{"id":112879,"date":"2023-05-04T12:27:48","date_gmt":"2023-05-04T10:27:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=112879"},"modified":"2023-05-04T12:33:40","modified_gmt":"2023-05-04T10:33:40","slug":"le-double-voyage-01-la-nuit-davant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-double-voyage-01-la-nuit-davant\/","title":{"rendered":"#Voyages | Voyages r\u00e9els ou imaginaires."},"content":{"rendered":"\n<p id=\"block-3c999686-9575-4d1b-8a24-24ae55decedd\"><strong>#10. Street view.<\/strong>  <strong>D\u00e9sir d&rsquo;eau.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/image.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-121119\" width=\"589\" height=\"441\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/image.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/image-420x315.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/image-768x576.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 589px) 100vw, 589px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p id=\"block-3c999686-9575-4d1b-8a24-24ae55decedd\">S\u00fbr, il n&rsquo;y a pas beaucoup d&rsquo;eau. Trompeur, il y en a beaucoup, cach\u00e9e, sous terre, les arbres nombreux au feuillage tr\u00e8s vert l&rsquo;herbe sous les arbres verte ombrag\u00e9e ont re\u00e7u beaucoup d&rsquo;eau. Pleine d&rsquo;histoire cette photo entr\u00e9e dans la r\u00e9tine pour n&rsquo;en pas ressortir. Y plonger tout au fond dans cet endroit raffraichissant.<br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/picnic.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-121112\" width=\"588\" height=\"400\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette eau l\u00e0 qu&rsquo;on attendait depuis longtemps en cet endroit de Haute-Loire, base nautique pour les nageurs rameurs surfeurs kitesurfeurs wingfoileurs windfoileurs mais aussi de larges plages pour les familles, les amis et les picnics oubli\u00e9s un peu les picnics  sur des tables en bois avec banc et quelques arbres pour les hamacs<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/maison-au-bord-de-leau.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-121109\" width=\"591\" height=\"393\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>En amont de la base nautique cette rivi\u00e8re lente reposante au centre le saule pleureur et juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 une maison un peu abandonn\u00e9e on dirait, mais ceux qui y ont habit\u00e9 \u00e9taient entour\u00e9s de verdure et de chez eux entendaient le bruit et voyaient d\u00e9filer toute cette eau, comme les enfants ont eu du plaisir \u00e0 vivre ici.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/petit-portillon.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-121110\" width=\"592\" height=\"333\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Et voil\u00e0, je crois que c&rsquo;est l\u00e0, oui, s\u00fbr et certain. la foule, pas pour moi. Qu&rsquo;ils fassent tout le sport qu&rsquo;ils veulent, tous les picnics, Il me faut du calme j&rsquo;ai assez donn\u00e9. Cette maison, qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;ai mis du temps \u00e0 la trouver. je r\u00eave au fil de l&rsquo;eau. Entendre juste le clapotis de la rivi\u00e8re, l\u00e0 juste devant chez moi, Juste voir et entendre l&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#9. Wittig. Raconter son histoire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le car, avant qu&rsquo;elle lui parle, Manuel a commenc\u00e9 \u00e0 raconter comment il avait connu cet homme par l&rsquo;interm\u00e9diaire de son p\u00e8re, oui son p\u00e8re l&rsquo;avait c\u00f4toy\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, l\u00e0 \u00e0 Mexico, ce grand bonhomme, plus que c\u00f4toy\u00e9, il l&rsquo;avait aid\u00e9. Manuel parle tout le temps autant avec ses mains qu&rsquo;avec la bouche, tu sais, c&rsquo;est lui qui a peint la grande fresque du palais national, sur tous les murs du grand escalier, c&rsquo;est la grande \u00e9pop\u00e9e du peuple mexicain, tu sais, \u00e0 droite, Acatl Topliltzin Quetzacoatl<em><strong>,<\/strong><\/em> le roi de Tula parle \u00e0 son peuple, je croyais que mon p\u00e8re me racontait des r\u00eaves jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je vienne moi-m\u00eame \u00e0 Mexico, quatorze fois dans ma vie je suis venu, et quatorze fois \u00e9merveill\u00e9, au milieu, la conquista a traves de los siglos jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9volution, \u00e0 gauche tu regarderas, on voit Karl Marx tenir un extrait du capital, le dollar encadr\u00e9 d&rsquo;une croix gamm\u00e9e. Quatorze fois j&rsquo;ai regard\u00e9 tous ces d\u00e9tails, des peintures de Diego Rivera.