{"id":111885,"date":"2023-03-29T11:08:54","date_gmt":"2023-03-29T09:08:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=111885"},"modified":"2023-04-13T15:41:21","modified_gmt":"2023-04-13T13:41:21","slug":"double-voyage-pour-de-vrai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/double-voyage-pour-de-vrai\/","title":{"rendered":"#voyages | au fil de&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#PrologueIsC\" data-type=\"internal\" data-id=\"#PrologueIsC\">#00 D\u00e9m\u00ealer le vrai du faux<\/a><br><a href=\"#nuitavantIsC\">#01 Le fil des nuits d&rsquo;avant<\/a><br><a href=\"#arriv\u00e9evilleIsC\">#02 Le fil pour rejoindre<\/a><br><a href=\"#impossibleretourIsC\">#03 L&rsquo;impossible retour<\/a><br><a href=\"#fairehalteIsC\">#04 Faire halte<\/a><br><a href=\"#lumi\u00e8resIsC\">#05 Retourner vers le Sud<\/a><br><a href=\"#randos\">#06 En marchant<\/a><br><a href=\"#montaiguilleIsC\">#07 Le Mont Aiguille<\/a><br><a href=\"#jardin-IsC\">#08 Jardin plan\u00e9taire<\/a><br><a href=\"#lapartdesanges-IsC\">#10 La part des anges<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-background wp-block-paragraph\" id=\"PrologueIsC\" style=\"background:linear-gradient(182deg,rgb(252,250,250) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\"><strong>#00<\/strong> <strong>D\u00e9m\u00ealer le vrai du faux<\/strong><br>Double voyage, il faudrait pour cela se sentir voyageuse, te sens tu voyageuse\u00a0? Elle pense le contraire se sent plut\u00f4t s\u00e9dentaire, la tranquillit\u00e9 de la maison et du banc dans le jardin, r\u00eaver devant le potager en prenant son caf\u00e9, regarder la capucine s\u2019emm\u00ealer au pois de senteur. Elle tire un premier fil dans l\u2019enchev\u00eatrement des souvenirs qu\u2019elle peut nommer voyages et d\u2019autres suivent sans besoin qu\u2019ils soient convoqu\u00e9s.<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">J\u2019ai march\u00e9 \u00e0 Roscanvel, couru entre les hannetons \u00e0 la tomb\u00e9e du soir<br>J\u2019ai march\u00e9 \u00e0 Saint Jorioz, plong\u00e9 du ponton en bois dans le lac d\u2019Annecy<br>J\u2019ai march\u00e9 \u00e0 Croydon, savour\u00e9 le vinaigre et le sel des fish and chips<br>J\u2019ai march\u00e9 \u00e0 Berlin encore Est, sans oser regarder les militaires arm\u00e9s sur le quai de la gare<br>J\u2019ai march\u00e9 \u00e0 Leer, roul\u00e9 sur un v\u00e9lo hollandais avec mes sabots<br>J\u2019ai march\u00e9 \u00e0 Francfort-sur-l&rsquo;Oder, regard\u00e9 sur l\u2019autre rive la Pologne<br>J\u2019ai march\u00e9 dans Picadilly, achet\u00e9 le pantalon patte d\u2019eph avec des broderies sur les fesses<br>J\u2019ai march\u00e9 dans Lenningrad, frissonn\u00e9 de voir sur la Neva gel\u00e9e les baigneurs plonger dans la glace<br>J\u2019ai march\u00e9 \u00e0 Taha&rsquo;a, cueilli les gousses de vanille encore vertes<br>J\u2019ai march\u00e9 \u00e0 Volubilis, grimp\u00e9 sur les vestiges, restes de mosa\u00efques et colonnes du temple<br>J\u2019ai march\u00e9 \u00e0 Erfoud, entour\u00e9 le ch\u00e8che jusqu\u2019aux yeux, le sable volant partout<br>J\u2019ai march\u00e9 dans Lens le long des corons, souvenir de la fosse n\u00b08<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-normal-font-size wp-block-paragraph\" style=\"font-style:italic;font-weight:500\"><em>Je marche \u00e0 Kamikochi sur les rives de l\u2019\u00e9tang Taisho fils d\u2019un volcan <\/em><br><em>Je marche \u00e0 Suzhou dans le jardin du Ma\u00eetre des Filets \u00e0 la lueur des lanternes <\/em><br><em>Je marche dans la for\u00eat de Waipoua autour de Tane Mahuta l\u2019arbre sacr\u00e9 <\/em><br><em>Je marche dans le Mont-aux-sources envahi par le fracas des chutes de Tugela <\/em><br><em>Je marche \u00e0 Saint Claude jusqu\u2019au sommet de la Soufri\u00e8re dans les vapeurs des fumerolles <\/em><br><em>Je marche \u00e0 Grenade le long des myrtes bien taill\u00e9es de l\u2019Alhambra <\/em><br><em>Je marche \u00e0 Rano Raraku entre les corps des g\u00e9ants de pierre aveugles <\/em><br><em>Je marche dans la neige sur les rives du Lac Louise au loin les lumi\u00e8res de Fairmont Ch\u00e2teau <\/em><br><em>Je marche \u00e0 Nefta \u00e0 l\u2019ombre des palmiers, les dunes au loin et ce qui reste de l\u2019Oued <\/em><br><em>Je marche \u00e0 Natchez sur le port, le fant\u00f4me d\u2019un steamboat glisse sur le Mississipi <\/em><br><em>Je marche \u00e0 Kinvarra sur la gr\u00e8ve, reflet du ch\u00e2teau de Dungory sur la mer<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background wp-block-paragraph\" id=\"nuitavantIsC\" style=\"background:linear-gradient(183deg,rgb(245,242,242) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\"><strong>#01<\/strong> <strong>Le fil des nuits d&rsquo;avant<\/strong><br>Voyager, partir, tu aimes partir? Elle sait bien qu\u2019elle aime penser au d\u00e9part lorsqu\u2019il se profile un peu loin dans le temps, pas encore trop concret, envelopp\u00e9 de tous les possibles et elle sait aussi que plus l\u2019\u00e9ch\u00e9ance se rapproche plus l\u2019envie diminue, le r\u00eave se brouille et il s\u2019agit plus de s\u2019arracher finalement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-paragraph\">La nuit d\u2019avant j\u2019h\u00e9site encore sur le contenu du sac <em>la nuit d\u2019avant je me sens l\u00e9g\u00e8re d\u2019emporter si peu<\/em> la nuit d\u2019avant j\u2019\u00e9gr\u00e8ne le compte \u00e0 rebours jusqu\u2019au d\u00e9part ce qui reste \u00e0 faire \u00e7a va pas tenir <em>la nuit d\u2019avant je r\u00eave que le chat s\u2019est gliss\u00e9 dans ma valise <\/em>la nuit d\u2019avant je me demande s\u2019il neige encore en mai \u00e0 cette altitude <em>la nuit d\u2019avant je traverse ce grand pont pos\u00e9 sur la mer l\u2019eau au ras des fen\u00eatres dans un tunnel transparent \u00e0 moiti\u00e9 immerg\u00e9 <\/em>la nuit d\u2019avant j\u2019ai mal \u00e0 la gorge je cherche un bobard <em>la nuit d\u2019avant sur la plage l\u2019ombre d\u2019une raie glisse dans l\u2019eau transparente juste au bord je la verrai <\/em>la nuit d\u2019avant je m\u2019inqui\u00e8te des chambres qu\u2019il faudra d\u00e9couvrir chaque soir diff\u00e9rentes <em>la nuit d\u2019avant je suis envelopp\u00e9e par les odeurs dans les vapeurs des sources br\u00fblantes je me baignerai dans ces bains d\u2019eau boueuse et fumante <\/em>la nuit d\u2019avant j\u2019imagine mes muscles engourdis au petit matin et mes pieds dans ces chaussures humides <em>la nuit d\u2019avant je savoure comme j\u2019arriverai en avance pour un caf\u00e9 \u00e0 l\u2019a\u00e9roport et pour regarder la foule des d\u00e9parts <\/em>la nuit d\u2019avant je r\u00eave que j\u2019ai oubli\u00e9 de partir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background wp-block-paragraph\" id=\"arriv\u00e9evilleIsC\" style=\"background:linear-gradient(180deg,rgb(247,246,246) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\"><strong>#02<\/strong> <strong>Le fil pour rejoindre<\/strong><br>Et s\u2019il te faut choisir quel voyage te revient porteur de sensations encore intactes, peut-\u00eatre encore plus intenses \u00e0 y repenser \u00a0? Elle tire celui-l\u00e0, plus brillant que les autres, une parenth\u00e8se magique \u00e0 Skopje pour rejoindre sa grande partie former, depuis six mois d\u00e9j\u00e0, sa volontaire jeunesse europ\u00e9enne Elle savoure les \u00e9motions qui sont toujours l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<p class=\"has-white-background-color has-background has-normal-font-size wp-block-paragraph\">On roule sur cette piste sous un soleil voil\u00e9 impossible de me souvenir de la premi\u00e8re fois o\u00f9 j\u2019ai pris l\u2019avion  &#8211;  <em>je marche sur la piste poussi\u00e9reuse sous le soleil, pas solitaires, j\u2019ai dessin\u00e9 l\u2019itin\u00e9raire au feutre sur la carte qui ballote suspendue autour de mon cou<\/em>  &#8211;  d\u00e9collage en cours, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi un homme trop costaud pour le si\u00e8ge, on est secou\u00e9s, \u00e7a s\u2019arr\u00eate mais pas les moteurs, d\u00e9collage, les habitations, les champs s\u2019\u00e9loignent  &#8211;  <em>je traverse des champs de pois chiches (j\u2019en cueille), sortie des nuages au loin une silhouette trouble pos\u00e9e sur l\u2019horizon, pont, toits, tours, mes pieds soul\u00e8vent la poussi\u00e8re<\/em>  &#8211;  plus les pieds sur terre, on ne voit plus que le ciel et l\u2019\u00e9blouissante lumi\u00e8re blanche, l\u2019homme \u00e0 c\u00f4t\u00e9 respire, il a eu peur m\u00eame s\u2019il est grand et costaud, moi aussi  &#8211;  <em>pas peur mais pas beaucoup de semblable \u00e0 quoi me raccrocher, souvenirs de chemins en lacets qui