{"id":111731,"date":"2023-04-21T10:30:39","date_gmt":"2023-04-21T08:30:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=111731"},"modified":"2023-04-21T10:30:40","modified_gmt":"2023-04-21T08:30:40","slug":"le-double-voyage-prologue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-double-voyage-prologue\/","title":{"rendered":"LE DOUBLE VOYAGE &#8211; S.B"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#8- Reconstitution &#8211; Le voyage oblig\u00e9 <\/h2>\n\n\n\n<p>Des camions militaires qui se suivent comme des chenilles processionnaires sur une route s\u00e8che et caillouteuse \u2014 presque une piste \u2014 ils quittent une ville dont le nom berb\u00e8re signifie \u00ab\u00a0 plaine gorg\u00e9e d\u2019eau\u00a0\u00bb \u2014 Louis-Napol\u00e9on Bonaparte donne un autre nom \u00e0 cette ville \u2014 les camions roulent \u00e0 la vitesse des camions militaires des ann\u00e9es 40 vers une autre ville, l\u2019autre ville o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 construit un camp \u2014 un camp d\u2019accueil si on peut dire, un camp d\u2019internement \u2014 Louis-Napol\u00e9on Bonaparte signe les d\u00e9crets avec une plume d\u2019oie qu\u2019il trempe dans l\u2019encre noire \u2014 les nomades arabes portent des savates \u2014 le camp de Bedeau doit son nom au g\u00e9n\u00e9ral Marie-Alphonse Bedeau 1804\/1863 \u2014 c\u2019est une travers\u00e9e de 90 km qui\u00a0 ondule\u00a0 entre plaines et collines \u2014 le camion sursaute en continu \u2014 le paysage d\u00e9file \u00e0 l\u2019envers, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du camion \u2014 les collines sont vertes sur fond de poussi\u00e8re \u2014 \u00e7a sent le pin et l\u2019eucalyptus \u2014\u00a0jusqu\u2019au camp \u2014 le camp est l\u2019\u0153uvre de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise coloniale \u2014 parcours incertain \u2014 ils sont plus d\u2019une centaine entass\u00e9s dans des camions militaires qui se suivent \u00e0 la queue leu leu sur une route ab\u00eem\u00e9e par le vent et la s\u00e9cheresse \u2014 l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise coloniale n\u2019a pas encore b\u00e9tonn\u00e9 la route \u2014\u00a0 c\u2019est une piste qui relie ce que fut un village \u00e0 un autre village \u2014 le village d\u2019o\u00f9 il vient est une ville coloniale\u00a0 \u2014 la l\u00e9gion a construit une forteresse pour accueillir ses bataillons \u2014 les colons habitent la place forte \u2014 les indig\u00e8nes ailleurs dans des quartiers o\u00f9 pourrissent des viandes \u00e9corch\u00e9es \u2014 un homme tousse ou bien c\u2019est toi \u2014 l\u2019air ab\u00eem\u00e9 par des routes de terre \u2014 des femmes portent des cabas, elles fl\u00e9chissent sous le poids des sacs,  sous la lourdeur du ciel et du d\u00e9sespoir, elles regardent partir les hommes \u2014\u00a0 un parcours cahoteux caillouteux \u2014 un sale voyage oblig\u00e9 \u2014 \u00ab\u00a0 la Marseillaise\u00a0\u00bb est remplac\u00e9e par \u00ab\u00a0Mar\u00e9chal nous voil\u00e0\u00a0\u00bb\u2014des espadrilles, il fait tr\u00e8s chaud le cuir de la peau fait semelle \u2014 des copains on s\u2019en fait solidaires dans ces cas-l\u00e0 \u2014 on n\u2019est pourtant pas des chiens \u2014 un gourde en fer blanc un stylo un crayon le carnet dans la poche \u2014 c\u2019est tape-cul \u00e7a la route \u2014 le gouvernement de Vichy fait la chasse aux juifs dans les territoires coloniaux \u2014 je ne suis pas une indig\u00e8ne mais je suis ce convoi inf\u00e2me sur cette route poussi\u00e9reuse qui fait tousser les hommes \u2014 je suis ton invisible \u2014<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#7- Le tout petit voyage &#8211; Les petits voyages de fin de semaine <\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"552\" height=\"369\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/A00D3563-0634-498B-B44F-655D14663853.