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-cover is-light\"><span aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-cover__background has-background-dim\"><\/span><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2048\" height=\"1365\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/la-breche-de-Roland.webp\" class=\"wp-block-cover__image-background wp-post-image\" alt=\"\" data-object-fit=\"cover\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/la-breche-de-Roland.webp 2048w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/la-breche-de-Roland-420x280.webp 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/la-breche-de-Roland-1024x683.webp 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/la-breche-de-Roland-768x512.webp 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/la-breche-de-Roland-1536x1024.webp 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 2048px) 100vw, 2048px\" \/><div class=\"wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>Elle qu&rsquo;on voulait tellement rencontrer, et qu&rsquo;on n&rsquo;a pas pu, cette anthropologue qui vient d&rsquo;\u00eatre lib\u00e9r\u00e9e de prison, mais assign\u00e9e \u00e0 r\u00e9sidence, trois cent m\u00e8tres autour de chez elle, elle expliquait les chiites et les sunnites elle parlait de la place des femmes dans les mouvements djihadistes, et de la difficult\u00e9 de savoir qui manipule qui, et cette femme ajoutait il s&rsquo;agit de tactiques et de strat\u00e9gies complexes pas r\u00e9ductibles \u00e0 la guerre des chiites et des sunnites, elle disait aussi que les gens avaient peur, toute cette impr\u00e9visible angoisse dans un pays qui a connu huit ans de guerre. On voulait tellement la rencontrer, on attend sa venue en France.<\/p>\n\n\n\n<p>On pense \u00e0 Agn\u00e8s Cl\u00e9ment, on voit imm\u00e9diatement des robes fleuries ou toutes noires, des bras immenses dessinant comme des volutes de feu, ces cheveux blonds teints en noir, on l&rsquo;avait connu tr\u00e8s mince puis tr\u00e8s maigre, trop maigre, ce qui ne l&#8217;emp\u00eachait pas de se maquiller les yeux de noir et les l\u00e8vres de rouge, trop voyant le maquillage, au coll\u00e8ge les moqueries \u00e9taient venues, v\u00e9nimeuses, m\u00e9chantes, \u00abc&rsquo;\u00e9tait une coureuse, une vraie putain \u00bb . De ces jours-l\u00e0 elle avait pris une attitude provocante, tenant ferm\u00e9e en elle sa nature gentille et douce, m\u00eame plut\u00f4t timide. Aujourd&rsquo;hui, on pense \u00e0 Agn\u00e8s, elle est partie loin, chercher quoi ? revenue puis repartie, un vrai volcan de col\u00e8re, qui peut se changer en trois minute en jeune femme au sourire serein et d\u00e9tendue, elle est maintenant \u00e9ducatrice de jeunes adolescents abim\u00e9s, elle y r\u00e9ussit \u00e0 merveille.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p> <strong>#8. Reconstitition.<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pour elle le meilleur des voyages:<\/p>\n\n\n\n<p>-Vous avez \u00e9tudi\u00e9 longtemps, devenez m\u00e9decin puis psychiatre, aid\u00e9 par le professeur Jos\u00e9 Lop\u00e8s-Ibor, une sommit\u00e9 espagnole.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En voyant les \u00e9lectrochocs et les comas insuliniques, vous pensez que ce n&rsquo;est pas possible. Et vous cherchez.<\/p>\n\n\n\n<p>-N&rsquo;ayant rien trouv\u00e9 de cons\u00e9quent, vous vous y attelez. Et vous cr\u00e9ez une m\u00e9thode en \u00e9tudiant la conscience, ce qui vous am\u00e8ne \u00e0 \u00e9tudier Husserl.<\/p>\n\n\n\n<p>-Il apprend que le psychiatre suisse Ludwig Binswanger commen\u00e7ait \u00e0 adapter la ph\u00e9nom\u00e9nologie \u00e0 sa pratique, il part.<\/p>\n\n\n\n<p>Des micro-voyages sans doute, mais sa vie sera celle-l\u00e0, partir d\u00e9couvrir, revenir et repartir. Il a un atout d&rsquo;importance, pas trop de soucis financiers et le c\u00f4t\u00e9 pr\u00e9paratifs, il ne l&rsquo;a pas. On est en mille neuf cent soixante, la surprise de le voir, \u00e0 vingt-trois ans, toujours en costume sombre, chaussures cir\u00e9es et lunettes d&rsquo;\u00e9caille, un peu d\u00e9garni c\u00f4t\u00e9 cheveux. Loin des jeunes en baskets et chandail de deux mille vingt-trois.<\/p>\n\n\n\n<p>-\u00c0 sa grande surprise le docteur Binswanger, le voyant si ardent, l&rsquo;encourage \u00e0 entreprendre un voyage vers l&rsquo;Orient, \u00ables orientaux savent\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>-Parti pour six mois, il restera deux ans en Inde.<\/p>\n\n\n\n<p>-Le Docteur Mukund &nbsp;Bhole&nbsp; lui parlera respiration et yoga.<\/p>\n\n\n\n<p>-Il y \u00e9crira un livre sur les bords du Gange \u00e0 l&rsquo;ashram de Rishikesh.<\/p>\n\n\n\n<p>-Il \u00e9tudiera toutes les diff\u00e9rentes \u00e9coles de Yoga. Sans jamais fatiguer.<\/p>\n\n\n\n<p>-Il \u00e9tudiera le Bouddhisme, il part encore \u00e0 Dharamsala, aupr\u00e8s des Tib\u00e9tains : la m\u00e9ditation, la contemplation sont totalement diff\u00e9rentes de la connaissance rationnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>-Il ira jusqu&rsquo;au Japon o\u00f9 il d\u00e9couvre le zen, forme moderne, \u00e9pur\u00e9e du yoga.