{"id":111759,"date":"2023-03-28T20:10:00","date_gmt":"2023-03-28T18:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=111759"},"modified":"2023-05-21T18:27:14","modified_gmt":"2023-05-21T16:27:14","slug":"jetais-ou-je-serais-prologue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/jetais-ou-je-serais-prologue\/","title":{"rendered":"# le double voyage | \u00e9vasions pass\u00e9e ou imaginaire"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-le.-6-420x315.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-116104\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-le.-6-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-le.-6-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-le.-6.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">photo \u00a9Brigitte C\u00e9l\u00e9rier &#8211; Grignan<br><strong># 6<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-blue-color has-text-color wp-block-paragraph\"><strong>Devant le jardin muet de l&rsquo;hiver o\u00f9 il n&rsquo;y a que de la terre qui s&rsquo;effrite, des graviers enfonc\u00e9s sous des pluies pass\u00e9es, de la poussi\u00e8re, des racines, des branches nues port\u00e9es par la vie cach\u00e9e des troncs, des murets et des restanques, bien chaudement v\u00eatus, assis \u00e0 l&rsquo;abri du vent, sous la tonnelle d\u00e9garnie, devant les arcades portant le rez-de-chauss\u00e9e, nous regardons ce sommeil et parlons de voyages.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">note : pour les r\u00e9cits des voyages, ce dialogue se trouve en t\u00eate des textes relatifs \u00e0 chaque \u00e9tape, en caract\u00e8res bleus<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong># Prologue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Venise et les escaliers de la gare tombaient dans le canal, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 S\u00e9ville et il pleuvait si fort que je ne voyais presque plus le bout du pont sur le Guadalquivir, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Rome dans une pharmacie pr\u00e8s de la gare et un gar\u00e7on dansait son manque en parlant tr\u00e8s vite, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Bruges et je marchais le long d&rsquo;un mur sans fin cherchant l&rsquo;entr\u00e9e du Grand B\u00e9guinage, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Lorient et il pleuvait, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Saintes et je fouillais mon panier en qu\u00eate de mon billet pour le concert de Jean Rondeau, j&rsquo;\u00e9tais devant l&rsquo;\u00e9glise ferm\u00e9e de Notre Dame du Mai et je regardais les lumi\u00e8res autour de la rade et celles de Bandol, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Bruxelles et j&rsquo;avais trouv\u00e9 la meilleure p\u00e2tisserie, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Florence et on pouvait encore s&rsquo;asseoir dans une chapelle de Santa Croce pour \u00eatre en compagnie de Tadeo Gaddi, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Arles et je regardais la vo\u00fbte du vestibule de l&rsquo;h\u00f4tel de ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je serais \u00e0 Valparaiso dans une ruelle qui d\u00e9gringole en nous emportant moi et les poteaux peints et la mer et la richesse seraient en bas, je serais aux Kerguelen et je grelotterais en regardant le lac d&rsquo;Hermance, je serais \u00e0 Cholon dans la vapeur d&rsquo;un restaurant, je serais \u00e0 Montfavet et les gerbes de foin lanc\u00e9es pour le concours fendraient l&rsquo;air chaud, je serais \u00e0 Ua Pou \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 la nuit tombe sur l&rsquo;oc\u00e9an, je serais dans le mus\u00e9e d&rsquo;Anthropologie de Vancouver et je penserais \u00e0 Olivier Rollin en lisant les cartels des totems, je serais devant une cabine de bain blanche sur la plage de Blokhus et ce serait immense, je serais devant l&rsquo;Abbaye aux Dames de Caen, je serais au Griot boulevard Kaloum \u00e0 Conakry et nous mangerions des g\u00e2teaux au chocolat, je serais appuy\u00e9e \u00e0 une rambarde m\u00e9tallique du Brooklyn Bridge Park et je me remplirais le nez et les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>#1 &#8211; la nuit d&rsquo;avant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-blue-color has-text-color wp-block-paragraph\"><strong>Et les yeux sur une jarre vide en \u00e9quilibre sur un muret qui s&rsquo;\u00e9boule tu dis, comme si ta pens\u00e9e effleurait, qu&rsquo;\u00e0 la veille de chacun de tes nombreux voyages, comme ton esprit n&rsquo;est plus occup\u00e9 par le projet, tu suis scrupuleusement de petits rites pour ne pas penser, et tu me demandes \u00e0 moi qui ne voyage pas ou si peu quelles sont mes veilles, peut-\u00eatre pas pour les voyages tr\u00e8s recul\u00e9s mais pour le plus r\u00e9cent, quand je sens se pr\u00e9ciser un d\u00e9sir de voyage, ou au moment o\u00f9 je me plonge dans les \u00ab&nbsp;cartes et estampes&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><font color=\"#111111\"><font size=\"4\">J&rsquo;ai ferm\u00e9 le bureau hier, laiss\u00e9 une note sur la table de Fran\u00e7oise pour qu&rsquo;elle puisse faire patienter jusqu&rsquo;\u00e0 mercredi les \u00e9ventuels probl\u00e8mes ou puisse parer au plus press\u00e9 et suis rentr\u00e9e en fl\u00e2nant comme une touriste le long de la Seine et \u00e0 travers le Marais, c&rsquo;\u00e9tait bien, doux, libre et joyeux, mais maintenant, dans cette nuit qui n&rsquo;en finit plus, avec le go\u00fbt acide du petit matin, je me retourne dans mon lit et grommelle de rage.. idiote incapable de laisser de c\u00f4t\u00e9 les probl\u00e8mes suppos\u00e9s ou possibles des immeubles, des miens ou de ceux de X&#8230; seront en bonnes mains je l&rsquo;esp\u00e8re pendant ce trou sans moi, cette \u00e9vasion d&rsquo;autant plus d\u00e9licieuse que le besoin que j&rsquo;en ai apr\u00e8s l&rsquo;exasp\u00e9ration de ces derniers jours m&rsquo;est inhabituelle en ces mois sans parisiens o\u00f9 la ville m&rsquo;appartient. Me l\u00e8ve, jette le lys qui se meurt sur le bac qui me sert de table basse, ouvre la valise qui attend, passe ma main contre les bords, me rassure en trouvant mon Montaigne, le petit carnet qui ne porte pour l&rsquo;instant que l&rsquo;adresse de la chambre d&rsquo;h\u00f4te que Fred m&rsquo;a d\u00e9gott\u00e9e (regret, un peu \u2013 non, sois franche, ce n&rsquo;est pas vrai \u2013 qu&rsquo;il ne vienne pas) et l&rsquo;enveloppe rouge o\u00f9 dorment les trois billets de concerts&#8230; v\u00e9rifie dans mon sac l&rsquo;heure du train&#8230; ne peux calmer ce satan\u00e9 m\u00e9lange d&rsquo;excitation, d&rsquo;appr\u00e9hension, d&rsquo;auto-reproches pour ne pas davantage m&rsquo;\u00eatre pr\u00e9par\u00e9e&#8230; m\u00eame pas eu ou n&rsquo;ai pas pris le temps de me procurer un plan ou des descriptions de la ville, connais bien la silhouette de la cath\u00e9drale, avec son c\u00f4t\u00e9 un peu absurde, la fantaisie hors-norme de sa tour, suppose que je me coulerais bien dans cette ville que je sais ancienne&#8230; n&rsquo;avais pas le temps, autres choses en t\u00eate (pourvu que le serrurier&#8230; zut), aime d\u00e9couvrir, me perdre&#8230; mais pourquoi je tourne en rond comme \u00e7a&#8230; douche, s&rsquo;habiller, bien fermer tout, jeter un coup d&rsquo;oeil navr\u00e9 sur l&rsquo;antre, je suis en avance, le temps qu&rsquo;il faut, au fond, pour un caf\u00e9, pour trouver un polar et peut \u00eatre un plan \u00e0 la gare, quoique gu\u00e8re de chance&#8230; on verra.. un quart de lexomil, rajouter le ch\u00e2le chinois dans la valise pour faire mienne la chambre..<\/font><\/font><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"266\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-nuits-davant-Sienne-1-420x266.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-116101\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-nuits-davant-Sienne-1-420x266.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-nuits-davant-Sienne-1-1024x649.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-nuits-davant-Sienne-1-768x487.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-nuits-davant-Sienne-1-1536x973.