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-116977\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/A00D3563-0634-498B-B44F-655D14663853.jpeg 552w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/A00D3563-0634-498B-B44F-655D14663853-420x281.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 552px) 100vw, 552px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Jamais nous ne passions nos fins de semaine \u00e0 Paris.<br>D\u00e8s le vendredi, ma m\u00e8re rassemble les affaires, v\u00eatements et victuailles pour nous 5.<br>Le samedi nous embarquons. Nous allons parcourir quarante kilom\u00e8tres, je vais vivre mon cauchemar hebdomadaire, peut-\u00eatre mes derni\u00e8res heures.<br>&#8211; L\u2019ascenseur : deux tours pour descendre du troisi\u00e8me \u00e9tage au sous-sol. Mes fr\u00e8res, mon p\u00e8re l\u2019empruntent d\u2019abord, ils emm\u00e8nent quelques sacs (les sacs, \u00e7a \u00e9nerve mon p\u00e8re). Le chien, ma m\u00e8re, et moi attendons le renvoi de l\u2019ascenseur. J\u2019int\u00e8gre ce qu\u2019est ma place au f\u00e9minin, les gars d\u2019abord.<br>&#8211; Le garage au sous-sol : la 404, est gar\u00e9e au sous-sol dans un garage \u00e0&nbsp; porte basculante dont mon p\u00e8re a la cl\u00e9. Il se gare toujours en marche avant, le coffre est donc accessible le samedi matin.&nbsp;<br>&#8211; La man\u0153uvre : complexe et d\u00e9licate. L\u2019immeuble est construit sur le principe de l\u2019optimisation : un maximum d\u2019emplacements dans un minimum d\u2019espace. Il faut jouer serr\u00e9 pour sortir du garage. D\u2019autant que la lumi\u00e8re est intermittente. Allum\u00e9s, les phares \u00e9clairent le mur du garage. Mon p\u00e8re a 3 minutes pour braquer. Un des fr\u00e8res aide \u00e0 la man\u0153uvre, l\u2019autre rallume la lumi\u00e8re.<br>&#8211; Mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9 s\u2019installe \u00e0 l\u2019avant. Privil\u00e8ge de l\u2019\u00e2ge et du sexe. Mais on dit que c\u2019est la place du mort. Il prend le chien \u00e0 ses pieds.<br>&#8211; Sortir de Paris : on acc\u00e8de \u00e0 la Porte d\u2019Italie en empruntant le boulevard Brune ( mon p\u00e8re pr\u00e9f\u00e8re passer par l\u2019avenue Brancion que par le boulevard Saint-Jacques). Le ciel est gris. On croit qu\u2019il fait gris. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 pollu\u00e9 mais je ne le sais pas.<br>&#8211; Nous gagnons la nationale 7 apr\u00e8s une succession d\u2019arr\u00eats et de d\u00e9marrages li\u00e9s aux embouteillages, \u00e0 la multitude des feux, aux freinages de derni\u00e8re minute. Le ton monte dans la voiture avant m\u00eame d\u2019avoir atteint la Porte d\u2019Italie. On s\u2019\u00e9nerve. Il n\u2019y a rien de fluide dans ces voyages de fin de semaine.&nbsp; Charles Trenet a chant\u00e9 \u00ab&nbsp; On est heureux nationale 7&nbsp;\u00bb. Route mythique, route des vacances, moi, le samedi matin, je me demande si je ne vis pas le dernier jour de ma vie.