&nbsp; C&rsquo;est l\u00e0, au fil des rencontres, qu&rsquo;il apprendra \u00e0 lier le corps et l&rsquo;esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 en Colombie, des \u00e9tudes \u00e0 Madrid, d\u00e9part \u00e0 Gen\u00e8ve, puis Inde, Tibet, Japon, c&rsquo;est cela le voyage pour lui. Chercher, toujours pour mieux soigner. D\u00e9couvrir, \u00e9changer, comprendre. Avoir encore de la force pour mettre ses notes \u00e0 jour, \u00e9crire un autre livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reviendra d&rsquo;Orient pour aller en Espagne, \u00e0 Barcelone, devenu professeur agr\u00e9g\u00e9 il enseigne la psychiatrie. Le patient apprendra \u00e0 conqu\u00e9rir une nature sereine, positive, au lieu d&rsquo;ing\u00e9rer des m\u00e9dicaments. Il voyagera en France, Suisse, Belgique, Espagne, Italie, Portugal, cr\u00e9er des \u00e9coles de sophrologie.<\/p>\n\n\n\n<p>-Il repartira en Colombie, son pays natal, o\u00f9 il inaugure l&rsquo;\u00e9cole internationale de Colombie, un cursus de cinq ans apr\u00e8s le baccalaur\u00e9at, o\u00f9 les jeunes apprennent comment adapter les techniques sp\u00e9cifiques aux enfants des foyers Bosconia \u00e0 Bogota.<\/p>\n\n\n\n<p>-Il ne voyage pas pour d\u00e9couvrir si le monde tourne rond, mais comment faire pour que le monde tourne rond.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#7. <\/strong>Elle \u00e9tait partie de son Auvergne natale pour la Bretagne en se persuadant qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait pas de difficult\u00e9 esp\u00e9rance et crainte m\u00eal\u00e9es, l&rsquo;air et la mer et trouver du travail tr\u00e8s vite et m\u00eame un petit ami n&rsquo;ont pas r\u00e9sorb\u00e9 sa boule au ventre, les fant\u00f4mes revenaient, m\u00eame plus envie de se lever le matin, confus\u00e9ment d&rsquo;abord, puis plus clairement, \u2014Mais  qu&rsquo;est-ce que je fous ici? \u2014 Elle est redescendu assez vite l\u00e0 o\u00f9 elle avait grandi avec la douceur de l&rsquo;enfance et le sombre des ann\u00e9es coll\u00e8ge mais aussi les chemins les champs les saisons o\u00f9 elle pouvait en revenant du travail, se changer, mettre ses baskets partir marcher une heure et rentrer l\u00e0 o\u00f9 est sa maison. Elle est repartie, ne pas laisser son r\u00eave s&rsquo;envoler si vite, moins loin, pas loin du tout m\u00eame dans une ville plus petite, elle a obtenu un travail tr\u00e8s vite, et un compagnon de m\u00eame, le calme int\u00e9rieur avait l&rsquo;air possible, all\u00e8gre elle devenait, touch\u00e9e par l&rsquo;oubli, la paix, elle en \u00e9tait capable alors ? Un \u00e9moi la prenait le matin au r\u00e9veil. Et un jour elle est revenue, pour un week-end et repartie tr\u00e8s vite vers son compagnon et son travail qu&rsquo;elle aimait, si, si je vais y arriver. Puis elle est revenue en cong\u00e9 \u00abBurn out\u00bb, elle retrouve pour huit ou quinze jours ou combien de temps ? Elle ne sait pas. Elle a retrouv\u00e9 ce petit circuit d&rsquo;une heure qui l&rsquo;apaise. Elle flotte entre les deux doucement, ou par \u00e0-coups, elle apprivoise son angoisse. Elle a fait douze fois son circuit favori l\u00e0 o\u00f9 elle se repose. Maintenant elle peut repartir<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#6. Calvino.<\/strong> <em>C&rsquo;est le soir, vers dix-neuf heure, il allumait une lampe sur le bureau, mettait la nappe \u00e0 carreaux basques qui lui venaient de sa tante et pendant le repas il a commenc\u00e9 \u00e0 raconter son premier voyage, il venait de finir sa premi\u00e8re ann\u00e9e de travail, avait mis de l&rsquo;argent de c\u00f4t\u00e9, \u00e0 quatre, ils sont partis pour le Maroc conduisant chacun \u00e0 leur tour. Quand Marie a pris le volant, les trois autres parlaient et riaient, tout d&rsquo;un coup il s&rsquo;est rendu compte qu&rsquo;elle roulait vers l&rsquo;est, le soleil derri\u00e8re eux, H\u00e9, tu te trompes on va vers le sud, ils ont pris la carte, v\u00e9rifi\u00e9 tout en riant, mais de m\u00eame en arrivant \u00e0 Madrid et demandant La Puerta del Sol, les espagnols ne comprenaient pas, c&rsquo;est pourtant simple, les quatre r\u00e9p\u00e9taient La Puerta del Sol, s\u00fbrs de leur bel accent.