deviennent simples traces jusqu\u2019au col, de sentiers en for\u00eat creux et moussus bord\u00e9s de gros ch\u00eanes, ail des ours, compagnons (sil\u00e8nes dio\u00efques j\u2019aime ce nom) roses et blancs, ici c\u2019est la plaine et la ville au loin comme un mirage<\/em>  &#8211;  la ville dessous c\u2019est Ljubljana, je ne suis pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du hublot, survol de la Slov\u00e9nie, je dois me tordre le cou pour voir les montagnes et la neige, je comprends mal l\u2019anglais du pilote ses \u00ab&nbsp;r&nbsp;\u00bb roul\u00e9s ce serait \u00ab&nbsp;cloudy&nbsp;\u00bb \u00e0 Skopje et 22\u00b0  &#8211;   <em>les nuages se dispersent, la marche lente et r\u00e9guli\u00e8re laisse les pens\u00e9es flotter emp\u00eachant de sentir la fatigue, du flou \u00e9merge la ville sur sa colline, je quitte la piste de terre pour une route pav\u00e9e, dure au pas, les semelles cognent \u00e7a r\u00e9sonne dans le corps, un v\u00e9lo me d\u00e9passe qui tire une carriole remplie de foin<\/em>  &#8211;  sortir de mes pens\u00e9es pour attacher la ceinture, en Mac\u00e9doine je ne vois plus de neige, descente rapide dans les nuages et Skopje en bas encercl\u00e9e de montagnes basses, je pense \u00e0 Grenoble, il doit faire aussi \u00e9touffant dans cette vall\u00e9e, le serpent du Vardar traverse la ville, quadrillage vert, jaune, roux, beige et zones de constructions denses, atterrissage assez brutal, 21\u00b0 \u00e0 l\u2019a\u00e9roport  &#8211; <em> grand soleil et chaleur maintenant, je m\u2019engage sur l\u2019immense pont qui enjambe le fleuve, en face les premi\u00e8res maisons, bois et pierre, potagers, petits murets, pause l\u00e0 au milieu pour regarder passer les barges charg\u00e9es de monceaux de l\u00e9gumes, fruits, \u00e9pices\u2026<\/em>  &#8211;  un taxi me conduit \u00e0 Skopje, sur l\u2019autoroute A4 la circulation est intense, vieux camions d\u00e9fonc\u00e9s et polluants, voitures et m\u00eame mobylettes, on longe des vergers couverts de &nbsp;fruits, des champs cultiv\u00e9s, des constructions h\u00e9t\u00e9roclites, beaucoup de d\u00e9chets divers sur les bas-c\u00f4t\u00e9s, arriv\u00e9e dans le centre par le boulevard Alexandre le Grand (pas fini de le croiser celui-l\u00e0 \u00e0 cheval sur sa statue)  &#8211;  <em>je grimpe les ruelles escarp\u00e9es pour rejoindre le Grand H\u00f4tel dans le vieux quartier de la cath\u00e9drale, sur une petite place tranquille, je rep\u00e8re le caf\u00e9 o\u00f9 je vais pouvoir m\u2019installer demain matin<\/em> &nbsp;&#8211;  j\u2019ai r\u00e9serv\u00e9 une chambre au City Hostel, le taxi me d\u00e9pose, ma chambre sent tr\u00e8s mauvais, un genre d\u2019insecticide qui me prend \u00e0 la gorge, j\u2019ouvre grand la fen\u00eatre qui donne sur l\u2019arri\u00e8re du b\u00e2timent et sur les fen\u00eatres d\u2019autres immeubles, des terrasses toutes proches, je m\u2019installe.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-background wp-block-paragraph\" id=\"impossibleretourIsC\" style=\"background:linear-gradient(170deg,rgb(251,244,244) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\"><strong>#03 L&rsquo;impossible retour<\/strong><br>Et tu as eu peur de ne pas pouvoir revenir dans ton jardin\u00a0? Elle pr\u00e9f\u00e8re s\u00fbrement oublier les bifurcations rencontr\u00e9es, quand elle a h\u00e9sit\u00e9, quand il lui a fallu r\u00e9sister aux mouvements, aux d\u00e9sirs. Elle aime le bon go\u00fbt des regrets.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026elle ne se souvient plus de ses mots.      <em>\u2026chacun doit faire sa part<\/em><br><br>Elle est un peu install\u00e9e dans la ville, elle prend plaisir aux mots \u00e9tranges qui se juxtaposent aux siens, elle les accueille pour leur charme, aussi pour apprivoiser le nouvel environnement.<br><em>Chacun doit faire sa part du grand ouvrage, un collectif bienveillant est l\u00e0 pour s\u2019en assurer, sa part du grand ouvrage chacun doit la tisser jusqu\u2019\u00e0 l&rsquo;ach\u00e8vement. Tu te demandes comment participer au grand ouvrage, tu te demandes aussi pourquoi.<\/em><br>Elle regarde les mots nouveaux s\u2019infiltrer progressivement dans son esprit, s\u2019amuse des proximit\u00e9s &nbsp;\u00ab&nbsp;familia&nbsp;\u00bb,&nbsp; \u00ab&nbsp;tunelot&nbsp;\u00bb, pr\u00e9f\u00e8re le \u00ab&nbsp;semafor&nbsp;\u00bb au feu tricolore. Les gens sont pr\u00e9venants, attentifs \u00e0 ta compr\u00e9hension, r\u00e9p\u00e8tent avec patience.