{"id":113035,"date":"2023-02-20T14:25:36","date_gmt":"2023-02-20T13:25:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=113035"},"modified":"2023-02-22T10:21:47","modified_gmt":"2023-02-22T09:21:47","slug":"voyages-la-nuit-davant-acadiane-baldaquinee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/voyages-la-nuit-davant-acadiane-baldaquinee\/","title":{"rendered":"#voyages #06 | princesses"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9sar\u00e9e ? C\u00e9sar\u00e9e ? Ah ce ch\u00e2teau avec une princesse enferm\u00e9e ? Oui, si on veut. Pas une princesse, une reine. Elle a eu du bonheur, elle a \u00e9t\u00e9 aim\u00e9e, ador\u00e9e et l\u00e0, elle regarde la jet\u00e9e o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9barqu\u00e9e quand son amour de Titus l&rsquo;a r\u00e9pudi\u00e9e et fait ramener ici. Une route nord sud assomm\u00e9e de voitures, un golf, rivage d&rsquo;un pays \u00e0 la d\u00e9rive, c&rsquo;est ce qui reste de son r\u00eave, elle pr\u00e9f\u00e8re regarder vers l&rsquo;ouest, mer de fantasmes \u00e0 venir \u2014 ou pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Attends, ce n&rsquo;est pas de cela que je te parle. Ma princesse \u00e0 moi, elle regarde la mer aussi de son donjon, aussi vers l&rsquo;ouest, \u00e9loign\u00e9e de son amour aussi pour de vagues raisons d&rsquo;\u00e9tat. Elles se ressemblent ces deux l\u00e0 mais celle-ci n&rsquo;est pas reine et ne le sera jamais, exil\u00e9e de son prince Louis le quatorzi\u00e8me en son donjon de Brouage. La mer a perdu du terrain, une dizaine de kilom\u00e8tres dans les terres, une muraille que les vagues mourantes venaient caresser. Au lointain de Samuel Champlain, les rues de Qu\u00e9bec, de Montr\u00e9al, voyage par procuration..<\/p>\n\n\n\n<p>Autre route, autre temps, un peu avant Alger \u2014 de l\u00e0-haut je vois loin mais je ne sais pas o\u00f9 on est \u2014 avant Alger donc, sur le pont ils se sont mis \u00e0 parler d&rsquo;une femme, une fran\u00e7aise qui \u00e9tait une petite ouvri\u00e8re et qui est devenue princesse l\u00e0, tr\u00e8s au sud presque dans le d\u00e9sert. Elle a construit une \u00e9cole pour les filles de la r\u00e9gion, un palais entour\u00e9 d&rsquo;un immense jardin o\u00f9 elle fait pousser des roses. Aur\u00e9lie Picard, Lalla Yamina, Aur\u00e9lie Tidjani. Dans ces grands espaces, elle fait du cheval, Aur\u00e9lie, rien \u00e0 voir avec les lourds chevaux de chez nous : fins, rapides, muscl\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Laghouat C\u00e9sar\u00e9e B\u00e9r\u00e9nice Brouage Alger Aden Qu\u00e9bec Montr\u00e9al Lalla Bonne Esp\u00e9rance Titus Aur\u00e9lie Louis Marie Mazarin. Je galope dans le d\u00e9sert et sous les murailles de ces princesses maritimes, les salue, elles m&rsquo;invitent dans leur palais, je suis leur chevalier servant.<\/p>\n\n\n\n<p>Non, en fait ce dont je voulais te parler c&rsquo;est de la fois o\u00f9 j&rsquo;ai rencontr\u00e9 Jean Luc Godard, l&rsquo;ami Bill H. \u00e9tait \u00e0 Paris et Bill, va savoir comment, il conna\u00eet le monde entier. Si, je sais comment :  il voyage beaucoup et partout, l\u00e0 il a 91 ans et il s&#8217;embarque sur un cargo pour traverser le Pacifique et \u00e0 Papeete, il va parler \u00e0 tout le monde, les riches les pauvres les beaux les laids, il s&rsquo;en fiche Bill pour lui c&rsquo;est l&rsquo;occasion de dire des mots en fran\u00e7ais, tha\u00ef, anglais espagnol. Bref, il connaissait un acteur qui jouait \u00e0 l&rsquo;Atelier et y&rsquo;avait aussi dans la pi\u00e8ce cet acteur, tu sais, si beau qui jouait dans un film de Pasolini, l\u00e0, il jouait l&rsquo;archev\u00eaque de Canterbury ou quelque chose comme \u00e7a, c&rsquo;est lui que JLG venait voir et on a attendu ensemble que les acteurs se d\u00e9maquillent, retombent sur terre, sortent de leurs loges. Bill \u00e7a le faisait rire que je sois si \u00e9mu d&rsquo;\u00eatre l\u00e0. Godard c&rsquo;est venu cet apr\u00e8s midi \u00e0 Belleville, un visage. Je n&rsquo;\u00e9tais pas all\u00e9 \u00e0 Belleville depuis longtemps on y allait manger du couscous, les Lumi\u00e8res de Belleville \u00e7a s&rsquo;appelait, on y croisait les Rita Mitsouko, ils \u00e9taient deux et encore pour longtemps. \u00c7a n&rsquo;a pas trop chang\u00e9, Les Lumi\u00e8res, Charlot n&rsquo;existent plus c&rsquo;est sans importance. Le bel acteur c&rsquo;\u00e9tait Laurent Terzieff et Belleville, tu croises pas que des princesses mais c&rsquo;est un beau voyage.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Halte sur cosmoroute<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Et je suis l\u00e0, lisant la vie de Rachid H. toujours \u00e9tonn\u00e9 de la diversit\u00e9 de nos trajets de vies et de leur imagination. C&rsquo;est <em>Chamb\u00e9ry <\/em>le mot qui a tout d\u00e9clench\u00e9, le stage cet \u00e9t\u00e9, les quatre sans cul, sons de loin. Le voyage \u00e0 Chamb\u00e9ry, halte sur la route d&rsquo;Italie. Plus loin Florence, les Isra\u00e9liennes, vous \u00eates vivantes mesdames dans quel coin du monde l&rsquo;Arno cos\u00ed fan tutte ponte vecchio borgo san Lorenzo Carlone tu es mort Claude, revenir vite un aller retour \u00e0 toute vitesse, la soir\u00e9e chez lui \u00e0 deux pas de l&rsquo;Arno qui, je ne sais plus, je n&rsquo;ai jamais su, la nuit l\u00e0 seul. C&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre cette fois-l\u00e0 la panne d&rsquo;essence, la R5 verte dans le long tunnel entre les deux pays, sous terre entre deux vies entre deux vides entre deux riens plut\u00f4t, oh quel confort, il y avait encore une fronti\u00e8re et au retour re-halte \u00e0 Chamb\u00e9ry tant de pleurs, de regrets, la nuit sur le sol devant la lucarne micass\u00e9e du po\u00eale, c&rsquo;est fini, sur l&rsquo;autoroute tu proposes de dormir&nbsp;avant Paris, avais-tu peur de rentrer dans la ville, de le retrouver, de sceller cette d\u00e9cision de rupture et moi qui ne voulais pas te rassurer tu avais d\u00e9cid\u00e9 c&rsquo;\u00e9tait fini, retour vers C. toi qui es morte aussi. Rachid H. je n&rsquo;envie pas votre peine, je n&rsquo;envie pas votre douleur, je pense \u00e0 votre puissance de vous dire comme \u00e7a, de raconter ce qui vous a fait. Le 5 f\u00e9vrier 2023, je recolle des bouts de souvenirs de ce que j&rsquo;aurais pu raconter, de ce que je ne voulais \u00e0 aucun prix trouver il y a plus de quarante ans.. L&rsquo;imaginez vous votre trajet, savez vous ce que vous cherchez \u00e0 films-t\u00e2tons ? Moi, je ne suis pas certain de vouloir connaitre la derni\u00e8re \u00e9tape avant la fin de l&rsquo;autoroute.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Approche de la ville<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;endroit s&rsquo;appelle C\u00e9sar\u00e9e. C&rsquo;est \u00e0 gauche de la route, plein ouest la mer, il imagine les ruines d&rsquo;un palais de pierres brunes, d&rsquo;un embarcad\u00e8re d&rsquo;o\u00f9 serait partie jeune, amoureuse et o\u00f9 serait revenue r\u00e9pudi\u00e9e la reine des juifs, dans un mois, dans un an, comment souffrirons nous, seigneur, que tant de mers me s\u00e9parent de vous ? Quelques panneaux publicitaires, un terrain de golf, la route continue vers le nord qui longe la mer. Elle conduit, elle parle de sa voix si puissante pour ce fr\u00eale corps, nous y serons bient\u00f4t, Reposons nous sur cette terre car la mort est