<br>&#8211; Mon p\u00e8re conduit comme il g\u00e8re son travail : dans l\u2019urgence, l\u2019agacement, l\u2019impatience. Il fonce. Les bourgs se succ\u00e8dent plus ou moins rapidement. Le Kremlin-Bic\u00eatre, Orly, (le plus beau passage, \u00e0 cause des avions qui volent tr\u00e8s bas au-dessus de la route. Je vois leur ventre bomb\u00e9, je voudrais \u00eatre dedans),&nbsp; Villejuif, Juvisy, Savigny, Viry, Grigny, Ris-Orangis, \u00c9vry-Courcouronne, une succession de villes en Y. J\u2019ai le nez sur mes chaussures. \u00c0 Corbeil Essonne, on quitte la N7, on s\u2019engage sur une autre route, une route \u00e0 trois voies bord\u00e9e de platanes, ces assassins au garde \u00e0 vous, responsables dit-on, de tant d\u2019accidents. Les moucherons \/ essuie-glaces\/ platanes\/ double\/la ligne jaune\/ Klaxon\/les moucherons\/ platanes \/double\/ essuie-glaces \/platanes\/ connard. Il appuie sur le champignon mon p\u00e8re, il double et se rabat en queue de poisson. Ligne jaune continue ou pas, obstacle en face ou pas, pas de temps \u00e0 perdre. Personne ne dit ou ne contredit.&nbsp;<br>&#8211; Le destin d\u00e9cide que j\u2019arrive saine et sauve \u00e0 destination.<br>&#8211; Le dimanche soir, je m\u2019en retournerai \u00e0 Paris avec la m\u00eame appr\u00e9hension. Dans la voiture, selon les saison, \u00e7a sent pommes, les fleurs. \u00c7a sent toujours l\u2019angoisse. La circulation est plus dense qu\u2019\u00e0 l\u2019aller. La perception de l\u2019espace est alt\u00e9r\u00e9e par les \u00e9clairs successifs et \u00e9blouissants des phares venant d\u2019en face. Jen\u2019ai toujours pas fait mes devoirs.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Je conduis. J\u2019ai une voiture. Je me sens en s\u00e9curit\u00e9 dans mon v\u00e9hicule.<\/li>\n\n\n\n<li>Le samedi, je reste chez moi.<\/li>\n\n\n\n<li>Mes petits voyages, je les fais, si possible, en semaine.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019utilise autant que je peux les transports en commun.&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Il n\u2019y a plus de moucherons sur les routes de campagne.<\/li>\n\n\n\n<li>Je n\u2019aime pas doubler les camions.&nbsp;<br><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#6- Qui raconte \u00e0 qui &#8211; On brouillonne<\/h2>\n\n\n\n<p><br>On s\u2019arr\u00eate. On regarde. On \u00e9coute. On se souvient. Il passe en soi des paysages.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>La rue o\u00f9 j\u2019ai eu peur<\/em> \/Une agression. \u00c7a se passait sous un pont, au-dessous d\u2019une route qui&nbsp;fait le tour de la ville. C\u2019est un endroit sombre et puant. Une bande de voyous, des couteaux. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 plus fort qu\u2019eux. Et toi o\u00f9 \u00e9tais-tu ?<\/li>\n\n\n\n<li><em>La rue, les pelures poisseuses d\u2019oranges et de grenades et ce march\u00e9 qui porte ton nom\/  <\/em>Des&nbsp; rues en terre battue<em>. <\/em>Un march\u00e9 porte mon nom ? C\u2019est dans une autre ville. Reprends la carte. C\u2019est dans une autre ville, dans un autre pays. Vas-y.<\/li>\n\n\n\n<li><em>La rue, la boutique o\u00f9 tu as marchand\u00e9 des bijoux, tu ne parlais pas leur langue. Les bijoux, des pierres bleues. Leur nom ?<\/em> \/ J\u2019ai \u00e9t\u00e9 accueilli, je ne parlais pas la langue c\u2019est vrai. Je me suis fait comprendre je crois. Aigues-marines ou lapis-lazuli ? Je ne sais plus, \u00e7a n\u2019a pas d\u2019importance. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas avec toi.