\u00e9placement, de l\u00e0 o\u00f9 il se trouve. Et comme il se dit curieux de nature, il a profit\u00e9 d\u2019une nuit de pleine lune pour explorer le toit en passant par une trappe au-dessus. Il raconte que ce n\u2019est pas dangereux du tout et qu\u2019il a m\u00eame fait pousser l\u00e0-haut une petite plate-bande clandestine de fleurs bleues, celle de la bourrache dont il aime le c\u00f4t\u00e9 porcelaine sauvage. Le jour, Tsuku travaille dans la champignonni\u00e8re humide et noire sous la ville\u00a0: il sait que ses voisins comprennent son grand \u00e9cart et ne diront rien, pour la plate-bande bleue.<\/p>      <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Omori pr\u00e9pare les g\u00e2teaux de la Palette. Il raconte que plus \u00e7a va, moins il p\u00e8se les ingr\u00e9dients. Les proportions c\u2019est \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur aussi. Les visiteurs du petit mus\u00e9e appr\u00e9cient particuli\u00e8rement son g\u00e2teau nuage, avec couronne de fils de sucre comme fa\u00e7onn\u00e9e par un verrier. Il parait qu\u2019un touriste un jour a m\u00eame emport\u00e9 cette p\u00e2tisserie originale pour la conserver telle quelle en esp\u00e9rant la voir durcir et se transformer en sculpture. Omori aime son travail mais quand tout est rang\u00e9, apr\u00e8s le d\u00e9part des visiteurs, il change de monde. Comme il a la cl\u00e9 du mus\u00e9e, il choisit la salle o\u00f9 s\u2019installer, plante son chevalet devant une toile qu\u2019il savoure, m\u00e9lange ses couleurs et ses douleurs \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur, et reproduit ce qu\u2019il voit. Il range soigneusement ses copies dans la r\u00e9serve, derri\u00e8re les grands sacs de sucre et de farine.<\/span> <br><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Jeune m\u00e8re, Yoch\u00e9a ne savait pas que son fils allait faire fortune en r\u00e9alisant des op\u00e9rations financi\u00e8res juteuses. Elle disait \u00e0 qui voulait l\u2019entendre que l\u2019homme riche, quand il \u00e9tait petit, \u00e9tait perp\u00e9tuellement occup\u00e9 \u00e0 compter des petits cailloux, des grains de riz noir, des hamaguri. Il faisait des collections qu\u2019il rassemblait soigneusement dans des boites et faisait des \u00e9changes d\u00e8s que possible. Yoch\u00e9a pensait qu\u2019il serait certainement expert-comptable mais en fait elle est devenue la m\u00e8re du grand m\u00e9c\u00e8ne qui parcourait la plan\u00e8te en achetant des \u0153uvres d\u2019art. Elle \u00e9tait toujours invit\u00e9e aux expositions qu\u2019il inaugurait non loin de chez elle. Elle disait ne rien comprendre \u00e0 l\u2019art mais croyait reconnaitre, sur certaines peintures dites abstraites, des grains de riz noir. Bien plus tard, quand la m\u00e8re et le fils ont disparu, on raconte que les h\u00e9ritiers ont retrouv\u00e9 dans la maison aux portes coulissantes des centaines de boites pleines de petits grains et de petits mots<span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>\u00a0<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Plus \u00e9tudiante que Makiko, \u00e7a n\u2019existe pas. Elle veut tout savoir et raconte que si elle n\u2019a pas plusieurs livres dont un dictionnaire dans son grand sac, elle est comme nue et d\u00e9serte. Comme l\u2019\u00eele du film. Comme quelqu\u2019un qui n\u2019aurait plus rien \u00e0 \u00e9changer. Comme un papillon sans ailes. Comme un papillon sans elle. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Il a demand\u00e9 si on savait ce qu\u2019avoir les pieds dans l\u2019eau voulait dire. On se doutait bien que derri\u00e8re la question se dessinait quelque chose d\u2019autre, ce qu\u2019il dirait apr\u00e8s. La question, il la posait depuis la butte o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait plant\u00e9 en croisant les bras d\u2019un air entendu. Tu as r\u00e9pondu que tu ne savais pas car toi tu \u00e9tais juste le peintre venu l\u00e0 pour \u00eatre seul avec lui-m\u00eame et avec sa table de travail. Shuta alors a souri et saut\u00e9 dans le mince cours d\u2019eau filante\u00a0; tout en parlant il a pris les pousses regroup\u00e9es en petits bouquets allong\u00e9s sur le talus, a montr\u00e9 comment faire\u00a0: repiquer, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 faire r\u00e9cit. Nous les paysans aux petites terres, on est comme le riz qu\u2019on replante. Souvent les pieds dans l\u2019eau. Et quand les \u00e9pis se forment, la fi\u00e8vre est dans l\u2019\u00e9corce. On raconte que le riz noir \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux puissants. C\u2019\u00e9tait avant\u00a0: \u00e0 nous maintenant les grains de nuit. Dans une l\u00e9gende insulaire, ajoute Shuta, une bonne \u00e2me pose dans l\u2019orbite vide d\u2019un enfant qui n\u2019a qu\u2019un \u0153il un grain de riz blanc. L\u2019enfant grandit et dans la cavit\u00e9 le grain de riz devient noir et brillant, aigu comme l\u2019\u0153il d\u2019un rapace. Il peut tout voir, tout comprendre. C\u2019est ainsi qu\u2019est apparu le premier paysan, pieds dans l\u2019eau. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Assis sur son si\u00e8ge pliant, Nobuo le p\u00e8lerin attend l\u2019apparition. Il peut attendre des heures, comme tous ceux qui sont venus comme lui. Quand on attend longtemps, dit-il, on n\u2019a plus envie de parler. Le trop-plein de mots s\u2019\u00e9vapore et rejoint l\u2019air humide et lourd qui nous entoure. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019on peut prendre le masque blanc et ex\u00e9cuter la danse de la passerelle qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne du volcan. Nobuo dit qu\u2019il n\u2019en est pas l\u00e0.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">On l\u2019a bien vue. Quand Alma Phal\u00e8ne a racont\u00e9 qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e des apparences, il suffisait d\u2019\u00eatre en face d\u2019elle comme on est en face de la r\u00e9alit\u00e9 pour deviner. Elle avait eu du mal \u00e0 s\u2019extraire de tous les clich\u00e9s qui l\u2019emprisonnaient, sans parler de la gangue des interpr\u00e9tations abusives. Mais on a su qu\u2019elle ne mentait pas\u00a0: sa pr\u00e9sence, son regard brillant, aigu pr\u00e9figuraient ce dont elle \u00e9tait issue et ce qu\u2019elle allait peut-\u00eatre ajouter. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas la peine d\u2019aller plus loin.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">La passag\u00e8re du RER n\u2019emprunte celui-l\u00e0 que pour une seule raison\u00a0: elle dit qu\u2019elle veut retrouver ce qu\u2019elle a perdu. L\u2019objet de sa recherche. Mais l\u2019objet est indescriptible. Pendant le trajet, un voyageur de banlieue lui conseille de se rendre dans l\u2019espace Objets trouv\u00e9s dune gare centrale. La passag\u00e8re se rend compte qu\u2019il ne comprend rien, tout simplement parce que c\u2019est incompr\u00e9hensible et, comme pour faire diversion, lui dit que de toutes fa\u00e7ons elle va \u00e0 Tournant sans le T et que c\u2019est compliqu\u00e9 d\u2019expliquer tout \u00e7a, les liens. Elle essaie quand m\u00eame, pour le remercier d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 ce point et finalement concentre toute l\u2019histoire en une seule question\u00a0: encore combien de temps pour arriver \u00e0 Tournant sans T\u00a0?<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"><span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>Ce jour-l\u00e0, elle s\u2019est envelopp\u00e9e dans une couverture comme la jeune femme de la photo. Comme elle, entour\u00e9e de d\u00e9bris apr\u00e8s le grand tremblement, elle a regard\u00e9 ce qu\u2019on ne pouvait pas voir sur la photo. Sans t\u00e9moin, sans personne pour lire ce qu\u2019elle avait \u00e9crit ou \u00e9couter ce qu\u2019elle avait \u00e0 dire, elle est rest\u00e9e debout en laissant faire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur tout ce qui se d\u00e9roulait. \u00c7a a dur\u00e9 longtemps. Voyage immobile, sensation de froid. R\u00e9cit. Puis elle a rang\u00e9 soigneusement la photo et repli\u00e9 la couverture.<\/p><br> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0<\/p>  <strong>08. Reconstitutions archipel<\/strong> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>  \u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong> <br><br><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><br><br><br>  <strong>09. Les dix pr\u00e9lev\u00e9s           <\/strong><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"> <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Comme Bachir ou Tour\u00e9, il est dans le train du petit jour, le premier. Toi tu te laisses emporter vers l\u2019a\u00e9roport, et lui il glane ce qui reste de bercement avant de commencer la journ\u00e9e de travail en s\u2019engouffrant dans le camion des encombrants ou des d\u00e9chets. Comme Bachir ou Tour\u00e9 il dit qu\u2019il n\u2019a jamais vu autant de choses jet\u00e9es, mises au rebut qu\u2019en ce moment. C\u2019est bizarre\u00a0: plus la mis\u00e8re grandit et plus on se d\u00e9barrasse \u00e0 tort et \u00e0 travers de ce qui ressemble \u00e0 du surplus mais c\u2019est juste ce que la consommation addictive te force \u00e0 remplacer.\u00a0 Il dit qu\u2019au milieu des choses rejet\u00e9es, il utilise le peu de temps qui reste pour faire le tri et r\u00e9cup\u00e9rer ce qui peut encore servir. Il se d\u00e9brouille avec ses amis pour entreposer dans des box les objets sauv\u00e9s de la d\u00e9chetterie et tu apprends que c\u2019est grande f\u00eate quand il r\u00e9ussit \u00e0 faire partir un camion charg\u00e9 \u00e0 bloc vers son pays d\u2019origine. Il descend avant toi et te souhaite bon voyage.<\/span> <\/p><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Tsukuyomi a emm\u00e9nag\u00e9 il n\u2019y a pas si longtemps au dernier \u00e9tage du b\u00e2timent, le trente-troisi\u00e8me. Il n\u2019aime pas le mot gratte-ciel\u00a0: \u00e0 la place, il parle de \u00ab\u00a0grand distributeur\u00a0\u00bb.\u00a0 Tsuku, comme l\u2019appellent ses voisins, a atterri l\u00e0 par un heureux concours de circonstances\u00a0; il a dit que finalement les anciens locataires avaient horreur du vide et que la vue imprenable d\u2019en-haut signifiait pour eux vertige \u00e0 l\u2019infini alors non merci, ils sont partis. Pour Tsuku, c\u2019est le contraire\u00a0: il aime se retrouver perch\u00e9 le soir quand les lumi\u00e8res de la ville ressemblent \u00e0 ce que voient les navigateurs de la station spatiale dont il peut suivre le lent d\u00e9placement, de l\u00e0 o\u00f9 il se trouve. Et comme il se dit curieux de nature, il a profit\u00e9 d\u2019une nuit de pleine lune pour explorer le toit en passant par une trappe au-dessus. Il raconte que ce n\u2019est pas dangereux du tout et qu\u2019il a m\u00eame fait pousser l\u00e0-haut une petite plate-bande clandestine de fleurs bleues, celle de la bourrache dont il aime le c\u00f4t\u00e9 porcelaine sauvage. Le jour, Tsuku travaille dans la champignonni\u00e8re humide et noire sous la ville\u00a0: il sait que ses voisins comprennent son grand \u00e9cart et ne diront rien, pour la plate-bande bleue.<\/p>      <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Omori pr\u00e9pare les g\u00e2teaux de la Palette. Il raconte que plus \u00e7a va, moins il p\u00e8se les ingr\u00e9dients. Les proportions c\u2019est \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur aussi. Les visiteurs du petit mus\u00e9e appr\u00e9cient particuli\u00e8rement son g\u00e2teau nuage, avec couronne de fils de sucre comme fa\u00e7onn\u00e9e par un verrier. Il parait qu\u2019un touriste un jour a m\u00eame emport\u00e9 cette p\u00e2tisserie originale pour la conserver telle quelle en esp\u00e9rant la voir durcir et se transformer en sculpture. Omori aime son travail mais quand tout est rang\u00e9, apr\u00e8s le d\u00e9part des visiteurs, il change de monde. Comme il a la cl\u00e9 du mus\u00e9e, il choisit la salle o\u00f9 s\u2019installer, plante son chevalet devant une toile qu\u2019il savoure, m\u00e9lange ses couleurs et ses douleurs \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur, et reproduit ce qu\u2019il voit. Il range soigneusement ses copies dans la r\u00e9serve, derri\u00e8re les grands sacs de sucre et de farine.<\/span> <br><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Jeune m\u00e8re, Yoch\u00e9a ne savait pas que son fils allait faire fortune en r\u00e9alisant des op\u00e9rations financi\u00e8res juteuses. Elle disait \u00e0 qui voulait l\u2019entendre que l\u2019homme riche, quand il \u00e9tait petit, \u00e9tait perp\u00e9tuellement occup\u00e9 \u00e0 compter des petits cailloux, des grains de riz noir, des hamaguri. Il faisait des collections qu\u2019il rassemblait soigneusement dans des boites et faisait des \u00e9changes d\u00e8s que possible. Yoch\u00e9a pensait qu\u2019il serait certainement expert-comptable mais en fait elle est devenue la m\u00e8re du grand m\u00e9c\u00e8ne qui parcourait la plan\u00e8te en achetant des \u0153uvres d\u2019art. Elle \u00e9tait toujours invit\u00e9e aux expositions qu\u2019il inaugurait non loin de chez elle. Elle disait ne rien comprendre \u00e0 l\u2019art mais croyait reconnaitre, sur certaines peintures dites abstraites, des grains de riz noir. Bien plus tard, quand la m\u00e8re et le fils ont disparu, on raconte que les h\u00e9ritiers ont retrouv\u00e9 dans la maison aux portes coulissantes des centaines de boites pleines de petits grains et de petits mots<span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>\u00a0<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Plus \u00e9tudiante que Makiko, \u00e7a n\u2019existe pas. Elle veut tout savoir et raconte que si elle n\u2019a pas plusieurs livres dont un dictionnaire dans son grand sac, elle est comme nue et d\u00e9serte. Comme l\u2019\u00eele du film. Comme quelqu\u2019un qui n\u2019aurait plus rien \u00e0 \u00e9changer. Comme un papillon sans ailes. Comme un papillon sans elle. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Il a demand\u00e9 si on savait ce qu\u2019avoir les pieds dans l\u2019eau voulait dire. On se doutait bien que derri\u00e8re la question se dessinait quelque chose d\u2019autre, ce qu\u2019il dirait apr\u00e8s. La question, il la posait depuis la butte o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait plant\u00e9 en croisant les bras d\u2019un air entendu. Tu as r\u00e9pondu que tu ne savais pas car toi tu \u00e9tais juste le peintre venu l\u00e0 pour \u00eatre seul avec lui-m\u00eame et avec sa table de travail. Shuta alors a souri et saut\u00e9 dans le mince cours d\u2019eau filante\u00a0; tout en parlant il a pris les pousses regroup\u00e9es en petits bouquets allong\u00e9s sur le talus, a montr\u00e9 comment faire\u00a0: repiquer, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 faire r\u00e9cit. Nous les paysans aux petites terres, on est comme le riz qu\u2019on replante. Souvent les pieds dans l\u2019eau. Et quand les \u00e9pis se forment, la fi\u00e8vre est dans l\u2019\u00e9corce. On raconte que le riz noir \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux puissants. C\u2019\u00e9tait avant\u00a0: \u00e0 nous maintenant les grains de nuit. Dans une l\u00e9gende insulaire, ajoute Shuta, une bonne \u00e2me pose dans l\u2019orbite vide d\u2019un enfant qui n\u2019a qu\u2019un \u0153il un grain de riz blanc. L\u2019enfant grandit et dans la cavit\u00e9 le grain de riz devient noir et brillant, aigu comme l\u2019\u0153il d\u2019un rapace. Il peut tout voir, tout comprendre. C\u2019est ainsi qu\u2019est apparu le premier paysan, pieds dans l\u2019eau. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Assis sur son si\u00e8ge pliant, Nobuo le p\u00e8lerin attend l\u2019apparition. Il peut attendre des heures, comme tous ceux qui sont venus comme lui. Quand on attend longtemps, dit-il, on n\u2019a plus envie de parler. Le trop-plein de mots s\u2019\u00e9vapore et rejoint l\u2019air humide et lourd qui nous entoure. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019on peut prendre le masque blanc et ex\u00e9cuter la danse de la passerelle qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne du volcan. Nobuo dit qu\u2019il n\u2019en est pas l\u00e0.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">On l\u2019a bien vue. Quand Alma Phal\u00e8ne a racont\u00e9 qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e des apparences, il suffisait d\u2019\u00eatre en face d\u2019elle comme on est en face de la r\u00e9alit\u00e9 pour deviner. Elle avait eu du mal \u00e0 s\u2019extraire de tous les clich\u00e9s qui l\u2019emprisonnaient, sans parler de la gangue des interpr\u00e9tations abusives. Mais on a su qu\u2019elle ne mentait pas\u00a0: sa pr\u00e9sence, son regard brillant, aigu pr\u00e9figuraient ce dont elle \u00e9tait issue et ce qu\u2019elle allait peut-\u00eatre ajouter. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas la peine d\u2019aller plus loin.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">La passag\u00e8re du RER n\u2019emprunte celui-l\u00e0 que pour une seule raison\u00a0: elle dit qu\u2019elle veut retrouver ce qu\u2019elle a perdu. L\u2019objet de sa recherche. Mais l\u2019objet est indescriptible. Pendant le trajet, un voyageur de banlieue lui conseille de se rendre dans l\u2019espace Objets trouv\u00e9s dune gare centrale. La passag\u00e8re se rend compte qu\u2019il ne comprend rien, tout simplement parce que c\u2019est incompr\u00e9hensible et, comme pour faire diversion, lui dit que de toutes fa\u00e7ons elle va \u00e0 Tournant sans le T et que c\u2019est compliqu\u00e9 d\u2019expliquer tout \u00e7a, les liens. Elle essaie quand m\u00eame, pour le remercier d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 ce point et finalement concentre toute l\u2019histoire en une seule question\u00a0: encore combien de temps pour arriver \u00e0 Tournant sans T\u00a0?<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"><span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>Ce jour-l\u00e0, elle s\u2019est envelopp\u00e9e dans une couverture comme la jeune femme de la photo. Comme elle, entour\u00e9e de d\u00e9bris apr\u00e8s le grand tremblement, elle a regard\u00e9 ce qu\u2019on ne pouvait pas voir sur la photo. Sans t\u00e9moin, sans personne pour lire ce qu\u2019elle avait \u00e9crit ou \u00e9couter ce qu\u2019elle avait \u00e0 dire, elle est rest\u00e9e debout en laissant faire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur tout ce qui se d\u00e9roulait. \u00c7a a dur\u00e9 longtemps. Voyage immobile, sensation de froid. R\u00e9cit. Puis elle a rang\u00e9 soigneusement la photo et repli\u00e9 la couverture.<\/p><br> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0<\/p>  <strong>08. Reconstitutions archipel<\/strong> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>  \u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong> <br><br><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><br><br><br>  <strong>09. Les dix pr\u00e9lev\u00e9s           <\/strong><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"> <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Comme Bachir ou Tour\u00e9, il est dans le train du petit jour, le premier. Toi tu te laisses emporter vers l\u2019a\u00e9roport, et lui il glane ce qui reste de bercement avant de commencer la journ\u00e9e de travail en s\u2019engouffrant dans le camion des encombrants ou des d\u00e9chets. Comme Bachir ou Tour\u00e9 il dit qu\u2019il n\u2019a jamais vu autant de choses jet\u00e9es, mises au rebut qu\u2019en ce moment. C\u2019est bizarre\u00a0: plus la mis\u00e8re grandit et plus on se d\u00e9barrasse \u00e0 tort et \u00e0 travers de ce qui ressemble \u00e0 du surplus mais c\u2019est juste ce que la consommation addictive te force \u00e0 remplacer.\u00a0 Il dit qu\u2019au milieu des choses rejet\u00e9es, il utilise le peu de temps qui reste pour faire le tri et r\u00e9cup\u00e9rer ce qui peut encore servir. Il se d\u00e9brouille avec ses amis pour entreposer dans des box les objets sauv\u00e9s de la d\u00e9chetterie et tu apprends que c\u2019est grande f\u00eate quand il r\u00e9ussit \u00e0 faire partir un camion charg\u00e9 \u00e0 bloc vers son pays d\u2019origine. Il descend avant toi et te souhaite bon voyage.<\/span> <\/p><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Tsukuyomi a emm\u00e9nag\u00e9 il n\u2019y a pas si longtemps au dernier \u00e9tage du b\u00e2timent, le trente-troisi\u00e8me. Il n\u2019aime pas le mot gratte-ciel\u00a0: \u00e0 la place, il parle de \u00ab\u00a0grand distributeur\u00a0\u00bb.\u00a0 Tsuku, comme l\u2019appellent ses voisins, a atterri l\u00e0 par un heureux concours de circonstances\u00a0; il a dit que finalement les anciens locataires avaient horreur du vide et que la vue imprenable d\u2019en-haut signifiait pour eux vertige \u00e0 l\u2019infini alors non merci, ils sont partis. Pour Tsuku, c\u2019est le contraire\u00a0: il aime se retrouver perch\u00e9 le soir quand les lumi\u00e8res de la ville ressemblent \u00e0 ce que voient les navigateurs de la station spatiale dont il peut suivre le lent d\u00e9placement, de l\u00e0 o\u00f9 il se trouve. Et comme il se dit curieux de nature, il a profit\u00e9 d\u2019une nuit de pleine lune pour explorer le toit en passant par une trappe au-dessus. Il raconte que ce n\u2019est pas dangereux du tout et qu\u2019il a m\u00eame fait pousser l\u00e0-haut une petite plate-bande clandestine de fleurs bleues, celle de la bourrache dont il aime le c\u00f4t\u00e9 porcelaine sauvage. Le jour, Tsuku travaille dans la champignonni\u00e8re humide et noire sous la ville\u00a0: il sait que ses voisins comprennent son grand \u00e9cart et ne diront rien, pour la plate-bande bleue.<\/p>      <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Omori pr\u00e9pare les g\u00e2teaux de la Palette. Il raconte que plus \u00e7a va, moins il p\u00e8se les ingr\u00e9dients. Les proportions c\u2019est \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur aussi. Les visiteurs du petit mus\u00e9e appr\u00e9cient particuli\u00e8rement son g\u00e2teau nuage, avec couronne de fils de sucre comme fa\u00e7onn\u00e9e par un verrier. Il parait qu\u2019un touriste un jour a m\u00eame emport\u00e9 cette p\u00e2tisserie originale pour la conserver telle quelle en esp\u00e9rant la voir durcir et se transformer en sculpture. Omori aime son travail mais quand tout est rang\u00e9, apr\u00e8s le d\u00e9part des visiteurs, il change de monde. Comme il a la cl\u00e9 du mus\u00e9e, il choisit la salle o\u00f9 s\u2019installer, plante son chevalet devant une toile qu\u2019il savoure, m\u00e9lange ses couleurs et ses douleurs \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur, et reproduit ce qu\u2019il voit. Il range soigneusement ses copies dans la r\u00e9serve, derri\u00e8re les grands sacs de sucre et de farine.<\/span> <br><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Jeune m\u00e8re, Yoch\u00e9a ne savait pas que son fils allait faire fortune en r\u00e9alisant des op\u00e9rations financi\u00e8res juteuses. Elle disait \u00e0 qui voulait l\u2019entendre que l\u2019homme riche, quand il \u00e9tait petit, \u00e9tait perp\u00e9tuellement occup\u00e9 \u00e0 compter des petits cailloux, des grains de riz noir, des hamaguri. Il faisait des collections qu\u2019il rassemblait soigneusement dans des boites et faisait des \u00e9changes d\u00e8s que possible. Yoch\u00e9a pensait qu\u2019il serait certainement expert-comptable mais en fait elle est devenue la m\u00e8re du grand m\u00e9c\u00e8ne qui parcourait la plan\u00e8te en achetant des \u0153uvres d\u2019art. Elle \u00e9tait toujours invit\u00e9e aux expositions qu\u2019il inaugurait non loin de chez elle. Elle disait ne rien comprendre \u00e0 l\u2019art mais croyait reconnaitre, sur certaines peintures dites abstraites, des grains de riz noir. Bien plus tard, quand la m\u00e8re et le fils ont disparu, on raconte que les h\u00e9ritiers ont retrouv\u00e9 dans la maison aux portes coulissantes des centaines de boites pleines de petits grains et de petits mots<span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>\u00a0<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Plus \u00e9tudiante que Makiko, \u00e7a n\u2019existe pas. Elle veut tout savoir et raconte que si elle n\u2019a pas plusieurs livres dont un dictionnaire dans son grand sac, elle est comme nue et d\u00e9serte. Comme l\u2019\u00eele du film. Comme quelqu\u2019un qui n\u2019aurait plus rien \u00e0 \u00e9changer. Comme un papillon sans ailes. Comme un papillon sans elle. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Il a demand\u00e9 si on savait ce qu\u2019avoir les pieds dans l\u2019eau voulait dire. On se doutait bien que derri\u00e8re la question se dessinait quelque chose d\u2019autre, ce qu\u2019il dirait apr\u00e8s. La question, il la posait depuis la butte o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait plant\u00e9 en croisant les bras d\u2019un air entendu. Tu as r\u00e9pondu que tu ne savais pas car toi tu \u00e9tais juste le peintre venu l\u00e0 pour \u00eatre seul avec lui-m\u00eame et avec sa table de travail. Shuta alors a souri et saut\u00e9 dans le mince cours d\u2019eau filante\u00a0; tout en parlant il a pris les pousses regroup\u00e9es en petits bouquets allong\u00e9s sur le talus, a montr\u00e9 comment faire\u00a0: repiquer, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 faire r\u00e9cit. Nous les paysans aux petites terres, on est comme le riz qu\u2019on replante. Souvent les pieds dans l\u2019eau. Et quand les \u00e9pis se forment, la fi\u00e8vre est dans l\u2019\u00e9corce. On raconte que le riz noir \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux puissants. C\u2019\u00e9tait avant\u00a0: \u00e0 nous maintenant les grains de nuit. Dans une l\u00e9gende insulaire, ajoute Shuta, une bonne \u00e2me pose dans l\u2019orbite vide d\u2019un enfant qui n\u2019a qu\u2019un \u0153il un grain de riz blanc. L\u2019enfant grandit et dans la cavit\u00e9 le grain de riz devient noir et brillant, aigu comme l\u2019\u0153il d\u2019un rapace. Il peut tout voir, tout comprendre. C\u2019est ainsi qu\u2019est apparu le premier paysan, pieds dans l\u2019eau. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Assis sur son si\u00e8ge pliant, Nobuo le p\u00e8lerin attend l\u2019apparition. Il peut attendre des heures, comme tous ceux qui sont venus comme lui. Quand on attend longtemps, dit-il, on n\u2019a plus envie de parler. Le trop-plein de mots s\u2019\u00e9vapore et rejoint l\u2019air humide et lourd qui nous entoure. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019on peut prendre le masque blanc et ex\u00e9cuter la danse de la passerelle qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne du volcan. Nobuo dit qu\u2019il n\u2019en est pas l\u00e0.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">On l\u2019a bien vue. Quand Alma Phal\u00e8ne a racont\u00e9 qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e des apparences, il suffisait d\u2019\u00eatre en face d\u2019elle comme on est en face de la r\u00e9alit\u00e9 pour deviner. Elle avait eu du mal \u00e0 s\u2019extraire de tous les clich\u00e9s qui l\u2019emprisonnaient, sans parler de la gangue des interpr\u00e9tations abusives. Mais on a su qu\u2019elle ne mentait pas\u00a0: sa pr\u00e9sence, son regard brillant, aigu pr\u00e9figuraient ce dont elle \u00e9tait issue et ce qu\u2019elle allait peut-\u00eatre ajouter. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas la peine d\u2019aller plus loin.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">La passag\u00e8re du RER n\u2019emprunte celui-l\u00e0 que pour une seule raison\u00a0: elle dit qu\u2019elle veut retrouver ce qu\u2019elle a perdu. L\u2019objet de sa recherche. Mais l\u2019objet est indescriptible. Pendant le trajet, un voyageur de banlieue lui conseille de se rendre dans l\u2019espace Objets trouv\u00e9s dune gare centrale. La passag\u00e8re se rend compte qu\u2019il ne comprend rien, tout simplement parce que c\u2019est incompr\u00e9hensible et, comme pour faire diversion, lui dit que de toutes fa\u00e7ons elle va \u00e0 Tournant sans le T et que c\u2019est compliqu\u00e9 d\u2019expliquer tout \u00e7a, les liens. Elle essaie quand m\u00eame, pour le remercier d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 ce point et finalement concentre toute l\u2019histoire en une seule question\u00a0: encore combien de temps pour arriver \u00e0 Tournant sans T\u00a0?<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"><span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>Ce jour-l\u00e0, elle s\u2019est envelopp\u00e9e dans une couverture comme la jeune femme de la photo. Comme elle, entour\u00e9e de d\u00e9bris apr\u00e8s le grand tremblement, elle a regard\u00e9 ce qu\u2019on ne pouvait pas voir sur la photo. Sans t\u00e9moin, sans personne pour lire ce qu\u2019elle avait \u00e9crit ou \u00e9couter ce qu\u2019elle avait \u00e0 dire, elle est rest\u00e9e debout en laissant faire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur tout ce qui se d\u00e9roulait. \u00c7a a dur\u00e9 longtemps. Voyage immobile, sensation de froid. R\u00e9cit. Puis elle a rang\u00e9 soigneusement la photo et repli\u00e9 la couverture.<\/p><br> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0<\/p>  <strong>08. Reconstitutions archipel<\/strong> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>  \u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong> <br><br><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><br><br><br>  <strong>09. Les dix pr\u00e9lev\u00e9s           <\/strong><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"> <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Comme Bachir ou Tour\u00e9, il est dans le train du petit jour, le premier. Toi tu te laisses emporter vers l\u2019a\u00e9roport, et lui il glane ce qui reste de bercement avant de commencer la journ\u00e9e de travail en s\u2019engouffrant dans le camion des encombrants ou des d\u00e9chets. Comme Bachir ou Tour\u00e9 il dit qu\u2019il n\u2019a jamais vu autant de choses jet\u00e9es, mises au rebut qu\u2019en ce moment. C\u2019est bizarre\u00a0: plus la mis\u00e8re grandit et plus on se d\u00e9barrasse \u00e0 tort et \u00e0 travers de ce qui ressemble \u00e0 du surplus mais c\u2019est juste ce que la consommation addictive te force \u00e0 remplacer.