{"id":113057,"date":"2023-04-03T09:29:49","date_gmt":"2023-04-03T07:29:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=113057"},"modified":"2023-04-03T09:31:49","modified_gmt":"2023-04-03T07:31:49","slug":"prologue-par-deux-points-distincts","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/prologue-par-deux-points-distincts\/","title":{"rendered":"#voyages | Le double voyage aux \u00eeles"},"content":{"rendered":"\n<p>Sommaire : <\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Prologue : <a href=\"#par-deux-points-distincts\">Par deux points distincts<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Chapitre 1 : <a href=\"#entre-couette-et-duvet\">Entre couette et duvet<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Chapitre 2 : <a href=\"#entre-le-marchepied-et-le-quai\">L&rsquo;intervalle entre le marchepied et le quai<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Chapitre 3 : <a href=\"#les-oiseaux\">Les oiseaux<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Chapitre 4 : <a href=\"#DormirDehors\">Dormir dehors<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Chapitre 5 : <a href=\"#Lavrec\">Lavrec<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Chapitre 6 : <a href=\"#AvantOnDisaitNegre\">Avant on disait n\u00e8gre<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Chapitre 7 : <a href=\"#Lavomatic\">Lavomatic<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Chapitre 9 : <a href=\"#pourquoi\">Pourquoi tu creuses, pourquoi tu pars<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Chapitre 10 : <a href=\"#BonjourM\u00e9m\u00e9\">Bonjour M\u00e9m\u00e9<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"par-deux-points-distincts\">#Prologue | Par deux points distincts<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/PrologueCarte-1024x576.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-113058\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/PrologueCarte-1024x576.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/PrologueCarte-420x236.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/PrologueCarte-768x432.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/PrologueCarte-1536x864.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/PrologueCarte-2048x1152.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but des voyages \u00e9taient toujours les cartes. Inventaire minutieux \u00e0 ne jamais b\u00e2cler.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles venaient toutes du SHOM avec sur leur verso un beau tampon magique attestant r\u00e9vision, et parfois d\u2019Angleterre pour les plus armoiri\u00e9es. Lorsqu\u2019elles \u00e9taient rang\u00e9es, on partait de l\u2019ouest, le Finist\u00e8re, la fin des terres, les routi\u00e8res \u00e0 r\u00eaver. Des Roches de Portsall au plateau des Roches Douvres et des H\u00e9aux de Br\u00e9hat au Cap Levi, voire simplement de l\u2019\u00cele grande \u00e0 l\u2019\u00cele de Br\u00e9hat et de l\u2019\u00eele de Br\u00e9hat au cap Fr\u00e9hel, avec la d\u00e9taill\u00e9e de l\u2019archipel de Chausey, son nombre d\u2019\u00eeles variable au fil de la mar\u00e9e et puis les abords de Saint-Malo pour dormir aux H\u00e9bihens en r\u00eavant le lendemain, mais sans oser le faire, de foncer sans fr\u00e9mir par le passage des Haches.&nbsp;&nbsp;\u00c7a nous suffisait bien pour deux petites semaines \u00e0 faire du rase-cailloux au d\u00e9part de Paimpol. Mais ensuite, on r\u00eavait d\u2019aller toujours plus pr\u00e8s dans ces \u00eelots si beaux, d\u2019aller promener sa quille et sa fragile coque au milieu des pavetons. Alors il nous fallait des \u00e9chelles raisonnables, le Graal devenant une 882P, annot\u00e9e au crayon et quadrill\u00e9e de traits, valant anneau d\u2019or \u00e0 l\u2019oreille et perroquet \u00e0 l\u2019\u00e9paule parmi les aguerris du morceau de ficelle astucieusement plac\u00e9 entre deux beaux amers&nbsp;: magie math\u00e9matique, par deux points distincts, passe une droite unique. Abords de l\u2019\u00eele de Br\u00e9hat, anse de Paimpol, entr\u00e9e du Trieux. Pour s\u2019en aller r\u00f4der dans ce bel archipel, tourner entre les \u00eeles et jouer en riant dans les puissants courants qui passent un bras terrible aux \u00e9paules des pointes, remplissent les chenaux pour les vider ensuite et font faire marche arri\u00e8re \u00e0 celui qui s\u2019inqui\u00e8te des remous qui s\u2019agitent quand les eaux du Kerpont retrouvent celles du Ferlas. Alors on est les seuls \u00e0 trouver le passage en toute s\u00e9curit\u00e9, carnet de pilotage rempli et compl\u00e9t\u00e9 par les observations pour pouvoir \u00e9changer autour d\u2019un verre