<\/li>\n\n\n\n<li><em>La rivi\u00e8re, les bords de cette rivi\u00e8re et les gens sur un banc<\/em>. \/ Ils attendaient, il faisait chaud. Ce n\u2019est pas toi sur la photo.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Les bords du fleuve, ce fleuve large qui force le regard au-del\u00e0 des trottoirs, ce fleuve qui charrie de sombres histoires<\/em>. \/ Ce fleuve je l\u2019ai perdu, je crois je l\u2019ai r\u00eav\u00e9. C\u2019est le tien. Je ne l\u2019ai pas travers\u00e9. Ou alors\u2026<\/li>\n\n\n\n<li><em>Ou alors ?<\/em> Ou alors que des mots. Tout est faux.<br><br>On a tout m\u00e9lang\u00e9. On a r\u00eav\u00e9 des paysages. On a fait de dr\u00f4les de voyages. On a tout m\u00e9lang\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#5- Hommage \u00e0 Nicolas Bouvier &#8211; Notes <\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Le jardin des plantes<\/strong><br>Comparable \u00e0 celui que nous connaissons chez nous. Nous ne pouvons pas nous emp\u00eacher de comparer les deux jardins. Nous cherchons les esp\u00e8ces rares, nous disons que celui-ci est plus vert, plus grand, moins bien dessin\u00e9, mieux trait\u00e9 que l\u2019autre, tiens l\u00e0 pareil. Nous sommes emp\u00each\u00e9s (pourquoi ?) de le regarder simplement en tant que tel, de l\u2019explorer dans ce qu\u2019il est. Il faut que l\u2019autre jardin, celui que nous connaissons, s\u2019intercale dans cette exploration.&nbsp;<br><strong>La gare<\/strong><br>En chantier. Dans mon carnet de voyage, j\u2019ai not\u00e9 \u00ab&nbsp;travaux monstrueux \u00e0 la gare. Impossible de boire un caf\u00e9. Les deux distributeurs sont en panne&nbsp;\u00bb. Je me souviens de pelleteuses et de bruits de chantier. Tu as dit j\u2019esp\u00e8re que ce sera plus calme apr\u00e8s.<br><strong>Le caf\u00e9 du commerce<\/strong><br>M\u00eame ici, il y a un caf\u00e9 du commerce. J\u2019ai&nbsp; not\u00e9 dans mon carnet \u00ab&nbsp; un jour j\u2019irai boire un caf\u00e9 dans tous les caf\u00e9s du commerce de France et d\u2019ailleurs&nbsp;\u00bb.<br><strong>Le chemin du bord de l\u2019eau<\/strong><br>Nous avons vu un renard mort couch\u00e9 dans le foss\u00e9. Chemin sec et ombrag\u00e9 \u00e0 une certaine distance du centre de la ville ( j\u2019ai du mal \u00e0 \u00e9valuer). Tu t\u2019\u00e9tonnes de voir ici un renard.<br><strong>Le march\u00e9 aux fleurs<\/strong><br>C\u2019est un march\u00e9 permanent. Il y a beaucoup de monde. Dans mon carnet je relis \u00ab&nbsp;nous avons du mal \u00e0 avancer. Nous voulons tout acheter. Nous ne savons pas le nom des fleurs. Les robes des femmes sont comme ces fleurs&nbsp;\u00bb.<br><strong>Le silence<\/strong><br>Dans cette \u00e9glise, juste nos pas que l\u2019on voudrait discrets. Tu regardes la vieille dame qui prie et je ne sais pas si tu es attendri, \u00e9tonn\u00e9 ou troubl\u00e9. Tu dis tout bas c\u2019est fou cette ressemblance. Je ne sais pas de qui tu parles.<br><strong>L\u2019odeur persistante du benz\u00e8ne<\/strong>&nbsp;<br>A la station de taxis, \u00e7a empeste. Nous sortons des kleenex de nos poches. Nous les maintenons sur le nez. Nous avons l\u2019impression de nous empoisonner. J\u2019\u00e9cris dans mon carnet \u00ab&nbsp; la couleur de nos poumons doit \u00eatre bien aussi noire que la fum\u00e9e qui s\u2019\u00e9chappe des pots d\u2019\u00e9chappement \u00ab&nbsp;.