<br><em>Le grand ouvrage doit recouvrir le chemin qui sort de la ville, le grand ouvrage accompagnera les voyageurs. Tu veux bien essayer, chacun doit faire sa part, tu choisis les couleurs, les fils, on te guide, on t&rsquo;entoure, tu commences ton travail, te m\u00ealant chaque matin au collectif tissant.<\/em><br>Elle laisse p\u00e9n\u00e9trer en elle cette langue, elle la trouve douce, savoure les rugosit\u00e9s, s\u2019entraine, elle progresse, les gens la f\u00e9licitent, l\u2019encouragent.<br><em>Tes gestes deviennent pr\u00e9cis, tu as trouv\u00e9 ta place dans le tissage collectif, dans le rythme quotidien. Chaque matin la ville tisse et bruisse des conversations des tissants. Chacun fait sa part, le collectif veille, la ville est paisible.<\/em><br>Elle sent parfois que le nouveau mot vient en premier dans sa bouche, elle se surprend \u00e0 prononcer directement le nouveau mot et doit chercher un peu pour retrouver dans sa m\u00e9moire celui qu\u2019elle pensait d\u00e9finitivement ancr\u00e9.<br><em>Une semaine, des semaines s\u2019\u00e9coulent, chaque jour sur le m\u00e9tier\u2026 Tu as compris qu\u2019il ne faut pas questionner, chacun doit faire sa part, c\u2019est la seule r\u00e9ponse. Tu te demandes encore qui reprendra ton tissage apr\u00e8s ton d\u00e9part, chacun doit faire sa part et finir son ouvrage.<br><\/em>Elle per\u00e7oit une \u00e9trange lutte \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son cerveau, elle veut retrouver cette comptine qui l\u2019a berc\u00e9e, des bribes seulement lui reviennent. Les gens chantent, elle sait qu&rsquo;elle ne pourra plus retrouver son chant.<em><br>Tu n&rsquo;as plus de questions, plus d\u2019interrogations, tu sais que chacun doit faire sa part, c\u2019est la seule r\u00e9ponse. Le collectif n&rsquo;\u00e9voque jamais de la fin de l\u2019ouvrage.<br><\/em>Elle ne r\u00e9siste plus, elle sait que la nouvelle langue efface celle d\u2019origine, elle pense avec les nouveaux mots. Les gens lui parlent sans cesse, font p\u00e9n\u00e9trer dans ses oreilles cette langue qui devient la premi\u00e8re. Elle n\u2019acc\u00e8de plus dans sa m\u00e9moire \u00e0 l\u2019ancienne, elle a perdu le chemin de la langue maternelle.<br><em>C\u2019est le bout du chemin qui signifiera la fin de ton ouvrage. Ils tissent, tu tisses, vous tissez, le grand ouvrage se d\u00e9roule lentement sur le chemin, inexorablement. Le collectif ne remplace pas les tissants, les tissants terminent leur ouvrage. On ne voit pas le bout de ce chemin qui se perd au loin, \u00e0 l\u2019infini.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background wp-block-paragraph\" id=\"fairehalteIsC\" style=\"background:linear-gradient(181deg,rgb(250,248,248) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\"><strong>#04<\/strong> <strong>Faire halte<\/strong><br>Tu te souviens du premier, ton premier voyage, celui que tu peux appeller voyage ? Elle a \u00e9t\u00e9 surprise, il ne s\u2019est pas pr\u00e9sent\u00e9 tout de suite dans la liste, il est venu pourtant comme initial, non organis\u00e9, avec des amies choisies et la libert\u00e9 des jour, des nuits, de l\u2019intendance. Elle aime se demander ce que sont devenues ses compagnes de voyage si proches alors, les seules qui comptaient d\u2019ailleurs, perdues dans le fil du temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Faire halte, souvent une histoire de bagnole, 1973 une Renault 12 vert pomme. <em>1959 une Jaguar MKII 3,8 Opalescent Dark Green.<\/em> On raconte beaucoup d\u2019histoires de bagnoles, de pneus en d\u00e9route, de cardans grin\u00e7ants, de fuites d\u2019huile et de moteurs qui fument. C\u2019est d\u00e9but juillet, autoroute A6 dans la voiture de la tantine, \u00e0 peine plus \u00e2g\u00e9e que les trois gamines qu\u2019elle transporte. <em>On raconte 6 cylindres, suspension douce, bien huil\u00e9e, bien chrom\u00e9e, silencieuse, c\u2019est d\u00e9but juillet je suis presque n\u00e9e.<\/em> D\u00e9part direction Vercors, le Mont Aiguille, les premi\u00e8res vacances entre copines le brevet en poche, c\u2019est la r\u00e9compense. En libert\u00e9 surveill\u00e9e, le droit de camper pas trop loin de chez les parents. <em>D\u00e9part direction Capri ou Rome ou Venise ou Monte Carlo ou Saint Tropez ou Salzbourg ou Amsterdam ou Bruges.