le soir, ces pr\u00e9cieuses connaissances, de ces alignements qui vous ouvrent les portes du pays des pilotes. Men Grenn par les H\u00e9aux pour \u00e9viter le Vincre \u00e9tant des plus pr\u00e9cieux puisqu\u2019il marche m\u00eame de nuit, jusqu\u2019aux grands classiques, pour rejoindre La Chambre, ranger Men Joliguet dans la tomb\u00e9e de Br\u00e9hat, ou pour couper tout droit de l\u2019\u00eele Verte au Ferlas, poser d\u00e9licatement la toute ray\u00e9e Rompa dans le coin droit des serres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019archipel de Br\u00e9hat, c\u2019\u00e9tait comme le jardin, les doigts sur le papier retrouvaient les cailloux, des noms d\u2019alignements pour parer les dangers qui nous revenaient en t\u00eate comme des formules magiques, talismans et grigris contre les \u00e9chouements. L\u2019amer du Rosedo par le clocheton de La Chapelle Saint-Michel, chenal de la Moisie. Pour rentrer \u00e0 Paimpol, avant de retrouver le chenal officiel, commencer avec la vierge de Kerroc\u2019h par le phare de Pors Don apr\u00e8s une nuit pass\u00e9e au mouillage de Saint-Riom pour attendre la mar\u00e9e, d\u00e9esse incontest\u00e9e qui seule ouvre les portes du sas de l\u2019\u00e9cluse. Nos petits ronds dans l\u2019eau nous auraient bien suffit, oui mais parfois quand m\u00eame on se voyait plus loin. Il y avait toujours dans un coin du placard, ce fameux catalogue de toutes les cartes marines, un bazar fabuleux o\u00f9 chaque num\u00e9ro aurait pu nous servir de vaisseau fantastique ou de tapis volant. Les C\u00e9l\u00e8bes ou Java voire m\u00eame les Moluques ou la mer de Banda, souvenir d\u2019assiettes belles comme des couchers de soleil au parfum de girofle et saveurs de muscade. En descendant toujours, Patagonie et Horn et puis la Terre de Feu, mais sans aller si loin, juste en tournant la page, les phares du bout du monde, le Fastnet et le Four, K\u00e9r\u00e9on du Fromveur et la Cr\u00e9ac\u2019h d\u2019Ouessant, avec son nom breton qui craque comme un naufrage. En remontant doucement visant les c\u00f4tes anglaises, on tombe sur les Scilly pour une pause m\u00e9rit\u00e9e apr\u00e8s la travers\u00e9e de la route des cargos, nuits de veille attentive sans m\u00eame la ressource d\u2019un doux demi-sommeil, une paume alanguie \u00e0 l\u2019\u00e9coute sur la barre, la t\u00eate blottie au chaud dans le col de la veste, carapace toute durcie par le sel des embruns. \u00c9tamine de tes r\u00eaves de voyages lointains. Puis tu remonteras entre les trop grandes \u00eeles d\u2019Angleterre et d\u2019Irlande pour finir aux H\u00e9brides. Islay, Mull et puis Skye et prendre de l\u2019\u00e9lan, pour aller vers l\u2019ouest, premier pas sur Harris, et le reste sur Lewis pour arriver enfin, sur l\u2019\u00eele de Saint-Kilda, hautaine et r\u00e9serv\u00e9e dessous son aur\u00e9ole form\u00e9e d\u2019oiseaux marins, orpheline de ses gens au destin singulier, si pleine de cette vie abandonn\u00e9e des hommes, elle reste l\u00e0 lov\u00e9e dans le coin des carr\u00e9s d\u00e9coup\u00e9s sur la mer par les ma\u00eetres des cartes.&nbsp;Saint-Kilda to Butt of Lewis et Skerryvore to Saint-Kilda.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, j\u2019irai l\u00e0-bas<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"entre-couette-et-duvet\">#01 | Entre couette et duvet<\/h2>\n\n\n\n<p>Derni\u00e8re nuit dans un lit stable et sec, dans de vrais draps et avec une vraie couette qui sent bon le propre et la lessive. Apr\u00e8s, pour deux semaines, ce ne sera plus qu\u2019un duvet moite avec parfums de bottes, d\u2019humide et de moisi. Mais \u00e7a tu le sais, tu l\u2019aimes presque le fumet du duvet, pour tout ce qu\u2019il traine derri\u00e8re lui de balades et de vagues. Un grand sac \u00e0 r\u00eaveries. Mais cette nuit, le noir, l\u2019approche, le presque, tu perds ton \u00e9quilibre, de d\u00e9lice en d\u00e9gout. Oscillations. Tu n\u2019arrives \u00e0 passer que d\u2019un extr\u00eame \u00e0 l\u2019autre, les barres de fl\u00e8che dans l\u2019eau. Il faut dire, tu l\u2019as tellement r\u00eav\u00e9 ce voyage en bateau que tout le beau, tu as l\u2019impression de l\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu, vu, gout\u00e9, senti et savour\u00e9. Et qu\u2019\u00e0 partir de maintenant, tout ce qui va pouvoir te surprendre, tout ce qui va t\u2019arriver d\u2019impr\u00e9vu, ce ne sera que des ennuis, des trucs dommage, du sombre, du crade. Des d\u00e9ceptions. Les jours d\u2019avant, tout \u00e9tait pr\u00e9vu pour \u00eatre fabuleux. Un beau bateau bien propre, la patine du temps pour lui donner du caract\u00e8re, en faire un personnage \u00e0 part