\u00a0 Il dit qu\u2019au milieu des choses rejet\u00e9es, il utilise le peu de temps qui reste pour faire le tri et r\u00e9cup\u00e9rer ce qui peut encore servir. Il se d\u00e9brouille avec ses amis pour entreposer dans des box les objets sauv\u00e9s de la d\u00e9chetterie et tu apprends que c\u2019est grande f\u00eate quand il r\u00e9ussit \u00e0 faire partir un camion charg\u00e9 \u00e0 bloc vers son pays d\u2019origine. Il descend avant toi et te souhaite bon voyage.<\/span> <\/p><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Tsukuyomi a emm\u00e9nag\u00e9 il n\u2019y a pas si longtemps au dernier \u00e9tage du b\u00e2timent, le trente-troisi\u00e8me. Il n\u2019aime pas le mot gratte-ciel\u00a0: \u00e0 la place, il parle de \u00ab\u00a0grand distributeur\u00a0\u00bb.\u00a0 Tsuku, comme l\u2019appellent ses voisins, a atterri l\u00e0 par un heureux concours de circonstances\u00a0; il a dit que finalement les anciens locataires avaient horreur du vide et que la vue imprenable d\u2019en-haut signifiait pour eux vertige \u00e0 l\u2019infini alors non merci, ils sont partis. Pour Tsuku, c\u2019est le contraire\u00a0: il aime se retrouver perch\u00e9 le soir quand les lumi\u00e8res de la ville ressemblent \u00e0 ce que voient les navigateurs de la station spatiale dont il peut suivre le lent d\u00e9placement, de l\u00e0 o\u00f9 il se trouve. Et comme il se dit curieux de nature, il a profit\u00e9 d\u2019une nuit de pleine lune pour explorer le toit en passant par une trappe au-dessus. Il raconte que ce n\u2019est pas dangereux du tout et qu\u2019il a m\u00eame fait pousser l\u00e0-haut une petite plate-bande clandestine de fleurs bleues, celle de la bourrache dont il aime le c\u00f4t\u00e9 porcelaine sauvage. Le jour, Tsuku travaille dans la champignonni\u00e8re humide et noire sous la ville\u00a0: il sait que ses voisins comprennent son grand \u00e9cart et ne diront rien, pour la plate-bande bleue.<\/p>      <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Omori pr\u00e9pare les g\u00e2teaux de la Palette. Il raconte que plus \u00e7a va, moins il p\u00e8se les ingr\u00e9dients. Les proportions c\u2019est \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur aussi. Les visiteurs du petit mus\u00e9e appr\u00e9cient particuli\u00e8rement son g\u00e2teau nuage, avec couronne de fils de sucre comme fa\u00e7onn\u00e9e par un verrier. Il parait qu\u2019un touriste un jour a m\u00eame emport\u00e9 cette p\u00e2tisserie originale pour la conserver telle quelle en esp\u00e9rant la voir durcir et se transformer en sculpture. Omori aime son travail mais quand tout est rang\u00e9, apr\u00e8s le d\u00e9part des visiteurs, il change de monde. Comme il a la cl\u00e9 du mus\u00e9e, il choisit la salle o\u00f9 s\u2019installer, plante son chevalet devant une toile qu\u2019il savoure, m\u00e9lange ses couleurs et ses douleurs \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur, et reproduit ce qu\u2019il voit. Il range soigneusement ses copies dans la r\u00e9serve, derri\u00e8re les grands sacs de sucre et de farine.<\/span> <br><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Jeune m\u00e8re, Yoch\u00e9a ne savait pas que son fils allait faire fortune en r\u00e9alisant des op\u00e9rations financi\u00e8res juteuses. Elle disait \u00e0 qui voulait l\u2019entendre que l\u2019homme riche, quand il \u00e9tait petit, \u00e9tait perp\u00e9tuellement occup\u00e9 \u00e0 compter des petits cailloux, des grains de riz noir, des hamaguri. Il faisait des collections qu\u2019il rassemblait soigneusement dans des boites et faisait des \u00e9changes d\u00e8s que possible. Yoch\u00e9a pensait qu\u2019il serait certainement expert-comptable mais en fait elle est devenue la m\u00e8re du grand m\u00e9c\u00e8ne qui parcourait la plan\u00e8te en achetant des \u0153uvres d\u2019art. Elle \u00e9tait toujours invit\u00e9e aux expositions qu\u2019il inaugurait non loin de chez elle. Elle disait ne rien comprendre \u00e0 l\u2019art mais croyait reconnaitre, sur certaines peintures dites abstraites, des grains de riz noir. Bien plus tard, quand la m\u00e8re et le fils ont disparu, on raconte que les h\u00e9ritiers ont retrouv\u00e9 dans la maison aux portes coulissantes des centaines de boites pleines de petits grains et de petits mots<span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>\u00a0<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Plus \u00e9tudiante que Makiko, \u00e7a n\u2019existe pas. Elle veut tout savoir et raconte que si elle n\u2019a pas plusieurs livres dont un dictionnaire dans son grand sac, elle est comme nue et d\u00e9serte. Comme l\u2019\u00eele du film. Comme quelqu\u2019un qui n\u2019aurait plus rien \u00e0 \u00e9changer. Comme un papillon sans ailes. Comme un papillon sans elle. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Il a demand\u00e9 si on savait ce qu\u2019avoir les pieds dans l\u2019eau voulait dire. On se doutait bien que derri\u00e8re la question se dessinait quelque chose d\u2019autre, ce qu\u2019il dirait apr\u00e8s. La question, il la posait depuis la butte o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait plant\u00e9 en croisant les bras d\u2019un air entendu. Tu as r\u00e9pondu que tu ne savais pas car toi tu \u00e9tais juste le peintre venu l\u00e0 pour \u00eatre seul avec lui-m\u00eame et avec sa table de travail. Shuta alors a souri et saut\u00e9 dans le mince cours d\u2019eau filante\u00a0; tout en parlant il a pris les pousses regroup\u00e9es en petits bouquets allong\u00e9s sur le talus, a montr\u00e9 comment faire\u00a0: repiquer, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 faire r\u00e9cit. Nous les paysans aux petites terres, on est comme le riz qu\u2019on replante. Souvent les pieds dans l\u2019eau. Et quand les \u00e9pis se forment, la fi\u00e8vre est dans l\u2019\u00e9corce. On raconte que le riz noir \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux puissants. C\u2019\u00e9tait avant\u00a0: \u00e0 nous maintenant les grains de nuit. Dans une l\u00e9gende insulaire, ajoute Shuta, une bonne \u00e2me pose dans l\u2019orbite vide d\u2019un enfant qui n\u2019a qu\u2019un \u0153il un grain de riz blanc. L\u2019enfant grandit et dans la cavit\u00e9 le grain de riz devient noir et brillant, aigu comme l\u2019\u0153il d\u2019un rapace. Il peut tout voir, tout comprendre. C\u2019est ainsi qu\u2019est apparu le premier paysan, pieds dans l\u2019eau. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Assis sur son si\u00e8ge pliant, Nobuo le p\u00e8lerin attend l\u2019apparition. Il peut attendre des heures, comme tous ceux qui sont venus comme lui. Quand on attend longtemps, dit-il, on n\u2019a plus envie de parler. Le trop-plein de mots s\u2019\u00e9vapore et rejoint l\u2019air humide et lourd qui nous entoure. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019on peut prendre le masque blanc et ex\u00e9cuter la danse de la passerelle qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne du volcan. Nobuo dit qu\u2019il n\u2019en est pas l\u00e0.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">On l\u2019a bien vue. Quand Alma Phal\u00e8ne a racont\u00e9 qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e des apparences, il suffisait d\u2019\u00eatre en face d\u2019elle comme on est en face de la r\u00e9alit\u00e9 pour deviner. Elle avait eu du mal \u00e0 s\u2019extraire de tous les clich\u00e9s qui l\u2019emprisonnaient, sans parler de la gangue des interpr\u00e9tations abusives. Mais on a su qu\u2019elle ne mentait pas\u00a0: sa pr\u00e9sence, son regard brillant, aigu pr\u00e9figuraient ce dont elle \u00e9tait issue et ce qu\u2019elle allait peut-\u00eatre ajouter. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas la peine d\u2019aller plus loin.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">La passag\u00e8re du RER n\u2019emprunte celui-l\u00e0 que pour une seule raison\u00a0: elle dit qu\u2019elle veut retrouver ce qu\u2019elle a perdu. L\u2019objet de sa recherche. Mais l\u2019objet est indescriptible. Pendant le trajet, un voyageur de banlieue lui conseille de se rendre dans l\u2019espace Objets trouv\u00e9s dune gare centrale. La passag\u00e8re se rend compte qu\u2019il ne comprend rien, tout simplement parce que c\u2019est incompr\u00e9hensible et, comme pour faire diversion, lui dit que de toutes fa\u00e7ons elle va \u00e0 Tournant sans le T et que c\u2019est compliqu\u00e9 d\u2019expliquer tout \u00e7a, les liens. Elle essaie quand m\u00eame, pour le remercier d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 ce point et finalement concentre toute l\u2019histoire en une seule question\u00a0: encore combien de temps pour arriver \u00e0 Tournant sans T\u00a0?<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"><span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>Ce jour-l\u00e0, elle s\u2019est envelopp\u00e9e dans une couverture comme la jeune femme de la photo. Comme elle, entour\u00e9e de d\u00e9bris apr\u00e8s le grand tremblement, elle a regard\u00e9 ce qu\u2019on ne pouvait pas voir sur la photo. Sans t\u00e9moin, sans personne pour lire ce qu\u2019elle avait \u00e9crit ou \u00e9couter ce qu\u2019elle avait \u00e0 dire, elle est rest\u00e9e debout en laissant faire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur tout ce qui se d\u00e9roulait. \u00c7a a dur\u00e9 longtemps. Voyage immobile, sensation de froid. R\u00e9cit. Puis elle a rang\u00e9 soigneusement la photo et repli\u00e9 la couverture.<\/p><br> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0<\/p>  <strong>08. Reconstitutions archipel<\/strong> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>  \u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong> <br><br><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><br><br><br><br><br><strong>10 . Kawanehon<\/strong><br>Petit sac \u00e0 dos bleu de survie avec cordage enroul\u00e9, pos\u00e9 comme jet\u00e9 ou abandonn\u00e9 sur un chemin de pierrailles \u00a0\u00a0coupantes, la plupart d\u2019un gris bleu \u2013 gris de Payne. Certaines sont blanches. Et une pente caillouteuse, petites touffes de foug\u00e8res agripp\u00e9es au bord. Tout autour, des montagnes sous un manteau de for\u00eats. Pour en arriver l\u00e0, il a s\u00fbrement fallu grimper, escalader.<br><br>Passerelle vue du dessous. Plut\u00f4t un pont souple tenu par filins et poutrelles d\u2019acier supportant au centre de longues planches de bois pour traverser. Des garde-corps m\u00e9talliques et le tout en suspension. \u00a0Un fleuve en dessous, long\u00e9 par ce qui semble \u00eatre une voie ferr\u00e9e, une route aussi. Tableau en contre-plong\u00e9e o\u00f9 dominent lignes horizontales du passage et verticales de la s\u00e9curit\u00e9.<br>Une sorte d\u2019id\u00e9ogramme de bois plant\u00e9 au bord d\u2019une route, sur fond d\u2019arbres. \u00a0Un kanji proche visuellement de\u00a0: livre, racine, origine. Deux lignes de signes grav\u00e9s sur les deux barres horizontales \u2013 deux lignes de signes ind\u00e9chiffrables \u00e9crites sur la repr\u00e9sentation-m\u00eame. \u00a0Une moto au car\u00e9nage vert vif, gar\u00e9e tout pr\u00e8s, devant. Comme un kanji moderne, mobile celui-l\u00e0.<br>Il a voulu revenir, pour voir ce qui \u00e9chappait, y compris lui, \u00e0 la prolif\u00e9ration des villes. Mission impossible\u00a0: il y a toujours la case gare, la case voiture et les ramifications qui vont avec. Restait la marche et l\u2019engin que lui avait pr\u00eat\u00e9 l\u2019\u00e9tudiant calligraphe. Il a pris dans son sac \u00e0 dos le strict minimum sans vraiment savoir ce qu\u2019\u00e9tait le strict minimum, a laiss\u00e9 son engin \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du pays, pr\u00e8s d\u2019un rep\u00e8re incompr\u00e9hensible et a entam\u00e9 l\u2019ascension, en suivant la mise en abyme.<br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0\u00a0<br><br><br><br><br><br><br>  <strong>09. Les dix pr\u00e9lev\u00e9s           <\/strong><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"> <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Comme Bachir ou Tour\u00e9, il est dans le train du petit jour, le premier. Toi tu te laisses emporter vers l\u2019a\u00e9roport, et lui il glane ce qui reste de bercement avant de commencer la journ\u00e9e de travail en s\u2019engouffrant dans le camion des encombrants ou des d\u00e9chets. Comme Bachir ou Tour\u00e9 il dit qu\u2019il n\u2019a jamais vu autant de choses jet\u00e9es, mises au rebut qu\u2019en ce moment. C\u2019est bizarre\u00a0: plus la mis\u00e8re grandit et plus on se d\u00e9barrasse \u00e0 tort et \u00e0 travers de ce qui ressemble \u00e0 du surplus mais c\u2019est juste ce que la consommation addictive te force \u00e0 remplacer.\u00a0 Il dit qu\u2019au milieu des choses rejet\u00e9es, il utilise le peu de temps qui reste pour faire le tri et r\u00e9cup\u00e9rer ce qui peut encore servir. Il se d\u00e9brouille avec ses amis pour entreposer dans des box les objets sauv\u00e9s de la d\u00e9chetterie et tu apprends que c\u2019est grande f\u00eate quand il r\u00e9ussit \u00e0 faire partir un camion charg\u00e9 \u00e0 bloc vers son pays d\u2019origine. Il descend avant toi et te souhaite bon voyage.<\/span> <\/p><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Tsukuyomi a emm\u00e9nag\u00e9 il n\u2019y a pas si longtemps au dernier \u00e9tage du b\u00e2timent, le trente-troisi\u00e8me. Il n\u2019aime pas le mot gratte-ciel\u00a0: \u00e0 la place, il parle de \u00ab\u00a0grand distributeur\u00a0\u00bb.\u00a0 Tsuku, comme l\u2019appellent ses voisins, a atterri l\u00e0 par un heureux concours de circonstances\u00a0; il a dit que finalement les anciens locataires avaient horreur du vide et que la vue imprenable d\u2019en-haut signifiait pour eux vertige \u00e0 l\u2019infini alors non merci, ils sont partis. Pour Tsuku, c\u2019est le contraire\u00a0: il aime se retrouver perch\u00e9 le soir quand les lumi\u00e8res de la ville ressemblent \u00e0 ce que voient les navigateurs de la station spatiale dont il peut suivre le lent d\u00e9placement, de l\u00e0 o\u00f9 il se trouve. Et comme il se dit curieux de nature, il a profit\u00e9 d\u2019une nuit de pleine lune pour explorer le toit en passant par une trappe au-dessus. Il raconte que ce n\u2019est pas dangereux du tout et qu\u2019il a m\u00eame fait pousser l\u00e0-haut une petite plate-bande clandestine de fleurs bleues, celle de la bourrache dont il aime le c\u00f4t\u00e9 porcelaine sauvage. Le jour, Tsuku travaille dans la champignonni\u00e8re humide et noire sous la ville\u00a0: il sait que ses voisins comprennent son grand \u00e9cart et ne diront rien, pour la plate-bande bleue.