<br><strong>Le chat<\/strong><br>Un chat dans un arbre en plein c\u0153ur de la ville. Il est post\u00e9 l\u00e0-haut, il observe. Tu dis ce chat-l\u00e0 on dirait qu\u2019il m\u00e9dite. Nous le regardons longuement. Nous ne savons plus qui regarde qui, ni quoi. Nous oublions les bruits de la ville, les pas des passants. J\u2019\u00e9cris \u00abnous n\u2019oublierons jamais ce chat qui nous fascine&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#4- Halte sur cosmoroute &#8211; La couleur des joues<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" data-id=\"116032\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/2B7610E8-E81D-4549-BDE1-1298E2CC3508-1024x768.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-116032\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/2B7610E8-E81D-4549-BDE1-1298E2CC3508-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/2B7610E8-E81D-4549-BDE1-1298E2CC3508-420x315.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/2B7610E8-E81D-4549-BDE1-1298E2CC3508-768x576.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/2B7610E8-E81D-4549-BDE1-1298E2CC3508-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/2B7610E8-E81D-4549-BDE1-1298E2CC3508.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p>On attend le bateau. Un bateau-bus, un petit bateau qui fait la travers\u00e9e du fleuve \u00e0 heures r\u00e9guli\u00e8res. Nous sommes quelques-uns \u00e0 patienter sur le ponton. Nous sommes au raz du fleuve et nous pourrions presque toucher l\u2019eau du doigt. Quand on est l\u00e0 \u00e0 attendre un bateau, on regarde l\u2019eau, les mouvements de l\u2019eau, les morceaux de bois qui flottent, les cormorans (ils sont nombreux), les salet\u00e9s rejet\u00e9es par je ne sais quelle usine ( une sorte de mousse qu\u2019on pourrait confondre avec des morceaux de glace), les autres bateaux ( \u00e7a circule un peu sur le fleuve), on regarde l\u2019horizon, on guette, on regarde nos montres. J\u2019ai rang\u00e9 mes deux mains dans mes poches, je tape mes pieds sur le ponton. J\u2019ai froid. Mes oreilles br\u00fblent et piquent. Je sais que mes joues sont rouges. Plus tard tu me dis tes joues sont rouges. Je sais la couleur de mes joues depuis l\u2019int\u00e9rieur de mes joues. Et je pense \u00e0 \u00e7a en regardant la surface de l\u2019eau, je pense aux couleurs qu\u2019on produit sur nos peaux quand le soleil se l\u00e8ve, quand il se couche, quand il y a du vent, de la pluie. Je pense \u00e0 \u00e7a avec toi en attendant le bateau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On attend le bus qui nous conduira dans la ville. Nous sommes debout, les rares bancs sont tous&nbsp; occup\u00e9s. Tu souris sous le soleil et je ne sais pas pourquoi. Nos valises \u00e0 nos pieds nous regardons passer les gens, les oiseaux, les voitures. Quand on attend un bus dans un pays o\u00f9 le soleil est g\u00e9n\u00e9reux, on cherche l\u2019ombre, on cligne des yeux. (j\u2019avais b\u00eatement laiss\u00e9 mes lunettes de soleil dans ma valise, je n\u2019envisageais pas de l\u2019ouvrir devant tout le monde). Ton teeshirt bleu corail flotte un peu sur tes hanches. C\u2019est comme si le vent chatouilleux tentait de jouer avec ton \u00e9quilibre. Tes deux pieds bien ancr\u00e9s sur le bitume, tu parais solide mais moi je sais combien tu es fragile. Tes joues d\u00e9j\u00e0 brunes sont encore plus tann\u00e9es par le soleil. On cuit ici. \u00c7a manque d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#3- Michaud, l\u2019impossible retour &#8211; Rester au bord<\/h2>\n\n\n\n<p>Il y avait des gens embarqu\u00e9s, il