enti\u00e8re, un \u00eatre sensible auquel tu pourrais t\u2019attacher, \u00e0 qui tu pourrais doucement tapoter le plat-bord, lui parler pour le f\u00e9liciter d\u2019un joli bord de pr\u00e8s. Le congratuler d\u2019\u00eatre si attentif au bord du d\u00e9crochage quand viendrait enfin l\u2019heure des virements d\u00e9licats dans un chenal \u00e9troit. Et puis \u00e9videmment, un bel accastillage, sans le plus petit accroc, que du parfait \u00e9tat. Tu as trouv\u00e9 les plans, des photos, des histoires. Le loueur, tu le connais. Pas de surprise normalement. Normalement\u2026 Et derni\u00e8re inconnue, elle qui peut tout changer jusqu\u2019au dernier moment, la m\u00e9t\u00e9o, la reine des girouettes. Pour l\u2019instant les pr\u00e9visions sont mollassonnes, tu sais ce que \u00e7a veut dire, le risque de bascule d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou d\u2019un autre, grande p\u00e9tole ou grand vent, suivant l\u2019ensoleillement et la forme de la c\u00f4te. Les courants, eux, tu sais, tu as d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vu. Mais le vent par-dessus, \u00e7a vient changer la donne, h\u00e9risser de clapot la peau lisse de la mer \u00e0 vous donner la chaire de poule, \u00e0 vous emp\u00eacher de lire les veines qui vous emm\u00e8nent au loin, qui vous rapprochent des roches. Du requin mangeur d\u2019\u00e9trave comme on dit aux enfants. Requin, froid, abysses. R\u00e9veil en sueur. Et le r\u00e9veil, tu l\u2019as mis le r\u00e9veil&nbsp;? Pas rater le sas, l\u2019\u00e9cluse, la mar\u00e9e. Le d\u00e9part<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"entre-le-marchepied-et-le-quai\">#02 | L&rsquo;intervalle entre le marchepied et le quai<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"548\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/02SaintKildaGoogle-1024x548.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-113874\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/02SaintKildaGoogle-1024x548.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/02SaintKildaGoogle-420x225.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/02SaintKildaGoogle-768x411.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/02SaintKildaGoogle-1536x822.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/02SaintKildaGoogle-2048x1096.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t arriv\u00e9. Termin\u00e9e la balade tranquille tout le long de la rivi\u00e8re, mar\u00e9e presque basse, nez \u00e0 la fen\u00eatre, la main sur ton sac qui s\u2019agite et essaye de tomber \u00e0 chaque virage sur le si\u00e8ge \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de toi, tu es fascin\u00e9 par les reliefs de vase, la lumi\u00e8re qui y pose ses ombres, les herbes un peu jaunes qui regardent \u00e7a de haut, les oiseaux \u00e0 la f\u00eate qui picorent en lisi\u00e8re du filet d\u2019eau qui brille, bravement, pour garder farouchement son nom de liquide&nbsp;: rivi\u00e8re du Trieux. Apr\u00e8s, les entrep\u00f4ts, les pavillons individuels avec la piscine gonflable dans le petit jardin corset\u00e9 de tuyas, ensuite les maisons se resserrent, plus frileuses, les unes contre les autres, parce qu\u2019on arrive en ville. Un dernier passage \u00e0 niveau, barri\u00e8res rouges et blanches, les conducteurs des voitures arr\u00eat\u00e9es regardent passer les voyageurs du train, regards en arcs de cercles qui se croisent sans s\u2019accrocher. La micheline acc\u00e9l\u00e8re une derni\u00e8re fois en faisant ronfler son gros moteur diesel. Bient\u00f4t le grincement des freins, l\u2019immobilit\u00e9 du train et l\u2019agitation des gens dans le wagon qui se l\u00e8vent, cherchent leurs affaites, enfilent leur veste, d\u00e9gainent la poign\u00e9e de la valise \u00e0 roulettes ou mettent sur leur dos un sac bien plus lourd qu\u2019eux, voire le simple cartable des \u00e9coliers r\u00eaveurs. La premi\u00e8re fois que tu as pris le train pour Paimpol, tu as suivi les indications du panneau des d\u00e9parts \u00e0 la gare de Guingamp. Le dernier quai, tout au bout et juste un bout de train, une seule voiture, de la fum\u00e9e et rien sur le toit pour la tenir au courant. Une micheline, un bus sur rails, diesel jusqu\u2019au bout de l\u2019odeur. Le d\u00e9part pour un autre monde, la toute fin du voyage. Une fois \u00e0 la gare, une avanc\u00e9e de toit pour prot\u00e9ger les voyageurs de la pluie comme du soleil et pouvoir faire de belles photos de ces mains qui s\u2019agitent apr\u00e8s s\u2019\u00eatre quitt\u00e9es. Un quai goudronn\u00e9, un b\u00e2timent sommaire, un passage sur la droite et tu es dans la ville. Des voitures, une rue, des