{"id":112273,"date":"2023-02-11T18:09:16","date_gmt":"2023-02-11T17:09:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=112273"},"modified":"2023-05-21T14:00:45","modified_gmt":"2023-05-21T12:00:45","slug":"prologue-nuages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/prologue-nuages\/","title":{"rendered":"#voyages | m\u00e9tamorphoses"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>le double voyage #04 | la halte forc\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vous comprendrez je l\u2019esp\u00e8re, les raisons pour lesquelles j\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 d\u00e9livrer deux versions de cette halte forc\u00e9e. Certaines personnes commen\u00e7aient \u00e0 avoir des craintes sur l\u2019\u00e9tat mental de la voyageuse. Il faudra r\u00e9aliser un bon aiguillage.<\/p>\n\n\n\n<p>Un incident technique avait encore ralenti le voyage en train de Cochin \u00e0 Chennai. Un \u00e9tat de r\u00eaverie avait c\u00e9d\u00e9 au son strident du serrage des freins. Une halte impos\u00e9e de 2&nbsp;h. Soleil fort, temp\u00e9ratures \u00e9lev\u00e9es, cabine v\u00e9tuste. Flux du regard. En face d\u2019elle un homme et une femme deux Indiens du sud \u00e0 la peau fonc\u00e9e. Ils s\u2019\u00e9taient observ\u00e9s, souri enfin. Un mot deux mots puis flux de paroles une conversation chaotique, mais patiente en anglais. Ensuite retour au quant-\u00e0-soi. L\u00e0 elle s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e elle ne savait vraiment o\u00f9, un point sur la terre pourtant, peu attractif, peu d\u2019arbres ici, des roches, des rails v\u00e9tustes, un homme qui avait d\u00e9f\u00e9qu\u00e9 au bord de la voie, un couple avachi sur des valises, rien ne l\u2019avait \u00e9tonn\u00e9e ni choqu\u00e9e elle \u00e9tait dans l\u2019acceptation la r\u00e9ception sans filtres, sans grilles tout lui avait paru juste, \u00e0 sa place, un sentiment de pl\u00e9nitude l\u2019avait envahie, elle \u00e9tait l\u00e0 et n\u2019aurait voulu \u00eatre ailleurs \u00e0 aucun prix. Un vendeur de cha\u00ef avait propos\u00e9 ses gobelets fumants, chacun s\u2019\u00e9tait empar\u00e9 du sien, l\u2019avait respir\u00e9, l\u2019avait d\u00e9gust\u00e9. Comme une harmonie dans un lieu pourtant si contrast\u00e9. Certains dormaient dans les couloirs, des bagages d\u00e9sordonn\u00e9s jonchaient le sol, parfois des enfants pleuraient, \u00e0 aucun moment elle ne s\u2019\u00e9tait ressentie \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ces passagers, mais avec eux comme eux.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un incident technique a encore ralenti le voyage en train de Cochin \u00e0 Chennai. Elle se doutait que rien ne se passerait normalement. Son \u00e9tat de r\u00eaverie succombe au son strident du brusque serrage de freins. Une halte impos\u00e9e de 2&nbsp;h. Elle ne peut d\u00e9finir ce qu\u2019elle ressent. Soleil fort, temp\u00e9ratures \u00e9lev\u00e9es, cabine v\u00e9tuste, propre. Mais elle avait remarqu\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part sur le montant droit de la couchette du haut, une \u00e9norme araign\u00e9e, une mygale peut-\u00eatre dont elle n\u2019avait pu vraiment d\u00e9finir la couleur, un noir intense et bleu. Pas de peur au contraire. Elle se souvenait de l\u2019araign\u00e9e qu\u2019elle avait d\u00e9couverte voil\u00e0 quelques mois dans ce petit h\u00f4tel d\u2019une ville inconnue, presque semblable, taille, couleur. Flux du regard. En face d\u2019elle un homme et une femme, deux Indiens du sud \u00e0 la peau fonc\u00e9e. Ils s\u2019observent se sourient enfin. Un mot deux mots puis flux de paroles une conversation chaotique, mais patiente en anglais sur l\u2019arr\u00eat, les trains, le pays d\u2019origine, des photos. Maintenant, le reconna\u00eetre, la fa\u00e7on de voir, de regarder, de sentir s\u2019est bien modifi\u00e9e depuis son d\u00e9part de l\u2019h\u00f4tel. Ses contours ont chang\u00e9, sa vie d\u2019avant lui semble lointaine. Cet arr\u00eat en rase campagne est comme une interruption dans le