{"id":112778,"date":"2023-02-26T16:22:06","date_gmt":"2023-02-26T15:22:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=112778"},"modified":"2023-02-26T16:23:54","modified_gmt":"2023-02-26T15:23:54","slug":"double-voyage-a-rebours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/double-voyage-a-rebours\/","title":{"rendered":"#voyages | 2 mais \u00e0 quel titre"},"content":{"rendered":"\n<p>#1<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-text-color has-normal-font-size\">Voil\u00e0 parfois ce que j\u2019imagine. Partir comme autrefois. Les photos veillent sur mon immobilit\u00e9. Elles ouvrent des fen\u00eatres sur les murs qui m\u2019entourent. Les nuits d\u2019insomnie je refais en pens\u00e9e les gestes des pr\u00e9paratifs. Je choisis un point sur la carte du monde, un point o\u00f9 vivent des inconnus, des inconnus que j\u2019imagine, qui ressemblent aux inconnus que j\u2019ai rencontr\u00e9s mais dont les visages sont singuliers, myst\u00e9rieux, si proches et si lointains. Nous nous ressemblons dans notre d\u00e9sarroi d\u2019\u00eatre l\u00e0. <br><br>#2<br>il y aurait eu un contretemps. En voyage il faut s\u2019attendre \u00e0 l\u2019impr\u00e9vu. Il fait partie du r\u00e9cit, il en cr\u00e9e les reliefs. Lorsque la nuit semble avaler lentement les battements du temps, je me plais \u00e0 imaginer tout ce qui viendrait contrarier le d\u00e9roulement du voyage r\u00eav\u00e9. Une fa\u00e7on peut-\u00eatre de battre la r\u00e9alit\u00e9 sur son propre terrain. Une foule envahit la rue, un tremblement de terre, un cheval fou qui d\u00e9vale la ruelle, une adresse  perdue, des papiers \u00e9gar\u00e9s, une cheville foul\u00e9e. On revient chez soi comme invincible d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 ce point d\u00e9sarm\u00e9. Je pars croiser des regards, rep\u00e9rer les \u00e9chou\u00e9s dans les pr\u00e9cipices de b\u00e9ton qui rapetissent les vivants. Les villes sont laides. Je vais cueillir des grains de lumi\u00e8re avant l\u2019extinction. <br><\/p>\n\n\n\n<p>#3<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-text-color has-normal-font-size\">Un contretemps\u2026 disais-je. Le fait est que le mot lui-m\u00eame interrompt ma phrase. Remonte du pass\u00e9 l\u2019affiche de la pi\u00e8ce de Novarina, au Lavoir moderne, Vous qui habitez le temps. Ici je suis dans le temps du r\u00e9cit, un r\u00e9cit qui n\u2019a pas encore commenc\u00e9, un voyage immobile qui peine \u00e0 surgir. Et d\u00e9j\u00e0 le mot contretemps me contrarie. Avant d\u2019habiter le temps du r\u00e9cit il me faudra donc construire. On dit construire une phrase. D\u00e9j\u00e0 je voudrais \u00eatre plus loin, plus avant. Avant ou apr\u00e8s. Peut-\u00eatre sont-ils d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, ceux qui habitent le temps. Les habitants. En effet, une sorte d\u2019agitation s\u2019empare du brouillard. Un brouhaha. D\u00e9j\u00e0 je retrouve l\u2019inqui\u00e9tude d\u2019\u00eatre cern\u00e9 par la foule, par le flot qui d\u00e9borde de tous les coins de la plan\u00e8te. Je me souviens des cartes muettes qu\u2019il fallait recouvrir de noms. Partout des villes, des pays, des fronti\u00e8res. D\u00e9j\u00e0 j\u2019\u00e9tais pris de vertige. Tous ces inconnus que je conna\u00eetrais jamais. Dont j\u2019ignorais les inqui\u00e9tudes et les cauchemars. Les personnages des livres \u00e9taient plus vivants. Du temps de mes voyages, nous comparions nos photos. Certains avaient captur\u00e9 des visages, des d\u00e9marches, des rassemblements. Quant aux miennes, c\u2019\u00e9tait une collection de d\u00e9tails d\u2019architecture, de taches de couleur, de grains de mati\u00e8re. <br>Dans les nuits d\u2019insomnie, ce n\u2019est plus un point sur la carte du monde que je choisis. J\u2019essaie de rejoindre celle que j\u2019ai crois\u00e9e pr\u00e8s d\u2019un puits \u00e0 Chypre, celui qui se cache dans les arbres de Hyde Park, ou celle, debout sur la rive, qui regarde la voile dispara\u00eetre dans le lointain.