fallait faire la queue si on voulait traverser (on pouvait traverser), il fallait une carte quand m\u00eame, il fallait des rep\u00e8res, il fallait \u00eatre \u00e0 l\u2019heure, les bateaux, il n\u2019y en avait pas tout le temps, on avait envie de tout voir, on avait envie de respirer \u00e0 fond, on voulait ne rien rater mais il fallait de bonnes chaussures, \u00eatre chauss\u00e9s au mieux pour marcher sans se blesser les pieds, on voulait aussi prendre le temps, tout voir et prendre le temps, faire vite lentement si c\u2019est possible et les gens continuaient d\u2019avoir des choses urgentes \u00e0 faire, il y a eu un mariage, et des gens qui posaient devant l\u2019\u00e9glise, des gens qui ajustaient leurs tenues et qui riaient, une pose comme on en voit dans tous les pays du monde quand des gens se marient joyeusement, il y a eu des Klaxons, il fallait de frayer un passage pour traverser la place, on voulait s\u2019en sortir de la noce, c\u2019\u00e9tait joyeux mais pas maintenant, il fallait qu\u2019on avance si on voulait tout voir, il fallait bousculer la foule.&nbsp;<br>Mais on est rest\u00e9s l\u00e0, \u00e0 attendre, fascin\u00e9s qu\u2019on \u00e9tait devant la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait des gens sur le banc au bord de la rivi\u00e8re, il fallait se faire une place si on voulait s\u2019asseoir, les gens se promenaient sur le chemin, d\u2019autres, accroch\u00e9s \u00e0 leur t\u00e9l\u00e9phone portable comme on voit dans tant de pays dans le monde, allaient et venaient, c\u2019\u00e9tait un jour sans travail, une sorte de dimanche d\u2019\u00e9t\u00e9, il y avait des enfants qui lan\u00e7aient des cailloux dans l\u2019eau, qui faisaient des ricochets avec des cailloux comme dans tous les pays du monde, les gens font des ricochets dans l\u2019eau, on pensait (sans doute ensemble au m\u00eame moment ) \u00e0 ces cailloux qui se prennent pour des oiseaux, pour des cormorans qui fr\u00f4lent si joliment  la surface d\u2019une eau, on voulait \u00eatre un oiseau nous aussi, on l\u2019a pens\u00e9 bien s\u00fbr, on sait que quelqu\u2019un qui regarde un caillou atterrir \u00e0 la surface de l\u2019eau voudrait bien \u00eatre un oiseau, on pense tous \u00e0 voler quelques instants seulement et toi tu n\u2019as rien dit, on est rest\u00e9s assis en silence.<br>On ne pouvait pas parler fascin\u00e9s qu\u2019on \u00e9taient par ces cailloux qui volent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#2 &#8211; Arriv\u00e9e dans la ville &#8211; Vers o\u00f9 va le courant<\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019arrive un matin dans la ville. Les rues sont larges, la circulation est intense. Klaxons, moteurs incessants. Une ville qui n\u2019aspire pas \u00e0 se taire. Les gens vont et viennent et marchent plus vite que moi. Ils ont l\u2019air d\u2019avoir quelque chose d\u2019urgent \u00e0 faire. Je sens que je freine le rythme des passants.&nbsp;Je regarde peu le sol (du bitume), je suis attir\u00e9e par ce qu\u2019il y a \u00e0 hauteur de mes yeux, ou bien plus haut encore.&nbsp;Je marche et longe des immeubles imposants. Je traverse en direction du fleuve. Pr\u00e9sence de l\u2019eau et de la pierre, une pierre blanche et friable qui b\u00e2tit les fa\u00e7ades.&nbsp;Le fleuve, sans violence apparente, charrie du sable et la vase. Des pans d\u2019histoires sur les fa\u00e7ades, mascarons sculpt\u00e9s qui racontent un pass\u00e9 colonial peu glorieux.