<\/em> Tout est pr\u00e9vu, les sandwichs, les bouteilles de soda, les paquets de g\u00e2teaux et de bonbons et le radiocassette \u00e0 piles, il fait tr\u00e8s beau, sensation d\u2019aventure, de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. <em>Tout est pr\u00e9vu, rouler et voir d\u00e9filer les kilom\u00e8tres, se laisser envelopper par une sensation de s\u00e9curit\u00e9, de puissance infaillible. <\/em>Vivre ce moment sans se rendre compte que c\u2019est le bonheur au moins les deux premi\u00e8res heures avant que \u00e7a se g\u00e2te. Un dr\u00f4le de bruit et puis encore et puis en continu et plus le choix que de viser la premi\u00e8re sortie qui se pr\u00e9sente. <em>Vivre ce moment sans se rendre compte que c\u2019est le bonheur, le confort et l\u2019odeur du cuir rouge, la douceur du bois, le plaisir des petites pointes \u00e0 200 et 17 litres aux 100.<\/em> Rejoindre le premier garage \u00e0 Joigny pas loin du grand pont sur l\u2019Yonne. J\u2019sais pas ma p\u2019tite dame, on va voir, j\u2019vous dis, \u00e7a revenez dans une heure. Sur les bords de l\u2019Yonne \u00e0 l\u2019ombre d\u2019une arche de pierre, le piquenique, papoter, rien ne peut venir troubler ce d\u00e9but de vacances. <em>Rien \u00e0 rejoindre, le r\u00eave sert de carburant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-background wp-block-paragraph\" id=\"lumi\u00e8resIsC\" style=\"background:linear-gradient(181deg,rgb(247,247,247) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\">#05 <strong>Retourner vers le Sud<\/strong><br>Tu as eu envie de recommencer parfois, v\u00e9rifier si tout \u00e9tait bien comme dans tes souvenirs ? Elle peut encore allumer das sa t\u00eate les images embarqu\u00e9es l\u00e0, encore ressentir la chaleur, encore respirer les odeurs, encore entendre le bruissement du monde, elle est repartie l\u00e0-bas mais n\u2019a pu retrouver ces \u00e9motions, les souvenirs sont plus forts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Nuit<\/strong><br>Arriver un soir du mois de juillet, il fait presque nuit, halo des lumi\u00e8res de F\u00e8s au loin.<br><strong>Parking<\/strong><br>Se garer avec tous les autres, touristes parmi les touristes, voitures, bus, camping-cars, la remorque bricol\u00e9e que nous trainons avec le Trafic et pourquoi accompagner ce groupe de jeunes ici\u2026mais la lumi\u00e8re.<br><strong>Ruelles<\/strong><br>Suivre les entrelacs de ces ruelles pav\u00e9es, c\u2019est le flot des marcheurs qui d\u00e9cide de notre chemin, aussi les \u00e2nes, les mobylettes\u2026lumi\u00e8re douce.<br><strong>Porte<\/strong><br>Entrer par la Porte Bleue dans la m\u00e9dina, cr\u00e9neaux et mosa\u00efques, fronti\u00e8re toujours ouverte et comme une plong\u00e9e maintenant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, se tenir la main\u2026lumi\u00e8re vive<br><strong>Remparts<\/strong><br>Longer les hauts remparts jaunes dans la poussi\u00e8re\u2026lumi\u00e8re tamis\u00e9e.<br><strong>Escaliers<\/strong><br>Marches de fa\u00efence, rejoindre une terrasse, embrasser toute la ville, se perdre si loin dans la vall\u00e9e\u2026lumi\u00e8re du soleil couchant.<br><strong>F\u00e8s el-Bali<\/strong><br>Se frayer un chemin dans la foule dense, mouvante, bruyante en ce soir de ramadan, le soleil est couch\u00e9. Le plus vieux quartier de F\u00e8s parfum\u00e9 des odeurs de cuisines m\u00e9lang\u00e9es qui s&rsquo;\u00e9chappent de partout\u2026lumi\u00e8re enfum\u00e9e.<br><strong>P\u00e2tisseries<\/strong><br>D\u00e9couvrir la multitude des p\u00e2tisseries aux \u00e9tals des marchands ambulants, les saveurs sucr\u00e9es et \u00e9pic\u00e9es, pistache, oranger, rose, amande et le sucre\u2026 lumi\u00e8re caramel.