temps lin\u00e9aire, celui qui l\u2019effraie toujours, qui va trop vite, qu\u2019elle ne savoure pas qu\u2019elle ne comprend pas. L\u00e0 elle est immobilis\u00e9e elle ne sait vraiment o\u00f9, un point sur terre pourtant peu attractif, peu d\u2019arbres, des roches, des rails v\u00e9tustes, des amas de ferrailles, des briques \u00e9parpill\u00e9es, un homme qui d\u00e9f\u00e8que au bord de la voie, un couple avachi sur des valises, rien ne l\u2019\u00e9tonne ne la choque elle est dans l\u2019acceptation la r\u00e9ception sans filtres, sans grilles tout lui para\u00eet juste, \u00e0 sa place, un sentiment de pl\u00e9nitude l\u2019envahit, elle est l\u00e0 et ne voudrait \u00eatre ailleurs \u00e0 aucun prix. L\u2019araign\u00e9e bleue s\u2019est rapproch\u00e9e d\u2019elle, elle ne bouge pas, ne dit rien, elles s\u2019observent, le couple n\u2019a rien vu. Un vendeur de cha\u00ef propose ses gobelets fumants, chacun s\u2019empare du sien, le respire, le d\u00e9guste. Comme une harmonie dans un lieu pourtant si contrast\u00e9. Certains dorment dans les couloirs, des bagages d\u00e9sordonn\u00e9s jonchent le sol, parfois des enfants pleurent, elle ne se sent pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ces passagers, mais avec eux, semblable \u00e0 eux. Et en plus elle a une complice et se demande si elle va l\u2019emporter avec elle.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>le double voyage #03 | l&rsquo;impossible retour<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La jubilation de l\u2019arriv\u00e9e, des dix jours suivants venait de s\u2019interrompre brutalement<\/p>\n\n\n\n<p>Papiers t\u00e9l\u00e9phone argent vol\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>Touriste na\u00eff cible coutumi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>Un touriste c\u2019est fait pour \u00e7a<\/p>\n\n\n\n<p>Col\u00e8re et d\u00e9ception<\/p>\n\n\n\n<p>Tu reculais le moment de te rendre au consulat<\/p>\n\n\n\n<p>Tu r\u00e9sistais \u00e0 le faire \u00e0 cause de ton nom<\/p>\n\n\n\n<p>Ta s\u0153ur n\u2019avait pas laiss\u00e9 de bons souvenirs<\/p>\n\n\n\n<p>La foule se densifiait autour de toi, t\u2019oppressait d\u00e9sormais<\/p>\n\n\n\n<p>Tu te sentais de plus en plus menac\u00e9e, prisonni\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu \u00eatre plus vigilante<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9couter les bons conseils de voyageurs aguerris<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait \u00e9t\u00e9 indispensable de retrouver ton calme et de r\u00e9fl\u00e9chir<\/p>\n\n\n\n<p>Tu es retourn\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, tu es parvenue \u00e0 contenir tes sanglots<\/p>\n\n\n\n<p>Tu as regagn\u00e9 ta chambre, \u00e9clat\u00e9 en sanglots<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard tu as examin\u00e9 la situation<\/p>\n\n\n\n<p>Tu as convenu que seul le consulat pouvait malgr\u00e9 les risques r\u00e9soudre ton probl\u00e8me<\/p>\n\n\n\n<p>Nuit d\u2019insomnie puis de cauchemar<\/p>\n\n\n\n<p>Le matin, consulat, longue file d\u2019attente, des papiers provisoires te seraient-ils remis&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tu attendras le temps qu\u2019il faudra, tu es r\u00e9sign\u00e9e<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Michaux-dessins-Face-aux-Verrous-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-114525\" width=\"483\" height=\"362\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Michaux-dessins-Face-aux-Verrous-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Michaux-dessins-Face-aux-Verrous-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Michaux-dessins-Face-aux-Verrous-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Michaux-dessins-Face-aux-Verrous-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Michaux-dessins-Face-aux-Verrous-rotated.jpg 2016w\" sizes=\"auto, (max-width: 483px) 100vw, 483px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Henri Michaux, <em>Face aux verrous<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Tu