<\/p>      <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Omori pr\u00e9pare les g\u00e2teaux de la Palette. Il raconte que plus \u00e7a va, moins il p\u00e8se les ingr\u00e9dients. Les proportions c\u2019est \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur aussi. Les visiteurs du petit mus\u00e9e appr\u00e9cient particuli\u00e8rement son g\u00e2teau nuage, avec couronne de fils de sucre comme fa\u00e7onn\u00e9e par un verrier. Il parait qu\u2019un touriste un jour a m\u00eame emport\u00e9 cette p\u00e2tisserie originale pour la conserver telle quelle en esp\u00e9rant la voir durcir et se transformer en sculpture. Omori aime son travail mais quand tout est rang\u00e9, apr\u00e8s le d\u00e9part des visiteurs, il change de monde. Comme il a la cl\u00e9 du mus\u00e9e, il choisit la salle o\u00f9 s\u2019installer, plante son chevalet devant une toile qu\u2019il savoure, m\u00e9lange ses couleurs et ses douleurs \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur, et reproduit ce qu\u2019il voit. Il range soigneusement ses copies dans la r\u00e9serve, derri\u00e8re les grands sacs de sucre et de farine.<\/span> <br><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Jeune m\u00e8re, Yoch\u00e9a ne savait pas que son fils allait faire fortune en r\u00e9alisant des op\u00e9rations financi\u00e8res juteuses. Elle disait \u00e0 qui voulait l\u2019entendre que l\u2019homme riche, quand il \u00e9tait petit, \u00e9tait perp\u00e9tuellement occup\u00e9 \u00e0 compter des petits cailloux, des grains de riz noir, des hamaguri. Il faisait des collections qu\u2019il rassemblait soigneusement dans des boites et faisait des \u00e9changes d\u00e8s que possible. Yoch\u00e9a pensait qu\u2019il serait certainement expert-comptable mais en fait elle est devenue la m\u00e8re du grand m\u00e9c\u00e8ne qui parcourait la plan\u00e8te en achetant des \u0153uvres d\u2019art. Elle \u00e9tait toujours invit\u00e9e aux expositions qu\u2019il inaugurait non loin de chez elle. Elle disait ne rien comprendre \u00e0 l\u2019art mais croyait reconnaitre, sur certaines peintures dites abstraites, des grains de riz noir. Bien plus tard, quand la m\u00e8re et le fils ont disparu, on raconte que les h\u00e9ritiers ont retrouv\u00e9 dans la maison aux portes coulissantes des centaines de boites pleines de petits grains et de petits mots<span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>\u00a0<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Plus \u00e9tudiante que Makiko, \u00e7a n\u2019existe pas. Elle veut tout savoir et raconte que si elle n\u2019a pas plusieurs livres dont un dictionnaire dans son grand sac, elle est comme nue et d\u00e9serte. Comme l\u2019\u00eele du film. Comme quelqu\u2019un qui n\u2019aurait plus rien \u00e0 \u00e9changer. Comme un papillon sans ailes. Comme un papillon sans elle. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Il a demand\u00e9 si on savait ce qu\u2019avoir les pieds dans l\u2019eau voulait dire. On se doutait bien que derri\u00e8re la question se dessinait quelque chose d\u2019autre, ce qu\u2019il dirait apr\u00e8s. La question, il la posait depuis la butte o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait plant\u00e9 en croisant les bras d\u2019un air entendu. Tu as r\u00e9pondu que tu ne savais pas car toi tu \u00e9tais juste le peintre venu l\u00e0 pour \u00eatre seul avec lui-m\u00eame et avec sa table de travail. Shuta alors a souri et saut\u00e9 dans le mince cours d\u2019eau filante\u00a0; tout en parlant il a pris les pousses regroup\u00e9es en petits bouquets allong\u00e9s sur le talus, a montr\u00e9 comment faire\u00a0: repiquer, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 faire r\u00e9cit. Nous les paysans aux petites terres, on est comme le riz qu\u2019on replante. Souvent les pieds dans l\u2019eau. Et quand les \u00e9pis se forment, la fi\u00e8vre est dans l\u2019\u00e9corce. On raconte que le riz noir \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux puissants. C\u2019\u00e9tait avant\u00a0: \u00e0 nous maintenant les grains de nuit. Dans une l\u00e9gende insulaire, ajoute Shuta, une bonne \u00e2me pose dans l\u2019orbite vide d\u2019un enfant qui n\u2019a qu\u2019un \u0153il un grain de riz blanc. L\u2019enfant grandit et dans la cavit\u00e9 le grain de riz devient noir et brillant, aigu comme l\u2019\u0153il d\u2019un rapace. Il peut tout voir, tout comprendre. C\u2019est ainsi qu\u2019est apparu le premier paysan, pieds dans l\u2019eau. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Assis sur son si\u00e8ge pliant, Nobuo le p\u00e8lerin attend l\u2019apparition. Il peut attendre des heures, comme tous ceux qui sont venus comme lui. Quand on attend longtemps, dit-il, on n\u2019a plus envie de parler. Le trop-plein de mots s\u2019\u00e9vapore et rejoint l\u2019air humide et lourd qui nous entoure. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019on peut prendre le masque blanc et ex\u00e9cuter la danse de la passerelle qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne du volcan. Nobuo dit qu\u2019il n\u2019en est pas l\u00e0.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">On l\u2019a bien vue. Quand Alma Phal\u00e8ne a racont\u00e9 qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e des apparences, il suffisait d\u2019\u00eatre en face d\u2019elle comme on est en face de la r\u00e9alit\u00e9 pour deviner. Elle avait eu du mal \u00e0 s\u2019extraire de tous les clich\u00e9s qui l\u2019emprisonnaient, sans parler de la gangue des interpr\u00e9tations abusives. Mais on a su qu\u2019elle ne mentait pas\u00a0: sa pr\u00e9sence, son regard brillant, aigu pr\u00e9figuraient ce dont elle \u00e9tait issue et ce qu\u2019elle allait peut-\u00eatre ajouter. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas la peine d\u2019aller plus loin.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">La passag\u00e8re du RER n\u2019emprunte celui-l\u00e0 que pour une seule raison\u00a0: elle dit qu\u2019elle veut retrouver ce qu\u2019elle a perdu. L\u2019objet de sa recherche. Mais l\u2019objet est indescriptible. Pendant le trajet, un voyageur de banlieue lui conseille de se rendre dans l\u2019espace Objets trouv\u00e9s dune gare centrale. La passag\u00e8re se rend compte qu\u2019il ne comprend rien, tout simplement parce que c\u2019est incompr\u00e9hensible et, comme pour faire diversion, lui dit que de toutes fa\u00e7ons elle va \u00e0 Tournant sans le T et que c\u2019est compliqu\u00e9 d\u2019expliquer tout \u00e7a, les liens. Elle essaie quand m\u00eame, pour le remercier d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 ce point et finalement concentre toute l\u2019histoire en une seule question\u00a0: encore combien de temps pour arriver \u00e0 Tournant sans T\u00a0?<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"><span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>Ce jour-l\u00e0, elle s\u2019est envelopp\u00e9e dans une couverture comme la jeune femme de la photo. Comme elle, entour\u00e9e de d\u00e9bris apr\u00e8s le grand tremblement, elle a regard\u00e9 ce qu\u2019on ne pouvait pas voir sur la photo. Sans t\u00e9moin, sans personne pour lire ce qu\u2019elle avait \u00e9crit ou \u00e9couter ce qu\u2019elle avait \u00e0 dire, elle est rest\u00e9e debout en laissant faire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur tout ce qui se d\u00e9roulait. \u00c7a a dur\u00e9 longtemps. Voyage immobile, sensation de froid. R\u00e9cit. Puis elle a rang\u00e9 soigneusement la photo et repli\u00e9 la couverture.<\/p><br> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0<\/p>  <strong>08. Reconstitutions archipel<\/strong> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>  \u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong> <br><br><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><br><br><br>  <strong>09. Les dix pr\u00e9lev\u00e9s           <\/strong><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"> <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Comme Bachir ou Tour\u00e9, il est dans le train du petit jour, le premier. Toi tu te laisses emporter vers l\u2019a\u00e9roport, et lui il glane ce qui reste de bercement avant de commencer la journ\u00e9e de travail en s\u2019engouffrant dans le camion des encombrants ou des d\u00e9chets. Comme Bachir ou Tour\u00e9 il dit qu\u2019il n\u2019a jamais vu autant de choses jet\u00e9es, mises au rebut qu\u2019en ce moment. C\u2019est bizarre\u00a0: plus la mis\u00e8re grandit et plus on se d\u00e9barrasse \u00e0 tort et \u00e0 travers de ce qui ressemble \u00e0 du surplus mais c\u2019est juste ce que la consommation addictive te force \u00e0 remplacer.\u00a0 Il dit qu\u2019au milieu des choses rejet\u00e9es, il utilise le peu de temps qui reste pour faire le tri et r\u00e9cup\u00e9rer ce qui peut encore servir. Il se d\u00e9brouille avec ses amis pour entreposer dans des box les objets sauv\u00e9s de la d\u00e9chetterie et tu apprends que c\u2019est grande f\u00eate quand il r\u00e9ussit \u00e0 faire partir un camion charg\u00e9 \u00e0 bloc vers son pays d\u2019origine. Il descend avant toi et te souhaite bon voyage.<\/span> <\/p><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Tsukuyomi a emm\u00e9nag\u00e9 il n\u2019y a pas si longtemps au dernier \u00e9tage du b\u00e2timent, le trente-troisi\u00e8me. Il n\u2019aime pas le mot gratte-ciel\u00a0: \u00e0 la place, il parle de \u00ab\u00a0grand distributeur\u00a0\u00bb.\u00a0 Tsuku, comme l\u2019appellent ses voisins, a atterri l\u00e0 par un heureux concours de circonstances\u00a0; il a dit que finalement les anciens locataires avaient horreur du vide et que la vue imprenable d\u2019en-haut signifiait pour eux vertige \u00e0 l\u2019infini alors non merci, ils sont partis. Pour Tsuku, c\u2019est le contraire\u00a0: il aime se retrouver perch\u00e9 le soir quand les lumi\u00e8res de la ville ressemblent \u00e0 ce que voient les navigateurs de la station spatiale dont il peut suivre le lent d\u00e9placement, de l\u00e0 o\u00f9 il se trouve. Et comme il se dit curieux de nature, il a profit\u00e9 d\u2019une nuit de pleine lune pour explorer le toit en passant par une trappe au-dessus. Il raconte que ce n\u2019est pas dangereux du tout et qu\u2019il a m\u00eame fait pousser l\u00e0-haut une petite plate-bande clandestine de fleurs bleues, celle de la bourrache dont il aime le c\u00f4t\u00e9 porcelaine sauvage. Le jour, Tsuku travaille dans la champignonni\u00e8re humide et noire sous la ville\u00a0: il sait que ses voisins comprennent son grand \u00e9cart et ne diront rien, pour la plate-bande bleue.<\/p>      <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Omori pr\u00e9pare les g\u00e2teaux de la Palette. Il raconte que plus \u00e7a va, moins il p\u00e8se les ingr\u00e9dients. Les proportions c\u2019est \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur aussi. Les visiteurs du petit mus\u00e9e appr\u00e9cient particuli\u00e8rement son g\u00e2teau nuage, avec couronne de fils de sucre comme fa\u00e7onn\u00e9e par un verrier. Il parait qu\u2019un touriste un jour a m\u00eame emport\u00e9 cette p\u00e2tisserie originale pour la conserver telle quelle en esp\u00e9rant la voir durcir et se transformer en sculpture. Omori aime son travail mais quand tout est rang\u00e9, apr\u00e8s le d\u00e9part des visiteurs, il change de monde. Comme il a la cl\u00e9 du mus\u00e9e, il choisit la salle o\u00f9 s\u2019installer, plante son chevalet devant une toile qu\u2019il savoure, m\u00e9lange ses couleurs et ses douleurs \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur, et reproduit ce qu\u2019il voit. Il range soigneusement ses copies dans la r\u00e9serve, derri\u00e8re les grands sacs de sucre et de farine.<\/span> <br><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Jeune m\u00e8re, Yoch\u00e9a ne savait pas que son fils allait faire fortune en r\u00e9alisant des op\u00e9rations financi\u00e8res juteuses. Elle disait \u00e0 qui voulait l\u2019entendre que l\u2019homme riche, quand il \u00e9tait petit, \u00e9tait perp\u00e9tuellement occup\u00e9 \u00e0 compter des petits cailloux, des grains de riz noir, des hamaguri. Il faisait des collections qu\u2019il rassemblait soigneusement dans des boites et faisait des \u00e9changes d\u00e8s que possible. Yoch\u00e9a pensait qu\u2019il serait certainement expert-comptable mais en fait elle est devenue la m\u00e8re du grand m\u00e9c\u00e8ne qui parcourait la plan\u00e8te en achetant des \u0153uvres d\u2019art. Elle \u00e9tait toujours invit\u00e9e aux expositions qu\u2019il inaugurait non loin de chez elle. Elle disait ne rien comprendre \u00e0 l\u2019art mais croyait reconnaitre, sur certaines peintures dites abstraites, des grains de riz noir. Bien plus tard, quand la m\u00e8re et le fils ont disparu, on raconte que les h\u00e9ritiers ont retrouv\u00e9 dans la maison aux portes coulissantes des centaines de boites pleines de petits grains et de petits mots<span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>\u00a0<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Plus \u00e9tudiante que Makiko, \u00e7a n\u2019existe pas. Elle veut tout savoir et raconte que si elle n\u2019a pas plusieurs livres dont un dictionnaire dans son grand sac, elle est comme nue et d\u00e9serte. Comme l\u2019\u00eele du film. Comme quelqu\u2019un qui n\u2019aurait plus rien \u00e0 \u00e9changer. Comme un papillon sans ailes. Comme un papillon sans elle. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Il a demand\u00e9 si on savait ce qu\u2019avoir les pieds dans l\u2019eau voulait dire. On se doutait bien que derri\u00e8re la question se dessinait quelque chose d\u2019autre, ce qu\u2019il dirait apr\u00e8s. La question, il la posait depuis la butte o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait plant\u00e9 en croisant les bras d\u2019un air entendu. Tu as r\u00e9pondu que tu ne savais pas car toi tu \u00e9tais juste le peintre venu l\u00e0 pour \u00eatre seul avec lui-m\u00eame et avec sa table de travail. Shuta alors a souri et saut\u00e9 dans le mince cours d\u2019eau filante\u00a0; tout en parlant il a pris les pousses regroup\u00e9es en petits bouquets allong\u00e9s sur le talus, a montr\u00e9 comment faire\u00a0: repiquer, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 faire r\u00e9cit. Nous les paysans aux petites terres, on est comme le riz qu\u2019on replante. Souvent les pieds dans l\u2019eau. Et quand les \u00e9pis se forment, la fi\u00e8vre est dans l\u2019\u00e9corce. On raconte que le riz noir \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux puissants. C\u2019\u00e9tait avant\u00a0: \u00e0 nous maintenant les grains de nuit. Dans une l\u00e9gende insulaire, ajoute Shuta, une bonne \u00e2me pose dans l\u2019orbite vide d\u2019un enfant qui n\u2019a qu\u2019un \u0153il un grain de riz blanc. L\u2019enfant grandit et dans la cavit\u00e9 le grain de riz devient noir et brillant, aigu comme l\u2019\u0153il d\u2019un rapace. Il peut tout voir, tout comprendre. C\u2019est ainsi qu\u2019est apparu le premier paysan, pieds dans l\u2019eau. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Assis sur son si\u00e8ge pliant, Nobuo le p\u00e8lerin attend l\u2019apparition. Il peut attendre des heures, comme tous ceux qui sont venus comme lui. Quand on attend longtemps, dit-il, on n\u2019a plus envie de parler. Le trop-plein de mots s\u2019\u00e9vapore et rejoint l\u2019air humide et lourd qui nous entoure. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019on peut prendre le masque blanc et ex\u00e9cuter la danse de la passerelle qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne du volcan. Nobuo dit qu\u2019il n\u2019en est pas l\u00e0.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">On l\u2019a bien vue. Quand Alma Phal\u00e8ne a racont\u00e9 qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e des apparences, il suffisait d\u2019\u00eatre en face d\u2019elle comme on est en face de la r\u00e9alit\u00e9 pour deviner. Elle avait eu du mal \u00e0 s\u2019extraire de tous les clich\u00e9s qui l\u2019emprisonnaient, sans parler de la gangue des interpr\u00e9tations abusives. Mais on a su qu\u2019elle ne mentait pas\u00a0: sa pr\u00e9sence, son regard brillant, aigu pr\u00e9figuraient ce dont elle \u00e9tait issue et ce qu\u2019elle allait peut-\u00eatre ajouter. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas la peine d\u2019aller plus loin.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">La passag\u00e8re du RER n\u2019emprunte celui-l\u00e0 que pour une seule raison\u00a0: elle dit qu\u2019elle veut retrouver ce qu\u2019elle a perdu. L\u2019objet de sa recherche. Mais l\u2019objet est indescriptible. Pendant le trajet, un voyageur de banlieue lui conseille de se rendre dans l\u2019espace Objets trouv\u00e9s dune gare centrale. La passag\u00e8re se rend compte qu\u2019il ne comprend rien, tout simplement parce que c\u2019est incompr\u00e9hensible et, comme pour faire diversion, lui dit que de toutes fa\u00e7ons elle va \u00e0 Tournant sans le T et que c\u2019est compliqu\u00e9 d\u2019expliquer tout \u00e7a, les liens. Elle essaie quand m\u00eame, pour le remercier d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 ce point et finalement concentre toute l\u2019histoire en une seule question\u00a0: encore combien de temps pour arriver \u00e0 Tournant sans T\u00a0?<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"><span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>Ce jour-l\u00e0, elle s\u2019est envelopp\u00e9e dans une couverture comme la jeune femme de la photo. Comme elle, entour\u00e9e de d\u00e9bris apr\u00e8s le grand tremblement, elle a regard\u00e9 ce qu\u2019on ne pouvait pas voir sur la photo. Sans t\u00e9moin, sans personne pour lire ce qu\u2019elle avait \u00e9crit ou \u00e9couter ce qu\u2019elle avait \u00e0 dire, elle est rest\u00e9e debout en laissant faire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur tout ce qui se d\u00e9roulait. \u00c7a a dur\u00e9 longtemps. Voyage immobile, sensation de froid. R\u00e9cit. Puis elle a rang\u00e9 soigneusement la photo et repli\u00e9 la couverture.<\/p><br> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0<\/p>  <strong>08. Reconstitutions archipel<\/strong> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>  \u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong> <br><br><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><br><br><br>  <strong>09. Les dix pr\u00e9lev\u00e9s           <\/strong><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"> <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Comme Bachir ou Tour\u00e9, il est dans le train du petit jour, le premier. Toi tu te laisses emporter vers l\u2019a\u00e9roport, et lui il glane ce qui reste de bercement avant de commencer la journ\u00e9e de travail en s\u2019engouffrant dans le camion des encombrants ou des d\u00e9chets. Comme Bachir ou Tour\u00e9 il dit qu\u2019il n\u2019a jamais vu autant de choses jet\u00e9es, mises au rebut qu\u2019en ce moment. C\u2019est bizarre\u00a0: plus la mis\u00e8re grandit et plus on se d\u00e9barrasse \u00e0 tort et \u00e0 travers de ce qui ressemble \u00e0 du surplus mais c\u2019est juste ce que la consommation addictive te force \u00e0 remplacer.\u00a0 Il dit qu\u2019au milieu des choses rejet\u00e9es, il utilise le peu de temps qui reste pour faire le tri et r\u00e9cup\u00e9rer ce qui peut encore servir. Il se d\u00e9brouille avec ses amis pour entreposer dans des box les objets sauv\u00e9s de la d\u00e9chetterie et tu apprends que c\u2019est grande f\u00eate quand il r\u00e9ussit \u00e0 faire partir un camion charg\u00e9 \u00e0 bloc vers son pays d\u2019origine. Il descend avant toi et te souhaite bon voyage.<\/span> <\/p><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Tsukuyomi a emm\u00e9nag\u00e9 il n\u2019y a pas si longtemps au dernier \u00e9tage du b\u00e2timent, le trente-troisi\u00e8me. Il n\u2019aime pas le mot gratte-ciel\u00a0: \u00e0 la place, il parle de \u00ab\u00a0grand distributeur\u00a0\u00bb.\u00a0 Tsuku, comme l\u2019appellent ses voisins, a atterri l\u00e0 par un heureux concours de circonstances\u00a0; il a dit que finalement les anciens locataires avaient horreur du vide et que la vue imprenable d\u2019en-haut signifiait pour eux vertige \u00e0 l\u2019infini alors non merci, ils sont partis. Pour Tsuku, c\u2019est le contraire\u00a0: il aime se retrouver perch\u00e9 le soir quand les lumi\u00e8res de la ville ressemblent \u00e0 ce que voient les navigateurs de la station spatiale dont il peut suivre le lent d\u00e9placement, de l\u00e0 o\u00f9 il se trouve. Et comme il se dit curieux de nature, il a profit\u00e9 d\u2019une nuit de pleine lune pour explorer le toit en passant par une trappe au-dessus. Il raconte que ce n\u2019est pas dangereux du tout et qu\u2019il a m\u00eame fait pousser l\u00e0-haut une petite plate-bande clandestine de fleurs bleues, celle de la bourrache dont il aime le c\u00f4t\u00e9 porcelaine sauvage. Le jour, Tsuku travaille dans la champignonni\u00e8re humide et noire sous la ville\u00a0: il sait que ses voisins comprennent son grand \u00e9cart et ne diront rien, pour la plate-bande bleue.<\/p>      <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Omori pr\u00e9pare les g\u00e2teaux de la Palette. Il raconte que plus \u00e7a va, moins il p\u00e8se les ingr\u00e9dients. Les proportions c\u2019est \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur aussi. Les visiteurs du petit mus\u00e9e appr\u00e9cient particuli\u00e8rement son g\u00e2teau nuage, avec couronne de fils de sucre comme fa\u00e7onn\u00e9e par un verrier. Il parait qu\u2019un touriste un jour a m\u00eame emport\u00e9 cette p\u00e2tisserie originale pour la conserver telle quelle en esp\u00e9rant la voir durcir et se transformer en sculpture. Omori aime son travail mais quand tout est rang\u00e9, apr\u00e8s le d\u00e9part des visiteurs, il change de monde. Comme il a la cl\u00e9 du mus\u00e9e, il choisit la salle o\u00f9 s\u2019installer, plante son chevalet devant une toile qu\u2019il savoure, m\u00e9lange ses couleurs et ses douleurs \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur, et reproduit ce qu\u2019il voit. Il range soigneusement ses copies dans la r\u00e9serve, derri\u00e8re les grands sacs de sucre et de farine.<\/span> <br><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Jeune m\u00e8re, Yoch\u00e9a ne savait pas que son fils allait faire fortune en r\u00e9alisant des op\u00e9rations financi\u00e8res juteuses. Elle disait \u00e0 qui voulait l\u2019entendre que l\u2019homme riche, quand il \u00e9tait petit, \u00e9tait perp\u00e9tuellement occup\u00e9 \u00e0 compter des petits cailloux, des grains de riz noir, des hamaguri. Il faisait des collections qu\u2019il rassemblait soigneusement dans des boites et faisait des \u00e9changes d\u00e8s que possible. Yoch\u00e9a pensait qu\u2019il serait certainement expert-comptable mais en fait elle est devenue la m\u00e8re du grand m\u00e9c\u00e8ne qui parcourait la plan\u00e8te en achetant des \u0153uvres d\u2019art. Elle \u00e9tait toujours invit\u00e9e aux expositions qu\u2019il inaugurait non loin de chez elle. Elle disait ne rien comprendre \u00e0 l\u2019art mais croyait reconnaitre, sur certaines peintures dites abstraites, des grains de riz noir. Bien plus tard, quand la m\u00e8re et le fils ont disparu, on raconte que les h\u00e9ritiers ont retrouv\u00e9 dans la maison aux portes coulissantes des centaines de boites pleines de petits grains et de petits mots<span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>\u00a0<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Plus \u00e9tudiante que Makiko, \u00e7a n\u2019existe pas. Elle veut tout savoir et raconte que si elle n\u2019a pas plusieurs livres dont un dictionnaire dans son grand sac, elle est comme nue et d\u00e9serte. Comme l\u2019\u00eele du film. Comme quelqu\u2019un qui n\u2019aurait plus rien \u00e0 \u00e9changer. Comme un papillon sans ailes. Comme un papillon sans elle. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Il a demand\u00e9 si on savait ce qu\u2019avoir les pieds dans l\u2019eau voulait dire. On se doutait bien que derri\u00e8re la question se dessinait quelque chose d\u2019autre, ce qu\u2019il dirait apr\u00e8s. La question, il la posait depuis la butte o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait plant\u00e9 en croisant les bras d\u2019un air entendu. Tu as r\u00e9pondu que tu ne savais pas car toi tu \u00e9tais juste le peintre venu l\u00e0 pour \u00eatre seul avec lui-m\u00eame et avec sa table de travail. Shuta alors a souri et saut\u00e9 dans le mince cours d\u2019eau filante\u00a0; tout en parlant il a pris les pousses regroup\u00e9es en petits bouquets allong\u00e9s sur le talus, a montr\u00e9 comment faire\u00a0: repiquer, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 faire r\u00e9cit. Nous les paysans aux petites terres, on est comme le riz qu\u2019on replante. Souvent les pieds dans l\u2019eau. Et quand les \u00e9pis se forment, la fi\u00e8vre est dans l\u2019\u00e9corce. On raconte que le riz noir \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux puissants. C\u2019\u00e9tait avant\u00a0: \u00e0 nous maintenant les grains de nuit. Dans une l\u00e9gende insulaire, ajoute Shuta, une bonne \u00e2me pose dans l\u2019orbite vide d\u2019un enfant qui n\u2019a qu\u2019un \u0153il un grain de riz blanc. L\u2019enfant grandit et dans la cavit\u00e9 le grain de riz devient noir et brillant, aigu comme l\u2019\u0153il d\u2019un rapace. Il peut tout voir, tout comprendre. C\u2019est ainsi qu\u2019est apparu le premier paysan, pieds dans l\u2019eau. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Assis sur son si\u00e8ge pliant, Nobuo le p\u00e8lerin attend l\u2019apparition. Il peut attendre des heures, comme tous ceux qui sont venus comme lui. Quand on attend longtemps, dit-il, on n\u2019a plus envie de parler. Le trop-plein de mots s\u2019\u00e9vapore et rejoint l\u2019air humide et lourd qui nous entoure. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019on peut prendre le masque blanc et ex\u00e9cuter la danse de la passerelle qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne du volcan. Nobuo dit qu\u2019il n\u2019en est pas l\u00e0.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">On l\u2019a bien vue. Quand Alma Phal\u00e8ne a racont\u00e9 qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e des apparences, il suffisait d\u2019\u00eatre en face d\u2019elle comme on est en face de la r\u00e9alit\u00e9 pour deviner. Elle avait eu du mal \u00e0 s\u2019extraire de tous les clich\u00e9s qui l\u2019emprisonnaient, sans parler de la gangue des interpr\u00e9tations abusives. Mais on a su qu\u2019elle ne mentait pas\u00a0: sa pr\u00e9sence, son regard brillant, aigu pr\u00e9figuraient ce dont elle \u00e9tait issue et ce qu\u2019elle allait peut-\u00eatre ajouter. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas la peine d\u2019aller plus loin.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">La passag\u00e8re du RER n\u2019emprunte celui-l\u00e0 que pour une seule raison\u00a0: elle dit qu\u2019elle veut retrouver ce qu\u2019elle a perdu. L\u2019objet de sa recherche. Mais l\u2019objet est indescriptible. Pendant le trajet, un voyageur de banlieue lui conseille de se rendre dans l\u2019espace Objets trouv\u00e9s dune gare centrale. La passag\u00e8re se rend compte qu\u2019il ne comprend rien, tout simplement parce que c\u2019est incompr\u00e9hensible et, comme pour faire diversion, lui dit que de toutes fa\u00e7ons elle va \u00e0 Tournant sans le T et que c\u2019est compliqu\u00e9 d\u2019expliquer tout \u00e7a, les liens. Elle essaie quand m\u00eame, pour le remercier d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 ce point et finalement concentre toute l\u2019histoire en une seule question\u00a0: encore combien de temps pour arriver \u00e0 Tournant sans T\u00a0?<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"><span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>Ce jour-l\u00e0, elle s\u2019est envelopp\u00e9e dans une couverture comme la jeune femme de la photo. Comme elle, entour\u00e9e de d\u00e9bris apr\u00e8s le grand tremblement, elle a regard\u00e9 ce qu\u2019on ne pouvait pas voir sur la photo. Sans t\u00e9moin, sans personne pour lire ce qu\u2019elle avait \u00e9crit ou \u00e9couter ce qu\u2019elle avait \u00e0 dire, elle est rest\u00e9e debout en laissant faire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur tout ce qui se d\u00e9roulait. \u00c7a a dur\u00e9 longtemps. Voyage immobile, sensation de froid. R\u00e9cit. Puis elle a rang\u00e9 soigneusement la photo et repli\u00e9 la couverture.<\/p><br> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0<\/p>  <strong>08. Reconstitutions archipel<\/strong> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>  \u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong> <br><br><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><br><br><br>  <strong>09. Les dix pr\u00e9lev\u00e9s           <\/strong><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"> <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Comme Bachir ou Tour\u00e9, il est dans le train du petit jour, le premier. Toi tu te laisses emporter vers l\u2019a\u00e9roport, et lui il glane ce qui reste de bercement avant de commencer la journ\u00e9e de travail en s\u2019engouffrant dans le camion des encombrants ou des d\u00e9chets. Comme Bachir ou Tour\u00e9 il dit qu\u2019il n\u2019a jamais vu autant de choses jet\u00e9es, mises au rebut qu\u2019en ce moment. C\u2019est bizarre\u00a0: plus la mis\u00e8re grandit et plus on se d\u00e9barrasse \u00e0 tort et \u00e0 travers de ce qui ressemble \u00e0 du surplus mais c\u2019est juste ce que la consommation addictive te force \u00e0 remplacer.\u00a0 Il dit qu\u2019au milieu des choses rejet\u00e9es, il utilise le peu de temps qui reste pour faire le tri et r\u00e9cup\u00e9rer ce qui peut encore servir. Il se d\u00e9brouille avec ses amis pour entreposer dans des box les objets sauv\u00e9s de la d\u00e9chetterie et tu apprends que c\u2019est grande f\u00eate quand il r\u00e9ussit \u00e0 faire partir un camion charg\u00e9 \u00e0 bloc vers son pays d\u2019origine. Il descend avant toi et te souhaite bon voyage.