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-nuits-davant-Sienne-1.png 1835w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">photo CC &#8211; Google street view<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les p\u00e9tarades des jeunes \u00e0 mobylettes qui se d\u00e9foulent le soir \u00e0 la lisi\u00e8re du centre vou\u00e9 aux pi\u00e9tons a cess\u00e9, j&rsquo;ouvre ma fen\u00eatre, je hume la nuit de Sienne&#8230; n&rsquo;a rien d&rsquo;exceptionnel, mais j&rsquo;ai besoin de me jouer un peu la com\u00e9die pour accompagner cet adieu et mon regret h\u00e9sitant pour tout ce que n&rsquo;aurai pas vu, pas appris, maintenant que n&rsquo;en ai plus le temps avant ces deux jours que j&rsquo;ai vou\u00e9 au r\u00e9veil de mes pas d&rsquo;il y a douze ou treize ans dans les rues de Florence, ce regret que je m&rsquo;efforce d&rsquo;avoir, ce remords dont je savoure l&rsquo;insinc\u00e9rit\u00e9, qui ne peut s&rsquo;opposer au souvenir de la douceur de ces huit jours dans les ruelles, les r\u00e9compenses des d\u00e9couvertes pay\u00e9es par la douleur des mollets, les vieilles boutiques si charmantes o\u00f9 ne rien acheter, la paresse au sommet de la conque, la lente d\u00e9ambulation devant les fresques d&rsquo;Ambrogio Lorenzetti au Palazzo Publico, et celles de son fr\u00e8re Pietro ainsi que le siennes (mais je pr\u00e9f\u00e8re Pietro) dans la basilique de Saint Fran\u00e7ois, devant la saveur des tons, les ors, les verts insens\u00e9s, les oranges doux de l&rsquo;\u00e9cole siennoise avec lesquels dialoguer silencieusement dans le Mus\u00e9e dioc\u00e9sain tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9, et tant pis pour la Pinacoth\u00e8que, mais souvenirs cueillis dans les \u00e9glises, au Mus\u00e9e Civico et \u00e0 celui du Duomo, et m\u00eame le reste de d\u00e9lectation quand les couleurs virent l\u00e9g\u00e8rement avec la d\u00e9liquescence de Beccafumi et de ses successeurs, le plaisir des yeux caressant les fa\u00e7ades, les sourires, la vivacit\u00e9 de la ville, la lecture de Dante dans cette langue inconnue qui devenait famili\u00e8re en m&rsquo;appuyant parfois sur la traduction et en levant les yeux sur la douceur de la vue depuis le parvis de San Clemente in Santa Maria di Servi&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>#2 &#8211; l&rsquo;arriv\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-blue-color has-text-color wp-block-paragraph\"><strong>Quand le soleil est \u00e0 son plus haut, le dos contre le mur, les yeux regardant au loin au del\u00e0 des branches nues, tu as parl\u00e9 d&rsquo;avions se posant \u00e0 JFK ou dans un atoll, du pont vers Malm\u00f6, d&rsquo;une entr\u00e9e de port, de petites et grandes gares et je r\u00eavais en regardant mes pieds sur le gravier&nbsp;; tu as baiss\u00e9 ton menton, tu m&rsquo;as regard\u00e9, tu as dit \u00ab&nbsp;c&rsquo;est bien les arriv\u00e9es, c&rsquo;est encore pur, pour toi aussi&nbsp;?&nbsp;\u00bb tu as remont\u00e9 ton col jusque sous ton nez et tu as attendu..<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"262\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/le-2-bis-1-420x262.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-116102\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/le-2-bis-1-420x262.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/le-2-bis-1-1024x639.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/le-2-bis-1-768x479.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/le-2-bis-1-1536x958.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/le-2-bis-1.png 1995w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le hall de la gare le stand de journaux et autres \u00e9tait ferm\u00e9, o\u00f9 j&rsquo;esp\u00e9rais acheter un plan&#8230; derri\u00e8re un guichet un employ\u00e9 occup\u00e9 avec un voyageur&#8230; l&rsquo;autre s&rsquo;ouvre sur le vide du bureau dans lequel, \u00e0 distance, une femme et deux hommes discutent et rient&#8230; les groupes descendant du m\u00eame train que moi se sont \u00e9gaill\u00e9s&#8230; suis sur le trottoir face \u00e0 deux s\u00e9ries d&rsquo;arbres et un parking me s\u00e9parant d&rsquo;une rue parall\u00e8le \u00e0 la longue fa\u00e7ade de la gare&#8230; sur ma droite, au bout du trottoir, devant le petit ressaut terminant la fa\u00e7ade un poteau portant des panneaux&#8230; quelques pas, lire \u00ab&nbsp;Parking gratuit longue dur\u00e9e&nbsp;\u00bb lire \u00ab&nbsp;Centre ville&nbsp;\u00bb, lire \u00ab&nbsp;toutes directions&nbsp;\u00bb et ne pas y croire puisque cela renvoie aux rares maisons d&rsquo;entr\u00e9e de ville vues du train en arrivant&#8230; me tourner vers la gauche, avancer&#8230; face \u00e0 l&rsquo;autre avant-corps qui ferme la longue fa\u00e7ade, belle de sa simple sym\u00e9trie, un panneau \u00ab&nbsp;Centre ville&nbsp;\u00bb oriente vers une rue perpendiculaire, plongeant vers le c\u0153ur. L&rsquo;H\u00f4tel de France dort au coin de cette rue et de celle qui suit les rails. L\u00e8ve les yeux, d\u00e9coince mon cou, cherche inspiration dans le bleu clair du ciel.. entre dans la boutique Avis qui suit le restaurant, fais face \u00e0 un sourire un peu plus ouvert que ne le demande la simple politesse commerciale et qui persiste quand, sans louer quelque v\u00e9hicule que ce soit, je demande par o\u00f9 gagner le chemin au joli nom que je cherche.. Lentement, pour \u00eatre s\u00fbre que cela p\u00e9n\u00e8tre mon esprit et s&rsquo;y imprime elle m&rsquo;explique la solution, si simple que cela ne demandait telle pr\u00e9caution.. ai-je l&rsquo;air si embrum\u00e9e ou s&rsquo;ennuyait-elle&nbsp;? Je sors, reviens vers la rue qui suit les rails et avance, d\u00e9passe un snack, un autre loueur de voitures, un petit immeuble de ciment gris qui font face aux grilles de la gare, comme ensuite un garage, quelques maisons \u00e0 un ou deux \u00e9tages d&rsquo;une neutralit\u00e9 parfaite&#8230; je pense que je suis dans l&rsquo;ingrat utile de la ville&#8230; la grille et le portail blanc d&rsquo;une cour, un traiteur tha\u00ef&#8230; l&rsquo;avenue s&rsquo;\u00e9loigne un peu des rails, avance maintenant entre deux rang\u00e9es de b\u00e2tisses, de fa\u00e7ades grises ou cr\u00e9pies de blanc, diff\u00e9rentes entre elles, un peu, et d&rsquo;une banalit\u00e9 absolue et unanime, quelques caf\u00e9s, une rue qui traverse sur un pont m\u00e9tallique, un centre de formation \u00e0 on-ne-sait quoi sur la gauche, une grande cour carr\u00e9e derri\u00e8re une grille sur la droite face \u00e0 trois silos d&rsquo;ordures&#8230; apr\u00e8s avoir crois\u00e9 une ou deux rues | ne sais d\u00e9j\u00e0 plus, ne pense qu&rsquo;au sac qui bat mes jambes, esp\u00e8re que cette marche ne m&rsquo;\u00e9loigne pas de ce qui m&rsquo;int\u00e9resse, souris\/soupire de cette fa\u00e7on qu&rsquo;ont les villes aux c\u0153urs anciens plus ou moins pr\u00e9serv\u00e9s de s&rsquo;entourer de constructions similaires, sans doute agr\u00e9ables \u00e0 habiter de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration derri\u00e8re leur platitude morne, avant l&rsquo;autre ceinture vou\u00e9e aux d\u00e9p\u00f4ts, aux bureaux ou aux villas | l&rsquo;avenue de la Marne change l\u00e9g\u00e8rement de direction, devient la rue Emile Zola et, apr\u00e8s un haut mur ingrat sur la droite, intercale, dans l&rsquo;alignement des fa\u00e7ades de deux ou trois \u00e9tages, des petites maisons en retrait derri\u00e8re leurs petits jardins, des embryons de villas qui lui donnent un peu de charme. Des buis, des feuillages, des petits immeubles, un semblant de vari\u00e9t\u00e9 qui anime l&rsquo;avanc\u00e9e le long des trottoirs d\u00e9serts&#8230; des pas et des pas et puis une nouvelle inflexion du trac\u00e9, un autre nom, et juste apr\u00e8s que cette rue se jette avec un angle aigu dans la rue de l&rsquo;Epineuil s&rsquo;ouvre sur la droite le chemin au joli nom, et debout devant le petit jardin de la seconde maison je reste un moment immobile, me mettant mentalement au garde-\u00e0-vous avant de sonner.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"317\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-2-2-1-420x317.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-116103\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-2-2-1-420x317.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-2-2-1-1024x774.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-2-2-1-768x580.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-2-2-1-1536x1160.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-2-2-1-2048x1547.