<\/p>\n\n\n\n<p>#4<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis sentie d\u00e9boussol\u00e9e. C\u2019est pourquoi je vous \u00e9cris cette lettre, l\u2019espace de la page me rassure. Mes doigts enserrent le stylo, mes fesses p\u00e8sent sur la chaise. Le tourbillon des espaces sans rep\u00e8res peut se calmer et s\u2019oublier le temps de l\u2019\u00e9criture. Se perdre dans la ville inconnue vous assigne \u00e0 n\u2019\u00eatre qu\u2019un point agit\u00e9 de soubresauts sans aucune perspective. On ne voit plus rien, on ne guette que des rep\u00e8res qui vous \u00e9chappent. Je ne peux ainsi rien vous dire de ma journ\u00e9e d\u2019hier. Mon seul souhait, en m\u2019adressant \u00e0 vous, c\u2019est d\u2019\u00e9veiller le sentiment de votre pr\u00e9sence et d\u2019imaginer votre t\u00eate pench\u00e9e sur cette feuille de papier, vos doigts glissant sur les bords, peut-\u00eatre d\u00e9\u00e7u par l\u2019absence d\u2019anecdotes exotiques. Dans ce pr\u00e9sent inhospitalier dont je suis la seule responsable, c\u2019est la seule br\u00e8che qui m\u2019aide \u00e0 respirer, le lien dont je t\u00e2te la solidit\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>#5<\/p>\n\n\n\n<p>CLEF&nbsp;: son panneton \u00e9pouse la serrure gr\u00e2ce \u00e0 ses pertuis. C\u2019est l\u2019accueillage. L\u2019h\u00f4telier l\u2019a pos\u00e9e sur le comptoir. La grosse boule en laiton est grav\u00e9e du chiffre 5. Ma poche est trop petite pour l\u2019accueillir. Je la glisse au fond de mon sac.<\/p>\n\n\n\n<p>FEU ROUGE&nbsp;: personne ne regarde la couleur du feu. Il faut plonger dans la foule qui sinue entre les v\u00e9hicules en mouvement. Je me coince entre deux malabars qui semblent savoir o\u00f9 ils vont.<\/p>\n\n\n\n<p>BUS STATION&nbsp;: les bus d\u00e9versent leurs passagers, puis chargent un groupe compact agglutin\u00e9 depuis des heures, entour\u00e9s de colis et de paquets qui finissent en amas confus sur le toit. J\u2019attends.<\/p>\n\n\n\n<p>NOIX DE COCO&nbsp;: la lame ac\u00e9r\u00e9e du hachoir d\u00e9capite le fruit. Une paille et nous voici accroupis pr\u00e8s du coupeur \u00e0 sentir la fra\u00eecheur du jus irriguer nos cellules dess\u00e9ch\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>ECRITS&nbsp;: panneaux, menus\u2026 on r\u00e9p\u00e8te des sons que rien ne permet de transcrire, des sons qu\u2019on oubliera aussit\u00f4t. La main sera notre langage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>YONDER&nbsp;: Yonder, c\u2019est entre ici et l\u00e0. Ce lieu n\u2019existe pas en fran\u00e7ais puisqu\u2019il n\u2019a pas de nom. Et pourtant c\u2019est l\u00e0, dans ce yonder, que je passe le plus gros de mon temps. Et ne les croyez pas quand ils vous disent que c\u2019est l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<p>MARCH\u00c9&nbsp;: on marche dans les march\u00e9s au milieu des marchands. On t\u00e2te, on hume, on marchande. C\u2019est fait pour \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>MONUMENT\u00a0: point focal qui sert de rep\u00e8re quand il est assez haut pour s\u2019apercevoir, l\u00e0-bas, un fois parcouru yonder, ou qu\u2019on laisse dans son dos sans en prendre de photo.<\/p>\n\n\n\n<p>CHAMBRE\u00a0: endroit impersonnel o\u00f9 l\u2019on p\u00e9n\u00e8tre en glissant la clef retrouv\u00e9e au fond du sac, alourdi par les emplettes du march\u00e9, le ticket de bus, le menu subtilis\u00e9, et la paille pli\u00e9e encore gluante du jus de noix de coco.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#1 Voil\u00e0 parfois ce que j\u2019imagine. Partir comme autrefois. Les photos veillent sur mon immobilit\u00e9. Elles ouvrent des fen\u00eatres sur les murs qui m\u2019entourent. Les nuits d\u2019insomnie je refais en pens\u00e9e les gestes des pr\u00e9paratifs. 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