te trouvais comme un poisson dans l\u2019eau dans ce pays lointain et insolite. Tu devais \u00e0 contrec\u0153ur en repartir ce jour m\u00eame. Mais ce matin au r\u00e9veil tes pieds \u00e9taient li\u00e9s entre eux et accroch\u00e9s au bas du lit. Tu as essay\u00e9 de te d\u00e9gager de l\u2019entrave mais le haut de ton corps \u00e9tait paralys\u00e9. Tu ne pouvais te relever et atteindre tes pieds pour te lib\u00e9rer. Pas de t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 proximit\u00e9, tu as bien essay\u00e9 de crier mais aucun \u00e9cho, ta chambre se trouvait au bout d\u2019un couloir. Ton esprit s\u2019est assombri puis un rire fou t\u2019a emport\u00e9e, il pr\u00e9sageait de quoi. Tu t\u2019es enfin apais\u00e9e tout en r\u00e9alisant \u00e0 quel point tu ne pouvais quitter le pays. Et rien \u00e0 boire ni \u00e0 manger \u00e0 proximit\u00e9. Sur le mur d\u2019en face tu as rep\u00e9r\u00e9 des petits personnages noirs dansants et des insectes noirs aux multiples pattes, tous fort ressemblants \u00e0 ceux de Michaux. Ils arrivaient par vagues puis se retiraient puis revenaient. Un rayon de soleil a inond\u00e9 la pi\u00e8ce animant dans une danse de feu ces habitants muraux. Tu as consult\u00e9 ta montre, ton avion venait de d\u00e9coller. Et il fallait bien que tu te l\u2019avoues, un sentiment de bonheur a relev\u00e9 le coin de tes l\u00e8vres. Quels esprits mal\u00e9fiques et protecteurs avaient maniganc\u00e9 tout \u00e7a, construit cette impossibilit\u00e9 \u00e0 partir. Le processus \u00e9tant enclench\u00e9 il te restera \u00e0 faire \u00e9merger d\u2019autres inventions terriblement lib\u00e9ratrices. Et d\u00e9clarer plus tard tout \u00e9tait de pr\u00e8s de loin de mon fait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>le double voyage #02 | l&rsquo;arriv\u00e9e dans la ville<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Longue nuit dans le vieux Boeing de la compagnie Air India. Si\u00e8ge mal fix\u00e9, renversement en arri\u00e8re, sc\u00e8ne cocasse, pr\u00e9monition d\u2019instabilit\u00e9s et de mutations possibles. Travers\u00e9e de continents, survol de l\u2019Himalaya qui t\u2019a serr\u00e9 le c\u0153ur, tu aurais pu mourir l\u00e0 si les d\u00e9s l\u2019avaient voulu. A\u00e9roport rutilant de Delhi, fouille douani\u00e8re appuy\u00e9e sous rideaux sombres, longue attente, enfin d\u00e9collage et arriv\u00e9e \u00e0 celui de Chennai, autrefois Madras. Quarante minutes en train pour atteindre la ville. Bus ensuite, vitres ouvertes. Comme un coup de fouet au visage aux oreilles. Regards port\u00e9s sur toi, sourires parfois, couleur terne de ton accoutrement en regard des tenues color\u00e9es qui t\u2019entourent. Circulation dans des rues embouteill\u00e9es bruyantes, coups de klaxons, explosions des moteurs de bus, hurlement de freins de vespas, motos, voix m\u00eal\u00e9es, beuglement de vaches sur le bord des rues, aboiement de chiens errants, rats en vadrouille. Tu le ressens bien, tu es ici tu ne pourras y \u00eatre \u00e0 demi ou tu devras repartir. S\u2019impr\u00e9gner du chaos indicible du flot incessant de couleurs et de voix, respirer sans \u00e9tats d\u2019\u00e2me poussi\u00e8re, fum\u00e9e. Entente discordante. Comme un flux emportant tout sur son passage, rythme \u00e9chevel\u00e9, impression d\u2019\u00eatre un f\u00e9tu de paille emport\u00e9 \u00e0 l\u2019infini. Griserie grandissante, rep\u00e8res familiers aux oubliettes. Prendre \u00e0 bras le corps tous les fils qui harponnent. Les contours corporels s\u2019estompent, \u00e9motion totale, absence de pens\u00e9es. Tu l\u2019as bien not\u00e9, plus de six millions d\u2019habitants dans ce grand centre du sud de l\u2019Inde, au nord du Tamil Nadu s\u2019\u00e9tendant sur 17&nbsp;km de&nbsp;c\u00f4tes bordant le&nbsp;golfe du Bengale. Valise pos\u00e9e en h\u00e2te dans un h\u00f4tel, sommeil r\u00e9parateur. Puis tu vas marcher dans le quartier, et tu te demandes de plus en plus ce que tu fais l\u00e0 seule comme d\u00e9pouill\u00e9e de ta forme habituelle et avalant