<br><strong>Miel<\/strong><br>Savourer encore aujourd\u2019hui le go\u00fbt du chabakia brillant, bijou emm\u00eal\u00e9 servi br\u00fblant dans un papier, le miel qui d\u00e9gouline sur les doigts\u2026lumi\u00e8re dor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background wp-block-paragraph\" id=\"randos\" style=\"background:linear-gradient(181deg,rgb(247,247,247) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\"><strong>#07 En marchant<\/strong><br>Sur les randonn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marcher ensemble c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te pendant des heures, des jours, en silence ou en conversant au rythme des pas. Elle me dit qu\u2019elle r\u00e9colte au fil des randonn\u00e9es les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une histoire qu\u2019elle raconte depuis plusieurs ann\u00e9es \u00e0 ses petits-enfants. Elle photographie le creux d\u2019un tronc d\u2019arbre moussu et tordu, parfaite demeure de lutins, une cabane dont il ne reste que le toit, vaisseau pr\u00eat \u00e0 appareiller, elle ramasse des cailloux brillants, des morceaux de bois patin\u00e9s, des herbes \u00e0 s\u00e9cher et elle inventera en rentrant un nouveau chapitre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marcher le jour, s\u2019arr\u00eater le soir dans un lieu chaque jour diff\u00e9rent, ici il \u00e9l\u00e8ve des chevaux dans la campagne bretonne. Le diner se poursuit en veill\u00e9e, la politesse convenue fait place \u00e0 des \u00e9changes plus personnels, les paroles sont plus rares, plus confiantes. Il nous raconte, il a cess\u00e9 son ancien m\u00e9tier d\u2019agriculteur apr\u00e8s la perte de son fils, un cancer, les pesticides, les engrais, il d\u00e9nonce les m\u00eames soci\u00e9t\u00e9s qui fournissent les poisons et les rayons, il est devenu radicalement \u00e9cologiste, combattant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background wp-block-paragraph\" id=\"montaiguilleIsC\" style=\"background:linear-gradient(181deg,rgb(247,247,247) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\">#07 <strong>Le Mont Aiguille<\/strong><br>Est-ce que ce trajet mille fois parcouru reste un voyage, l\u2019as-tu us\u00e9 \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter autant? Elle l\u2019a fait si souvent, elle le fait encore, le point de d\u00e9part a chang\u00e9 avec les ann\u00e9es, au moins chaque ann\u00e9e depuis plus de cinquante ans, parfois deux ou trois fois, parfois en train, en voiture et m\u00eame en avion quand c\u2019\u00e9tait encore possible.<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la rue des \u00c9glantines, \u00e9chantillon parfait du quartier pavillonnaire de banlieue parisienne dans les ann\u00e9es 60, il y a encore beaucoup de terrains non construits. Goudronn\u00e9e et bomb\u00e9e, bord\u00e9e de trottoirs aux bords pav\u00e9s de grosses pierres, on l\u2019empruntait pour aller \u00e0 pied \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire de briques rouges, les chiens nous faisaient sursauter, aboyant brusquement \u00e0 notre passage, accourant du fond des jardins et se jetant sur les grillages.<br>Au num\u00e9ro 7, derri\u00e8re une petite haie de coton\u00e9aster taill\u00e9e basse et le sapin rescap\u00e9 d\u2019un No\u00ebl, se tenait notre maison, rosiers grimpants sur la fa\u00e7ade, une pente ciment\u00e9e s\u2019engouffrait depuis la rue jusqu\u2019au garage situ\u00e9 au sous-sol.<br>On disait on va \u00e0 Grenoble m\u00eame si ce n\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait le terme de notre voyage, la pension de famille qui nous accueillait chaque \u00e9t\u00e9 se trouvait un peu plus au sud, dans le Tri\u00e8ves, avec ses ravioles aux morilles et ses cardons \u00e0 la moelle.<br>Au d\u00e9but, c\u2019est en Citro\u00ebn Ami 8, la 3CV, que nous faisions le voyage, puis en ID toujours Citro\u00ebn, une tradition qui restera pour toutes les voitures des parents. Un monstre mou au long capot avant et cette curieuse fa\u00e7on de prendre son temps pour se lever sur les roues une fois le moteur d\u00e9marr\u00e9, avant qu\u2019il soit possible d\u2019avancer. Je peux encore sentir l\u2019odeur \u00e9c\u0153urante de son int\u00e9rieur associ\u00e9e au balancement \u00e9lastique si particulier de la suspension.<br>Le d\u00e9part se faisait dans la nuit, tr\u00e8s t\u00f4t avant le lever du jour, peut-\u00eatre pour retarder la bagarre entre les trois enfants sur l\u2019ind\u00e9sirable place du milieu ou la d\u00e9limitation de l\u2019espace pour chacun avec jouet ou livre. La nuit du d\u00e9part, l\u2019excitation nous emp\u00eachait de nous endormir t\u00f4t et le matin nous trouvait dans un \u00e9tat floconneux, nous nous rendormions tr\u00e8s vite une fois install\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la voiture.