gens qui savent o\u00f9 ils vont, ceux du caf\u00e9 d\u2019en face qui regardent sans bouger, aussi immobiles que la tasse en fa\u00efence pos\u00e9e l\u00e0 devant eux, ceux qui se mettent en route d\u2019un pas bien d\u00e9cid\u00e9. Et toi, tu vas o\u00f9&nbsp;? Droite ou gauche&nbsp;? Tu cherches le port, mais pas encore d\u2019odeur pour te renseigner, pas de pancartes, aucune indication. Tout le monde part \u00e0 droite, alors tu pars \u00e0 droite. Tu n\u2019as pas encore la ville dans la t\u00eate, mais tu as d\u00e9j\u00e0 lu, Pierre Loti et les autres et tu as d\u00e9j\u00e0 vu quelques photos anciennes, tu sais pour les \u00e9cluses, tu sais que le port sera le centre-ville avec sa trilogie bar-restaurant-cr\u00eaperie, pour app\u00e2ter le touriste, ce gros poisson des temps modernes qu\u2019on p\u00eache en \u00e9t\u00e9 par ici. C\u2019est un peu le grand luxe pour les ports de mar\u00e9e d\u2019avoir des quais en ville. Souvent on mouille au loin apr\u00e8s de longs calculs sur la longueur de chaine qu\u2019il conviendra ensuite de pr\u00e9parer soigneusement sur le pont, en un tas trop peu stable qu\u2019il faudra retourner pour qu\u2019il se d\u00e9vide bien, ou en longue biture align\u00e9e sur le pont comme une route de montagne, un retour de bord\u00e9e. Ensuite, plonger l\u2019ancre dans l\u2019eau, toujours avec assez de vitesse pour que tout s\u2019\u00e9tale bien. Et attendre. Attendre que \u00e7a se tende, que \u00e7a se d\u00e9ploie, que \u00e7a croche ou bien pas. Moment de calme. On regarde enfin, la c\u00f4te que l\u2019on convoite, ses constructions, ses reliefs, sa v\u00e9g\u00e9tation, qui ne sont encore pour toi que des amers banals, tout ce qui pourra dire si on reste align\u00e9s ou si tout se d\u00e9cale. Pas vraiment le temps de r\u00eaver, mais premi\u00e8res impressions. Attendre encore un peu pour pouvoir d\u00e9barquer, gonfler la petite annexe, remettre le cir\u00e9 dessus les habits secs et entasser dans les sacs \u00e9tanches tout ce qu\u2019on veut emmener. Ce sera pareil l\u00e0-bas, m\u00eame si, la tenue du mouillage, ce ne sera pas ton probl\u00e8me. M\u00eame si, une fois d\u00e9barqu\u00e9, le bateau repartira, sans toi. Le vert des pentes douces, le sombre des falaises z\u00e9br\u00e9es de fientes d\u2019oiseau, le jaune chaud de la plage, le d\u00e9risoire claquement du drapeau britannique qui s\u2019effiloche encore au milieu des rafales trompant les sym\u00e9tries des triangles et des lignes des actuels bip\u00e8des install\u00e9s sur cette \u00eele, puisque les oiseaux, eux, n\u2019ont jamais de drapeaux. Ne rien oublier, penser \u00e0 tout alors que tu es d\u00e9j\u00e0 tout entier dans l\u2019instant solennel, dans ce pied que tu vas poser sur le dur, sur les cailloux de ce morceau de quai, sur la premi\u00e8re des quelques marches, d\u00e9cap\u00e9es par la mer. Et puis faire la chaine pour les sacs, les bidons, les caisses \u00e9tanches. Quand tout sera pass\u00e9 de main en main, tu pourras enfin monter. Un pied, l\u2019autre, un coup d\u2019\u0153il pour les marches suivantes, pas de pi\u00e8ge, alors tu pourras lever les yeux, regarder et pas juste jeter un \u0153il pour g\u00e9rer l\u2019intendance. Regarder. Pas les oiseaux, pas tout de suite. Fulmars, fous, macareux et tous ceux de ta liste ce sera pour demain, tu les as entendus et tous vite reconnus. Aujourd\u2019hui, c\u2019est autre chose, tu veux regarder l\u2019\u00eele. Pas ce qui est juste en face de toi, la base militaire, les cabanes officielles, du pareil que partout sans aucun int\u00e9r\u00eat. Mais un peu plus haut dans la pente, au milieu de la baie, les maisons de la rue qui regardent le bleu, blotties au creux du vert. Salutations d\u2019usage, poign\u00e9es de main, sacs pos\u00e9s sur un lit et vite, le plus vite possible, aller poser tes pieds sur les pierres de la rue. La seule rue. Le muret pour s\u2019asseoir et discuter avec ceux qui sont sur les bancs aux seuils des maisons. Les maisons de ces gens qui pendant si longtemps ont v\u00e9cu des oiseaux que tu viens \u00e9tudier. Ces gens qui ont v\u00e9cu en se nourrissant de tes prot\u00e9g\u00e9s, de ces oiseaux dont tu as fait ta vie, dont ils ont aussi fait la leur, mais autrement, en s\u2019en nourrissant, en laissant les cellules d\u2019oiseaux nourrir leurs cellules d\u2019hommes. Ces gens qui mangeaient tes oiseaux les connaissaient s\u00fbrement bien mieux que toi. Leurs vies \u00e9taient li\u00e9es aux battements de leurs ailes. Et toi tu marcheras dans cette rue, au milieu des maisons de ces mangeurs d\u2019oiseaux et tu seras \u00e9mu de tout ce qui vous relie. Ces maisons rest\u00e9es