sans distinction les images travers\u00e9es par ton regard flottant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>encore<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Tu es bien arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4tel dans cette ville qui a chang\u00e9 de nom, d\u2019\u00e2me peut-\u00eatre. Tu as refus\u00e9 le massage ayurv\u00e9dique propos\u00e9 aux touristes, tu iras plus tard dans un centre sp\u00e9cialis\u00e9. La chambre a l\u2019apparence du propre, se doucher, jets irr\u00e9guliers, eau froide, une table une chaise une armoire, installation rapide objets et v\u00eatements, s\u2019allonger apr\u00e8s avoir \u00f4t\u00e9 un dessus de lit froiss\u00e9 et d\u00e9couvert des draps \u00e0 propret\u00e9 douteuse. Dormir, r\u00e9cup\u00e9rer. Tu n\u2019as qu\u2019une h\u00e2te sortir, te lancer \u00e0 corps perdu dans la sarabande, l\u2019aventure des rues. Jubilation devant les bazars, de simples planches et une b\u00e2che en \u00e9tal, c\u00f4nes d\u2019\u00e9pices jaunes et jaunes safran, de l\u00e9gumes et fruits mont\u00e9s en pyramides, de roses d\u2019Inde en colliers. Sur d\u2019autres, confiseries biscuits et paquets de bidis. Cacophonie environnante, enchev\u00eatrement de gens engins animaux. Un homme est allong\u00e9 par terre, le visage cach\u00e9. Personne ne s\u2019arr\u00eate. Tu interpelles un rickshaw jaune et noir et tu lui indiques le temple kapaleeswarar dans le quartier de Mylapore. En caracolant il se faufile partout frisant souvent l\u2019accrochage. La fleur au r\u00e9troviseur prot\u00e8ge. Regarder avec stup\u00e9faction le louvoiement d\u2019un scooter charg\u00e9 d\u2019une fillette d\u2019un gar\u00e7onnet du p\u00e8re \u00e0 la conduite de la m\u00e8re derri\u00e8re en amazone. \u00c9quilibre incertain, sourires aux l\u00e8vres. Toi tu as souvent le souffle coup\u00e9 puis tu reprends le dessus, plus les heures s\u2019\u00e9coulent et plus tu te d\u00e9taches de l\u2019avant, de tes rep\u00e8res et tu sens monter en toi une \u00e9nergie nouvelle. Tu aimes habituellement la solitude, les lieux calmes, les balades dans la nature l\u00e0 tu plonges dans un chaos que tu d\u00e9finis comme harmonieux. Pas facile de te comprendre de te suivre. Sarabande int\u00e9rieure perceptible \u00e0 de petits tremblements apparus sur tes joues, quelque chose se modifierait-il en toi. Tu te sens orpheline avec une paix int\u00e9rieure. Pr\u00eate \u00e0 inscrire d\u2019autres sillons en toi d\u2019autres fissures te demandant si leur entrelacement avec les anciennes engendrera une nouvelle singularit\u00e9, tu te sens pr\u00eate \u00e0 tout. Tu quittes le rickshaw dos endolori et tu te retrouves devant la tour portail du temple d&rsquo;architecture pallava qui t&rsquo;intrigue beaucoup. Tu marches sans ressentir ton poids sous le vent chaud du sud. Tu entends parler anglais ou tamoul. D\u00e9couverte de cette architecture dravidienne singuli\u00e8re massive et color\u00e9e. \u00c0 un moment pourtant tu entends sa voix \u00e0 lui, que seraient ses perceptions s\u2019il \u00e9tait venu avec toi. \u00c9blouissement partag\u00e9 ou dissonant. Ne plus penser mais voir \u00e9couter. Tu viens juste d\u2019arriver. Tu pressens que ton voyage sera aussi un parcours int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-normal-font-size\">le double voyage #01| la nuit d&rsquo;avant<\/h1>\n\n\n\n<p>Comment ne se souviendrait-elle pas de cette nuit \u00e9trange juste avant de partir seule pour ce lointain voyage en Inde du Sud<em>.