<br>Les grands fleuves charrient aussi des cadavres.<br>Je t\u2019emm\u00e8ne avec moi. Je d\u00e9couvre ta ville en regardant tes yeux. Nous prenons un caf\u00e9 au caf\u00e9 du commerce.&nbsp; On fait danser nos petites cuill\u00e8res dans nos tasses de porcelaine. On boit un verre d\u2019eau fra\u00eeche. On parle de tout et de rien. Comme par timidit\u00e9. Les rues sont bord\u00e9es de palmiers, de cocotiers, enfin je ne sais pas trop, c\u2019est exotique. Je te dis \u00e7a, c\u2019est exotique et tu ne dis rien. Tu dis que \u00e7a a chang\u00e9. Je ne comprends pas tout ce qui se raconte autour de nous, je cherche un sens. On fait quelques pas sous les cocotiers en ouvrant grand les yeux, on dit pardon aux gens dans lesquels on se cogne. Tu m\u2019emm\u00e8nes le long de ta rivi\u00e8re. Elle est brune, terreuse, bord\u00e9e d\u2019arbres. On s\u2019assoie sur un banc.<br>On a d\u00fb regarder l\u2019eau et le courant<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#1-LA NUIT D\u2019AVANT peut \u00eatre un jour<\/h2>\n\n\n\n<p>Le vent bouscule les arbres morts, la p\u00e9nombre s&rsquo;\u00e9tire comme un linge opaque suspendu aux n\u00e9ons, on dirait qu&rsquo;il va bient\u00f4t pleuvoir, il n&rsquo;est pas tard, j&rsquo;ai le temps d&rsquo;y penser \u00e0 cette travers\u00e9e et d\u00e9j\u00e0 des parfums de cannelle, comme si j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0-bas et l\u00e0-bas tu n&rsquo;y seras pas, je me souviens de t&rsquo;en avoir parl\u00e9 et \u00e7a t&rsquo;a mis tr\u00e8s en col\u00e8re, tu as dit que non tu n&rsquo;irais plus jamais plus l\u00e0-bas et tu as jet\u00e9 ta serviette sur la table, on \u00e9tait \u00e0 table, bouscul\u00e9 la chaise c&rsquo;est elle qui a eu mal, et tu es parti en claquant la porte fais chier entre les dents, et moi l\u00e0 comme deux ronds de flan, elle dure longtemps la travers\u00e9e, il n&rsquo;est pas tard, je regarde les heures, le vent continue de broncher, je ne dormirai pas, je m&rsquo;\u00e9trangle avec des questions, c&rsquo;est comme si je n&rsquo;avais plus h\u00e2te, le moment o\u00f9 il fera nuit, le moment o\u00f9 le soleil va se lever, je n&rsquo;aurai pas dormi, je dormirai dans les couchettes d&rsquo;un train comme on en fait plus, pendant que des avions ratissent le ciel, \u00e7a me rappelle une chanson, un dimanche \u00e0 Orly, car dormir dans un train rend la nuit d&rsquo;avant tout autant excitante et j&rsquo;y vais maintenant la travers\u00e9e sera longue et je rembobine le film qui n&rsquo;a jamais exist\u00e9 tout comme cette impatience \u00e0 dormir dans un train, la nuit d&rsquo;avant est un jour \u00e0 rallonge, la nuit r\u00e9veille parfois des \u00e9motions fragiles, nos valises en disent long, ma valise est l\u00e9g\u00e8re il fait doux maintenant je ne dormirai pas, les camions engouffr\u00e9s dans le cul d&rsquo;un ferry, et les trains dans les gares, \u00e7a fait beaucoup de bruit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PROLOGUE<\/strong><br><strong>L\u00e0-bas si j&rsquo;y suis<\/strong><br>+ Une rue de Bedeau, 40 degr\u00e9s, pas d&rsquo;ombre, esquint\u00e9 mes semelles sur les cailloux brutaux et entendu ta voix ruminer sa col\u00e8re.<br>+ Un trottoir rue Lord Byron, brouhaha des vendeurs ambulants, march\u00e9 sur des pelures poisseuses d&rsquo;oranges et de grenades.<br>+ Sous un palmier \u00e0 Cannes, \u00e0 vous voir tous les deux vous donner rendez-vous sous un soleil de plomb.