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Retrouver la clart\u00e9 de cette gare et le rythme des piliers blancs&#8230; en buvant un caf\u00e9 ristretto avec un gateau cr\u00e9meux d&rsquo;une bouch\u00e9e devant un comptoir dans un coin du hall, jeter un coup d&rsquo;oeil \u00e0 mon vieux plan de la ville parce que la m\u00e9moire des jambes une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es environ apr\u00e8s mon premier s\u00e9jour est certainement d\u00e9faillante et sortir sur le grand trou de la place, les b\u00e2timents beiges, ocres ou roux aux toits presque plats, leur s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et l&rsquo;harmonie gracieuse que seuls les toscans arrivent \u00e0 concilier ainsi, l&rsquo;herbe rase du terre plein et au bout de l&rsquo;all\u00e9e qui le traverse face \u00e0 moi l&rsquo;arri\u00e8re de Santa Maria Novella qu&rsquo;il faudra bien que j&rsquo;aille visiter cette fois&#8230; et en peu pench\u00e9e en arri\u00e8re pour mieux me remplir de l&rsquo;air de la ville | tant pis pour la part de polution qu&rsquo;il contient comme partout, je veux l&rsquo;ignorer | oubliant injustement un instant la tendresse de Sienne, avoir, comme tant et tant de voyageurs depuis la mode du grand tour, presque l&rsquo;illusion d&rsquo;\u00eatre chez moi, alors que bien entendu la Toscane ne se montre, n&rsquo;offre sa civilit\u00e9 et ses beaut\u00e9s qu&rsquo;avec une r\u00e9serve gracieuse digne d&rsquo;un m\u00e9lange d&rsquo;aristocrate et de grand n\u00e9gociant&#8230; traverser, laisser passer le tram, prendre pied, dans l&rsquo;animation tranquille de ce tout d\u00e9but d&rsquo;apr\u00e8s midi, sur le trottoir devant les stands domin\u00e9s par la haute fa\u00e7ade arri\u00e8re de l&rsquo;\u00e9glise qui proposent des sacs, des bouteilles d&rsquo;eau, des bonbons, des journaux, plans, cartes postales, souvenirs etc&#8230; les voir sans en prendre conscience et suivre la via degli Avelli | me murmurer ce nom que viens d&rsquo;apprendre | en regardant avec le plaisir des retrouvailles la douceur des reliefs du soubassement des arcades du cimeti\u00e8re plut\u00f4t que les fa\u00e7ades des maisons et les quelques caf\u00e9s qui leur font face, attendre d&rsquo;avoir travers\u00e9 presque toute la place Santa Maria Novella pour m&rsquo;arr\u00eater, me retourner, rester un moment immobile face \u00e0 la fa\u00e7ade, laisser mes yeux caresser le jeu des noirs et blancs, la science et la beaut\u00e9 du dessin des panneaux et de la partie haute, en saluer la nouveaut\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9poque sans retrouver le nom de l&rsquo;architecte, me pencher, reprendre en main l&rsquo;anse de la valise pos\u00e9e devant l&rsquo;ourlet fleuri du gazon, prendre la via dei Banchi&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>#3 &#8211; l&rsquo;impossible retour<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-blue-color has-text-color wp-block-paragraph\"><strong>Tu as baiss\u00e9 un peu la t\u00eate, tu jouais avec un b\u00e2ton dans la terre et les graviers, tu parlais de tes envies de ne pas revenir, tu \u00e9voquais ce jour o\u00f9 ton compagnon s&rsquo;est bless\u00e9 la veille de votre retour, d&rsquo;une perte de papiers aussi et l&rsquo;histoire \u00e9tait si compliqu\u00e9e que je n&rsquo;ai rien compris, tu m&rsquo;as dit que bien entendu jamais je ne m&rsquo;\u00e9tais trouv\u00e9 dans cette impossibilit\u00e9, et sans vouloir contredire cette affirmation j&rsquo;ai pris un d\u00e9tour en \u00e9voquant ceux qui le d\u00e9siraient ce retour sans y avoir acc\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Samedi apr\u00e8s-midi, en attendant le concert du soir, ai travers\u00e9 la rivi\u00e8re et, sans me risquer dans les petites rues, ai suivi la berge les yeux sur l&rsquo;arc de triomphe devant lequel venais de passer et le jardin public, allongeant le trajet le plus court dans le plaisir de l&rsquo;eau et suis mont\u00e9e doucement jusqu&rsquo;\u00e0 Saint-Eutrope. T\u00eate lev\u00e9 vers la saveur des chapiteaux, les entrelacs v\u00e9g\u00e9taux enserrant des masques ou des lions hauts sur pattes, les monstrueuses b\u00eates que je baptise tatous camp\u00e9es sur les dos de chevaux ou ne sais quels animaux dont ils mordent le cou renvers\u00e9 pour mordre leurs pattes arri\u00e8res, les&#8230; une pr\u00e9sence derri\u00e8re mon \u00e9paule, une voix qui malm\u00e8ne les sons pour m&rsquo;expliquer ce que je me crois capable de voir, une voix qui quand je me retourne dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;tu&#8230; vous n&rsquo;avez pas le feuillet, voulez que je vous explique&nbsp;?&nbsp;\u00bb avec un sourire qui h\u00e9site \u00e0 s&rsquo;effacer quand je r\u00e9pond que merci mais que&#8230; qui revient quand je propose que nous regardions et imaginions ensemble&nbsp;; nous tournons en silence autour de la pile, nous regardons la pes\u00e9e des \u00e2mes, sa voix dit \u00ab&nbsp;c&rsquo;est ce que les gens viennent voir&nbsp;\u00bb et je r\u00e9ponds que moi j&rsquo;aime le masque humain dans les feuilles qui ressemble aux peut-\u00eatre lions | il dit \u00ab&nbsp;chez moi aussi sont&#8230;&nbsp;\u00bb et puis s&rsquo;arr\u00eate | et surtout les successions de monstres superpos\u00e9s, que cela me fait penser \u00e0 des vagues, il dit \u00ab&nbsp;la mer&nbsp;\u00bb, je dis \u00ab&nbsp;la mer&nbsp;\u00bb, il dit \u00ab&nbsp;elle est belle chez moi&nbsp;\u00bb, je dis \u00ab&nbsp;c&rsquo;est o\u00f9 chez vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb il dit \u00ab&nbsp;au fond de la mer, non pas au fond au bout \u00e0 l&rsquo;est&nbsp;\u00bb, il dit \u00ab&nbsp;elle est belle de sa c\u00f4te&nbsp;\u00bb, je dis \u00ab&nbsp;vous l&rsquo;aimez.&nbsp;\u00bb Il dit \u00ab&nbsp;beaucoup, on aime tous sa mer et sa c\u00f4te&nbsp;\u00bb, je dis \u00ab&nbsp;c&rsquo;est une chance d&rsquo;en avoir une&nbsp;\u00bb, il dit \u00ab&nbsp;oui m\u00eame de loin mais c&rsquo;est un appel&nbsp;\u00bb et puis, \u00ab&nbsp;vous voulez descendre&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Pour voir l&rsquo;\u00e9glise basse&nbsp;? Oui bien s\u00fbr c&rsquo;est surtout elle que venais voir&nbsp;\u00bb. Nous descendons, restons muets un moment, regardant le jeu des voutes, il dit \u00ab&nbsp;c&rsquo;est beau&nbsp;\u00bb, je dis \u00ab&nbsp;il doit y avoir des voutes en berceau chez vous&nbsp;\u00bb en levant la voix sur chez vous pour en faire une question. Il r\u00e9pond \u00ab&nbsp;oui, il y en avait une dans une ruine \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la maison de mon p\u00e8re&nbsp;\u00bb. Nous regardons. Il dit \u00ab&nbsp;je ne la verrai plus alors j&rsquo;aime celle-l\u00e0&#8230; non.. plus&nbsp;\u00bb, et puis&nbsp;: \u00ab&nbsp;je ne peux pas rentrer, je n&rsquo;\u00e9tais pas venu pour rester, d&rsquo;ailleurs je n&rsquo;ai plus de papiers, enfin pas encore, mais je ne peux plus rentrer&nbsp;\u00bb. Je m&rsquo;assied sur le seul banc adoss\u00e9 \u00e0 un mur, lui s&rsquo;assied par terre. Il me parle et r\u00e9pond aux questions que je n&rsquo;ose poser, ou il se parle. Il dit \u00ab&nbsp;le cur\u00e9 ici est gentil, il me pr\u00eate une chambre et il s&rsquo;occupe de ma demande d&rsquo;asile, c&rsquo;est pour cela que je veux aider en montrant&nbsp;\u00bb il dit \u00ab&nbsp;je ne veux pas de l&rsquo;asile, je veux rentrer, je ne veux pas fermer la porte&nbsp;\u00bb il dit \u00ab&nbsp;mon p\u00e8re a port\u00e9 la honte de mon exil, il est mort et je ne l&rsquo;ai pas vu&nbsp;\u00bb il dit \u00ab&nbsp;mon fr\u00e8re a les oliviers, il a rachet\u00e9 la part de ma femme puisque suis parti&nbsp;\u00bb il dit \u00ab&nbsp;ma femme veut divorcer&nbsp;\u00bb il dit \u00ab&nbsp;elle m&rsquo;a fait dire que c&rsquo;\u00e9tait pas vraiment son d\u00e9sir&nbsp;\u00bb il dit \u00ab&nbsp;je veux rentrer mais je ne peux pas&nbsp;\u00bb il dit \u00ab&nbsp;il faut que j&rsquo;aime ce pays ci, il est beau&nbsp;\u00bb il dit \u00ab&nbsp;il faut que vous alliez voir les thermes&nbsp;\u00bb je dis \u00ab oui, demain matin, vous m&rsquo;accompagnez&nbsp;\u00bb il dit \u00ab&nbsp;oui&nbsp;\u00bb nous faisons le tour des chapiteaux, nous remontons, nous nous disons \u00ab&nbsp;\u00e0 demain&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"278\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-3-2-1-1-420x278.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-116106\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-3-2-1-1-420x278.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-3-2-1-1-1024x678.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-3-2-1-1-768x509.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-3-2-1-1-1536x1018.