{"id":111720,"date":"2023-01-28T18:11:45","date_gmt":"2023-01-28T17:11:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=111720"},"modified":"2023-01-29T17:50:58","modified_gmt":"2023-01-29T16:50:58","slug":"le-double-voyage-prologue-voyages-imaginaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-double-voyage-prologue-voyages-imaginaires\/","title":{"rendered":"#voyages | La nuit d\u2019avant"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>1. La nuit, j&rsquo;attends<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>1.                                                                                                                                             Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 rester immobile dans ce lit, au bord du sommeil. Peur de m&rsquo;y plonger, tendue \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, je liste dans un carnet tout ce que j&rsquo;ai pu oublier.<br>Comme s&rsquo;il \u00e9tait possible d&rsquo;\u00e9crire l&rsquo;oubli. Mais essayer de d\u00e9terminer le contour de ce que je ne connais pas me fait du bien. Il est parfois rassurant d&rsquo;entrevoir l&rsquo;impossible.<br>         Un sac de couchage, des chaussettes, une brosse \u00e0 dent, une lampe de poche, du linge de corps, un sac \u00e0 linge sale, 2 pantalons, 2 pulls, 3 tee-shirt. Je ne pense pas avoir oubli\u00e9 un carnet ni mon Bic. Mais y aura t&rsquo;il des magasins o\u00f9 je pourrai trouver un savon&nbsp;? Comment dit-on savon en espagnol&nbsp;? Vite, l&rsquo;Assimil. Mince. Retenir.<br>          Me relever. Regarder la carte du monde. Je me suis tromp\u00e9e dans le trajet, j&rsquo;avais imagin\u00e9 Lima au nord du continent. J&rsquo;atterrirai au centre. Tant pis, je m&rsquo;arrangerai pour rejoindre l&rsquo;Equateur avant d&rsquo;arriver en Bolivie. Il y a des bus. Je me d\u00e9brouillerai. Je n&rsquo;ai pas avou\u00e9 cette erreur. Personne ne sait que je n&rsquo;ai pas regard\u00e9 de carte avant de r\u00e9server mon billet. Personne ne sait que je me fiche du lieu, pourvu qu&rsquo;il y ait l&rsquo;adresse. Personne ne sait pourquoi je pars tous ces mois. Personne en dehors de moi.<br>          En m&rsquo;exilant, je veux prendre une revanche sur l&rsquo;abandon.<br>Avec moi, je ne serai plus jamais seule. Dor\u00e9navant, je pourrai m&rsquo;accompagner o\u00f9 que j&rsquo;aille mais pour cela il faut que je me confronte \u00e0 toutes les limites du possible. Il faut se mesurer \u00e0 l&rsquo;inconnu, se mettre en funambule sur le monde pour faire connaissance avec soi-m\u00eame. Je le fais seule car il n&rsquo;y a que moi qui puisse y parvenir. Je le fais seule car il est plus simple de n&rsquo;ob\u00e9ir qu&rsquo;\u00e0 soi-m\u00eame que de raisonner autrui. Il est plus facile de ne suivre qu&rsquo;une envie et de n&rsquo;avoir qu&rsquo;un avis. Je serai mon amie, ma confidente. Je m&rsquo;\u00e9couterai parler. Et pleurer. Je me consolerai car je sais ce qui me fait du bien. Et puis je critiquerai ce qui ne me pla\u00eet pas sans personne pour me contredire. Je serai toujours d&rsquo;accord avec moi-m\u00eame. Quelle joie&nbsp;!<br>Les secondes passent, j&rsquo;imagine le monde, la montagne, les Andes. J&rsquo;imagine le bruit. Il fait noir dans ma chambre.