<\/span> <\/p><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Tsukuyomi a emm\u00e9nag\u00e9 il n\u2019y a pas si longtemps au dernier \u00e9tage du b\u00e2timent, le trente-troisi\u00e8me. Il n\u2019aime pas le mot gratte-ciel\u00a0: \u00e0 la place, il parle de \u00ab\u00a0grand distributeur\u00a0\u00bb.\u00a0 Tsuku, comme l\u2019appellent ses voisins, a atterri l\u00e0 par un heureux concours de circonstances\u00a0; il a dit que finalement les anciens locataires avaient horreur du vide et que la vue imprenable d\u2019en-haut signifiait pour eux vertige \u00e0 l\u2019infini alors non merci, ils sont partis. Pour Tsuku, c\u2019est le contraire\u00a0: il aime se retrouver perch\u00e9 le soir quand les lumi\u00e8res de la ville ressemblent \u00e0 ce que voient les navigateurs de la station spatiale dont il peut suivre le lent d\u00e9placement, de l\u00e0 o\u00f9 il se trouve. Et comme il se dit curieux de nature, il a profit\u00e9 d\u2019une nuit de pleine lune pour explorer le toit en passant par une trappe au-dessus. Il raconte que ce n\u2019est pas dangereux du tout et qu\u2019il a m\u00eame fait pousser l\u00e0-haut une petite plate-bande clandestine de fleurs bleues, celle de la bourrache dont il aime le c\u00f4t\u00e9 porcelaine sauvage. Le jour, Tsuku travaille dans la champignonni\u00e8re humide et noire sous la ville\u00a0: il sait que ses voisins comprennent son grand \u00e9cart et ne diront rien, pour la plate-bande bleue.<\/p>      <span style=\"font-size: 13px;font-weight: 400;text-align: justify\">Omori pr\u00e9pare les g\u00e2teaux de la Palette. Il raconte que plus \u00e7a va, moins il p\u00e8se les ingr\u00e9dients. Les proportions c\u2019est \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur aussi. Les visiteurs du petit mus\u00e9e appr\u00e9cient particuli\u00e8rement son g\u00e2teau nuage, avec couronne de fils de sucre comme fa\u00e7onn\u00e9e par un verrier. Il parait qu\u2019un touriste un jour a m\u00eame emport\u00e9 cette p\u00e2tisserie originale pour la conserver telle quelle en esp\u00e9rant la voir durcir et se transformer en sculpture. Omori aime son travail mais quand tout est rang\u00e9, apr\u00e8s le d\u00e9part des visiteurs, il change de monde. Comme il a la cl\u00e9 du mus\u00e9e, il choisit la salle o\u00f9 s\u2019installer, plante son chevalet devant une toile qu\u2019il savoure, m\u00e9lange ses couleurs et ses douleurs \u00e0 l\u2019\u0153il, \u00e0 la louche, \u00e0 l\u2019humeur, et reproduit ce qu\u2019il voit. Il range soigneusement ses copies dans la r\u00e9serve, derri\u00e8re les grands sacs de sucre et de farine.<\/span> <br><br><p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Jeune m\u00e8re, Yoch\u00e9a ne savait pas que son fils allait faire fortune en r\u00e9alisant des op\u00e9rations financi\u00e8res juteuses. Elle disait \u00e0 qui voulait l\u2019entendre que l\u2019homme riche, quand il \u00e9tait petit, \u00e9tait perp\u00e9tuellement occup\u00e9 \u00e0 compter des petits cailloux, des grains de riz noir, des hamaguri. Il faisait des collections qu\u2019il rassemblait soigneusement dans des boites et faisait des \u00e9changes d\u00e8s que possible. Yoch\u00e9a pensait qu\u2019il serait certainement expert-comptable mais en fait elle est devenue la m\u00e8re du grand m\u00e9c\u00e8ne qui parcourait la plan\u00e8te en achetant des \u0153uvres d\u2019art. Elle \u00e9tait toujours invit\u00e9e aux expositions qu\u2019il inaugurait non loin de chez elle. Elle disait ne rien comprendre \u00e0 l\u2019art mais croyait reconnaitre, sur certaines peintures dites abstraites, des grains de riz noir. Bien plus tard, quand la m\u00e8re et le fils ont disparu, on raconte que les h\u00e9ritiers ont retrouv\u00e9 dans la maison aux portes coulissantes des centaines de boites pleines de petits grains et de petits mots<span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>\u00a0<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Plus \u00e9tudiante que Makiko, \u00e7a n\u2019existe pas. Elle veut tout savoir et raconte que si elle n\u2019a pas plusieurs livres dont un dictionnaire dans son grand sac, elle est comme nue et d\u00e9serte. Comme l\u2019\u00eele du film. Comme quelqu\u2019un qui n\u2019aurait plus rien \u00e0 \u00e9changer. Comme un papillon sans ailes. Comme un papillon sans elle. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Il a demand\u00e9 si on savait ce qu\u2019avoir les pieds dans l\u2019eau voulait dire. On se doutait bien que derri\u00e8re la question se dessinait quelque chose d\u2019autre, ce qu\u2019il dirait apr\u00e8s. La question, il la posait depuis la butte o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait plant\u00e9 en croisant les bras d\u2019un air entendu. Tu as r\u00e9pondu que tu ne savais pas car toi tu \u00e9tais juste le peintre venu l\u00e0 pour \u00eatre seul avec lui-m\u00eame et avec sa table de travail. Shuta alors a souri et saut\u00e9 dans le mince cours d\u2019eau filante\u00a0; tout en parlant il a pris les pousses regroup\u00e9es en petits bouquets allong\u00e9s sur le talus, a montr\u00e9 comment faire\u00a0: repiquer, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 faire r\u00e9cit. Nous les paysans aux petites terres, on est comme le riz qu\u2019on replante. Souvent les pieds dans l\u2019eau. Et quand les \u00e9pis se forment, la fi\u00e8vre est dans l\u2019\u00e9corce. On raconte que le riz noir \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux puissants. C\u2019\u00e9tait avant\u00a0: \u00e0 nous maintenant les grains de nuit. Dans une l\u00e9gende insulaire, ajoute Shuta, une bonne \u00e2me pose dans l\u2019orbite vide d\u2019un enfant qui n\u2019a qu\u2019un \u0153il un grain de riz blanc. L\u2019enfant grandit et dans la cavit\u00e9 le grain de riz devient noir et brillant, aigu comme l\u2019\u0153il d\u2019un rapace. Il peut tout voir, tout comprendre. C\u2019est ainsi qu\u2019est apparu le premier paysan, pieds dans l\u2019eau. <\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">Assis sur son si\u00e8ge pliant, Nobuo le p\u00e8lerin attend l\u2019apparition. Il peut attendre des heures, comme tous ceux qui sont venus comme lui. Quand on attend longtemps, dit-il, on n\u2019a plus envie de parler. Le trop-plein de mots s\u2019\u00e9vapore et rejoint l\u2019air humide et lourd qui nous entoure. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019on peut prendre le masque blanc et ex\u00e9cuter la danse de la passerelle qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne du volcan. Nobuo dit qu\u2019il n\u2019en est pas l\u00e0.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">On l\u2019a bien vue. Quand Alma Phal\u00e8ne a racont\u00e9 qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e des apparences, il suffisait d\u2019\u00eatre en face d\u2019elle comme on est en face de la r\u00e9alit\u00e9 pour deviner. Elle avait eu du mal \u00e0 s\u2019extraire de tous les clich\u00e9s qui l\u2019emprisonnaient, sans parler de la gangue des interpr\u00e9tations abusives. Mais on a su qu\u2019elle ne mentait pas\u00a0: sa pr\u00e9sence, son regard brillant, aigu pr\u00e9figuraient ce dont elle \u00e9tait issue et ce qu\u2019elle allait peut-\u00eatre ajouter. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas la peine d\u2019aller plus loin.<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">La passag\u00e8re du RER n\u2019emprunte celui-l\u00e0 que pour une seule raison\u00a0: elle dit qu\u2019elle veut retrouver ce qu\u2019elle a perdu. L\u2019objet de sa recherche. Mais l\u2019objet est indescriptible. Pendant le trajet, un voyageur de banlieue lui conseille de se rendre dans l\u2019espace Objets trouv\u00e9s dune gare centrale. La passag\u00e8re se rend compte qu\u2019il ne comprend rien, tout simplement parce que c\u2019est incompr\u00e9hensible et, comme pour faire diversion, lui dit que de toutes fa\u00e7ons elle va \u00e0 Tournant sans le T et que c\u2019est compliqu\u00e9 d\u2019expliquer tout \u00e7a, les liens. Elle essaie quand m\u00eame, pour le remercier d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 ce point et finalement concentre toute l\u2019histoire en une seule question\u00a0: encore combien de temps pour arriver \u00e0 Tournant sans T\u00a0?<\/p> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\"><span style=\"font-size: 13px;text-align: center\"> <\/span>Ce jour-l\u00e0, elle s\u2019est envelopp\u00e9e dans une couverture comme la jeune femme de la photo. Comme elle, entour\u00e9e de d\u00e9bris apr\u00e8s le grand tremblement, elle a regard\u00e9 ce qu\u2019on ne pouvait pas voir sur la photo. Sans t\u00e9moin, sans personne pour lire ce qu\u2019elle avait \u00e9crit ou \u00e9couter ce qu\u2019elle avait \u00e0 dire, elle est rest\u00e9e debout en laissant faire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur tout ce qui se d\u00e9roulait. \u00c7a a dur\u00e9 longtemps. Voyage immobile, sensation de froid. R\u00e9cit. Puis elle a rang\u00e9 soigneusement la photo et repli\u00e9 la couverture.<\/p><br> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0<\/p>  <strong>08. Reconstitutions archipel<\/strong> <p class=\"MsoNormal\" style=\"margin-left:18.0pt;text-align:justify\">\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>  \u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur pur.\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong> <br><br><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archipel des histoires archipel m\u00e9moire \u2013 les \u00eeles se touchent presque, \u00e9chappent aux envahisseurs, envahissent elles-m\u00eames qui les aborde. Qui sont-ils pour les avoir abord\u00e9es ? Ile lui-m\u00eame, \u00eele elle-m\u00eame, \u00eeles d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bord \u00e0 bord Bora Bora d\u2019un volcan l\u2019autre au-dessous de la mer au-dessus et la lave land la lave land partout o\u00f9 partout<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En venant la troisi\u00e8me fois il a habit\u00e9 la maison d\u2019une m\u00e8re lointaine, celle de son h\u00f4te \u2013 et la sienne a jailli du paysage urbain qu\u2019il regardait \u00e0 bonne distance. Comme on regarde la m\u00e8re<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a pens\u00e9 quoi le vieux fou de dessin pench\u00e9 sur les planches des mille et une vues des mille et une vies \u2013 il n\u2019a pas pens\u00e9 il a trac\u00e9 \u00e7a a donn\u00e9 des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes des calendriers des estampes et un brin d\u2019herbe<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Th\u00e9 fouett\u00e9 le th\u00e9 vert mousse des bois \u00e0 retrouver comme poser l\u2019initiale. \u00a0Gamme des gestes dont la boisson mill\u00e9naire est l\u2019embl\u00e8me, on cherche l\u2019instant pr\u00e9cis, l\u2019eau fr\u00e9missante\u00a0: la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 est celle de l\u2019\u00e9criture<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du reste\u00a0: ce qu\u2019il disait souvent<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un s\u00e9isme. L\u00e0-maintenant. Loin-pr\u00e8s, on sait qu\u2019un jour il y en aura un autre, g\u00e9ant, qui engloutira la m\u00e9galopole. Structures et infrastructures pr\u00eates \u00e0 r\u00e9sister au tremblement. C\u2019est dans la t\u00eate que tout se passe disent les habitants du radeau<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bouillonnement\u00a0: celui des rues. Celui des attentes. Celui du r\u0101men basique, pas cher, qui rassasie un peu. Celui des sources chaudes dans les cavit\u00e9s. Celui qui se voit \u00e0 la surface des feuilles, saisi \u00e0 l\u2019encre\u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un nom recherch\u00e9, port\u00e9 par une petite ville dont les plaques d\u2019\u00e9gouts sont orn\u00e9es de papillons grav\u00e9s dans le m\u00e9tal. Mais dans l\u2019intervalle, il y a eu fusion des communes, un\u00a0 nom \u00e9tranger recouvre le tout \u00a0<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour faire le grand voyage dans l\u2019autre sens, la visiteuse a \u00e9tudi\u00e9 jour et nuit la langue de l\u2019autre. Elle est arriv\u00e9e dans l\u2019atelier avec un bouquet de fleurs blanches. Elle a tout regard\u00e9, juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement. A dit, avec des larmes dans les yeux\u00a0: c\u2019est bien l\u2019original. Puis est repartie pour l\u2019archipel avec un rouleau, une affiche fond noir de 1979.<br>\u00a0<br>\u00a0<strong><br>\u00a007.Dans les coutures du grand<\/strong><br>\u00a0<br>\u00a0\u00a0<br>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au d\u00e9part, le petit. Premier corps dans l\u2019emboitement des autres \u2013 ce qu\u2019on appelle grandir. Je ne l\u2019ai pas vu tout de suite, le d\u00e9placement minuscule avec ses trois compartiments ins\u00e9parables, ses porteurs. Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en enfilade, instantan\u00e9ment reli\u00e9 au grand voyage de l\u2019\u00e9criture. Pourtant je ne l\u2019avais ni vu ni appel\u00e9. Il est n\u00e9 de l\u2019invitation au voyage. Il ne m\u2019a pas l\u00e2ch\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je reparte, remontant \u00e0 la surface ou \u00e0 l\u2019assaut, selon le prisme, moi qui pensais avoir perdu toutes mes forces dans le grand s\u00e9isme que je viens de vivre. La premi\u00e8re locomotive est un solex. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher car il ne faut pas \u00eatre en retard. L\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas la porte d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et comme il n\u2019y a pas encore de voiture, c\u2019est dans une carriole attel\u00e9e au solex que nous allons monter, mon fr\u00e8re et moi, pour quitter le Domaine, refuge absolu. Attelage \u00e0 l\u2019aller comme au retour. Je revois les jambes de ma m\u00e8re p\u00e9dalant fortement pour que d\u00e9marre le moteur d\u00e9coll\u00e9 de son axe, puis le tremblement du cyclomoteur, la r\u00eaverie qui me fait voir le solex comme un cheval et ma m\u00e8re comme une cavali\u00e8re press\u00e9e. Ensuite les cahots sur la longue all\u00e9e, les champs de part et d\u2019autre, une fois franchies les grilles noires. Le fait de se laisser porter, enlever, conduire. Les jambes de ma m\u00e8re immobilis\u00e9es, \u00e7a roule, \u00e7a vole. Silence on tourne. Puis l\u2019angoisse, aux parages de l\u2019\u00e9cole. Destination apprentissages droitiers rigides pour la gauch\u00e8re contrari\u00e9e. Un peu plus tard, la poire a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux\u00a0: droit de revenir \u00e0 pied au risque de l\u2019embuscade des \u00e9trangers au Domaine. Le voyage a fini par se faire sans si\u00e8ges \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la Juva 4 et cette fois c\u2019est notre p\u00e8re qui conduisait mais on ne voyait plus les champs. Il nous expulsait de la voiture puis revenait nous chercher sans beaucoup parler. Depuis, le village est devenu ville -dortoir de la grande couronne. Un . tournant sans T \u00e0 la fin.