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/pour-3-2-1-1.png 1938w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">Premi\u00e8re visite pour le Crucifix bless\u00e9 de Cimabue dans le Mus\u00e9e de Santa Croce, rester devant lui, en amour et compassion, ne pas regarder la photo de ce qu&rsquo;il \u00e9tait quand je l&rsquo;ai vu \u00e0 mon premier voyage, contempler la splendeur des ors et du noir de la croix, la souplesse du linge presque transparent, la courbe alanguie du corps, les blessures laiss\u00e9es apparentes lors de la restauration apr\u00e8s l&rsquo;inondation, t\u00e9moins du sinistre de la ville et puis sortir, re-traverser les clo\u00eetres, regagner l&rsquo;\u00e9glise, et parce que c&rsquo;est sa ville qui l&rsquo;a banni et qui se glorifie de lui, parce que j&rsquo;ai vu sa statue sur le parvis, parce qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 mon compagnon \u00e0 Sienne ou du moins son Enfer qui dort dans ma chambre d&rsquo;h\u00f4tel, aller voir, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ceux de Michel Ange et autres Machiavel, le c\u00e9notaphe de Dante, que j&rsquo;avais n\u00e9glig\u00e9 parce que la solennit\u00e9 lourde du dix-neuvi\u00e8me, m\u00eame de qualit\u00e9, jure un peu au milieu des splendeurs des treizi\u00e8me et quatorzi\u00e8me, m\u00eame tr\u00e8s remani\u00e9s au fil des si\u00e8cles et des embellissements qu&rsquo;ils ont voulu y apporter. Je l\u00e8ve les yeux vers sa statue pensive dominant le sarcophage vide, je regarde ses yeux de pierre, je lui dis combien les florentins sont fiers de lui, assez pour avoir d\u00e9baptis\u00e9 un petit palais pour le r\u00e9inventer en maison de Dante, assez pour avoir demand\u00e9 ses restes \u00e0 Ravenne qui les conserve r\u00e9solument, assez pour avoir grav\u00e9 l\u00e0, sous ses pieds, Onorate l&rsquo;Altissimo Poeta et il me r\u00e9pond silencieusement qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais cess\u00e9 en son exil de lutter contre les noirs qui avaient pris possession de sa ville, il me r\u00e9pond qu&rsquo;il garde rancune \u00e0 Boniface VIII de l&rsquo;avoir retenu \u00e0 Rome pendant que les noirs renversaient les blancs dont il \u00e9tait, il me r\u00e9pond qu&rsquo;il a tant souffert des fl\u00e8ches <em>que lance l&rsquo;arc de l&rsquo;exil, <\/em>il me r\u00e9pond qu&rsquo;il ne pouvait rentrer et sentait <em>combien le pain de l&rsquo;\u00e9tranger est amer, <\/em>il me r\u00e9pond qu&rsquo;apr\u00e8s sa longue errance \u00e0 Bologne, \u00e0 Paris, il a trouv\u00e9 refuge, a \u00e9t\u00e9 accueilli \u00e0 Ravenne mais ne pouvait rentrer m\u00eame s&rsquo;<em>il est dur de monter et de descendre l&rsquo;escalier d&rsquo;autrui. <\/em>Je lui rappelle que, parmi d&rsquo;autres, Boccace a \u00e9crit <em>On ne peut passer sous silence l&rsquo;exil injustement prononc\u00e9 contre Dante Alighieri, homme tr\u00e8s illustre de sang noble, remarquable par sa science et par ses ouvrages dignes de louange, d&rsquo;honneurs et de gloire. <\/em>Il me r\u00e9pond \u00ab&nbsp;je sais&nbsp;\u00bb. Je lui rappelle l&rsquo;offre faite en 1317 aux bannis d&rsquo;une amnistie s&rsquo;ils payaient une amende et se pr\u00e9sentaient \u00e0 la ville en p\u00e9nitents. Il me r\u00e9pond en citant avec la rage froide et digne de l&rsquo;exil\u00e9 et de l&rsquo;ancien noble qu&rsquo;il fut, la r\u00e9ponse qu&rsquo;il lui a donn\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ce n\u2019est pas l\u00e0 le moyen de rentrer \u00e0 Florence&nbsp;; mais si vous en trouvez un autre, qui ne d\u00e9roge pas \u00e0 la r\u00e9putation et \u00e0 l\u2019honneur de Dante, je l\u2019accepterai avec empressement. Si je ne puis rentrer honorablement \u00e0 Florence, je n\u2019y rentrerai jamais&nbsp;\u00bb <\/em>Il me r\u00e9pond que pourtant c&rsquo;est de la ville dont on est qu&rsquo;il est le plus doux de <em>contempler le soleil et les \u00e9toiles.<\/em> Je m&rsquo;incline moralement et le laisse songer le menton doucement soutenu par sa main aux doigts ouverts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>#4 hommage \u00e0 Cortazar<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-blue-color has-text-color wp-block-paragraph\"><strong>Nous \u00e9tions sous les arcades, avons ferm\u00e9 les grandes vitres de la grande salle \u00e0 ras de jardin, nous regardions un pigeon qui pi\u00e9tinait le long de la terrasse, des petites ris\u00e9es qui faisaient glisser les feuilles mortes et heurtaient les plantes grasses d\u00e9rangeant de fa\u00e7on infime leur impassibilit\u00e9, nous parlions de repos avec d\u00e9lice<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"334\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/3-pub-place-du-Synode-1-2-420x334.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-116107\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/3-pub-place-du-Synode-1-2-420x334.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/3-pub-place-du-Synode-1-2-1024x815.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/3-pub-place-du-Synode-1-2-768x611.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/3-pub-place-du-Synode-1-2-1536x1223.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/3-pub-place-du-Synode-1-2-2048x1630.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au hasard des rues moyennement \u00e9troites entre maisons muettes enduites de ciment, anciennes et banales, sans charme ext\u00e9rieur, \u00e0 la recherche d&rsquo;un endroit o\u00f9 \u00ab&nbsp;me poser&nbsp;\u00bb, la premi\u00e8re terrasse que j&rsquo;ai trouv\u00e9e en rejoignant le centre historique&nbsp;: quelques tables sur trois places de parking devant l&rsquo;une des maisons de pierres aux sobres et nobles proportions qui s&rsquo;alignent, face \u00e0 une bande de gazon les s\u00e9parant de la sous-pr\u00e9fecture et de son jardin, sur cette \u00e9troite place rectangulaire qui fait face \u00e0 la cath\u00e9drale, \u00e9vocation d&rsquo;une entr\u00e9e, d&rsquo;un parvis qui ne r\u00e9siste pas \u00e0 la pr\u00e9sence des trois rang\u00e9es de voitures. La chaleur de cette journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9t\u00e9, l&rsquo;affluence des visiteurs et festivaliers cr\u00e9e un petit foyer d&rsquo;effervescence sur cet \u00e9troit espace d\u00e9limit\u00e9 par des tonneaux qui doivent dissuader les voitures de l&rsquo;envahir aux heures de fermeture de ce qui est un pub d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9criteau surmontant la porte \u00e9troite, sous une large fen\u00eatre \u00e0 meneau, ce que confirment les verres et chopes pos\u00e9s sur les tables autour desquels on parle, on rit, on s&rsquo;interpelle, sauf une ou deux personnes muettes qui font tache. Toutes les tables sont occup\u00e9es comme, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la rue, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, les deux plus proches de la porte fen\u00eatre moderne perc\u00e9e sous ce qui fut une grande arcade mur\u00e9e&#8230; un gar\u00e7on sort avec un plateau au moment o\u00f9 je d\u00e9cide de passer mon chemin, r\u00e9pond que oui il y a de la place \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, que oui on sert autre chose que de la bi\u00e8re, que oui du caf\u00e9 si je veux | avec une grimace dissuasive accompagnant cette derni\u00e8re affirmation. Et me voici au fond de la grande salle que je ne devinais pas, devant un verre d&rsquo;eau que j&rsquo;ai bu et un caf\u00e9 viennois command\u00e9 dans un moment d&rsquo;aberration et dont la seule vue m&rsquo;\u00e9coeure, regardant les groupes plus ou moins affal\u00e9s, les bouches qui s&rsquo;ouvrent sur de grands rires ou t\u00e8tent les verres, me reculant int\u00e9rieurement, install\u00e9e dans mon sentiment d&rsquo;\u00eatre \u00e9trang\u00e8re \u00e0 leur monde, tout autant qu&rsquo;au couple de la table voisine, chemisier de soie sur pantalon \u00e0 la teinte d&rsquo;un vert clair ind\u00e9finissable et forc\u00e9ment sublime pour elle, chandail sur les \u00e9paules et petit foulard disrupteur de cotonnade pour lui, qui \u00e9pluchent ce qu&rsquo;\u00e0 distance je reconnais comme le programme des concerts et ateliers. Et derri\u00e8re cette paroi de verre que j&rsquo;ai install\u00e9e je pense musique, je pense \u00e0 l&rsquo;homme de Sainte-Eutrope, je d\u00e9truis peu \u00e0 peu mon \u00eatre parisien, je me d\u00e9colle lentement de ma sauvagerie cach\u00e9e, je commence \u00e0 sourire \u00e0 la joie qui m&rsquo;effarait tout \u00e0 l&rsquo;heure, \u00e0 laquelle je veux supposer une part de sinc\u00e9rit\u00e9, o\u00f9 je ne distingue plus que le bien \u00eatre de ce jour de vacances, je m&rsquo;insinue, un peu en retrait tout de m\u00eame, dans le tableau.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"297\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/3-via-Faenza-1-1-420x297.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-116108\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/3-via-Faenza-1-1-420x297.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/3-via-Faenza-1-1-1024x723.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/3-via-Faenza-1-1-768x542.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/3-via-Faenza-1-1-1536x1085.