un long voyage elle rit de ce souvenir de chanson dans une langue qui n&rsquo;est pas la sienne. La route quitte la mer rejoint celle de l&rsquo;int\u00e9rieur et, tr\u00e8s vite, \u00e0 droite, une haie, un bois presque de cypr\u00e8s derri\u00e8re un mur. L&rsquo;entr\u00e9e est \u00e0 droite, le temps soudain va moins vite, ils sont ici pour retrouver \u05e9\u05de\u05d5\u05d0\u05dc \u05d2\u05dc\u05e1\u05d1\u05e8\u05d2 un homme mort au loin qui a voulu faire ce long voyage ici. Le vent de la mer, la voix du gardien qui lui parle \u00e0 elle dans une langue que je devine antique, un doigt point\u00e9, une longue marche dans cette all\u00e9e o\u00f9 le bleu du ciel prend toute la place, une pierre, une photo, quelques mots murmur\u00e9s. Et nous contournerons la ville direction Akko.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La nuit d&rsquo;avant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait eu la nuit \u00e0 Arzew, retrouvailles incroyables, celle dans l&rsquo;ancien cimeti\u00e8re de T. transform\u00e9 en camping des gens sympas pr\u00eats \u00e0 rire de tout, celle dans la grande maison au bord de la mer \u00e7a se pr\u00e9sentait plut\u00f4t bien. Le berger rentrait son troupeau le soleil tombant quand nous lui avons dit \u2014 nous ne parlions pas la m\u00eame langue nous l&rsquo;avions compris de nos gestes \u2014 que cette nuit, nous voulions dormir dans l&rsquo;acadiane il nous a pris pour des fous il allait faire si froid et on s&rsquo;est souvenu que Camus dans une nouvelle raconte que la nuit dans le d\u00e9sert les pierres \u00e9clatent de tant de froid. Il nous a invit\u00e9s dans sa petite maison elle aurait bien voulu mais lui non cette nuit nous serons seuls Regarder la nuit tomber sur le haut plateau le froid envahir le paysage froid froid. Ils auraient pu aller jusqu&rsquo;\u00e0 la ville on leur avait dit que la prison parfois h\u00e9bergeait des voyageurs mais expliquer ce qu&rsquo;ils faisaient l\u00e0 entre plateau glac\u00e9 et nuages courant dans le ciel clair tu nous vois dans une cellule apr\u00e8s les tombes de T. Le soleil monte en dix minutes il fait chaud ce soir G. demain le d\u00e9sert<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Du donjon du ch\u00e2teau froid&nbsp; je regarde le soleil tomber la mer loin plissant les yeux je vois \u2014trop loin, j&rsquo;imagine la muraille protectrice limite d&#8217;empire tant au nord je partirai t\u00f4t nous embarquerons dans la ti\u00e9deur opaque de la brume atlantique suivrons nord ouest les cris r\u00e2peux des sternes et les bruissements des dauphins qui nous emm\u00e8neront o\u00f9 d&rsquo;hypoth\u00e9tiques barbares tentent de s&#8217;emparer du castrum. Marie reste ici prisonni\u00e8re punie de son amour dans ce ch\u00e2teau construit pour elle au bout du marais nous partirons apr\u00e8s le diner pr\u00e8s de la grande chemin\u00e9e servi par ses chambellans et la nuit dans le grand lit baldaquin\u00e9 solitaire. Imaginer nuit noire l&rsquo;enfermement derri\u00e8re le mur ici face \u00e0 l&rsquo;espace sans limite prison presque pire t&rsquo;enfuir Marie tu ne comprends rien comprends tu m\u00eame que de ta prison triste un roi r\u00eave au loin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u00e9sar\u00e9e ? C\u00e9sar\u00e9e ? Ah ce ch\u00e2teau avec une princesse enferm\u00e9e ? Oui, si on veut. Pas une princesse, une reine. Elle a eu du bonheur, elle a \u00e9t\u00e9 aim\u00e9e, ador\u00e9e et l\u00e0, elle regarde la jet\u00e9e o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9barqu\u00e9e quand son amour de Titus l&rsquo;a r\u00e9pudi\u00e9e et fait ramener ici. 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