<br>Pass\u00e9 Lyon, tout le monde bien r\u00e9veill\u00e9 et l\u2019agitation faisant monter la temp\u00e9rature, trois rep\u00e8res nous aidaient \u00e0 patienter. Entre Lyon et Grenoble commen\u00e7ait le jeu des premi\u00e8res montagnes, comme vers l\u2019ouest quand c\u2019est au premier qui verra la mer. Un peu avant Grenoble les odeurs d\u2019\u0153uf pourri, de moisi, de br\u00fbl\u00e9 et les fum\u00e9es jaunes, grises, noires nous remplissaient la gorge et le nez, mais joyeusement parce qu\u2019il restait moins d\u2019une heure. On traversait encore la ville par le cours Jean Jaur\u00e8s. Apr\u00e8s le Pont de Claix la route devenait franchement sinueuse, chaque virage nous poussait sur le voisin avec possible d\u00e9claration d\u2019hostilit\u00e9s, nous \u00e9tions tendus et aux aguets pour apercevoir la derni\u00e8re balise, la pointe du Mont Aiguille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background wp-block-paragraph\" id=\"jardin-IsC\" style=\"background:linear-gradient(182deg,rgb(238,238,238) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\"><strong>#08 Jardin Plan\u00e9taire<\/strong><br>Quand commen\u00e7ent les voyages, qui sont les autres voyageurs\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>Moins160 millions d\u2019ann\u00e9es, Pang\u00e9e commence \u00e0 se disloquer, s\u00e9paration des milieux et d\u00e9veloppement de la diversit\u00e9 des esp\u00e8ces par isolement g\u00e9ographique (Le Jardin Plan\u00e9taire \u2013 Gilles Cl\u00e9ment)<\/em><br><em><br>Du d\u00e9sordre na\u00eet la diversit\u00e9, s\u00e9parations, ramifications, des prismes diff\u00e9rents pour penser la nature.<\/em><br><em><br>End\u00e9miques, disparus ou \u00e0 dispara\u00eetre, dodo, kiwi, sophora toromino, theridion<strong> <\/strong>grallator, aigle ib\u00e9rique, euprocte corse, armoise insipide\u2026<br>Alors se rejoindre, s\u2019\u00e9changer, se diss\u00e9miner, pour survivre, se perp\u00e9tuer, se transformer, se d\u00e9velopper.<\/em><br><em><br>Et le grand m\u00e9lange, au fil des vents, au gr\u00e9 des courants, <em><em>dans les voiles des navires,<\/em><\/em> les traces des caravanes, <\/em> <em>dans<\/em> <em>les paniers des marchands, les pattes des animaux, la noix de coco est faite pour flotter<\/em>.<br><em><br>An\u00e9mochorie, autochorie, barochorie, hydrochorie, zoochorie, anthropochorie<\/em>.<br><em><br> Hatshepsout reine d\u2019Egypte ramena l\u2019arbre \u00e0 encens du pays de Pount.<\/em><br><em><br>Capucine du Mexique, rose de Perse, buddleia de Chine, robinier d\u2019Am\u00e9rique, mangue de Malabar, past\u00e8que du Soudan, tulipe de Turquie\u2026<\/em><br><em><br>L\u2019arbre, berceau, refuge, abri, source\u2026, les bouleaux pionniers capables de supporter les climats glaciaires, les pins puis les noisetiers, les ch\u00eanes.<\/em><br><em><br> Francis Hall\u00e9 jardinier plan\u00e9taire, prot\u00e9ger 70&nbsp;000 hectares d\u2019une for\u00eat en Europe de l\u2019Ouest, la laisser \u00e9voluer sans intervention humaine et peut-\u00eatre voir rena\u00eetre dans quelques si\u00e8cles une for\u00eat primaire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background wp-block-paragraph\" id=\"lapartdesanges-IsC\" style=\"background:linear-gradient(182deg,rgb(238,238,238) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\"><strong>#10 La Part des Anges<\/strong><br><em>Voyager au-dedans, se laisser aller dans les vapeurs dor\u00e9es, ambr\u00e9es, fum\u00e9es, tourb\u00e9es <\/em>&#8230;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"531\" height=\"325\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/image-35.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-118293\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/image-35.png 531w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/image-35-420x257.png 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 531px) 100vw, 531px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">Comme pouss\u00e9e par le ciel de nuages en d\u00e9grad\u00e9 de gris, une construction blanche, assemblage de quatre entit\u00e9s de hauteurs diff\u00e9rentes, trois toits pointus et une chemin\u00e9e clocher. Au premier plan une cour b\u00e9tonn\u00e9e d\u00e9serte marqu\u00e9e de traces de pneus. Une rampe permet l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la porte d\u2019entr\u00e9e au premier \u00e9tage du b\u00e2timent principal qui en comporte trois. Des futs de bois reli\u00e9s par une chaine d\u00e9limitent une zone interdite aux v\u00e9hicules.