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/3-via-Faenza-1-1.png 1875w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne suis pas touriste, un pas de c\u00f4t\u00e9, je suis habitante provisoire, ou je suis touriste que Santa Croce a nourrie suffisamment pour emplir la longue fin de ce jour, je suis moi, je marche, ai fl\u00e2n\u00e9, me suis arr\u00eat\u00e9e devant un maroquinier, ai h\u00e9sit\u00e9, la lassitude est venue, et via Faenza quelques tables devant une fa\u00e7ade peinte comme les tavernes bavaroises (le d\u00e9cide pour le sourire, d&rsquo;ailleurs je ne les connais pas) une carte de glaces, un gar\u00e7on qui confirme qu&rsquo;ils ont des granit\u00e9s, la certitude que ce ne seront sans doute pas les meilleurs mais qu&rsquo;importe&#8230; suis assise dos au mur, au ras des passants, de l&rsquo;animation, des sacs \u00e0 dos, des shorts des allemands, des coups de soleil, des costumes de lin clair portant serviettes de cuir, des grands rires qui sonnent en toutes les langues, des jeunes femmes ressemblant \u00e0 Monica Vitti, d&rsquo;une ou trois donne en robes \u00e0 petites fleurs avec des grands sacs et des chaussures souples de couleurs vives, de gamins et gamines de toutes provenances t\u00eates lev\u00e9es vers les adultes pour qu\u00e9mander, de cheveux longs \u00e0 guitare, de blousons \u00e0 percing qui sont sto\u00efques dans la chaleur, je laisse fondre avec d\u00e9lice la froideur granuleuse dans ma bouche pour accompagner ce qui se voudrait r\u00e9flexion sur l&#8217;emploi des deux jours qui m&rsquo;attendent, faisant charni\u00e8re entre Sienne et Paris et mes immeubles, je butte sur les Offices que, oui, n&rsquo;ai pas visit\u00e9es, et rien ne vient d&rsquo;autre que la Marie Madeleine de Donatello au Mus\u00e9e du D\u00f4me, j&rsquo;abandonne, je me fais v\u00e9g\u00e9tative, vache regardant passer les gens, s&rsquo;insinue la n\u00e9cessit\u00e9 de trouver victuailles pour pique-niquer dans ma chambre \u00e0 minuit en m&rsquo;\u00e9bahissant devant la vulgarit\u00e9 de la t\u00e9l\u00e9vision italienne moi qui ne conna\u00eet pas la fran\u00e7aise, mais j&rsquo;ai le temps. Je suis bien, je regarde sans voir vraiment sauf par petits \u00e9clairs et je souris dans le vague.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>#5 &#8211; hommage \u00e0 Nicolas Bouvier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-blue-color has-text-color wp-block-paragraph\"><strong>Je t&rsquo;avais suivi dans les d\u00e9dales de tes cheminements anciens, sautant des avenues aux pistes cach\u00e9es des d\u00e9serts, de noms de village en s\u00e9maphores, tu \u00e9tais un peu essouffl\u00e9, tu m&rsquo;as regard\u00e9e, me suis plong\u00e9e en moi, dans mes infimes souvenirs quitte \u00e0 les r\u00e9-inventer, dans la logique de mon voyage trop ancien.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Trajet vers la ville<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">dans le train d\u00e9laisser lecture et me r\u00e9sumer au regard errant sur le charme des collines et les ondulations de la campagne<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">parking de la gare<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">red\u00e9couvrir la presque d\u00e9mesure de cet espace, mais cette fois, parce qu&rsquo;elle \u00e9tait attendue, rep\u00e9rer tout de suite, dans le presque lointain, en face, la haute masse accost\u00e9e au clocher, comme un point justifiant le pourtour d&rsquo;immeubles, de l&rsquo;arri\u00e8re de Santa Maria Novella et ses d\u00e9pendances<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">kiosques<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">sous le grand pignon arri\u00e8re de l&rsquo;\u00e9glise, cinq ou six kiosques dont l&rsquo;un, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une cabine de photomaton, pr\u00e9sente des guides, des cartes postales, des plans de la ville ou de cartes de la Toscane&#8230; prendre le temps de fouiller un peu pour le plaisir de m&rsquo;attarder en me v\u00eatissant de la ville et de sa vie et acheter le guide le plus succinct, le plus mince mais avec une s\u00e9rie de plans faciles \u00e0 consulter, m\u00eame s&rsquo;il restera sans doute sur la table ou tablette de la chambre, pour m&rsquo;y r\u00e9f\u00e9rer avant ou apr\u00e8s les errances<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">la piazza de Santa Maria<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">suivre les arcades du cimeti\u00e8re, m&rsquo;offrir le retard d&rsquo;un coup d&rsquo;oeil \u00e0 travers celle qui s&rsquo;ouvre sur la place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9glise, r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;envie de m&rsquo;asseoir sur un des bancs entre la petite pyramide et la fa\u00e7ade ; debout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des jeunes assis sur les marches regarder la longue place et me demander qu&rsquo;elle est parmi les rues qui partent en biais vers la gauche un peu avant la fin en biseau qu&rsquo;elle dessine celle que je dois prendre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">rue des Banchi<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">longer les deux ou trois terrasses de caf\u00e9 o\u00f9 de rares carcasses se pr\u00e9lassent en prenant le soleil, m&rsquo;arr\u00eater, vex\u00e9e, regarder le plan juste sous la lourde et superbe lanterne (me souvenir que l&rsquo;h\u00f4telier de Sienne qui s&rsquo;\u00e9tait charg\u00e9 de retenir une petite chambre dans l&rsquo;h\u00f4tel, puisque la pension de famille si simple et charmante du premier voyage n&rsquo;existe plus, l&rsquo;avait mentionn\u00e9e, la qualifiant de superbe) revenir de quelques pas pour tourner l&rsquo;angle, retrouver la lanterne jumelle dans la via dei Banchi qui, le plan le confirme, part dans la bonne direction. D\u00e9passer arcades tagu\u00e9es (\u00e7a ce n&rsquo;\u00e9tait pas signal\u00e9) continuer le long des belles et nobles fa\u00e7ades qui font l&rsquo;ordinaire du cadre..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">arriv\u00e9e place baptist\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">longer le c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une \u00e9glise noble et humble, caresser une pierre, continuer en me for\u00e7ant \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence de l&rsquo;habitant qui a un but, en d\u00e9passant portes coch\u00e8re, vitrines de boutiques, guetter la fin de la rue \u00e0 travers la petite foule de marcheurs, passer entre les grandes jarres garnies de plantes qui marquent le d\u00e9but d&rsquo;une zone que je suppose pi\u00e9tonne, ce que d\u00e9ment un camion rouge gar\u00e9 juste \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 appara\u00eet une partie des pans coup\u00e9s, du d\u00e9cor vert et blanc du baptist\u00e8re, et le d\u00e9passant un peu \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, semblant le dominer, la moiti\u00e9 du portail de l&rsquo;\u00e9glise<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">h\u00f4tel<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">la grande porte de bronze est ouverte, deux hommes en uniforme sont plant\u00e9s dans l&rsquo;entr\u00e9e, saluer le souvenir de ses sculptures avec la fiert\u00e9 de qui sait leur beaut\u00e9, suivre le c\u00f4t\u00e9 gauche de la place qui, pass\u00e9 le porche de l&rsquo;\u00e9glise, du D\u00f4me, prend le nom de la piazza del Duomo et s&rsquo;\u00e9largit en une courbe qui en \u00e9pouse l&rsquo;ampleur du transept et du choeur, guetter les num\u00e9ros, d\u00e9passer une superbe porte sculpt\u00e9e, d&rsquo;autres plus ordinaires mais de belles dimensions en jetant de temps en temps des coups d&rsquo;oeil sur la droite pour me remettre en m\u00e9moire les panneaux de marbre qui maintiennent la joie d&rsquo;\u00eatre l\u00e0, r\u00e9aliser tout d&rsquo;un coup que je me trompe, revenir au d\u00e9but de la courbe, et un peu avant la fin de la partie rectiligne qui suit la nef trouver au c\u0153ur d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;arcades de pierre encadrant des vitrines de boutiques, \u00e0 la base d&rsquo;une fa\u00e7ade ocre, celle qui ouvre sur un couloir sombre, courber la nuque, lever les yeux, voir le nom de l&rsquo;h\u00f4tel s&rsquo;\u00e9taler au dessus de la deuxi\u00e8me rang\u00e9e de fen\u00eatres<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ascenseur<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">d\u00e9couvrir que cet h\u00f4tel trois \u00e9toiles n&rsquo;occupe que les troisi\u00e8me, quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me \u00e9tages de l&rsquo;immeuble, que le bureau se situe au quatri\u00e8me et, en me dirigeant vers l&rsquo;ascenseur avoir l&rsquo;impression de remonter le temps et de revenir vers l&rsquo;humble et charmante pension de mon premier voyage \u00e0 laquelle on acc\u00e9dait par un grand ascenseur, croire reconna\u00eetre la grille, h\u00e9siter devant les boiseries, me demander si l&rsquo;h\u00f4tel n&rsquo;est pas une extension et r\u00e9fection par des h\u00e9ritiers ou repreneurs de ma presque amie que j&rsquo;avais remerci\u00e9e par un bouquet de violettes, qui m&rsquo;avait offert en retour un mouchoir brod\u00e9&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">chambre