<\/em><br>Elle ne parlait pas, \u00e9coutait avec bonheur. Et le soir, elle relisait leur propre voyage au Maroc, \u00e0 deux, mais pas du tout le m\u00eame, lui avait tellement envie depuis tout jeune, il montait au grenier chez ses parents pour d\u00e9vorer tous les journaux reli\u00e9s en gros volumes, en feuilleton chaque jour un \u00e9pisode de Cook et ses trois destinations. Mais toute une jeune vie d\u00e9j\u00e0 \u00e0 d\u00e9cider tout seul, \u00e0 \u00eatre seul aux manettes, il \u00e9tait un solitaire. Ils avaient fait \u00e0 deux, deux voyages diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Et puis toujours le soir au souper de nouveau il racontait. Dans la journ\u00e9e, ils bougeaient  mais comme on fait \u00e0 cet \u00e2ge on n&rsquo;appelle pas \u00e7a des voyages, le soir venu \u00e0 table tous les deux, il racontait son voyage en Yougoslavie, avec tous les \u00e9pisodes ville apr\u00e8s ville, tente apr\u00e8s tente, y compris la panne de voiture huit jours on avait perdu! C&rsquo;\u00e9tait avec des copains, ces voyages qu&rsquo;on fait \u00e0 vingt ans dans la fougue<\/em>.<br>Elle \u00e9coutait avec d\u00e9lices, toutes ces p\u00e9rip\u00e9ties ,\u00e0 vingt ans pour elle, vingt-cinq pour lui, ils \u00e9taient deux, deux sages trop t\u00f4t, chacun habitu\u00e9 \u00e0 la solitude et heureux d&rsquo;\u00eatre ensemble. Besoin de travailler, gagner sa vie, pas le temps pour des voyages, lui qui aurait toujours voulu, elle qui voulait \u00eatre juste l\u00e0 avec lui, les voyages ne faisaient pas du tout partie de ses d\u00e9sirs plut\u00f4t les livres et les enfants en IMP, avec Madame Borel-Maisonny. En attendant, il lisait beaucoup. Plus tard, les voyages.<br><br><em>Et puis un soir, on en \u00e9tait \u00e0 la soupe d&rsquo;oignons avec croutons, il \u00e9tait remont\u00e9 bien plus loin dans son jeune \u00e2ge, ils allaient r\u00e9guli\u00e8rement ,et les enfants pendant trois mois des grandes vacances, dans les Pyr\u00e9n\u00e9es, il savait tout de toute sa grande famille, du restaurant, des cols, de la fronti\u00e8re avec l&rsquo;Espagne, Ses yeux riaient tandis qu&rsquo;il parlait<\/em>.<br>Elle le laissait parler, m\u00eame pas l&rsquo;interrompre pour lui faire pr\u00e9ciser et c&rsquo;\u00e9tait comment, et c&rsquo;\u00e9tait o\u00f9 et qu&rsquo;est-ce que tu lui as r\u00e9pondu. Elle repensait \u00e0 leur vie, aux deux solitaires heureux ensemble. Ils \u00e9taient partis  en voyage, bien plus tard, \u00e0 deux, et une fois de plus pas du tout le m\u00eame voyage, mais le sachant, plus apais\u00e9s, chacun prenant ce qu&rsquo;il voulait dans cette halte pour eux.<br><em>L\u00e0, il est tard dans sa vie, elle ne voyagera plus, et la fable que j&rsquo;en fais, ses deux hommes sont morts, enfin ils n&rsquo;\u00e9taient pas \u00e0 elle, elle ne pense pas \u00abmes hommes\u00bb elle pense qu&rsquo;ils se seraient bien entendus, elle se les racontent s&rsquo;entendre bien. Maintenant elle a un autre voyage \u00e0 faire, celui de comment on vieillit, on d\u00e9couvre de surprenantes aventures int\u00e9rieures, d&rsquo;autres physiques moins int\u00e9ressantes, et ses d\u00e9couvertes sont empreintes, m\u00eal\u00e9es, alourdies indissociables de ce monde en bouleversement complet, en attente de ce qui risque d&rsquo;\u00eatre long, une renaissance.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p> <strong># 5. Bouvier.<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Vitesse.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re fois, avec lui, trop de vitesse, impossible trois jours trois vall\u00e9es. Un grand tournis, de l&rsquo;autoroute trop, des levers de bonne heure trop, finir par trouver un restaurant, tr\u00e8s tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Ralentir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00eame voyage, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, enfin presque, une seule vall\u00e9e, presque un seul lieu, Gavarnie. On arrive.<\/p>\n\n\n\n<p>Un h\u00f4tel-restaurant.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais, il a appartenu \u00e0 Michel C. Juste avant d&rsquo;entrer dans le village. Je le connais par c\u0153ur ce \u00abRestaurant des cascades\u00bb par des histoires de grosses boites de confiture, avec ses cousins mine de rien, ils avaient fini par en vider un entier, la chasse qu&rsquo;ils avaient prise.<\/p>\n\n\n\n<p>Les poteaux \u00e9lectriques.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils doivent \u00eatre tous enterr\u00e9s aujourd&rsquo;hui. Mais cette fois et pour toujours, je pense \u00e0 son grand-p\u00e8re n\u00e9 vers 1870 qui avait \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 \u00e9lectrifier quelques maisons de Gavarnie \u00e0 partir d&rsquo;une cascade.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cirque.<\/p>\n\n\n\n<p>On a pris le temps, cette fois, il \u00e9tait sous la neige. Mais on l&rsquo;avait vu sur toutes les cartes postales, les souvenirs les bricoles, les enseignes, les panneaux de directions, les d\u00e9buts d&rsquo;un tourisme un peu envahissant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cheval.