<br>\u00a0Deuxi\u00e8me compartiment\u00a0: apr\u00e8s, dans la forteresse. J\u2019avais compris, en fin de CM2 que plus jamais je ne retrouverais l\u2019autre part, le paradis d\u2019avant le d\u00e9m\u00e9nagement. \u00a0Insupportable. Alors tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 refaire le chemin dans l\u2019autre sens, en dissimulant tout ce qui pouvait donner l\u2019alerte. Fuguer, on n\u2019y pensait pas, c\u2019\u00e9tait trop compliqu\u00e9 pour quelqu\u2019un de d\u00e9j\u00e0 perdu. Alors j\u2019ai trouv\u00e9\u00a0: dans le reste de grange transform\u00e9 en garage attenant \u00e0 la maison d\u2019habitation, j\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un mur amoch\u00e9, sombre, parfaitement ordinaire. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 je ne sais o\u00f9 des craies pour tableau noir et ai dessin\u00e9 une sorte de maison en coupe, ouverte, y installant, toujours \u00e0 la craie, des objets, des paysages du Domaine, \u2013 comme autant de tableaux accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans le p\u00e9rim\u00e8tre de craie \u2013, des symboles, reproduisant t\u00eates de brochets s\u00e9ch\u00e9es ou poup\u00e9es enterr\u00e9es, sans que personne ne puisse d\u00e9chiffrer le myst\u00e9rieux alphabet. Les parents trouvaient la d\u00e9marche et les dessins un peu \u00e9tranges mais comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole on ne se plaignait pas, \u00e7a passait, et je pouvais franchir les murs sans avoir \u00e0 rendre de comptes.<br>Dans le troisi\u00e8me compartiment, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, un peu plus tard, c\u2019est le jardin japonais miniature qui revient. D\u2019o\u00f9 m\u2019en \u00e9tait venue l\u2019intuition\u00a0? Je ne sais plus. Pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019irruption de l\u2019\u00e9vidence. Je savais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on pouvait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais \u00e9tais loin d\u2019avoir toutes les cl\u00e9s. \u00c9tait-ce chez les amis des parents\u00a0? Pendant que les adultes jouaient aux cartes ou \u00e0 des jeux ext\u00e9rieurs, les enfants fouinaient, regardaient, cherchaient leur ailleurs. C\u2019est peut-\u00eatre dans ces moments-l\u00e0. J\u2019ai d\u00fb apercevoir l\u2019objet\u00a0d\u00e9licat\u00a0: Un appel cristallis\u00e9. De retour aux granges, j\u2019ai trouv\u00e9 un \u00e9quivalent \u2013 un petit bocal en verre \u2013, y ai tass\u00e9 de la terre, plac\u00e9 dedans quelques petits plants sauvages pour cr\u00e9er une for\u00eat. A force de farfouiller dans les recoins de la forteresse, j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un petit personnage de c\u00e9ramique \u2013 sans doute une f\u00e8ve \u2013, \u00a0une pierre en forme de maison, et je les ai install\u00e9s sous le couvert des arbres enracin\u00e9s dans le bocal. \u00a0Question d\u2019\u00e9chelle. Puis ai ajout\u00e9 au fur et \u00e0 mesure graviers, perles, coquillages, fils color\u00e9s pour le sentier, faisant tomber la pluie de temps \u00e0 autre dans le jardin miniature avec une cuill\u00e8re \u00e0 soupe. J\u2019ai cach\u00e9 le bocal dans un coin du jardin de la ferme en veillant \u00e0 n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019a eu lieu mon premier voyage au pays du soleil levant. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<strong>06. La veilleuse et l\u2019arpenteuse.<\/strong><br><br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me semble, veilleuse, que le voyage n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le m\u00eame si la r\u00e9plique du b\u00e2timent polygone n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construite au milieu de l\u2019archipel, comme un \u00e9cho de l\u2019original. C\u2019est vers ce double qu\u2019il est parti affronter la solitude d\u2019un atelier semblable au sien, \u00e0 l\u2019orient du monde.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Comment peux-tu savoir, l\u2019arpenteuse, puisque l\u2019un des voyageurs a disparu et que l\u2019autre passe le plus clair de son temps \u00e0 r\u00e9colter la moindre trace des trois s\u00e9jours en regardant des photos, en ouvrant les enveloppes, ou \u00e0 travers les signes d\u00e9pos\u00e9s en nappes constell\u00e9es sur les feuilles de papier sans colle\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette autre tente de te r\u00e9pondre, mais n\u2019est pas encore devenue la phal\u00e8ne du bouleau, celle dont les ailes clarifi\u00e9es portent les m\u00e9andres de la m\u00e9tamorphose, avec ses marques d\u2019encre, sa calligraphie de l\u2019envol.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Te faudra-t-il encore beaucoup de temps pour revenir sur tes pas tout en avan\u00e7ant comme tu peux pour gagner en \u00e9loignement\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne peut pas savoir. Au moment o\u00f9 tu crois avoir atteint une sorte de port, vivier de souvenirs semblable au berceau de l\u2019eau prot\u00e9g\u00e9e par le rempart des jet\u00e9es, une temp\u00eate se d\u00e9clenche et disperse la flottille, te renvoyant \u00e0 la fragilit\u00e9 qui est l\u2019autre nom de l\u2019exploration.<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On explore donc en se trouvant renvoy\u00e9 hors de ce que l\u2019on croyait avoir soigneusement rassembl\u00e9\u00a0? Est-ce \u00e0 dire que tout devient \u00e9pave\u00a0? Ou radeau\u00a0?<br>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas \u00e7a non plus. Dans le resurgissement de cet espace-l\u00e0, il y a quelque chose de minutieux, une obstination aussi noire et douce qu\u2019une pierre \u00e0 encre avec colline et mer \u2013 un creux dans la roche \u00e9ruptive pour obtenir l\u2019encre, qui concentre le noir de fum\u00e9e, l\u2019ultime pigment. Il s\u00e8chera plus tard sur les grandes feuilles, comme sur les ailes de la phal\u00e8ne. Mais on est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<br><br><br><br><strong>05. Neuf pas<\/strong><br><strong><em>Banc sous le cerisier. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas la saison des fleurs. Assis sous l\u2019arbre tut\u00e9laire qui r\u00e9siste de toutes ses feuilles suintantes \u00e0 la chaleur, il regarde en face celle qui le photographie. Ses deux bras sont ouverts sur le dossier du banc pos\u00e9 l\u00e0 pour les visiteurs. Il sait qu\u2019il faut puiser dans les r\u00e9serves pour reprendre le pinceau, il fait une halte. Ce n\u2019est pas non plus le temps des cerises.\u00a0<br><strong><em>Shoji<\/em><\/strong>. \u00a0Le m\u00e9c\u00e8ne lui a confi\u00e9 la maison du peintre et la maison de sa m\u00e8re a la m\u00eame cloison coulissante. Une question de confiance. Quand on fait glisser le mur pour fermer l\u2019acc\u00e8s, on r\u00e9colte la joie de l\u2019espace laiteux, translucide. Quand on ouvre, tout donne sur le jardin qui parfois se met \u00e0 ressembler comme deux gouttes d\u2019eau au jardin secret.<br><strong><em>Ombrelle jaune<\/em><\/strong> Yukari se prot\u00e8ge du soleil d\u00e9vorant en souriant sous son ombrelle jaune, debout devant un bronze de Zadkine, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du double de la Ruche.<br><strong><em>Four \u00e0 c\u00e9ramique<\/em><\/strong> dans l\u2019enceinte, une longue chrysalide de terre r\u00e9fractaire. On y fait cuire \u00e0 haute temp\u00e9rature les poteries qui contiendront mets, pigments, \u00e2mes, offrandes. Si tout va bien, elles brilleront d\u00e9licatement, \u00e9chappant aux f\u00ealures ou faisant avec elles.<br><strong><em>Tombes dans les herbes folles<\/em><\/strong> on ne les a pas vues tout de suite, c\u2019\u00e9tait en marchant hors de l\u2019enceinte et seuls \u00e9mergeaient de petits toits pierreux aux bords retrouss\u00e9s, \u00e0 hauteur d\u2019herbes folles et de lis orang\u00e9s \u2013 sauvages l\u00e0-bas, vendus ici. On a juste fait silence avant de poursuivre.<br><strong><em>Petit cabanon<\/em><\/strong> pour abriter des barquettes de petits l\u00e9gumes. \u00a0Dans le prolongement de l\u2019\u00e9tal, une bo\u00eete semblable aux barquettes mais celle-l\u00e0 re\u00e7oit la monnaie de la pi\u00e8ce. Pour acheter les d\u00e9licates aubergines qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre expos\u00e9es dans un mus\u00e9e tant elles sont miraculeusement pr\u00e9sentes, je cherche le paysan vendeur. Le peintre sourit\u00a0: \u00a0Ne cherche pas, il n\u2019y a personne. Le cultivateur a rejoint son champ, c\u2019est sa place. Toi, tu choisis ce qu\u2019il te faut, tu laisses tes sous. Tu reprends ta monnaie s\u2019il faut et voil\u00e0. Pas d\u2019autre tractation.<br><strong><em>Enfants endormis<\/em><\/strong> sur des tapis de sol. D\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, soleil \u00e9crasant, ils se reposent et nous marchons, quelle id\u00e9e. Ils se reposent dans une \u00e9cole diff\u00e9rente des n\u00f4tres. La leur est juste signal\u00e9e par la branche horizontale d\u2019un pin qui signe la diff\u00e9rence devant la porte ouverte. \u00a0<br><strong><em>Plancher<\/em><\/strong> dans l\u2019ultime pi\u00e8ce du temple. Il attend ceux qui \u00e9veilleront les gazouillis en marchant sur les lattes de bois. Sous les pas s\u2019\u00e9chappe le chant des oiseaux ou celui des cigales.<br><strong><em>\u00a0Sceau.<\/em><\/strong>L\u2019homme aux cheveux de neige a creus\u00e9 toute la nuit un premier bloc d\u2019alb\u00e2tre puis le second, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il obtienne le sceau de l\u2019homme au c\u0153ur\u00a0\u00a0 <strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">04. Un tron\u00e7on<\/h2>\n\n\n\n<p>On pensait y aller directement mais non. Comment savoir exactement ce qui nous amenait l\u00e0&nbsp;? L\u2019\u00e9vidence autant que l\u2019impensable&nbsp;? La possibilit\u00e9 unique de ce qu\u2019il faut voir ou avoir vu avant de repasser de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;? Questions en forme de nu\u00e9es lourdes et chaudes. C\u2019est seulement apr\u00e8s que nous avons su, relu. Le fait est que le train s\u2019est arr\u00eat\u00e9,  ce n\u2019\u00e9tait pas celui du premier jour. Moins rapide. Un \u00e9cart visible entre le trajet et ce qu\u2019on s\u2019appr\u00eatait \u00e0 d\u00e9couvrir. R\u00e9tablissement d\u2019une autre dur\u00e9e, ponctu\u00e9e d\u2019une halte. Un point-virgule avec au loin la cha\u00eene montagneuse. Ce n\u2019est plus tr\u00e8s loin maintenant. Correspondance, temps d\u2019attente.<\/p>\n\n\n\n<p>La br\u00fblure ext\u00e9rieure est telle qu\u2019on esp\u00e8re poursuivre le d\u00e9placement sans s\u2019\u00e9vanouir. Sur le quai, r\u00e8gne un distributeur parfait \u2013 on a quelques pi\u00e8ces, on les laisse tomber dans la colonne lat\u00e9rale du parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8de bien plant\u00e9 devant nous. D\u00e9clenchement m\u00e9canique de la chute&nbsp;: &nbsp;deux bo\u00eetes cylindriques de m\u00e9tal froid tombent dans le r\u00e9ceptacle pr\u00e9vu \u00e0 cet effet. &nbsp;F\u00e9briles, nous r\u00e9cup\u00e9rons les troph\u00e9es. L\u2019opercule saute avec un petit bruit sec&nbsp;; le liquide contenu coule dans la gorge et descend comme une cascade int\u00e9rieure, goul\u00e9e d\u2019air liquide. &nbsp;Dans l\u2019intime, le th\u00e9 glac\u00e9 nous sauve, en nous \u00e9loignant de l\u2019incendie sans flammes. De nouveau, nous reprenons pied et dans le temps qui reste, nous cherchons o\u00f9 aller. Ne pas trop s\u2019\u00e9loigner de la petite gare pour ne pas rater le train suivant, celui qui prendra le relais vers l\u2019ultime destination du jour. Dans un tremblement de chaleur, on entend un battement. Quelqu\u2019un frappe r\u00e9guli\u00e8rement une mati\u00e8re dure et creuse. Du bois sans doute. Guid\u00e9s par le son, on s\u2019approche d\u2019un toit majestueux. Des hommes sont pench\u00e9s sur de grands tron\u00e7ons annel\u00e9s, tout juste sci\u00e9s. De l\u00e0 s\u2019\u00e9chappe le parfum poivr\u00e9 de la s\u00e8ve. &nbsp;C\u2019est du bambou. Deux hommes s\u2019emparent du plus gros morceau, un m\u00e2t d\u2019une \u00e9tonnante circonf\u00e9rence. Ils glissent au-dessous un cordage pour le soulever puis  dirigent ce corps vers un gong suspendu. Quand le battant horizontal atteint le cercle plein, l\u2019onde d\u2019une amplitude profonde nous envahit et nous immobilise tous. On r\u00e9alise, au moment o\u00f9 la vibration s\u2019\u00e9teint, qu\u2019il reste tr\u00e8s peu de temps pour s\u2019arracher \u00e0 l\u2019instant et retrouver la gare.<\/p>\n\n\n\n<p>En dessinant plus tard le morceau de bambou, il a utilis\u00e9 l\u2019encre dilu\u00e9e sur la pierre noire, celle que lui avaient offerte les visiteurs d\u2019un soir. Au centre du trac\u00e9, un n\u0153ud comme l\u2019articulation du genou tendu dans la marche vers un sommet. L\u2019objet du geste traversant la feuille \u00e0 l\u2019horizontale, on n\u2019en voit pas les extr\u00e9mit\u00e9s&nbsp;: \u00e9criture d\u2019un chemin sur une carte de v\u0153ux.<\/p>\n\n\n\n<p>Courir&nbsp;: l\u2019autre train est \u00e0 l\u2019approche. Pas de transition. Pendant le dernier tron\u00e7on du parcours, la pr\u00e9gnance de l\u2019image au parfum poivr\u00e9 fera-t-elle le lien&nbsp;? Il est possible qu\u2019une fois arriv\u00e9s \u00e0 destination nous ayons beaucoup \u00e0 attendre pour voir ce que nous esp\u00e9rons voir. On pensera au gong de la halte en rejoignant les p\u00e8lerins assis sur des si\u00e8ges pliants. Ils guettent pendant des heures l\u2019apparition des pentes g\u00e9antes enracin\u00e9es aux deux extr\u00e9mit\u00e9s de l\u2019horizon. Le temps que les nuages \u00e9pais s\u2019\u00e9cartent tr\u00e8s lentement. Peut-\u00eatre qu\u2019on ne verra rien. Mais on captera l&rsquo;immense pr\u00e9sence dissimul\u00e9e. Pour l&rsquo;heure, le train est \u00e0 quai. Impression de repartir \u00e0 z\u00e9ro&nbsp;; la soif est revenue, le distributeur s\u2019\u00e9loigne. Les hommes pench\u00e9s sur leur travail sans nom aussi.