et fen\u00eatre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">la chambre est minuscule et je souris au retour de l&rsquo;exigu\u00eft\u00e9 de la chambre d&rsquo;alors, accentu\u00e9e encore cette fois par le soin apport\u00e9 \u00e0 son d\u00e9cor&#8230; je dis adieu \u00e0 la cellule dont les murs \u00e9voquaient la chaux, \u00e0 la tablette se rabattant, \u00e0 la seule chaise au si\u00e8ge de paille et dossier de noyer na\u00efvement ouvrag\u00e9, ici ce sont des boiseries, une penderie au pied du lit, un bureau pos\u00e9 sur des tiroirs face au lit, si pr\u00e8s que la chaise de cuir doit \u00eatre d\u00e9plac\u00e9e pour circuler.. mais si un balcon avec des rideaux remplace la fen\u00eatre carr\u00e9e, si la douche n&rsquo;est pas ce creux dans le sol et cette pomme au plafond, dans un recoin \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre de mon ancien asile mais un petit local cloisonn\u00e9, l&rsquo;essentiel est que, comme alors, on prend dans les yeux en entrant le d\u00f4me.. et je sais en ouvrant les battants que ce n&rsquo;est pas le m\u00eame immeuble car il est l\u00e0 mais un peu plus loin, et sous un angle diff\u00e9rent, moins intimement pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>#Bergounioux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-blue-color has-text-color wp-block-paragraph\"><strong>Sous les voutes de la salle \u00e0 rez de jardin, les yeux flottant avec d\u00e9sir de s&rsquo;en abstraire sur la terre d\u00e9tremp\u00e9e et sur les restes de neige subsistant sur les divers conif\u00e8res dont j&rsquo;oubliais toujours les noms, tu te souvenais d&rsquo;un cabotage sur une vieille coque le long des c\u00f4tes de l&rsquo;Ionie ou du bateau qui attendait ton plaisir dans le port de Saint Martin et quand tu t&rsquo;es retourn\u00e9 vers moi j&rsquo;ai commenc\u00e9 par soupirer soi grand \u00e9tait mon regret de la mer de mon enfance et parce que, si les cadres de tes navigations pass\u00e9es n&rsquo;avaient pas trop chang\u00e9s | \u00e0 vrai dire j&rsquo;avais grande crainte que ce ne soit pas le cas | j&rsquo;\u00e9tais certaine que mes petits paradis soient de nos jours envahis et leur qui\u00e9tude malmen\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y avait bien les Vauriens et les As-M\u00e9diterran\u00e9e (ces d\u00e9riveurs qui n&rsquo;existent plus depuis longtemps, dont nous avons connu les derniers) pour les petites balades, la p\u00eache \u00e0 la palangrotte ou pour nous servir de ponton devant les plages, \u00e0 l&rsquo;abri des allong\u00e9s, mais les petites vir\u00e9es d&rsquo;un ou deux jours \u00e9taient assez rares pour rester comme des petits ilots de r\u00eave, il y fallait le pr\u00eat du bateau d&rsquo;un ami ou la location au Club Nautique de la Marine par mon p\u00e8re de l&rsquo;un des deux longs et \u00e9troits quillards de construction allemande je crois, aussi beaux que peu confortables, qui me ravissaient. Ce fut sur l&rsquo;un d&rsquo;eux, une ann\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e des vacances, la premi\u00e8re fois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce fut un matin d&rsquo;effervescence o\u00f9 celui qui s&rsquo;attardait trop, tartine en main, sur le balcon, pour regarder la mer, ou monopolisait trop longuement la salle de bains d\u00e9clenchait des protestations lanc\u00e9es par des voix enfl\u00e9es dans les aigus, o\u00f9 notre m\u00e8re qui s&rsquo;\u00e9tait sacrifi\u00e9e ou avait autres projets harcelait avec douceur aussi insistante que souriante le retardataire, o\u00f9 on a v\u00e9rifi\u00e9 trois fois les sacs et les couffins, sans oublier les boites de cassoulet qu&rsquo;avait pr\u00e9conis\u00e9es le p\u00e8re et qui sont revenues intactes, o\u00f9 finalement la vieille 203 a d\u00e9marr\u00e9 salu\u00e9e par un adieu maternel et un salut amical d&rsquo;un ou deux amis. Ce fut la fiert\u00e9 de fouler le ponton de bois charg\u00e9s de notre attirail, des sacs de voiles r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s et de trois ou quatre immenses sandwichs de marin achet\u00e9s \u00e0 un kiosque devant la porte de l&rsquo;Arsenal parce que la mer \u00e7a donne faim. Ce fut s&rsquo;affairer, ranger, gr\u00e9er, v\u00e9rifier, calmes et appliqu\u00e9s sous les directives souriantes de notre p\u00e8re, ce furent mes yeux grimpant le long des haubans selon un petit rite personnel me reliant aux matins de p\u00eache en Vaurien, ce fut le soin que chacun mettait \u00e0 ne pas rester le dernier \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de peur de ne jamais pouvoir en sortir \u00e0 cause des \u00ab&nbsp;puisque tu es en bas, tu peux&#8230;&nbsp;\u00bb. Ce fut enfin le matelot d\u00e9tachant les amarres, une fille les rangeant, le fr\u00e8re fier de se pencher pour d\u00e9border, notre appareillage dans le toussotement du moteur, en passant en revue les bateaux les plus proches, se tordant le cou pour voir si quelqu&rsquo;un nous suivait des yeux depuis le pont du Foch ou de je ne sais plus quel \u00e9tait le porte-avion de l&rsquo;\u00e9poque. Ce fut avant de passer la grande passe, hisser les voiles devant la pointe de la Piastre, regarder les voiles fr\u00e9mir et p\u00e9n\u00e9trer dans la grande rade en chantant faux \u00ab&nbsp;C&rsquo;est en passnt sur l&rsquo;pont de Morlaix&nbsp;\u00bb. Ce fut \u00e9voquer avec mon p\u00e8re \u00ab&nbsp;le fr\u00e8re de la c\u00f4te&nbsp;\u00bb de Conrad qu&rsquo;il m&rsquo;avait fait lire en voyant Escampo-Barriou, passer le Grand Ribaud, saluer l&rsquo;Estagnol et la plage de la maison de p\u00eache de Br\u00e9gan\u00e7on au loin en d\u00e9passant les M\u00e8des \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de Porquerolles, laisser dans le sud l&rsquo;\u00eele de Bagaud, la baie de La Palue, la pointe de la Gal\u00e8re, regarder avec horreur l&rsquo;\u00eele du Levant et dans un silence \u00e9merveill\u00e9 p\u00e9n\u00e9trer dans la baie de Port Man, heureux de constater qu&rsquo;elle n&rsquo;abritait que deux autres bateaux, et mouiller \u00e0 la limite des mattes et de l&rsquo;herbier. D\u00eener dans la paix, appr\u00e9cier la discr\u00e9tion de la musique provenant d&rsquo;une coque noire \u00e0 bonne distance, baisser la voix et en sourire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce fut avant le petit-d\u00e9jeuner se laisser couler le long de la coque, le d\u00e9lice du contact de l&rsquo;eau fraiche et appeler les autres \u00e0 me rejoindre, partag\u00e9e entre le bonheur de la beaut\u00e9 transparente de l&rsquo;eau et la crainte en sentant l&rsquo;immensit\u00e9 de la vie sous ma petitesse. Ce fut une matin\u00e9e de rires en se faisant hisser \u00e0 bord pour replonger, en jouant comme des jeunes chiots, en nous disputant juste autant que n\u00e9cessaire. Ce fut le plaisir de contempler en silence, assise sur la plage avant, la beaut\u00e9 qui enserrait notre abri. Ce fut un apr\u00e8s-midi de voile avant de gagner, pour la deuxi\u00e8me et la derni\u00e8re nuit, la rade et le port de Port-Cros apr\u00e8s le d\u00e9part du dernier bateau vers la Tour Fondue, emportant les touristes du jour. Ce fut le plaisir inattendu d&rsquo;entendre notre p\u00e8re nous inviter \u00e0 d\u00eener dans le petit restaurant. Ce fut mon premier et dernier pastis et la houle dans ma t\u00eate. Ce fut nous prendre pour des princes d\u00e9bonnaires en regardant la paix du port. Ce fut la nuit douce, gliss\u00e9e dans la couchette-cercueil, et le retour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>#8  Quintane_Colomb<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"234\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-le-8-1-1-420x234.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-117723\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-le-8-1-1-420x234.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-le-8-1-1-1024x572.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-le-8-1-1-768x429.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-le-8-1-1-1536x857.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-le-8-1-1-2048x1143.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-blue-color has-text-color wp-block-paragraph\"><strong>La p\u00e2leur d&rsquo;avant-nuit glisse par la fen\u00eatre, dans nos tasses ce n&rsquo;est pas du th\u00e9 au jasmin mais du Caravane parce que j&rsquo;ai choisi, tu fais une grimace, tu te l\u00e8ves ajoute une goutte de whisky, un peu de sucre roux, tu dis \u00ab&nbsp;j&rsquo;ai rencontr\u00e9 beaucoup de gens, qui m&rsquo;ont plu ou non, que j&rsquo;ai cherch\u00e9 \u00e0 conna\u00eetre ou qui me sont indiff\u00e9rents, qui se cachaient bien, ou dont je ne le retenais et ils ne donnaient que l&rsquo;imm\u00e9diatement n\u00e9cessaire, les jours de r\u00eavasserie je m&rsquo;imagine que \u00e7a aurait pu \u00eatre&#8230; par exemple ton bonhomme de Saintes..