<\/em> Esprit embrouill\u00e9 de questionnements et de doutes, sac rempli de documents indispensables, valise bien agenc\u00e9e de v\u00eatements neufs pour la plupart, principe de table rase vestimentaire, gestes f\u00e9briles au seuil d\u2019une aventure troublante de non-retour possible, corps agit\u00e9 soudainement et \u00e0 plusieurs reprises par une l\u00e9g\u00e8re d\u00e9charge \u00e9lectrique semblant reprogrammer son corps, endormissement chaotique et r\u00eave singulier de d\u00e9placements sur le dos d\u2019une salamandre. R\u00e9veil brutal. Cri \u00e9manant de la chambre d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 dans un h\u00f4tel parisien habituellement tranquille, odeur de marijuana se faufilant sous la porte, eau froide sur le visage, crainte d\u2019oubli de papiers indispensables, r\u00e9examen du sac sensible, impression d\u2019un d\u00e9part au bout du monde charg\u00e9 d\u2019inqui\u00e9tude et d\u2019exaltation m\u00eal\u00e9es, impatience de monter dans l\u2019avion de la compagnie indienne de se pr\u00e9parer aux nouvelles sensations, go\u00fbts saveurs odeurs. La pluie cognait sur la fen\u00eatre, il faisait froid dehors, c\u2019\u00e9tait un hiver rigoureux cette ann\u00e9e-l\u00e0, la fen\u00eatre \u00e9tait mal jointe, l\u2019air glacial se frayait facilement un chemin. Contraste vertigineux avec les temp\u00e9ratures hautes annonc\u00e9es \u00e0 Delhi la premi\u00e8re escale et \u00e0 Chennai ensuite. Une pens\u00e9e fugace, ne pas revenir, par accident par disparition pure. Comme pressentiment de l\u2019annonce de la perte de son territoire, alors se raccrocher \u00e0 la photo emport\u00e9e, aux deux livres au carnet \u00e0 la paire de chaussures adapt\u00e9e \u00e0 tous les terrains, sable, rochers, cours d\u2019eau secs, reliefs, rues. Choc de r\u00e9ponses contradictoires dans la t\u00eate retardant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un profond sommeil. Il l\u2019a enlac\u00e9e enfin et livr\u00e9e \u00e0 un r\u00eave profond. T\u00f4t le matin, \u00e0 Roissy, elle s\u2019est m\u00eal\u00e9e \u00e0 la foule gris\u00e2tre et morne avant de s\u2019embarquer.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>La voyageuse, serait-elle arriv\u00e9e\u2009? Elle pose les pieds sur une terre inconnue, son c\u0153ur bat plus vite, ses sens sont en alerte, elle se laisse happer par les voix fortes d\u2019hommes les sourires de femmes en saris color\u00e9s les stridences des klaxons les p\u00e9tarades de motos les meuglements de vaches les crachotements des rickshaws brinquebalants, une sarabande urbaine. Sa t\u00eate tourne, elle ressent dans tous ces sons rythm\u00e9s comme un espace en train de s\u2019ouvrir devant elle, elle s\u2019y engouffre, son territoire familier a disparu, aux oubliettes pour un temps ind\u00e9termin\u00e9, une excitation monte en elle, elle se sent forte pour affronter l\u2019inconnu, faire une nouvelle exp\u00e9rience de vivre, trouver les lieux et les itin\u00e9raires invisibles comme les r\u00eaves<\/em><em>. <\/em><em>Accrocher le doute \u00e0 ses certitudes succomber aux parfums lourds s\u2019hypnotiser par les couleurs et les fleurs inondant les \u00e9talages conna\u00eetre une vie en suspens. Elle comprend qu\u2019ici elle ne vieillira pas et s\u2019oubliera.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>PROLOGUE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00e9couvert avec toi Rome la ville aux sept collines et aux deux mille fontaines, la Via Appia et ses larges dalles, les odeurs d\u2019eucalyptus et de r\u00e9sine de pin, les cypr\u00e8s fusel\u00e9s, les thermes le restaurant de Pasolini le quartier juif<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai arpent\u00e9 avec toi Venise, la cit\u00e9 de \u00ab\u2009l\u00e0-haut\u2009\u00bb disait Casanova, en un vieil hiver pluvieux, gliss\u00e9 sur les dalles de la Piazzetta, du palais des Doges en bleu gris. Les vaporettos calm\u00e9s par la brume avan\u00e7aient lentement, peu de gondoles noires filaient sur l\u2019\u00e9tain liquide, nous nous baignions dans la beaut\u00e9 la volupt\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai trouv\u00e9 avec toi au Portugal \u00e0 Nazar\u00e9 il y a bien longtemps un village de p\u00eacheurs sans port avec la plage occup\u00e9e par des poissons nettoy\u00e9s, ouverts sans ar\u00eate s\u00e9chant au soleil sur de grands panneaux de bois<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00e9couvert sans toi les orangeraies de Valencia en Espagne, l\u2019enivrement des senteurs de leurs