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">03. Portique<\/h2>\n\n\n\n<p>\u2026un guide, il fallait peut-\u00eatre un guide. Un passeur, rien de certain \u2026 C\u2019est ce qu\u2019on pensait en longeant le lit de la rivi\u00e8re ass\u00e9ch\u00e9e. &nbsp;Restaient les cailloux sem\u00e9s dans le creux, \u00e0 la place de l\u2019eau filante. Blanchis comme les os saillants de l\u2019estampe. Comme les graines de l\u2019autre monde. En s\u2019\u00e9loignant des gares, stations, ports, a\u00e9roports<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026l\u2019homme qui pr\u00e9c\u00e9dait les questions n\u2019avait rien du guide. Red\u00e9couvrant les lieux avec nous et vivant le reste du temps \u00e0 la lisi\u00e8re pr\u00e8s du carr\u00e9 des jeunes pousses. Irrigu\u00e9es, elles. Il voulait juste nous aider \u00e0 ouvrir une br\u00e8che dans la for\u00eat sans fraicheur pour accrocher devant le portique un v\u0153u sur papier pli\u00e9 en escalier de souris<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026Il travaillait aussi \u00e0 la Palette, le petit restaurant au nom exotique dans l\u2019enceinte. Face \u00e0 son objectif on avait fait halte pr\u00e8s d\u2019un panneau bord\u00e9 de noir, un faire-part plant\u00e9 dans la nature. Trois signes y \u00e9taient inscrits&nbsp;: le double T d\u2019un portique, un carr\u00e9 pench\u00e9 sans le quatri\u00e8me c\u00f4t\u00e9, et peut-\u00eatre une grue abstraite. Rien de certain<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026et le poids de l\u2019air lourd et humide, une tenture qu\u2019on ne pouvait \u00e9carter\u2026 de m\u00eame qu\u2019on ne se faisait pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e que sur cette terre deux bombes atomiques avaient laiss\u00e9 sur les murs ruin\u00e9s des empreintes \u2013 &nbsp;silhouettes, \u00e9chelle, plus rien\u2026 On marchait derri\u00e8re l\u2019homme sur les pas de ceux qui avaient fait le v\u0153u de ne jamais s\u2019arr\u00eater, avan\u00e7ant au rythme des tambours graves, pour scander la m\u00e9moire des lieux d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026Il \u00e9tait descendu dans le creux, avait ramass\u00e9 un caillou, lisse et ferm\u00e9. Un qui avait roul\u00e9 sa bosse et que l\u2019eau \u00e0 pr\u00e9sent tarie avait d\u00e9pos\u00e9 en attendant le passage de t\u00e9moin. Il nous l\u2019avait donn\u00e9 pour que nous le d\u00e9posions pr\u00e8s des autres, une fois d\u00e9pass\u00e9es les st\u00e8les \u00e0 demi-enfouies dans la v\u00e9g\u00e9tation<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 Nous avons pein\u00e9 jusqu\u2019au temple qui n\u2019\u00e9tait pas recens\u00e9 dans les circuits touristiques. Quand on y pense, c\u2019est une image qui le remplace. Une photo pos\u00e9e sur la table de travail. Le temple est une jeune femme sid\u00e9r\u00e9e, envelopp\u00e9e dans une couverture de survie. Son regard est atteint par ce que nous ne voyons pas. D\u00e9solation \u00e0 perte de vue. Elle est debout, comme le premier portique<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026Fallait-il passer par l\u00e0 ? Aucune explication. Dans le doute, on a pos\u00e9 le caillou \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, et on a accroch\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 il restait un peu de place le v\u0153u de papier pli\u00e9. Puis on est entr\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">02. Arrivage en double<\/h2>\n\n\n\n<p>Tu y es. Sortie sonn\u00e9e du ventre de la baleine c\u00e9leste aux ailes rouill\u00e9es. Apr\u00e8s les heures de vol qui&nbsp; &nbsp;t\u2019ont extraite du temps et fait suivre la courbe d\u2019un soleil remontant, \u00e0 peine touch\u00e9 le bord de la plan\u00e8te. Ce n\u2019est plus le soir, la nuit a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue sans sommeil, le matin est une invention. On dit d\u00e9calage horaire. &nbsp;Seule avec des passagers qui semblent \u00e0 peu pr\u00e8s savoir o\u00f9 ils vont et comment faire pour aller l\u00e0 o\u00f9 ils doivent aller. Ce n\u2019est pas exactement naitre, on d\u00e9barque avec ce qu\u2019on a d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu mais on est plong\u00e9s dans une autre attente, le temps de reprendre marques et bagages avant de retrouver celui qui est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 par l\u00e0. Lui il sait, m\u00eame si on ne voit pas comment il a fait pour s\u2019en sortir. Comme dans tous les lieux de transition, il y a un tapis roulant, pour faciliter le passage d\u2019un monde \u00e0 l\u2019autre. Un brouhaha aussi, une fi\u00e8vre qui ne dit pas son nom. V\u00e9rifications, file d\u2019attente jusqu\u2019aux pointill\u00e9s, les papiers, une langue incompr\u00e9hensible, suave et heurt\u00e9e \u00e0 la fois, la course aux valises d\u00e9gorg\u00e9es sur d\u2019autres tapis roulants. Suite du circuit, on ne saute pas de case. Enfin, une fois oubli\u00e9 le sens du mot r\u00e9cup\u00e9rer, tu deviens celle qui a franchi presque tous les seuils. Tu peux le voir. Et le voil\u00e0, v\u00eatu de blanc, comme dans le r\u00eave. Tout autour, des banderoles signalent en hauteur d\u2019incompr\u00e9hensibles directions et toi tu les contemples juste parce qu\u2019elles portent une \u00e9criture verticale suspendue. Il est bien l\u00e0, dans l\u2019espace interm\u00e9diaire, comment pourrait-il en \u00eatre autrement&nbsp;? Retrouvailles en douceur avant l\u2019entr\u00e9e dans un tunnel transparent jusqu\u2019au quai du d\u00e9part vers la capitale g\u00e9ante, dont on longe sans s\u2019arr\u00eater, en filant sur des coussins d\u2019air, les bordures, les b\u00e2timents vertigineux auxquels succ\u00e8dent des maisons aux tuiles verniss\u00e9es, bleues comme les \u00e9cailles des carpes, des charpentes en attente et des pins parasols. &nbsp;C\u2019est dans une petite pr\u00e9fecture de la vall\u00e9e aux fruits qu\u2019on descend avant de rejoindre la r\u00e9plique de l\u2019atelier, \u00e0 l\u2019\u00e9tage du b\u00e2timent en forme de polygone.<\/p>\n\n\n\n<p>Les paysages d\u00e9filent, les quartiers \u00e9touffants se sont espac\u00e9s, une campagne en creux et les premiers contreforts de la cha\u00eene centrale se sont ins\u00e9r\u00e9s dans un glissement du temps. &nbsp;Depuis le d\u00e9barquement, et d\u00e8s les premiers pas sur le territoire inconnu, ont \u00e9t\u00e9 franchis plusieurs sas, les visibles et les autres, en m\u00eame temps. Le taxi qui a pris le relais traverse la petite ville. Au volant, un homme aux gants blancs. Attentif et silencieux. &nbsp;Les rues sont d\u00e9sertes, \u00e0 cause de la chaleur qui tremble \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. On est transport\u00e9s dans une voiture soign\u00e9e au-dessus du magma, et chacun pense \u00e0 la grande secousse qui un jour d\u00e9truira les villes malgr\u00e9 les structures adapt\u00e9es aux risques majeurs. Les roues tournent, tu as h\u00e2te de regarder ce que l\u2019autre passager va bient\u00f4t d\u00e9rouler pour toi sur la table de travail&nbsp;: &nbsp;\u00eeles abord\u00e9es, silhouettes dans les failles, vie min\u00e9rale \u00e9chappant \u00e0 la pression urbaine. Reste \u00e0 passer par les derniers carrefours, en essayant de d\u00e9chiffrer d\u2019\u00e9nigmatiques panneaux d\u2019information, au moment de remonter la pente.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">01. La nuit du doute<\/h2>\n\n\n\n<p>Y aller, ce n\u2019est pas comme y retourner. Pourtant, les deux se superposent au moment-m\u00eame o\u00f9 mon bagage est boucl\u00e9. Il me semble \u00eatre dans les temps mais on ne sait jamais. Tour d\u2019horizon rapide&nbsp;: tout est pr\u00eat mais tout n\u2019est pas grand-chose, contrairement \u00e0 la premi\u00e8re fois, quand r\u00e9gnait encore le trop-plein et que se s\u00e9parer du superflu relevait de la mission impossible. Aujourd\u2019hui, c\u2019est diff\u00e9rent&nbsp;: pas grand-chose \u00e0 emporter. A laisser, c\u2019est une autre histoire. Mais partons de l\u00e0. J\u2019\u00e9carte le rideau, pour voir&nbsp;: la nuit est comme l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une malle, ferm\u00e9e sur elle-m\u00eame et transport\u00e9e aveugle parmi les cahots des vieilles routes. Le sac-\u00e0- dos est sur la table et la valise rigide \u00e0 c\u00f4t\u00e9&nbsp;: ce qu\u2019elle contient doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 des chocs. Ce n\u2019est pas encore l\u2019heure, pourtant je reste \u00e9veill\u00e9e&nbsp;: ne pas risquer de rater le tout premier bus qui me d\u00e9posera \u00e0 la gare, prendre avec un peu de marge le premier train, celui qui fera le lien avec l\u2019a\u00e9roport. Impossible de dormir, alors je regarde la nuit en face. Le c\u0153ur galope trop fort et on distingue \u00e0 force un arc tr\u00e8s mince, un ongle de lumi\u00e8re. Je pense&nbsp;: nuit du doute. \u00d4 la belle formule qui permet de d\u00e9signer le d\u00e9but ou la fin. C\u2019est bien elle, rassemblant au m\u00eame endroit int\u00e9rieur la nuit et le doute. Alors l\u2019arc lunaire fait la diff\u00e9rence. D\u00e9cision lisible dans le noir, je la prends. Il n\u2019est plus l\u00e0, je ne peux partir que de sa disparition et c\u2019est le moment. Ibanez chante sous la lune noire de Lorca, <em>Ay caballito negro d\u00f3nde llevas tu jinete muerto&nbsp;<\/em>, j\u2019y vais.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019est pr\u00e9par\u00e9. Minutieusement, comme souvent. Mais bien mieux qu\u2019avant. Cette fois, \u00e7a va durer. Trop loin, trop tard pour faire demi-tour. Dernier d\u00e9fi, afin de d\u00e9bloquer la situation et se placer \u00e0 dessein dans l\u2019impossibilit\u00e9 de faire marche arri\u00e8re. La nuit ne porte pas conseil, elle se r\u00e9pand dans toutes les listes de ce qu\u2019il ne faut pas oublier quand on s\u2019appr\u00eate \u00e0 faire un tel voyage. L\u00e0-bas, il aura un atelier au milieu de nulle part, comme l\u2019astre en pleine nuit et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il travaillera, \u00e0 corps perdu, qu\u2019il rencontrera d\u2019autres destinataires. L\u00e0-bas, sur l\u2019autre face de la plan\u00e8te, Tsukuyomi se penchera sur ses grandes feuilles et regardera attentivement chaque chemin d\u2019encre avant de d\u00e9signer celui qu\u2019il faut emprunter pour mieux se perdre. Mais cette nuit-l\u00e0, au d\u00e9part, toutes les feuilles sont vierges, enroul\u00e9es, encombrantes. La ville encore endormie braque ses projecteurs froids, ses phares et sa rumeur sourde sur le ciel sans \u00e9toiles. Comment faire pour tout transporter au bout du monde&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Prologue. A double entr\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p>A bord<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 main lev\u00e9e au-dessus du clavier &nbsp;d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9chappent les oiseaux migrateurs&nbsp;: la force de repartir et celle des revenants<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 l\u2019approche des \u00eeles jumelles Madeleine et Jeanne<\/p>\n\n\n\n<p>au Val-Andr\u00e9 d\u00e9sert mouill\u00e9 par la mer &nbsp;pr\u00e9nom du grand-p\u00e8re assassin\u00e9, vent froid pour gu\u00e9rir<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Vatop\u00e9di, appel de la simandre, ch\u0153ur du non-dit dans le bourdon des voix byzantines,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Budapest, longue langue de neige sur le pont travers\u00e9 objectif du photographe \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 <\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Pultusk le fleuve Narew&nbsp;: y flottent les couronnes de fleurs fra\u00eeches plus loin la Vistule transportant au fond les cendres jet\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Red Cloud , avec dans le nom refus de l\u2019oubli<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Bouillon un reste de croix incrust\u00e9 dans le sol de pierre brute<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Kiyoharu&nbsp; r\u00e9plique de la Ruche, double de la rotonde pr\u00e8s des hauteurs du Komgatake<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Glasgow la plainte des Lowlands<\/p>\n\n\n\n<p>A Varsovie,  main sur le reste du mur,  pas dans ceux de Janusz<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Venise, Argenteuil Val Nord sur les canaux<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Capharna\u00fcm sur les traces de l\u2019ancienne ville et de ce qui eut lieu<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Reims, &nbsp;dans les souterrains crayeux, pr\u00e8s du carillon et rappel des faux de Verzy<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Fiesole, la villa&nbsp; envahie par les \u00e9tudiants<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Unna-Massen, &nbsp;l\u2019histoire du Danube travers\u00e9 \u00e0 la nage par les r\u00e9fugi\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 L\u2019Isle sur Sorgue les abricotiers , route de Saumane<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Gretz-Armainvilliers, la deuxi\u00e8me entr\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 l\u2019Alpe d\u2019Huez la nuit d\u2019agonie faute d\u2019oxyg\u00e8ne en bonbonne<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Murs, \u00e0 part<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Rome les flambeaux et l\u2019odeur de viande grill\u00e9e dans les quartiers \u00e9loign\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Valenciennes l\u2019a\u00efeule Eug\u00e9nie place d\u2019Armes, en face de la grande horloge<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Helsinki&nbsp; l\u2019embarquement sur le miroir aux ilots<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 l\u2019infini depuis le Dourduff les mots brillants de la voie lact\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Millonfosse peupliers p\u00e9niches sarcelles scories de l\u2019all\u00e9e avec Maurice le sourd<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Toulouse le tour des reliquaires ouvrag\u00e9s, l\u2019op\u00e9ra des br\u00e8ves retrouvailles<\/p>\n\n\n\n<p>A Wallers le mineur Panche-\u00e0-l \u2019Huile pour le sacre de la Marguerite d\u2019or<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Tr\u00e8ves le silence des armes&nbsp; le rire des adolescentes qui retrouvent S\u00e9phora<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Moscou les soldats de l\u2019a\u00e9roport manteaux vert-de-gris et joues roses<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Duino si seulement<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Mol\u00e8ne \u00e0 pied par tous les temps<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Kyiv, Lviv, Kharkiv, Dnipro, Marioupol, Boutcha &nbsp;&nbsp;un jour de printemps sans bruit&nbsp;: il viendra<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Paris les quais les cris<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Samye un rendez-vous<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 eux tous, les lieux m\u00eal\u00e9s dans le d\u00e9sordre, retour en forme de d\u00e9dicace<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>04. Un tron\u00e7on On pensait y aller directement mais non. Comment savoir exactement ce qui nous amenait l\u00e0&nbsp;? L\u2019\u00e9vidence autant que l\u2019impensable&nbsp;? La possibilit\u00e9 unique de ce qu\u2019il faut voir ou avoir vu avant de repasser de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;? Questions en forme de nu\u00e9es lourdes et chaudes. C\u2019est seulement apr\u00e8s que nous avons su, relu. Le fait est que le <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/a-double-entree\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Double voyage # 10 | Kawanehon. 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