&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">l n&rsquo;\u00e9tait pas mien et ce n&rsquo;\u00e9tait pas un bonhomme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais moi je suis curieuse. Suis curieuse mais j&rsquo;ai horreur des inquisiteurs, assez pour me refuser \u00e0 l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Quand nous nous sommes rencontr\u00e9s devant les chapiteaux je lui ai tout de m\u00eame dit mon nom et demand\u00e9 le sien,. Il m&rsquo;a r\u00e9pondu \u00ab&nbsp;Idir&nbsp;\u00bb et puis \u00e0 bouche entrouverte et un peu tordue&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e7a veut dire destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre libre, sais pas si&#8230;&nbsp;\u00bb et nous avons regard\u00e9 le moutonnement des dos d&rsquo;animaux.<\/li>\n\n\n\n<li>En repartant vers l&rsquo;autre rive, pour me pr\u00e9parer au concert du soir je me demandais quel \u00e9tait le pays o\u00f9 on pouvait s&rsquo;appeler \u00ab&nbsp;Idir, destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre libre&nbsp;\u00bb et j&rsquo;\u00e9tais vex\u00e9e que mon pr\u00e9nom n&rsquo;ait d&rsquo;autre sens que d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 celui d&rsquo;une sainte, reine, m\u00e8re et nordique..<\/li>\n\n\n\n<li>Il \u00e9tait assez petit Idir, muscl\u00e9 sans exc\u00e8s, enfin pas comme un qui a voulu l&rsquo;\u00eatre.<\/li>\n\n\n\n<li>L&rsquo;avait la parole br\u00e8ve, Idir, des gros sourcils, un cr\u00e2ne rond qui se d\u00e9garnissait, une petite cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es.<\/li>\n\n\n\n<li>Timidit\u00e9 affich\u00e9e et sans doute r\u00e9cente. Mais une autorit\u00e9 ancienne qui transparaissait.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu as un sourire d&rsquo;ironie douce pour dire : \u00ab&nbsp;on ne dira pas que tes recherches t&rsquo;ont beaucoup \u00e9clair\u00e9e&nbsp;\u00bb \u2013 \u00ab&nbsp;oh un peu davantage tout de m\u00eame&#8230; j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 honteusement inquisitrice, j&rsquo;avoue qu&rsquo;il m&rsquo;int\u00e9ressait, alors j&rsquo;ai eu l&rsquo;audace extr\u00eame (l\u00e0, tu ris) de l&rsquo;interroger lorsque le lendemain nous sommes all\u00e9s, comme pr\u00e9vu, tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9, nous asseoir sur les pierres us\u00e9es de l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre gallo-romain&#8230; de quel pays venait ce pr\u00e9nom (sur lequel absurdement je tr\u00e9buchais un peu)&#8230; et dans l&rsquo;assez court trajet, rebondissant sur ses r\u00e9ponses pour m&rsquo;aider \u00e0 comprendre mais sans vraiment vouloir poser question directe s&rsquo;appliquant lui, plut\u00f4t pour humer un peu de la civilisation proche et autre qu&rsquo;il incarnait, j&rsquo;ai appris<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>qu&rsquo;il \u00e9tait Albanais<\/li>\n\n\n\n<li>Non pas vraiment proche de mon ami Croate ou dalmate, plus au sud de la fronti\u00e8re<\/li>\n\n\n\n<li>La ferme de son p\u00e8re, reprise par son fr\u00e8re, l\u00e0 o\u00f9 avait grandi \u00e9tait entre une vieille ville qu&rsquo;il disait la plus belle du pays, bien entendu, et la c\u00f4te<\/li>\n\n\n\n<li>Sa femme, elle | celle qui l&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 un temps, qui l&rsquo;\u00e9tait toujours \u2026 l\u00e0 sa voix s&rsquo;est \u00e9vanouie dans l&rsquo;air | avait une boutique de modes en ville<\/li>\n\n\n\n<li>non lui n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 la ferme ni en ville, ou en passant<\/li>\n\n\n\n<li>en fait pendant les dix derni\u00e8res ann\u00e9es il \u00e9tait steward sur un bateau qui faisait la bavette entre Vlora et Brindisi<\/li>\n\n\n\n<li>et puis&#8230; mais l\u00e0 nous nous nous sommes int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la forme de l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre&#8230;<\/li>\n\n\n\n<li>simplement en rentrant j&rsquo;ai fait la connaissance du cur\u00e9, je l&rsquo;ai revu \u00e0 un concert, nous \u00e9tions un peu amis \u00e0 cause de lui, Idr, et il m&rsquo;a dit sans vraiment me dire que c&rsquo;\u00e9tait si facile pour les jeunes d&rsquo;arrondir les revenus du m\u00e9nage en louvoyant un peu \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du chemin dret, mais plus difficile et dangereux, y compris pour sa famille, d&rsquo;y revenir<\/li>\n\n\n\n<li>je ne sais pas ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Idr, peut-\u00eatre est il violoneux quelque part comme il le r\u00eavait<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>#9 &#8211; histoires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-blue-color has-text-color wp-block-paragraph\"><strong>Tu disais je rencontre partout des gens \u00e9tonnants et pleins d&rsquo;histoires dr\u00f4les, tristes, int\u00e9ressantes, toi tu ne les \u00e9coutes pas ou tu oublies parce que tu ne t&rsquo;int\u00e9resses pas \u00e0 eux, je disais que si, tu riais en pr\u00e9tendant que j&rsquo;en \u00e9tais inconsciente, j&rsquo;arguais que ce qui m&rsquo;\u00e9tait racont\u00e9 ne m&rsquo;appartenait pas, tu as r\u00e9pondu que je m&rsquo;inventais une mauvaise raison, alors&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A l&rsquo;h\u00f4tel du D\u00f4me, le second matin, comme je rappelais, en \u00e9changeant quelques mots de courtoisie vide avec l&rsquo;homme responsable de l&rsquo;accueil, le souvenir de la petite pension de famille o\u00f9 j&rsquo;avais pass\u00e9 si belles journ\u00e9es pr\u00e8s de trente ans plus t\u00f4t, le gardien\/liftier qui traversait le hall s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 en disant \u00ab&nbsp;oh chez ma tante&nbsp;?&nbsp;\u00bb et m&rsquo;a racont\u00e9 qu&rsquo;il l&rsquo;avait aid\u00e9e un temps \u00e0 tenir ces quelques chambres, son appartement devenu trop grand \u00e0 la mort de son mari (l&rsquo;\u00e9tait encombrant avec ses livres, ses notes et il avait m\u00eame fait un atelier de menuiserie dans une pi\u00e8ce o\u00f9 il bricolait des trucs parfaitement inutiles) mais elle n&rsquo;\u00e9tait pas faite pour \u00e7a, alors finalement elle a vendu \u2013 c&rsquo;\u00e9tait deux maisons plus loin, la vue sur le D\u00f4me \u00e9tait plus serr\u00e9e \u2013 oui je me souvenais bien \u2013 elle est partie au village pr\u00e8s de Chianti, mais lui, gr\u00e2ce \u00e0 elle, il a appris ce qu&rsquo;il ne fallait pas faire et l\u00e0 il a ri sans m\u00e9chancet\u00e9&#8230; moi, l&rsquo;\u00e9coutant, je ren\u00e2clais int\u00e9rieurement contre ce jugement condescendant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La nuit \u00e9tait l\u00e0, le D\u00f4me n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;une pr\u00e9sence plus sombre derri\u00e8re la fen\u00eatre entrouverte et le bruit de la place s&rsquo;\u00e9tait \u00e9teint, assise sur le lit je retrouvais Dante au Paradis et il parlait des douces notes de voix diverses et dans \u00ab&nbsp;cette pr\u00e9sente perle&nbsp;\u00bb de la lumi\u00e8re de Romieu et de la m\u00e9chancet\u00e9 des Proven\u00e7aux et, comme j&rsquo;\u00e9tais intrigu\u00e9e et d\u00e9sireuse de le conna\u00eetre, Jacqueline Rosset, merci \u00e0 elle et qu&rsquo;elle me pardonne si ne la cite pas exactement, n&rsquo;ai pas retenu pr\u00e9cis\u00e9ment ses mots, m&rsquo;a racont\u00e9 l&rsquo;histoire de Romieu de Villeneuve ministre et s\u00e9n\u00e9chal du comte de Provence qui fut tuteur des filles de celui-ci apr\u00e8s sa mort, veilla \u00e0 les marier dignement et assurer leur avenir, mais fut accus\u00e9 par des seigneurs proven\u00e7aux, vils jaloux, d&rsquo;avoir mal g\u00e9r\u00e9 les biens de son ma\u00eetre, ou pire, et s&rsquo;en alla en p\u00e8lerin on ne sait o\u00f9, errant sans qu&rsquo;on n&rsquo;entende plus parler de lui, ce qui lui valu la tendresse de l&rsquo;\u00e9ternel exil\u00e9 Dante Alighieri.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"284\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-le-9-b-1-1-420x284.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-117961\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-le-9-b-1-1-420x284.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-le-9-b-1-1-1024x692.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-le-9-b-1-1-768x519.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-le-9-b-1-1-1536x1038.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-le-9-b-1-1-2048x1384.