{"id":112864,"date":"2023-01-18T17:55:57","date_gmt":"2023-01-18T16:55:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=112864"},"modified":"2023-01-19T11:40:22","modified_gmt":"2023-01-19T10:40:22","slug":"le-double-voyage-quil-fasse-jour-en-pleine-nuit-cest-le-propre-de-leveil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-double-voyage-quil-fasse-jour-en-pleine-nuit-cest-le-propre-de-leveil\/","title":{"rendered":"#voyages |\u00a0Qu\u2019il fasse jour en pleine nuit, c\u2019est le propre de l&rsquo;\u00e9veil"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/IMG_4908-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-112865\" width=\"408\" height=\"543\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/IMG_4908-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/IMG_4908-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/IMG_4908-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/IMG_4908-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/IMG_4908-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 408px) 100vw, 408px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le jour d&rsquo;avant, le jour d&rsquo;avant le retour. La fatigue s&rsquo;est install\u00e9e dans chacun des muscles, dans la t\u00eate et dans les yeux qui se plissent, piquent et ne supportent plus cette clart\u00e9 permanente. Il est trois heures du matin et les rideaux l\u00e9gers de la chambre d&rsquo;h\u00f4tel ne filtrent quasiment rien du soleil qui cogne l\u00e0 dehors. Des rennes paissent sous les fen\u00eatres, des voitures passent sur la route nationale et on entend les moteurs des bateaux partis p\u00eacher le crabe ou le cabillaud. Comment dormir ? La vie est \u00e9lectrique. Moi, je me suis habitu\u00e9 mais eux sont vraiment d\u00e9phas\u00e9s. Dans quelques heures ce sera le d\u00e9part. Pour eux, vers leurs chez eux, en France, en Belgique ou en Suisse, quittant un monde fascinant mais inconfortable \u00ab Quelle beaut\u00e9! Mais on ne pourrait jamais vivre ici \u00bb. Moi non plus je ne vis pas ici mais j&rsquo;y reviens toujours comme un aimant : l&rsquo;attraction magn\u00e9tique oui mais aussi au sens tout simple du mot : celui qui aime. Pour moi, le retour, d\u00e9part d&rsquo;ici, s&rsquo;arr\u00eatera \u00e0 Oslo o\u00f9 m&rsquo;attendent d&rsquo;autres gens que je vais, \u00e0 leur tour, ramener jusqu&rsquo; ici. Mon corps et mon esprit se rel\u00e2chent. Je me sens comme un musicien quand est arriv\u00e9e la derni\u00e8re mesure et que le concert s&rsquo;est bien pass\u00e9. Quelque chose a \u00e9t\u00e9 construit, a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 mais c&rsquo;est insaisissable, impalpable. Il y aura, bien sur, les souvenirs et les photos mais souvenirs et photos ne sont que l&rsquo;image de la trace. Pour acc\u00e9der vraiment \u00e0 la trace, il faut traverser l&rsquo;image et acc\u00e9der \u00e0 ce qu&rsquo;elle contient, c&rsquo;est Proust qui me l&rsquo;a dit. Il faudra trouver le chemin de plonger et \u00e9couter ce que le passage a d\u00e9pos\u00e9. Je ne sais pour qui ce voyage l\u00e0 aura lieu mais la partition y est, je l&rsquo;y ai mise, comme aussi, une carte routi\u00e8re. Qu&rsquo;est ce qui me pousse \u00e0 faire cela, \u00e0 recommencer, chaque fois ce motif de Sisyphe ? Peut \u00eatre justement, ce moment, ce jour d&rsquo;avant o\u00f9 quelque chose fini sans que la vie s&rsquo;arr\u00eate, devant. Ce court temps de suspension o\u00f9 je me sens entre deux rives. Ce moment d&rsquo; apr\u00e8s la derni\u00e8re note et d&rsquo;avant le futur qui a un go\u00fbt d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9: un pr\u00e9sent sans rien, miraculeusement, ni devant ni derri\u00e8re, l&rsquo;espace d&rsquo;un instant. Allong\u00e9 sur le lit de l\u2019h\u00f4tel, je ne dors pas, je goutte cette sensation et j&rsquo;\u00e9coute passer les voitures et les bateaux.<em> Qu&rsquo;il fasse jour en pleine nuit, c&rsquo;est le propre de l&rsquo;\u00e9veil. Peut \u00eatre est ce pour cela que j&rsquo;aime l&rsquo;\u00e9t\u00e9 arctique. La vie y est teinte de r\u00eave, les fronti\u00e8res sont brouill\u00e9es, comme si tout \u00e9tait une sorte d&rsquo;hallucination. Le jour d&rsquo;avant, lui, serait cette derni\u00e8re unit\u00e9 de mati\u00e8re, de temps et d&rsquo;espace o\u00f9 le c\u0153ur change de rythme, d&rsquo;avant rompre les amarres, d\u2019avant laisser derri\u00e8re soi le cycle des jours et des nuits. Il est peu de lieux au monde o\u00f9 la nuit ne tombe pas. Ce n&rsquo;est pas rien quitter la nuit, \u00e7a r\u00e9sonne au plus profond de l&rsquo;atavisme, c&rsquo;est le symbole ultime, vivant en chacun de nous depuis l&rsquo;aube de l&rsquo;humanit\u00e9. L&rsquo;aube : il y a, dans le jour arctique, l&rsquo;impression d&rsquo;une \u00e9ternelle naissance, un renouvellement qui jamais ne s&rsquo;arr\u00eate et, pour cela, palpite d&rsquo;une intensit\u00e9 surr\u00e9elle. Allong\u00e9 sur le lit de ma chambre d&rsquo;h\u00f4tel, j&rsquo;attends de partir pour cet autre monde. Il y a l\u00e0 un paradoxe : dans la nuit, si je veux voir la lumi\u00e8re je dois fermer les yeux. C&rsquo;est le prix pour traverser l&rsquo;image et acc\u00e9der \u00e0 ce qu&rsquo;elle contient. Mais demain, je r\u00eaverai les yeux ouverts. Autour de ma chambre des avions d\u00e9collent et atterrissement et je n&rsquo;entends rien, je ne fais que voir leur ballet silencieux entre les \u00e9toiles. Les fen\u00eatres ont une triple protection, comme dans tous les h\u00f4tels d&rsquo;a\u00e9roports. Je prononce le nom dans ma t\u00eate: Groenland. Je vois Fridtjof Nansen, Jean Malaurie, Roald Amundsen, Ultima Thul\u00e9 et, chez moi, pos\u00e9 sur mon bureau, caress\u00e9 mille fois du regard et des mains, l&rsquo;ours en m\u00e9tamorphose  tenant un tambour : ours qui devient homme ou l&rsquo;inverse: brouillage de l&rsquo;identit\u00e9 \u00e0 cet endroit de soi et du monde o\u00f9 nature et culture se m\u00e9langent. Dans ma chambre d&rsquo; h\u00f4tel de l&rsquo;a\u00e9roport d&rsquo;Oslo je me l\u00e8ve et v\u00e9rifie une fois de plus mes bagages.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est le jour d&rsquo;avant, le jour d&rsquo;avant le retour. La fatigue s&rsquo;est install\u00e9e dans chacun des muscles, dans la t\u00eate et dans les yeux qui se plissent, piquent et ne supportent plus cette clart\u00e9 permanente. Il est trois heures du matin et les rideaux l\u00e9gers de la chambre d&rsquo;h\u00f4tel ne filtrent quasiment rien du soleil qui cogne l\u00e0 dehors. 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