{"id":11184,"date":"2019-08-23T09:34:10","date_gmt":"2019-08-23T07:34:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=11184"},"modified":"2019-08-23T09:34:11","modified_gmt":"2019-08-23T07:34:11","slug":"toiles-daraignee-de-piano-et-de-memoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/toiles-daraignee-de-piano-et-de-memoire\/","title":{"rendered":"Toiles d&rsquo;araign\u00e9e , de piano et de m\u00e9moire"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/20190822_170922-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11185\" width=\"350\" height=\"263\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/20190822_170922-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/20190822_170922-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/20190822_170922-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>La peur des toiles d\u2019araign\u00e9e cantonne le souvenir aux angles, aux coins, aux niches sombres. Retisser une maison \u00e0 partir de l\u00e0. Angoisse des toiles d\u2019araign\u00e9e. Curieuse simplicit\u00e9 ext\u00e9rieure\u00a0:\u00a0\u00a0un fil \u00e0 linge comme unique d\u00e9coration de jardin,-seul fil non suspect- pas de fioritures,  potager minimaliste, petite all\u00e9e, courte, au milieu d&rsquo;une pelouse sans charme mais toujours impeccable. La traverser et rentrer malgr\u00e9 la crise, -une heure de route \u00e0 pleurnicher, la toile commen\u00e7ait \u00e0 se filer dans l\u2019esprit apeur\u00e9 de l&rsquo;enfant une fois Vienne pass\u00e9e -rejoindre\u00a0\u00a0sa chambre en balayant du regard les angles, tous les angles. Trouver le\u00a0\u00a0r\u00e9confort temporaire du\u00a0\u00a0gros \u00e9dredon\u00a0\u00a0et de l\u2019\u00e9pais oreiller qui avaient sans doute conduit \u00e0 associer ce lieu aux\u00a0\u00a0petits pois, rapport \u00e0 la princesse, s\u00fbrement. Rapprochement flou mais tenace. Pourtant dans la cuisine pas de petits pois, seulement de la tarte aux prunes avec toujours la m\u00eame p\u00e2te, sabl\u00e9e et pas trop beurr\u00e9e. Rien de trop, comme la maison. De la route on la devinait ais\u00e9ment, elle n\u2019\u00e9tait pas vraiment cach\u00e9e, pas d\u2019all\u00e9e interminable, quelques gravillons quand m\u00eame pour faire propret, pas d\u2019arbres d\u00e9mesur\u00e9ment imposants, ces privil\u00e8ges-l\u00e0 sont r\u00e9serv\u00e9s aux grandes demeures bourgeoises, ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019id\u00e9e. Institutrice la\u00efque \u2013elle insistait toujours sur ce point, l\u2019arri\u00e8re grand-m\u00e8re. Maison simple, quoique secondaire,\u00a0\u00a0pas de luxe, pas de trop, mais un piano. Droit, noir, clavier jauni &#8211; un peu comme elle, dos toujours impeccablement maintenu, couleurs sombres, dents de vieille dame, jaunies aussi-, mais lui, son charme, c\u2019\u00e9tait cette protection rouge et or sur les touches, en feutre. Plaisir d\u2019ouvrir le capot et de\u00a0\u00a0soulever cette robe rouge \u00e0 liser\u00e9 dor\u00e9\u00a0: le lever du silence, soulever le drap,\u00a0\u00a0d\u00e9licatement, la princesse endormie c\u2019\u00e9tait un peu lui finalement. Ce piano, il n\u2019avait pas sa pi\u00e8ce, pas sa place, pas d\u2019espace, cal\u00e9 dans le hall qui s\u2019ouvrait sur les diff\u00e9rentes chambres,\u00a0\u00a0comme honteux d\u2019\u00eatre l\u00e0. Pas le droit \u00e0 une chambre le piano, un peu \u00e0 tous et \u00e0 personne, pos\u00e9 l\u00e0, au carrefour d\u2019une maison de plain-pied, simple, pas clinquante, celle de l\u2019institutrice la\u00efque,\u00a0\u00a0la veuve du contr\u00f4leur