vides, sans toit, sans personne pour les prot\u00e9ger parce qu\u2019elles ne prot\u00e9geaient plus personne. Qu\u2019est-ce que \u00e7a va te faire de marcher dans cette rue&nbsp;? de pouvoir aller dans les restes de ces maisons vides&nbsp;? de continuer le chemin jusqu\u2019aux greniers de pierre o\u00f9 ils stockaient les vivres, les \u0153ufs de ces oiseaux que tu viens visiter&nbsp;? Pour l\u2019instant, tu es dans l\u2019\u00e9chauffement, dans une excitation, une urgence \u00e0 ne rien laisser passer, tout enregistrer, tout noter, tout retenir de ce que tu vas voir, sentir, ressentir, entendre. Surtout ne rien rater, surtout ne rien rater\u2026 Tout en sachant tr\u00e8s bien que tu rateras des choses, oui, mais le moins possible, trop d\u2019envie de bien faire et tu ne profiteras pas, tu sautilleras b\u00eatement d\u2019une id\u00e9e \u00e0 une autre, oscillation f\u00e9brile entre l\u2019avidit\u00e9 et la frugalit\u00e9, elle qui te permettrait de garder l\u2019essentiel, juste ce qui compte vraiment, ce qui compte le plus. Toute cette urgence qui te rend fi\u00e9vreux, elle va te pousser \u00e0 passer d\u2019une sensation \u00e0 l\u2019autre et \u00e0 tout m\u00e9langer, \u00e0 survoler, \u00e0 ne garder que l\u2019ext\u00e9rieur, que l\u2019\u00e9corce sans le c\u0153ur. Tu vas tout faire rater pour avoir voulu tout. Les yeux plus grands que le ventre\u2026 Alors, tu respires \u00e0 fond, tu fermes ta veste jusqu\u2019en haut du cou, bonnet pour les oreilles, tu v\u00e9rifies que l\u2019appareil photo a une batterie pleine et une carte vide, carnet dans la poche et tu montes sur le chemin qui t\u2019am\u00e8ne \u00e0 la rue. En marchant doucement, sur les pierres pos\u00e9es l\u00e0 par les mangeurs d\u2019oiseaux d\u2019avant 1930.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"les-oiseaux\">#03 | Les oiseaux<\/h2>\n\n\n\n<p>Le vent agite la toile de la tente, la fait claquer, malm\u00e8ne les piquets, d\u00e9forme ton espace entre col\u00e8re et violence. Les drisses cognent contre le mat, la fr\u00e9quence augmente et se fiche dans les aigus, \u00e7a siffle, \u00e7a fouette, toujours le m\u00eame dilemme, laisser les voiles \u00e0 poste pour pouvoir vite partir c\u2019est aussi les laisser s\u2019abimer \u00e0 faseyer inutilement. Inutile aussi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, rester allong\u00e9 mais sans pouvoir dormir. \u00c0 l\u2019heure du repos, tu engranges de la fatigue, tes oreilles d\u00e9bordent de bruits, de sifflements, de grincements, de craquements, tous vont chercher dans ta t\u00eate des scenarios si sombres. La mer au fond de la baie participe au vacarme, tu l\u2019imagines en ombres blanches sur le noir de la nuit, trainant des boulets de pierre \u00e0 chacun des reflux. L\u2019oc\u00e9an tr\u00e9pigne de rage, s\u2019attaque aux rochers de la plage, ses vagues d\u00e9ferlent, frappent et cognent. Leur puissance se nourrit de toute ton impuissance. Somnolence plus que sommeil, duvet remont\u00e9 au menton, bonnet enfonc\u00e9 aux oreilles, tu es rempli de questions et de doutes, de choses noires \u00e0 broyer, tu repenses \u00e0 toutes les mises en garde, avertissements et recommandations, la liste des tes d\u00e9placements \u00e0 d\u00e9poser chez les rangers, le sac de pinoches qui te fait rire am\u00e8rement quand tu penses \u00e0 la coque d\u00e9chir\u00e9e par les rochers, et cette nourriture qu\u2019on te demande de prendre en plus, ce qu\u2019il te faut pour ton s\u00e9jour sur l\u2019\u00eele et une semaine suppl\u00e9mentaire de vivres. Tu comprends \u00e7a, tu comprends \u00e7a tr\u00e8s bien. Trop bien. Tu esp\u00e8res qu\u2019une semaine de vivres, \u00e7a suffira et tu ne regrettes plus du tout la place \u00ab&nbsp;perdue&nbsp;\u00bb dans ton sac \u00e0 dos, si lourd au moment de descendre sur le Zodiac pour accoster. Tu esp\u00e8res que les bo\u00eetes de conserve que tu gardes toujours en s\u00e9curit\u00e9 sous le plancher n\u2019ont pas trop souffert, plus de pain depuis hier, quelques patates et un bout de jambon sec accroch\u00e9 au-dessus de la table du carr\u00e9. Tu penses au pouvoir des oiseaux sur ta vie, la place que tu leur donnes, ce que tu laisses au reste ou le contraire, elles sont toutes l\u00e0, tes pr\u00e9occupations, pos\u00e9es sur leurs deux pattes, le bec sur ta pitance, sur les assiettes fumantes, ragout de macareux cuit longtemps pour l\u2019odeur et pour la tendret\u00e9, toute une tabl\u00e9e gard\u00e9e par ces fous \u00e0 pied bleus qui vivent en Am\u00e9rique toujours loin de l\u2019\u00c9cosse. Des oiseaux qui mangent les coquillages sur lesquels tu comptais pour te nourrir, toi, becs