<br>           Mais non d&rsquo;un chien, qu&rsquo;est-ce qui m&rsquo;a pris&nbsp;? J&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 tellement mieux dans mon appartement \u00e0 chercher du travail, \u00e0 voir mes amis et \u00e0 me balader ici. Je suis stupide, je ne peux pas revenir en arri\u00e8re. Pourquoi me mettre dans un \u00e9tat aussi douloureux. Je suis une femme pas bien \u00e9paisse, je ne parle pas la langue, je pars toute seule en ne sachant m\u00eame pas \u00e0 quoi ressemblent les pays que je vais traverser. Je suis idiote et inconsciente. Et si je simulais une maladie&nbsp;? Ce serait moins pire que de tomber dans un guet-apens ou \u00eatre enlev\u00e9e par les <em>Farcs<\/em>, des narcos-trafiquants ou par le Sentier Lumineux &#8211; tiens, j&rsquo;aime ce nom, mais c&rsquo;est quoi encore?                                 Je vais prendre ce bracelet, tiens. Il me prot\u00e9gera. Quelle heure est-il&nbsp;? Il est 3h. Je n&rsquo;y arriverai pas. Peut-\u00eatre que si je fuguais je n&rsquo;aurais plus \u00e0 partir&nbsp;? Si je partais ailleurs, je ne pourrais rejoindre l&rsquo;a\u00e9roport&nbsp;? Fuir d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 pour \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;autre, l&rsquo;autre \u00e9tant l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 ou cet homme que je fuis en partant d&rsquo;ici&nbsp;? C&rsquo;est \u00e0 devenir fou. Qui fuis-je ? Qui suis-je&nbsp;?<br>Bref&nbsp;; Stop, arr\u00eate, tu d\u00e9lires. Tu ne vas pas pouvoir esquiver, St\u00e9phanie. En r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est ton premier combat. Et il faut que tu te montres \u00e0 la hauteur. Tu ne vas pas t&rsquo;effondrer avant d&rsquo;avoir commenc\u00e9. Tu iras. Tu partiras. Tu t&rsquo;envoleras. Je serai ta petite voix. En attendant, tu m&rsquo;ob\u00e9is. Et on y va. Toi et moi. Pour le reste, on en reparlera une fois l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<p>2.<br>       Si je calcule bien, je devrais arriver demain \u00e0 17h48 \u00e0 Edimbourg o\u00f9 se trouve la correspondance pour les Orcades \u00e0 19h10. \u00c7a ira. Je pense que tout est pr\u00eat. Mais j&rsquo;h\u00e9site. Suis-je encore s\u00fbre de vouloir partir&nbsp;? Il n&rsquo;y a pas grand chose \u00e0 faire par l\u00e0-bas et je risque de regretter mon petit confort urbain.<br>Non, en fait, je suis s\u00fbre. J&rsquo;ai besoin de cette rupture dans mon train de vie. Un train de vie&nbsp;! C&rsquo;est marrant, j&rsquo;imagine un train rempli de c\u0153urs circulant \u00e0 travers les vall\u00e9es, telle une veine remplie de sang.<br>J&rsquo;ai besoin de prendre l&rsquo;air qu&rsquo;on me refuse ici.<br>Je suis sortie dans le rue, il fait noir et il pleut de cette pluie toute fine qui a la grande facult\u00e9 de tout impr\u00e9gner. Elle n&rsquo;est pas agressive, non, elle est fourbe et tenace. Il fait noir mais tout autour de moi scintille de cette humidit\u00e9 statique. Un homme est assis par terre dans l&#8217;embrasure d&rsquo;un immeuble. Il ne mendie pas. Il est fixe. Peut-\u00eatre dort-il&nbsp;? Je le d\u00e9passe. Je ne me retourne pas car je n&rsquo;ai jamais aim\u00e9 regarder en arri\u00e8re.<br>Les \u00eeles Orcades et moi allons nous rencontrer et je vais leur pr\u00e9senter ma solitude. Je suis s\u00fbre qu&rsquo;elles vont s&rsquo;entendre.<br>Cela dit, la solitude est-elle diff\u00e9rente lorsqu&rsquo;on la fait voyager&nbsp;? Va-t-elle me faire faux bond ou m&rsquo;abandonner \u00e0 la derni\u00e8re minute&nbsp;? J&rsquo;h\u00e9site.<br>Je traverse le carrefour d\u00e9sert \u00e0 cette heure. Je presse un peu le pas et j&rsquo;arrive devant l&rsquo;<em>Am\u00e8re \u00e0 boire<\/em>. J&rsquo;entre et je suis rassur\u00e9e par son ambiance feutr\u00e9e. C&rsquo;est un lieu qui me fait du bien. Je le fr\u00e9quente souvent en fin de soir\u00e9e ou en d\u00e9but de nuit, ou parfois les deux. Je vois Simon. Salut Simon&nbsp;! Sourire.                                                               