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme un petit cirque, mais un autre. Sur la droite un peu au nord, le panneau Centre \u00e9questre du Vignemale nous ram\u00e8ne \u00e0 son grand-p\u00e8re, vers les ann\u00e9es 1912 \u00e0 1920, sous le protectorat du Maroc, il \u00e9tait &nbsp;militaire \u00e0 Mekn\u00e8s, au grand Haras, et parait-il il y avait une plaque \u00e0 son nom. Pendant son service, au Maroc en 1958, il a voulu la trouver, restait l&#8217;emplacement mais pas de plaque (Ce n&rsquo;est pas une fiert\u00e9 ces ann\u00e9es au Maroc et en Alg\u00e9rie) C&rsquo;est ce souvenir marquant d&rsquo;un grand-p\u00e8re ing\u00e9nieux qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais connu que j&rsquo;aime \u00e9couter.<\/p>\n\n\n\n<p>La fronti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fronti\u00e8re Espagne France passe par les sommets. C&rsquo;est lui qui se souvient: quand il passait deux mois de vacances l\u00e0-bas, il allait souvent avec sa famille du c\u00f4t\u00e9 espagnol voir d&rsquo;anciens amis, il avait pris un chemin perdu et s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9 face \u00e0 un \u00abGuardia civil\u00bb, pas rassur\u00e9 du tout, les parents parlaient beaucoup du climat tendu encore, entre les deux pays.<\/p>\n\n\n\n<p>La br\u00e8che de Roland.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se voit de loin, mais quand on y monte on a une vue incroyable du cirque. Il en a un souvenir jubilatoire, \u00e0 neuf ans, ses oncles l&rsquo;avaient emmen\u00e9 avec eux, tout en haut, \u00e0 trois mille quatre cent m\u00e8tres, en espadrilles, jusqu&rsquo;au col. Mais vous \u00eates fous d&#8217;emmener ce petit avec des savates et si haut.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong># 4. Cortazar. <\/strong>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas un long voyage, mais r\u00e9p\u00e9t\u00e9, tous les mois depuis quelques ann\u00e9es, partir n\u00e9cessit\u00e9. Le rite s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9, prendre la voiture, rouler, mais prendre son temps, ne pas aller trop vite. Pourtant ne penser qu&rsquo;\u00e0 \u00e7a, le moment o\u00f9 on arriverait. Il fallait ce sas, cette halte aux trois-quarts du trajet, ralentir le temps, faire durer, peut-\u00eatre vraiment r\u00e9aliser, \u00e7a y est, c&rsquo;est tout pr\u00e8s. Alors penser \u00e0 cette maison grande et carr\u00e9e, son toit en croupe, rassurante, devant la porte un grand espace de gravier, entour\u00e9 d&rsquo;arbres, l&rsquo;herbe s&rsquo;\u00e9tale sans vergogne, arriver l\u00e0 vers midi, arr\u00eater le moteur, rester dans la voiture, sentir le soleil, trois enfants jouent l\u00e0, les regarder faire, ranger les lunettes dans le sac, attendre, avoir besoin de ce lieu autre, neutre, interm\u00e9diaire, se d\u00e9pouiller, se d\u00e9lester de tout. Deux puis trois voitures arrivent, alors se lever, entrer dans le restaurent &nbsp;qui vient d&rsquo;ouvrir, des hommes des chantiers d\u00e9j\u00e0 assis rient, discutent se taquinent, le couple qui tient la maison est l\u00e0 avec eux, les connait par leur pr\u00e9nom et \u00e0 la voir l\u00e0 r\u00e9guli\u00e8rement, deviennent cordiaux. Un caf\u00e9 ? Un caf\u00e9, oui. Prendre son temps pour le boire et le c\u0153ur chaud, reprendre la voiture. <\/p>\n\n\n\n<p><em>C&rsquo;\u00e9tait un long voyage en octobre 2020, o\u00f9 je voulais la voir, qui sera r\u00e9p\u00e9t\u00e9 en fevrier 2023. Le rite pas vraiment, oui mais n\u00e9cessit\u00e9 surement, aller la voir, rouler mais vouloir rouler tr\u00e8s vite et ne penser qu&rsquo;\u00e0 \u00e7a, la rencontrer. Il y a eu un sas, pas de notre fait, il y en a eu un puis deux, pourtant ne penser qu&rsquo;\u00e0 \u00e7a. On se serait pass\u00e9 de ce temps qui dure, tra\u00eene, d&rsquo;abord pour elle, ralentir le temps, faire durer, pourquoi ? Puis r\u00e9aliser, c&rsquo;est tout pr\u00e8s d&rsquo;arriver. Alors penser \u00e0 cette maison, l\u00e0 &nbsp;o\u00f9 peut-\u00eatre on pourrait \u00e9changer avec d&rsquo;autres interm\u00e9diaires qui la connaissent, mais ne pas savoir, ne pas pouvoir, alors la halte ce sera manifester avec les autres. La halte ce sera \u00e9couter, chercher \u00e0 comprendre, avoir besoin de ce lieu autre interm\u00e9diaire, la halte ce sera savoir qu&rsquo;elle est libre d\u00e9j\u00e0, mais apr\u00e8s qu&rsquo;elle revienne en France, tous ces gens qui se pressent pour manifester leur soutien, c&rsquo;est une halte. Au moins se soutenir, au moins parler d&rsquo;elle, avec les copines et copains, c&rsquo;est plus chaleureux , lui donner un peu de cette chaleur on voudrait. Un caf\u00e9? Oui, un caf\u00e9. Prendre son temps pour le boire avant de retourner bagarrer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#3. L&rsquo;impossible retour. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La lettre est arriv\u00e9e avec retard, \u00e7&rsquo;est urgent, l&rsquo;\u00e9tat de sa m\u00e8re s&rsquo;est aggrav\u00e9, elle va mourir, rentrer au plus vite, ne pas la laisser seule. Et des gr\u00e8ves et manifestations commencent \u00e0 s&rsquo;\u00e9tendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il faut qu&rsquo;elle parte!