puissants et agiles, si pr\u00e9cis, si habiles, si voraces. Redoutables becs. Insatiables. Marmite pendue sur la potence au-dessus du feu maigrichon des anciens, le ragout de macareux cuisant dans un jus sombre, les becs sur le rebord, ces oiseaux dont la viande et les \u0153ufs ont permis \u00e0 tant de survivre, mais qui maintenant qu\u2019on parle en noir et blanc des disettes d\u2019antan, se l\u00e8vent pour inverser les r\u00f4les. Sourire orange du bec multicolore teint\u00e9 de rouge, fous de bassan encapuchonn\u00e9s de noir plus que de jaune, bec aiguis\u00e9, carrure d\u00e9mesur\u00e9e, envergure de g\u00e9ants. Presque des albatros. Baudelaire, ton petit&nbsp;monde \u00e0 l\u2019envers dans la tente si l\u00e9g\u00e8re, dans la coque si fragile. Ces humains apeur\u00e9s, comme ils sont gauches et veules en face des oiseaux en princes de nu\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"DormirDehors\">#04 | Dormir dehors<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"572\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/04Lavrec-1024x572.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-116831\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/04Lavrec-1024x572.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/04Lavrec-420x235.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/04Lavrec-768x429.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/04Lavrec-1536x858.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/04Lavrec-2048x1145.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans ce coin de la baie, juste du sable, du jaune. Pas de cailloux, pas d\u2019algues, juste du sable. Des coquillages cass\u00e9s, \u00e9cras\u00e9s, morcel\u00e9s, broy\u00e9s, concass\u00e9s. Pas pulv\u00e9ris\u00e9s, pas de la poudre, du sable, poudre ce serait trop fin, sablis\u00e9s&nbsp;? Jaune un peu orang\u00e9, parfois plus clair, parfois plus fonc\u00e9, mais sans qu\u2019on puisse identifier la coquille qu\u2019ils \u00e9taient. Le kayak est pos\u00e9 plus haut, au-dessus de la laisse de mer, pas grand-chose, mais visible, la ligne laiss\u00e9e, justement, par la haute mer. On s\u2019est install\u00e9es, abrit\u00e9es par la petite falaise ou la haute marche o\u00f9 sont pos\u00e9s les buissons et les arbres. B\u00e2che bleue pour l\u2019humidit\u00e9 qu\u2019on \u00e9talera plus tard, juste les duvets \u00e0 sortir au dernier moment, au moment de s\u2019endormir au son des \u00e9toiles. Des huitres sur les cailloux un peu plus loin. On ne touchera pas au r\u00e9chaud, ce soir, ce sera fruits de mer. Il faudra refaire la lame des couteaux en rentrant mais on en salive d\u2019avance. Balade d\u2019avant repas. Depuis la pointe sud, on voit tous les chenaux, Br\u00e9hat, Logodec juste devant, quelques cailloux sans noms, des cailloux avec de l\u2019herbe qui seront soulign\u00e9s sur la carte et des cailloux sans herbe, souvent sous l\u2019eau et qui ne seront pas soulign\u00e9s sur la carte. Vers l\u2019est, Br\u00e9hat, qui commence \u00e0 penser \u00e0 se refaire une beaut\u00e9 touristique, tas de bois bien ficel\u00e9 en haut de la plage, b\u00e9tonni\u00e8re orange et vers l\u2019ouest, plus de place pour le regard. Presque trop de place de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0. L\u2019\u0153il ne suffit plus, il faut y ajouter la carte pour aller faire un tour du c\u00f4t\u00e9 des roches Douvres, de Chausey, de Sarq, des Minquiers, quelques mots d\u2019Anglais et une pens\u00e9e pour Victor Hugo, avant d\u2019aller buter sur le Cotentin, qui barre la route de cet au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce coin de la baie, juste du sable, du jaune. Pas de cailloux, pas d\u2019algues, juste du sable. Des coquillages cass\u00e9s, \u00e9cras\u00e9s, morcel\u00e9s, broy\u00e9s, concass\u00e9s. Pas pulv\u00e9ris\u00e9s, pas de la poudre, du sable, poudre ce serait trop fin, sablis\u00e9s&nbsp;? Jaune un peu orang\u00e9, parfois plus clair, parfois plus fonc\u00e9, mais sans qu\u2019on puisse identifier la coquille qu\u2019ils \u00e9taient. Plus loin, cailloux, us\u00e9s eux aussi, arrondis et polis, mais cailloux. Alors on d\u00e9barque sur la cale, plus simple, avec toujours une partie au-dessus de la laisse de haute mer. Tu t\u2019es install\u00e9, abrit\u00e9 par le coin d\u2019un mur de maison \u00e9croul\u00e9. Pas trop de vent pour l\u2019instant, mais tu as assur\u00e9 tous les piquets de la tente avec des pierres. Pour toutes tes affaires qui dormiront dehors, b\u00e2che bleue pour l\u2019humidit\u00e9 elle aussi assur\u00e9e par des pierres. Tu les envies un peu, ces caisses et ces sacs qui dormiront dehors, juste en