<br>+ Une ile aux Kerguelen, pleur\u00e9 de tout, du vent et de la pluie et de la solitude, \u00e0 se demander pourquoi.<br>+ La Passion-Clipperton, tu parles d\u2019une passion ! des crabes rouges qui boufferaient p\u00e8re et m\u00e8re, une ile qui pue la vase o\u00f9 il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire.<br>+ Les comptoirs. Chandernagor et Pondich\u00e9ry, d\u00e9j\u00e0 partie avec les mots.<br>+ Un temple \u00e0 Java, dans\u00e9 aux pieds d&rsquo;un bouddha.<br>+ Born\u00e9o, nag\u00e9 avec des tortues dans une eau transparente.<br>+ Kazhan, bu de la vodka, fum\u00e9 une cigarette et jet\u00e9 mon m\u00e9got dans la Volga.<br>+ La Tour Eiffel, 3\u00e8me \u00e9tage, sans vertige, regard\u00e9 loin devant. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>J&rsquo;y suis<\/strong><br>+ En RDA, le mur, on s&rsquo;est perdu \u00e0 Berlin-Est&nbsp;<br>+ \u00c0&nbsp;Bombay, je t&rsquo;ai regard\u00e9 jouer les s\u00e9ducteurs<br>+ Au Piton de la Fournaise \u00e0 l&rsquo;aube, la lune, \u00e7a doit \u00eatre comme \u00e7a.<br>+ \u00c0&nbsp;Venise, \u00ab\u00a0Fable de Venise\u00a0\u00bb en main, sillonn\u00e9 les ruelles sur les traces de Corto Maltese.<br>+ \u00c0&nbsp;Istanbul, nuit blanche, un chien nous a suivi sur les bords du Bosphore.<br>+ \u00c0&nbsp;Saint-Malo, fallait sortir la t\u00eate par la fen\u00eatre pour voir quelques bateaux.<br>+ \u00c0&nbsp;Saint-Ouen, la construction du p\u00e9riph\u00e9rique devant l&rsquo;immeuble et les nerfs \u00e0 deux doigts de l\u00e2cher \u00e0 cause des bruits de chantier.<br>+ \u00c0&nbsp;Neuch\u00e2tel, j&rsquo;avais le bras dans le pl\u00e2tre mais je pouvais marcher.<br>+ \u00c0 Vienne \u00e0 minuit, pour la nouvelle ann\u00e9e, des jeunes gens se jetaient dans le Danube.<br>+ \u00c0 Catane, un homme m&rsquo;a donn\u00e9 une plante grasse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"peut-\u00eatre-un-jour\"><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"vers-o\u00f9-va-le-courant\"><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#8- Reconstitution &#8211; Le voyage oblig\u00e9 Des camions militaires qui se suivent comme des chenilles processionnaires sur une route s\u00e8che et caillouteuse \u2014 presque une piste \u2014 ils quittent une ville dont le nom berb\u00e8re signifie \u00ab\u00a0 plaine gorg\u00e9e d\u2019eau\u00a0\u00bb \u2014 Louis-Napol\u00e9on Bonaparte donne un autre nom \u00e0 cette ville \u2014 les camions roulent \u00e0 la vitesse des camions militaires <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-double-voyage-prologue\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">LE DOUBLE VOYAGE &#8211; S.B<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":282,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4095,4094],"tags":[2180,4232,4231,1115,885,451,842,259,4233,4234],"class_list":["post-111731","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-00_prologue","category-le_double_voyage-2","tag-bateau","tag-bords","tag-cafe-3","tag-chat","tag-eau","tag-fleurs","tag-gare","tag-jardin","tag-joues","tag-riviere-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111731","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=111731"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111731\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=111731"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=111731"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=111731"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}