<\/p>\n\n\n\n<p>Et il fallait prendre patience;<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait voir tous ces touristes nombreux \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait les voir se pr\u00e9cipiter chercher une place,<\/p>\n\n\n\n<p>Les touristes se bousculaient n&rsquo;arrivaient pas \u00e0 trouver un seul billet, les attentes \u00e9taient interminables, ils rentraient \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel furieux, agac\u00e9s, se coucher en vue du lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait y retourner, le premier arriv\u00e9 serait le premier servi. Aucun regard pour les autres, surtout pas, chacun pour soi, il fallait les voir, dans ce pays tant bouscul\u00e9 d&rsquo;o\u00f9 tant d&rsquo;habitants voulaient s&rsquo;exiler pas en avion, eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Et toujours, elle, attendait, elle voulait partir absolument, mais ne voulait pas participer \u00e0 cette surench\u00e8re. Les touristes ne se posaient pas de question, les regards durcis plus agressifs que des mots, ils auraient march\u00e9 sur leur m\u00e8re ?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais toujours j&rsquo;en \u00e9tais emp\u00each\u00e9e, je comprenais les manifestants oh du fond du c\u0153ur mais ma m\u00e8re, ma m\u00e8re,une grande boule me serrait le ventre je l&rsquo;abandonnais je ne serai pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle qui avait \u00e9t\u00e9 si pr\u00e8s de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>2.  Sa premi\u00e8re impression est biais\u00e9e, trop de luxe, trop de gens bien habill\u00e9s, trop sur leur quant \u00e0 soi. Elle \u00e9touffe. Ils savent boire leur verre de champagne avec \u00e9l\u00e9gance, \u00e0 table bien serr\u00e9s entre eux qui se connaissent \u00e9changent avec volubilit\u00e9 elle ne sait important ou tr\u00e8s intelligent ou tr\u00e8s vulgaire, de gros rires s&rsquo;\u00e9chappent de leur table. Elle n&rsquo;a rien contre le rire ni contre les tables anim\u00e9es, mais elle n&rsquo;en est pas, pas avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle repartirait ? Non peut-\u00eatre pas quoique pas loin, mais elle s&rsquo;en va d\u00e9j\u00e0 de cet h\u00f4tel, part sur la place o\u00f9 tout \u00e0 l&rsquo;heure la responsable du groupe leur a dit et surtout ne donnez rien aux enfants apr\u00e8s on est envahi.<\/p>\n\n\n\n<p>Envahi, comme on dit des moustiques, des gu\u00eapes, des black blocs, des gr\u00e9vistes ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les petits tournaient autour d&rsquo;elle, la retenaient par sa jupe, timidement, d&rsquo;autres plus hardis avaient des gestes tout \u00e0 fait \u00e9loquents de demande, elle les aimait, s&rsquo;est assise \u00e0 cot\u00e9 d&rsquo;eux, elle \u00e9tait retenue, l\u00e0 pour longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Les touristes \u00e9taient les descendants de ceux-l\u00e0 m\u00eame qui les avaient envahis, colonis\u00e9s, et dans les yeux des enfants elle voyait que tout pouvait recommencer, une autre fois, en un autre temps plus tard peut-\u00eatre, on retrouverait chez eux ce qu&rsquo;on leur avait enlev\u00e9 ces valeurs vitales, cette union de l&rsquo;individuel et du collectif, cette harmonie entre l&rsquo;homme et le monde, entre le corps et l&rsquo;esprit, une autre fois, ce sera ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#2 .arriv\u00e9e dans la ville. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"531\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/chichen-1024x531.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-113624\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/chichen-1024x531.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/chichen-420x218.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/chichen-768x398.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/chichen-1536x796.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/chichen.jpg 1917w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p> <\/p>\n\n\n\n<p>1.On n&rsquo;a rien \u00e0 chercher, tout est organis\u00e9, rendez-vous pris \u00e0 Paris \u00e0 quatorze heure trente, bagages pris en main, on sera \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport de Toluca vers vingt heures presque d\u00e9\u00e7us que tout cela se fasse en dehors de nous, la descente de l&rsquo;avion commence, \u00e9motion de discerner Mexico, on voudrait d\u00e9j\u00e0 \u00eatre arriv\u00e9s, dans un petit nuage mental se fera le chemin jusqu&rsquo;au car, il reste une heure et demi de trajet, au d\u00e9but plut\u00f4t aride et plat, des maisons