dessous du ciel. Pour toi qui grelotteras sous la tente, il faudra ajouter les r\u00eaves pour avoir le dehors au moment de t\u2019endormir au son des \u00e9toiles. Ce soir, premier repas lyophilis\u00e9, de l\u2019eau chauff\u00e9e sur ton r\u00e9chaud, et directement dans l\u2019emballage. Attendre, y plonger la cuill\u00e8re, go\u00fbter et regarder l\u2019\u00e9tiquette pour savoir ce que c\u2019est. Deux semaines de nourriture dans un sac \u00e0 dos. Pas le choix, sachets. D\u00e9calage \u00e0 la limite du malaise avec les \u0153ufs conserv\u00e9s tous l\u2019hiver et la viande des oiseux qui nourrissait ceux qui vivaient dans la maison, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de ce mur, avant 1930. Balade d\u2019avant repas. Depuis la pointe sud, presque trop de place pour le regard de tous les c\u00f4t\u00e9s, juste D\u00f9n pour faire un peu de vert au milieu du bleu quand on se tourne vers l\u2019Est. Sur l\u2019\u00eele o\u00f9 tu es, m\u00eame chose, quasiment que du vert. Un peu de gris pour les pierres, du sombre pour les falaises, seules taches de couleurs du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ancien village, avec les travaux pr\u00e9vus, tas de bois bien ficel\u00e9 en haut de la plage, b\u00e9tonni\u00e8re orange. Dans la mer peu de cailloux, amplitude de mar\u00e9e n&rsquo;est pas tr\u00e8s grande, trois ou quatre m\u00e8tres, et l\u2019archipel est ramass\u00e9. Dans toutes les autres directions, l\u2019\u0153il ne suffit plus, il faut y ajouter la carte. La carte \u00e0 grande \u00e9chelle. Le reste de l\u2019\u00c9cosse, Lewis et Harris, ce sera le plus proche, ensuite toutes les distances explosent, les voisins ont pour nom F\u00e9ro\u00e9, Islande, Groenland, Labrador, Saint-Pierre et Miquelon, quelques mots en fran\u00e7ais et une pens\u00e9e pour Pierre Loti. Tandis qu\u2019au sud, m\u00eame sur la carte, rien pour barrer la route de cet au-del\u00e0<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"Lavrec\">#05 | Lavrec<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"913\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/05Lavrec-913x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-116674\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/05Lavrec-913x1024.jpeg 913w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/05Lavrec-374x420.jpeg 374w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/05Lavrec-768x861.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/05Lavrec-1369x1536.jpeg 1369w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/05Lavrec-1826x2048.jpeg 1826w\" sizes=\"auto, (max-width: 913px) 100vw, 913px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>1- Parking de l\u2019embarcad\u00e8re<br>Trop grand en hiver, trop petit en \u00e9t\u00e9, comme on est en mai, il est \u00e0 moiti\u00e9 plein. De la place contre le talus juste devant la plage, les herbes sont encore tranquilles pour pousser haut, longs cheveux qui se balancent avec le vent. Le rythme sans le son, juste comme elles ont envie, sans injonction aucune.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>2- La plage de L\u2019Arcouest<br>Pas une plage de sable fin, pas une plage de galets, ni de rochers, une plage de tout. Sable, cailloux, algues, un peu de vase par endroit, les spaghettis en sable qui disent la vie en dessous, les coquillages vides qui disent les dangers de la vie du dessus. L\u2019eau a presque termin\u00e9 sa descente, le sol est encore ferme.<\/p>\n\n\n\n<p>3- Fin de la jet\u00e9e des navettes&nbsp;<br>La jet\u00e9e des navettes est balis\u00e9e avec des piquets en bois. Il y a longtemps, ils \u00e9taient peints en blanc. Le piquet au bout de la jet\u00e9e est le m\u00eame que les autres, mais il est le dernier \u00e0 baliser le long mur de pierres roses qui continue sous l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>4- Entre les Piliers et Men Joliguet<br>Tu as choisi ton heure de d\u00e9part. Pas de courant, ou au moins pas beaucoup pour traverser le chenal du Ferlas. Tu gardes ton alignement, m\u00eame ici, au milieu du chenal, entre les grosses tourelles, construites hautes et solides, celles qui se voient de loin. Les Piliers derri\u00e8re toi et devant, Men Joliguet, qui va bient\u00f4t s\u2019allumer et changer son habit, quitter la tourelle est pour devenir feu \u00e0 secteurs<\/p>\n\n\n\n<p>5- Guerzido<br>Tranquille au Guerzido, un amateur de couchers de soleil assis sur un rocher \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la petite baie, la plage en fond, maisons ferm\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>6- La chambre&nbsp;<br>La grosse molaire de Men Bras Logodec est pass\u00e9e \u00e0 gauche de la perche sud, tu es entr\u00e9 dans La Chambre. Mouillage confortable, balis\u00e9 rouge et vert tout au moins au d\u00e9but. Ensuite juste du rouge pour ne pas s\u2019approcher des cailloux de Br\u00e9hat. Et puis plus rien, juste pour ceux qui connaissent.