fleurs<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai travers\u00e9 sans toi le Sud indien de Cochin \u00e0 Chennai en train en 14 heures de voyage, agr\u00e9ment des repas et du chai, inconfort oubli\u00e9 nuit sans sommeil conversations chaleureuses. J\u2019ai recherch\u00e9 sans toi dans toute l\u2019Inde du Sud la beaut\u00e9 la spiritualit\u00e9, je les ai trouv\u00e9es dans un \u00e9ternel chaos de lumi\u00e8re et de mis\u00e8re. \u00c0 Cochin j\u2019ai admir\u00e9 les couleurs, les cheveux noirs tress\u00e9s les filets de p\u00eache le th\u00e9\u00e2tre kathakali les acteurs danseurs interpr\u00e9tant les \u00e9pop\u00e9es du Ramayana et du Mahabharata, j\u2019ai crois\u00e9 \u00e0 Pondich\u00e9ry le regard et le sourire d\u2019un jeune homme aux yeux bleus les jambes rompues dans son fauteuil roulant<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai rencontr\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al sans toi une hospitalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse et \u00e0 Moncton en Acadie pr\u00e8s de l\u2019oc\u00e9an des homards servis sans limites, des petites maisons en bois o\u00f9 j\u2019aurais aim\u00e9 passer quelques mois avec toi<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai arpent\u00e9 imprudemment la Pointe du Raz \u00e0 talons, entra\u00een\u00e9e par un ami imprudent et failli me rompre sur les rochers<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai s\u00e9journ\u00e9 sans toi au Tibet et j\u2019ai dormi dans un temple<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai accost\u00e9 avec toi sur l\u2019\u00eele de Formentera, sans touristes \u00e0 cette \u00e9poque. Nous nous \u00e9tions rev\u00eatus d\u2019algues fra\u00eeches et mis \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un grand figuier<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai us\u00e9 mes semelles sans toi en sillonnant Paris la ville aux treize collines, en cherchant le fant\u00f4me de Baudelaire, Chaillot Champ l\u2019\u00c9v\u00eaque Montsouris Montmartre Butte aux Cailles M\u00e9nilmontant Montparnasse Butte Bergeyre Passy Charonne Buttes Chaumont le P\u00e8re-Lachaise<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Viendrais-tu avec moi \u00e0 Madrid au Prado pour contempler les Goya, au sud de Berlin pour retrouver l\u2019emplacement du stalag de mon p\u00e8re prisonnier, \u00e0 Budapest pour traverser le pont de Cha\u00eenes, nous baigner dans la piscine des bains Gellert et lever les yeux vers son plafond de verre, viendrais-tu au Japon pour admirer le Mont Fuji et attendre le moment o\u00f9 il prendrait la couleur bleue de Prusse par temps d\u2019orage, viendrais-tu au Nouveau-Mexique dans le Ghost Ranch de Georgia O\u2019 Keeffe, viendrais-tu au Mexique d\u00e9couvrir le temple de Palenque et entendre les chuchotements des Mayas, viendrais-tu en Australie \u00e0 la rencontre des Aborig\u00e8nes pour essayer d\u2019entrer dans leur dreamtime, leur singulier temps du r\u00eave, viendrais-tu avec moi \u00e0 New York fr\u00e9quenter Le&nbsp;Morgan Library and Museum sur Madison Avenue, viendrais-tu visiter et \u00e9couter dans la gare de Grand Central Terminal La Galerie des Murmures, viendrais-tu parcourir au Viet Nam la baie de Lan Ha au sud de Cat Ba et ses 300&nbsp;\u00eeles karstiques et pinacles calcaires, viendrais-tu avec moi sur un nuage<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces lieux visit\u00e9s ou r\u00eav\u00e9s parfois s\u2019associent se superposent se confondent et chaque association s\u2019ouvre sur une perspective de plus en plus grande.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>le double voyage #04 | la halte forc\u00e9e Vous comprendrez je l\u2019esp\u00e8re, les raisons pour lesquelles j\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 d\u00e9livrer deux versions de cette halte forc\u00e9e. Certaines personnes commen\u00e7aient \u00e0 avoir des craintes sur l\u2019\u00e9tat mental de la voyageuse. Il faudra r\u00e9aliser un bon aiguillage. 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