inachev\u00e9es avec les barres de m\u00e9tal d\u00e9passant du b\u00e9ton, puis une zone plus vari\u00e9e, l&rsquo;atmosph\u00e8re int\u00e9rieure se r\u00e9chauffe, on a juste le temps de regarder les passants, les lumi\u00e8res un bout de quartier et on arrive \u00e0 la nuit pile devant l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;h\u00f4tel, on a chang\u00e9 de monde, le rond point est fleuri entretenu, trop luxueux, les gens \u00e0 notre service ce n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;on aime, non, un ascenseur transparent va nous emmener en trois secondes au trente-troisi\u00e8me \u00e9tage, vite la porte, vite le lit, mais non une grande baie vitr\u00e9e jusqu&rsquo;au sol le vertige prend imm\u00e9diatement, mais c&rsquo;est tellement beau, d\u00e9j\u00e0 le plan d&rsquo;une main, l&rsquo;autre en visi\u00e8re, je rep\u00e8re le palais pr\u00e9sidentiel, la grande place,(Je ne connais m\u00eame pas ma propre ville.)<\/p>\n\n\n\n<p>2. Elle ne partira que trente-huit ans plus tard, elle l&rsquo;a si souvent imagin\u00e9, tout un cheminement au long cours, elle \u00e9tait partie avec sa valise et son bagage \u00e0 main, ce voyage elle a pu le travailler le vivre presque tant elle a cherch\u00e9 dans ses livres, \u00e0 la biblioth\u00e8que, a r\u00e9uni des images et des photos, on y voyait Mexico, beaucoup mais aussi les pyramides du soleil et de la lune, les jardins flottants de Xochimilco, T\u00e9otihuacan, et plus loin Cancun, les distances ne comptaient plus, elle a fait tant de voyages dans sa cuisine, mais dans ses r\u00eaves. En fait, elle n&rsquo;est pas \u00abarriv\u00e9e\u00bb \u00e0 Mexico, elle s&rsquo;est d\u00e9gag\u00e9e du courant ordinaire de la vie de tous les jours elle s&rsquo;est m\u00eame endormie au survol de la ville et r\u00e9veill\u00e9e, il a bien fallu monter dans le car et calmer sa f\u00e9brilit\u00e9, la nuit est venue, elle r\u00eava qu&rsquo;elle s&rsquo;enfon\u00e7ait dans une des rues sombres, heureuse de regarder les fa\u00e7ades, les maison, cette belle \u00e9glise, tranquille et confiante elle avan\u00e7ait, une brusque secousse la r\u00e9veilla, et se retrouva sans savoir comment dans une chambre haute, si haute qu&rsquo;elle vit Mexico presque en entier, perdue, elle \u00e9tait compl\u00e8tement \u00e9gar\u00e9e, ce n&rsquo;\u00e9tait pas cela qu&rsquo;elle voulait, c&rsquo;\u00e9tait le soleil s&rsquo;encastrer juste dans l&rsquo;ouverture en haut de la pyramide de Kukulcan, et \u00e0 mesure qu&rsquo;il descend l&rsquo;ombre descend sur les marches<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#1 la nuit d&rsquo;avant.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"767\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Joseph_Mallord_William_Turner_-_Snow_Storm_-_Steam-Boat_off_a_Harbours_Mouth_-_WGA23178-1024x767.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-113233\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Joseph_Mallord_William_Turner_-_Snow_Storm_-_Steam-Boat_off_a_Harbours_Mouth_-_WGA23178-1024x767.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Joseph_Mallord_William_Turner_-_Snow_Storm_-_Steam-Boat_off_a_Harbours_Mouth_-_WGA23178-420x314.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Joseph_Mallord_William_Turner_-_Snow_Storm_-_Steam-Boat_off_a_Harbours_Mouth_-_WGA23178-768x575.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Joseph_Mallord_William_Turner_-_Snow_Storm_-_Steam-Boat_off_a_Harbours_Mouth_-_WGA23178-1536x1150.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Joseph_Mallord_William_Turner_-_Snow_Storm_-_Steam-Boat_off_a_Harbours_Mouth_-_WGA23178-2048x1533.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Temp\u00eate\u00a0\u00bb J.W. Turner  Snow Storm &#8211; <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Vrai ? Mais pourquoi aller l\u00e0-bas? Il veut lui, c&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9 comme \u00e7a, il voulait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 dix-sept ans et n&rsquo;a jamais pu, alors elle ira avec lui, c&rsquo;est quand m\u00eame au Mexique, l&rsquo;ennui, lui aussi le mesure, c&rsquo;est un voyage organis\u00e9, on n&rsquo;a pas vingt ans et sinon on n&rsquo;ira pas et dis, demain matin, l&rsquo;avion d\u00e9colle alors, comme il est d\u00e9j\u00e0 vingt et une heure, la valise ouverte sur le lit, je tourne et retourne, l&rsquo;angoisse maintenue jusqu&rsquo;alors augmente ce n&rsquo;est pas l&rsquo;avion, une premi\u00e8re, et le temps me dure de sentir le d\u00e9collage et si longtemps l\u00e0-haut, immobile, ce temps me parait infini, je voudrais qu&rsquo;il dure comme une libert\u00e9, d\u00e9faite de toutes les obligations minuscules et r\u00e9p\u00e9titives, ce que je veux plus que le pays mais j&rsquo;exag\u00e8re quand m\u00eame, alors qu&rsquo;enfin je me couche, je pense au soleil, \u00e0 la mer l\u00e0-bas est-elle bleue limpide ou agit\u00e9e et grise et la chaleur les couleurs que j&rsquo;ai vu sur des photos, les cactus sur des terres s\u00e8ches craquel\u00e9es et tout ce que j&rsquo;ai pu lire chez JMG Le Cl\u00e9zio, je ne peux pas dormir et reprends son livre \u00ab\u00a0Le r\u00eave mexicain\u00a0\u00bb, quand Andr\u00e9 vient me rejoindre dans le lit, il me parle longtemps des Mayas et des azt\u00e8ques de Quetzalcoatl Colhuacan et je m&rsquo;endormirai en imaginant les pyramides del sol y la luna de T\u00e9otihuacan.