des imp\u00f4ts. Lui, il para\u00eet qu\u2019il avait son coin, l\u00e0-bas au fond du jardin, une remise plut\u00f4t grande, avec un\u00a0\u00a0\u00e9norme ballon d\u2019eau chaude, sorte de monstre qui habitait d\u00e9sormais tout seul cette partie de la r\u00e9sidence et qui r\u00e9gnait sur toutes sortes d\u2019outils inconnus. Ronron d\u2019une machinerie dont plus personne ne s\u2019occupait. Oui parce que lui, il \u00e9tait mort dans son sommeil\u00a0\u00a0et il para\u00eet m\u00eame qu\u2019il avait perdu un orteil, comme \u00e7a, dans le lit, d\u00e9tach\u00e9 l\u2019orteil, trop fum\u00e9 le contr\u00f4leur des imp\u00f4ts. L\u2019orteil, les toiles d\u2019araign\u00e9e, cela pesait lourd dans l\u2019imagination de la petite fille de cinq ou six ans. Cette histoire envahissait la pi\u00e8ce, l\u2019odeur du mort, alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas mort ici, mais dans son lit, l\u00e0 bas, \u00e0 la grande ville. Etrange co\u00efncidence\u00a0: avoir visit\u00e9, \u00e9tudiante,\u00a0\u00a0l\u2019appartement du mort, cinquante ans apr\u00e8s qu\u2019il se soit \u00e9teint,  dans la r\u00e9sidence principale, \u00e0 la ville. 152 cours Albert Thomas. 4<sup>\u00e8me<\/sup>\u00e9tage, droite. Lieu reconnu \u00e0 cause du carreau fendu dans l\u2019entr\u00e9e. Failli louer sans savoir. Troublant.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour ici,\u00a0\u00a0ils devaient quitter la ville chaque fin de semaine pour la maison de plain- pied, simple,\u00a0\u00a0lieu de retrait pour fonctionnaires modestes. La petite fille n\u2019a pas connu cela, il ne restait plus qu\u2019elle, l\u2019institutrice s\u00e9v\u00e8re, et la maison.\u00a0\u00a0Is\u00e8re.\u00a0\u00a0Odeur de la pogne, d\u00e9go\u00fbt, c\u2019est trop fort, la brioche est g\u00e2ch\u00e9e, alors se m\u00e9fier de toutes les p\u00e2tisseries l\u00e0-bas. Traverser Vienne. Angoisse des toiles d\u2019araign\u00e9es et de l\u2019odeur de fleur d\u2019oranger.\u00a0\u00a0Arriver et se blottir dans\u00a0\u00a0le gros fauteuil en cuir marron, celui aux gros clous, s\u2019amuser \u00e0 les compter parce qu\u2019il n\u2019y avait pas grand chose \u00e0 faire.\u00a0\u00a0Univers marron de haut en bas\u00a0: nature morte peinte par l\u2019institutrice, quelques poires, une pomme, mais pas tr\u00e8s vives les couleurs. Peut-\u00eatre aussi parce que la poussi\u00e8re de la m\u00e9moire s\u2019y est install\u00e9e.\u00a0\u00a0Enlever les toiles.\u00a0\u00a0Marron aussi le chevalet de couture\u00a0: curieuse bestiole sur laquelle l\u2019enfant aurait bien jou\u00e9, mais c\u2019\u00e9tait interdit. Alors il ne restait que le piano.\u00a0\u00a0Jeu autoris\u00e9, un petit peu, ce seul plaisir, juste pour voir la robe rouge, sa toile \u00e0 lui, celle qui ne faisait pas peur. C\u2019est la seule toile qu\u2019il me reste , seule trace de la maison Elle n\u2019est pas dans un coin. Le piano noir a \u00e9t\u00e9 vendu. Je l\u2019ai d\u00e9pos\u00e9e sur mon piano, un piano marron.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La peur des toiles d\u2019araign\u00e9e cantonne le souvenir aux angles, aux coins, aux niches sombres. Retisser une maison \u00e0 partir de l\u00e0. Angoisse des toiles d\u2019araign\u00e9e. Curieuse simplicit\u00e9 ext\u00e9rieure\u00a0:\u00a0\u00a0un fil \u00e0 linge comme unique d\u00e9coration de jardin,-seul fil non suspect- pas de fioritures, potager minimaliste, petite all\u00e9e, courte, au milieu d&rsquo;une pelouse sans charme mais toujours impeccable. 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