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Histoire ancienne dont les m\u00e9chants et les bons avaient depuis longtemps disparu, comme ceux dont, assis dans l&rsquo;herbe au dessus des gradins reconstitu\u00e9s, face aux superstructures lanc\u00e9es vers le haut de la cuvette de l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre, aux Saintes, Idir avait choisi de me parler, pour \u00e9viter sans doute de me raconter sa propre histoire, se bornant \u00e0 dire sa rencontre d&rsquo;un nom r\u00e9pandu dans son village \u00ab&nbsp;au pays en Albanie, chez mon p\u00e8re&nbsp;\u00bb sur l&rsquo;enseigne d&rsquo;un boulanger \u00e0 Brindisi de la Montagne, un peu au nord d&rsquo;Albano di Lucania o\u00f9 l&rsquo;avait invit\u00e9, chez ses parents, un de ses amis embarqu\u00e9 avec lui sur la navette Brindisi\/Vlora, et sa d\u00e9couverte, lui l&rsquo;ancien \u00e9l\u00e8ve r\u00eaveur que n&rsquo;int\u00e9ressait pas l&rsquo;histoire de son peuple, les grands d\u00e9parts d&rsquo;Albanais au cours de ces si\u00e8cles de luttes et d&rsquo;occupations diverses et surtout sous le joug des ottomans et, parmi les derniers, des gr\u00e9co-catholiques de sa province qui avaient fond\u00e9 au seizi\u00e8me si\u00e8cle ce gros bourg allong\u00e9 sur une cr\u00eate, et il parlait des maisons serr\u00e9es au dessus de vall\u00e9es, de la ruine d&rsquo;un ch\u00e2teau, des \u00e9glises belles et humbles et il a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9voquer cet homme qui portait un nom familier et qui avait b\u00e2ti ici une maison, la plus belle bien entendu, pourquoi pas puisqu&rsquo;il l&rsquo;inventait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>#10 \u2013 3 \u00ab&nbsp;cartes postales&nbsp;\u00bb et un<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-blue-color has-text-color wp-block-paragraph\"><strong>Tu as souri et pos\u00e9 une petite enveloppe kraft sur la table. \u00ab&nbsp;je t&rsquo;ai presque toujours envoy\u00e9 des carte postales de mes voyages parce que je savais que tu aimais \u00e7a. Je ne sais pas si tu les as gard\u00e9es, je ne pense pas. Toi tu n&rsquo;\u00e9tais pas tr\u00e8s carte postale, mais il t&rsquo;arrivait de partir avec un appareil et j&rsquo;ai retrouv\u00e9 une fois dans la chambre que tu avais occup\u00e9e chez nous cette enveloppe oubli\u00e9e de tirages, il y a une trentaine de photos et je ne comprends pas toujours pourquoi diable tu les as prises&nbsp;\u00bb tu les as sorties, m\u00e9lang\u00e9es, tu en as sorties trois. \u00ab&nbsp; c&rsquo;est chez toi qu&rsquo;elles \u00e9taient, les ai fait re-tirer&#8230; et jet\u00e9es dans mon d\u00e9m\u00e9nagement..&nbsp;\u00bb et puis \u00ab&nbsp;ne sais pas non plus pourquoi, parce que j&rsquo;\u00e9tais fatigu\u00e9es ou pour la lumi\u00e8re, ou&#8230;&nbsp;\u00bb j&rsquo;ai cherch\u00e9 un lien entre ces images hors du plaisir des all\u00e9es courbes, des balustrades dans lequel je trouvais ce qui les unissait<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"235\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-10-A-1-420x235.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-118265\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-10-A-1-420x235.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-10-A-1-1024x573.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-10-A-1-768x430.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-10-A-1-1536x860.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/pour-10-A-1-2048x1146.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une petite foule, au centre, que la perspective ferm\u00e9e par une ouverture sur un ciel pur, une coupole, des toits, enserre peu \u00e0 peu entre, sur la gauche, le coin d&rsquo;un b\u00e2timent massif derri\u00e8re le haut d&rsquo;une rampe montant le long de son soubassement pour rejoindre en une courbe large comme le serait une branche d&rsquo;un escalier d&rsquo;honneur le niveau de l&rsquo;all\u00e9e o\u00f9 sont les personnages, et, sur la droite, le mur de sout\u00e8nement, bord\u00e9 par une balustrade de belle facture, d&rsquo;une terrasse portant au premier plan la fin de gradins de marbre suivis par un grand pin qui se penche vers l&rsquo;all\u00e9e, comme pour bloquer la petite colline de terre et la haie qui lui font suite.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"263\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/por-10-B-1-420x263.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-118268\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/por-10-B-1-420x263.png 420w, 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suivie par les gradins de marbre d&rsquo;un amphith\u00e9\u00e2tre, ponctu\u00e9s de vasques portant des statues sous des niches devant des arbustes domin\u00e9s par des arbres \u2013 sur la gauche, sous un petit mur sur lequel une femme s&rsquo;appuie, monte une all\u00e9e en large courbe depuis une terrasse inf\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"262\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/por-10-C-1-420x262.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-118269\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/por-10-C-1-420x262.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/por-10-C-1-1024x638.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/por-10-C-1-768x479.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/por-10-C-1-1536x957.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/por-10-C-1-2048x1276.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une image complexe dont le coin en bas \u00e0 gauche est barr\u00e9 par un muret qui rencontre le mur d&rsquo;un tr\u00e8s profond foss\u00e9 sous un lointain de nobles b\u00e2timents et d&rsquo;arbres domin\u00e9 par un nuage blanc sur bleu. Au tiers de l&rsquo;image en partant de la gauche s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve un large avant-corps de palais (quatre trav\u00e9es entre pilastres au bossage vermicul\u00e9 surmont\u00e9s de colonnes de m\u00eame style) s&rsquo;ouvrant dans l&rsquo;ombre sur une terrasse qui s&rsquo;avance un peu sur un mur aux profondes niches ou baies arrondies, orn\u00e9e en pleine lumi\u00e8re par une grande fontaine de marbre blanc au grand bassin et aux deux vasques superpos\u00e9es orn\u00e9s de dauphins, semble-t-il et de putti joueurs<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un homme plant\u00e9 au centre de la premi\u00e8re photo, regardant alternativement l&rsquo;all\u00e9e qui monte et sa montre et tirant nerveusement sur une cigarette \u2013 le moment o\u00f9 il verrait devant un panneau indicatif sous la terrasse et le pin la fine silhouette attendue \u2013 sa petite grimace | jetant et \u00e9crasant sa cigarette avant de se pencher pour la r\u00e9cup\u00e9rer | en voyant l&rsquo;adolescent qui accompagne la jeune femme. Il les rejoindrait \u2013 d\u00e9poserait le m\u00e9got dans un cendrier de fonte \u2013 les guiderait devant le centre du palais, la fontaine de marbre par del\u00e0 la broderie de buis du foss\u00e9, insistant pour que le regard du gar\u00e7on suive bien ses directives, regardant, lui, avec reproche la jolie nuque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">images provenant de Google street view<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Devant le jardin muet de l&rsquo;hiver o\u00f9 il n&rsquo;y a que de la terre qui s&rsquo;effrite, des graviers enfonc\u00e9s sous des pluies pass\u00e9es, de la poussi\u00e8re, des racines, des branches nues port\u00e9es par la vie cach\u00e9e des troncs, des murets et des restanques, bien chaudement v\u00eatus, assis \u00e0 l&rsquo;abri du vent, sous la tonnelle d\u00e9garnie, devant les arcades portant le <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/jetais-ou-je-serais-prologue\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># le double voyage | \u00e9vasions pass\u00e9e ou imaginaire<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":95,"featured_media":118265,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4095,4107,4111,4129,4157,4168,4221,4247,4272,4317,4336,4094],"tags":[],"class_list":["post-111759","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-00_prologue","category-01_la_nuit_d_avant","category-02_arrivee_dans_la_ville","category-03_michaux_impossible_retour","category-04_cortazar","category-05_bouvier","category-06_calvino","category-08_bergounioux","category-08_quintane_colomb","category-09_wittig","category-10_street_view","category-le_double_voyage-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111759","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/95"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=111759"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111759\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/118265"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=111759"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=111759"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=111759"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}