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"523\" height=\"340\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/image-36.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-118294\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/image-36.png 523w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/image-36-420x273.png 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 523px) 100vw, 523px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous un hangar lumineux les parois lisses de quatre alambics refl\u00e8tent les lumi\u00e8res, ils sont pos\u00e9s sur une plateforme comme des poires g\u00e9antes mordor\u00e9es. Des panneaux noirs de commandes sont fix\u00e9s dans un mur de briquettes rouges brillantes en contrebas. Des tuyaux de diff\u00e9rentes grosseurs et couleurs filent le long des murs et du plafond, un escaliers de m\u00e9tal dessert la plateforme avant de bifurquer en sens contraire vers les \u00e9tages<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"528\" height=\"377\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/image-37.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-118295\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/image-37.png 528w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/image-37-420x300.png 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 528px) 100vw, 528px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">B\u00e2tisse de grosses pierres grises aux murs perc\u00e9s de hautes fen\u00eatres en ogives, massive et aust\u00e8re, style n\u00e9o indiff\u00e9renci\u00e9 avec petit clocher \u00e0 deux pointes. Un muret bas et large devant une haie taill\u00e9e s\u00e9pare la propri\u00e9t\u00e9 de la route. Sur la gauche une petite remise avec auvent et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 dans le jardin une table en bois avec des bancs On ne vient plus prier ici, l\u2019ancienne \u00e9glise s\u2019est transform\u00e9e en meubl\u00e9 charmant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle descend du ferry apr\u00e8s trois heures d\u2019une travers\u00e9e tranquille depuis Kennacraig. Envelopp\u00e9e dans une cape de laine noire, des boucles de cheveux gris s\u2019\u00e9chappent du bonnet qui descend bas sur son front. Elle marche sur cette route entre mer et tourbe, une bonne demi-heure depuis Port Ellen pour rejoindre Lagavulin Hall o\u00f9 elle dormira. Elle respire l\u2019odeur de l\u2019iode et de l\u2019orge qui s\u00e8che, songe \u00e0 la part des anges.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#00 D\u00e9m\u00ealer le vrai du faux#01 Le fil des nuits d&rsquo;avant#02 Le fil pour rejoindre#03 L&rsquo;impossible retour#04 Faire halte#05 Retourner vers le Sud#06 En marchant#07 Le Mont Aiguille#08 Jardin plan\u00e9taire#10 La part des anges #00 D\u00e9m\u00ealer le vrai du fauxDouble voyage, il faudrait pour cela se sentir voyageuse, te sens tu voyageuse\u00a0? Elle pense le contraire se sent plut\u00f4t s\u00e9dentaire, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/double-voyage-pour-de-vrai\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#voyages | au fil de&#8230;<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":284,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4095,4107,4111,4129,4157,4168,4221,4247,4272,4317,4336,4094,1],"tags":[],"class_list":["post-111885","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-00_prologue","category-01_la_nuit_d_avant","category-02_arrivee_dans_la_ville","category-03_michaux_impossible_retour","category-04_cortazar","category-05_bouvier","category-06_calvino","category-08_bergounioux","category-08_quintane_colomb","category-09_wittig","category-10_street_view","category-le_double_voyage-2","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111885","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/284"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=111885"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111885\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=111885"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=111885"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=111885"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}