Je prends un verre de vin rouge histoire de le faire p\u00e9n\u00e9trer en moi comme si je m&rsquo;ajoutais du sang. Je l\u00e8ve les yeux. Au dessus d&rsquo;un miroir, il y a une affiche parlant d&rsquo;une pi\u00e8ce que j&rsquo;ai envie de voir au Th\u00e9\u00e2tre National. \u00c7a se joue jusqu&rsquo;au 23. Je ne serai pas l\u00e0.<br>Je pars demain. Je regarde encore mon t\u00e9l\u00e9phone pour m&rsquo;assurer que quelqu&rsquo;un pense \u00e0 moi. Pas de message.<br>Je pars demain. Tout le monde s&rsquo;en fout. Je pars vers l&rsquo;isolement. Je pars vers moi-m\u00eame.<br>Et je vais me retrouver. Seule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Prologue<\/strong> &#8211; <strong>Voyages imaginaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un archipel en Sib\u00e9rie.<br>Il y a quelque chose sur la route, aux Etats-Unis.<br>Il y a une maison et des esprits \u00e0 Santiago.<br>Il y a beaucoup de Solitude \u00e0 Macondo.<br>Il y a une amie prodigieuse \u00e0 Naples.<br>Il y a quelqu&rsquo;un laiss\u00e9 pour mort dans l&rsquo;Everest.<br>Il y a deux gentilhommes \u00e0 V\u00e9rone.<br>Il y a des cerfs volants \u00e0 Kaboul.<br>Il y a des morts sur le Nil.<br>Il y a une histoire en Birmanie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a tout cela car la vie est ailleurs\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Voyages r\u00e9els<\/strong>                                                                                                                Ban Lung \u2013 Boeng Yeak Lom, ces noms qu&rsquo;on \u00e9nonce et qui r\u00e9sonnent comme les cascades des environs.<br>Alep toute en nuances se d\u00e9voile \u00e0 travers ses parfums de safran, d&rsquo;ambre et de cumin.<br>Benghazi en Cyr\u00e9na\u00efque prise en otage par les portraits omnipr\u00e9sents d&rsquo;un homme qui n&rsquo;est plus.<br>La Paz est vive et au-dessus des autres. Elle n&rsquo;admet ni la vitesse ni la pr\u00e9cipitation. Elle nous oblige \u00e0 ralentir le pas.<br>Riobamba aime danser, chanter, m\u00e2cher et rire. Partout, tout le temps.<br>J\u00e9rusalem ne se livre pas, elle se lit, elle s&rsquo;\u00e9coute, elle se chante. Et se d\u00e9couvre \u00e0 qui veut bien l&rsquo;accueillir.<br>Louxor vit dans un pass\u00e9 somptueux qui ne cesse d&rsquo;alimenter l&rsquo;Histoire, son histoire. Elle appr\u00e9cie les visites pour peu qu&rsquo;on prenne le temps.<br>Chicago se repose pr\u00e8s de son lac et pr\u00e9f\u00e8re laisser toute la notori\u00e9t\u00e9 \u00e0 ses cons\u0153urs de l&rsquo;est et de l&rsquo;ouest.<br>Naples, l&rsquo;espi\u00e8gle aux mille ruelles qui sont autant de rides qui la subliment encore aujourd&rsquo;hui.<br>Djibouti dont le nom invite d\u00e9j\u00e0 au voyage.<br>Ebla \u00e9tait riche et sum\u00e9rienne mais elle n&rsquo;est d\u00e9sormais plus l\u00e0 pour se raconter.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. La nuit, j&rsquo;attends 1. Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 rester immobile dans ce lit, au bord du sommeil. Peur de m&rsquo;y plonger, tendue \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, je liste dans un carnet tout ce que j&rsquo;ai pu oublier.Comme s&rsquo;il \u00e9tait possible d&rsquo;\u00e9crire l&rsquo;oubli. Mais essayer de d\u00e9terminer le contour de ce que je ne connais pas me fait du bien. 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