<\/p>\n\n\n\n<p>Faux ? Mais pourquoi donc je veux aller l\u00e0-bas? On est en juillet 1957, je viens de passer le baccalaur\u00e9at philosophie et je viens de passer une ann\u00e9e, m\u00eame trois, compliqu\u00e9es, j&rsquo;aurais grand besoin de revoir la philosophie je ne suis franchement pas m\u00fbre mais justement je m&rsquo;en rends compte et j&rsquo;ai quand m\u00eame fait beaucoup de d\u00e9couvertes dont Antonin Artaud, et heureusement il m&rsquo;ouvre un grand boulevard. Quoi faire d&rsquo;un boulevard quand on est close sur soi-m\u00eame, vraiment je vais mal, quand mon amie me propose une id\u00e9e folle, on ira comme Artaud au Mexique, les derni\u00e8res nuits avant le d\u00e9part, je ne dors pas du tout, essayez d&rsquo;imaginer, l\u00e0 o\u00f9 Artaud cr\u00e9ait \u00e0 huit ans des spectacles \u00abEnterrement au cr\u00e9puscule\u00bb ou t\u00eates de morts et bougies pour effrayer son cousin, \u00e0 la maison, c&rsquo;\u00e9taient des jeux d&rsquo;enfants, \u00e7a ne tournait pas rond \u00e7a manquait d&rsquo;air, les mots d&rsquo;Antonin Artaud sont un d\u00e9clic il veut aller au Mexique \u00abMagiques les incantations des sorciers, faire la pluie sur un paysage chasser le mal avec le souffle, \u00e0 la mort de la m\u00e8re, un concert de cris prend la vie\u00bb pas commenc\u00e9e la valise, je r\u00eavais d&rsquo;humains flous en ombres et transparents je n&rsquo;ai pas pris de peyotl mais j&rsquo;aimais leurs danses leurs mouvements avant de m&rsquo;endormir il m&rsquo;a sembl\u00e9 en prendre entrer en transe volontairement et avec stupeur me mettre \u00e0 trembler danser pour une gu\u00e9rison pour la pluie pour entrer dans leur imaginaire, et pourtant toute la masse de ce que je portais d&rsquo;inqui\u00e9tude et d&rsquo;ignorance de fermeture se pr\u00e9cipitait pour m&rsquo;interdire ce voyage mais mon amie \u00e9tait l\u00e0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#10. Street view. D\u00e9sir d&rsquo;eau. S\u00fbr, il n&rsquo;y a pas beaucoup d&rsquo;eau. Trompeur, il y en a beaucoup, cach\u00e9e, sous terre, les arbres nombreux au feuillage tr\u00e8s vert l&rsquo;herbe sous les arbres verte ombrag\u00e9e ont re\u00e7u beaucoup d&rsquo;eau. Pleine d&rsquo;histoire cette photo entr\u00e9e dans la r\u00e9tine pour n&rsquo;en pas ressortir. Y plonger tout au fond dans cet endroit raffraichissant. Cette <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-double-voyage-01-la-nuit-davant\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#Voyages | Voyages r\u00e9els ou imaginaires.<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":108,"featured_media":115654,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4095,4107,4111,4129,4157,4168,4221,4247,4272,4317,4336,4094],"tags":[1680,4463,4296,4465,4257,4466,3328,1128,4457,885,124,610,4215,3749,4242,4458,4459,4298,4259,4258,4464,929,4295,4244,4167,4243,835,139,4297],"class_list":["post-112879","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-00_prologue","category-01_la_nuit_d_avant","category-02_arrivee_dans_la_ville","category-03_michaux_impossible_retour","category-04_cortazar","category-05_bouvier","category-06_calvino","category-08_bergounioux","category-08_quintane_colomb","category-09_wittig","category-10_street_view","category-le_double_voyage-2","tag-angoisse","tag-base-nautique","tag-bouddhisme","tag-calme","tag-circuit","tag-clapotis","tag-college","tag-couler","tag-diego-rivera","tag-eau","tag-enfant","tag-frontiere","tag-gavarnie","tag-halte","tag-jeunesse","tag-les-chiites","tag-les-sunnites","tag-orient","tag-partir-revenir","tag-petit-voyage","tag-picnic","tag-prison","tag-psychiatrie","tag-raconter","tag-sas","tag-vieillesse","tag-voyage","tag-yoga","tag-zen"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/112879","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/108"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=112879"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/112879\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/115654"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=112879"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=112879"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=112879"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}