<\/p>\n\n\n\n<p>7- Logodec<br>Apr\u00e8s la derni\u00e8re perche rouge, serrer l\u2019\u00eele Logodec. Parce que \u00e7a revient au m\u00eame pour \u00e9viter le caillou au milieu du chenal et que c\u2019est plus joli. L\u2019eau est transparente, tu vois les algues qui flottent doucement dans le courant encore faible, autour des cailloux, m\u00eame immerg\u00e9s, la surface de l\u2019eau change. Avec ton tirant d\u2019eau, tu y vas doucement, mais tu navigues \u00e0 vue, alignement des vaguelettes, leur creux, leur forme, tu ne saurais pas le d\u00e9crire, mais tu le vois.<\/p>\n\n\n\n<p>8- Clocher Br\u00e9hat<br>Clocher de Br\u00e9hat par le travers, donc tu devrais avoir la pointe sud de Lavrec \u00e0 tribord. Cailloux, algues, herbes, broussailles et m\u00eame, plus haut, des arbres. Tous tordus et tous petits, mais des arbres. Lavrec.<\/p>\n\n\n\n<p>9 \u2013 Plage au sud de l\u2019anse de Lavrec<br>L\u2019acc\u00e8s le plus utilis\u00e9, c\u2019est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ancienne jet\u00e9e. Mais au sud de la baie, avant qu\u2019elle ne se referme pour partir sur autre chose, une petite plage de sable, id\u00e9ale pour d\u00e9barquer, pas trop de cailloux et un bon abri, discret. Tu seras bien l\u00e0 cette nuit.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"AvantOnDisaitNegre\">#06 | Avant on disait n\u00e8gre<\/h2>\n\n\n\n<p>Non, en ce moment \u00e7a n\u2019avance pas. Des histoires de papiers administratifs, des cases \u00e0 remplir un peu embarrassantes. Profession par exemple. Je mets quoi ? J\u2019\u00e9cris pour toi, je suis ton n\u00e8gre. N\u00e8gre litt\u00e9raire, ou plut\u00f4t pr\u00eate-plume pour \u00eatre plus de notre temps, m\u00eame si l\u2019id\u00e9e de plume, \u00e7a a aussi bien vieilli, mais enfin, le boulot est le m\u00eame. J\u2019\u00e9cris pour toi. Et si je le dis, pire, si je l\u2019\u00e9cris, \u00e7a va te compliquer les choses et tu ne m\u2019embaucheras plus.<br>Oui, c\u2019est clair \u00e7a va compliquer. On pourrait dire que tu es mon secr\u00e9taire ?<br>Pas beaucoup mieux. Ton \u00e9diteur, la presse, et tous les autres, ils ne sont pas compl\u00e8tement idiots, ils vont bien finir par comprendre si on dit secr\u00e9taire. Notre truc c\u2019est une association de malfaiteurs. Tu me paies pour quoi, c\u2019est \u00e7a qu\u2019ils veulent savoir. Je me sers de ton nom, tu te sers de ma plume. On vaut pas mieux l\u2019un que l\u2019autre. Pas tr\u00e8s administratif comme statut, n\u00e8gre. Je fais quoi moi avec ma case profession ? Escroc&nbsp;?&nbsp;<br>On a encore un mois. On va trouver une solution, t\u2019inqui\u00e8te !<br>Mouais<br>Mais t\u2019avance au moins ?<br>Bof. Du mal \u00e0 m\u2019y mettre. Parfois je m\u00e9lange les \u00eeles, les miennes, les tiennes. Je tourne autour, toujours du mal avec les commencements. Les noms qui me chantent dans la t\u00eate, la nuit d\u2019avant, les r\u00eaves, l\u2019arriv\u00e9e. J\u2019ai m\u00eame essay\u00e9 le roadbook, comme un plan mais avec des mots. J\u2019h\u00e9site encore. Et cette histoire de profession, \u00e7a m\u2019embrouille les id\u00e9es bien au-del\u00e0 de la petite case \u00e0 cocher. Qui je suis quand j\u2019\u00e9cris \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb&nbsp;? Est-ce que je deviens toi&nbsp;? Mon imagination&nbsp;? La tienne&nbsp;? Un r\u00e9cit de voyage&nbsp;? Une fiction avec des personnages qui ressembleraient \u00e0 des personnes r\u00e9elles et des faits r\u00e9els qui n\u2019auraient rien de fortuit. Je m\u2019embrouille. Tu m\u2019embrouilles. Enfin, \u00e7a m\u2019embrouille. Voil\u00e0<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"Lavomatic\">#07 | Lavomatic<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"576\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/07Lavomatic-576x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-116985\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/07Lavomatic-576x1024.jpeg 576w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/07Lavomatic-236x420.jpeg 236w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/07Lavomatic-768x1365.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/07Lavomatic-864x1536.jpeg 864w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/07Lavomatic-1152x2048.jpeg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/07Lavomatic-scaled.jpeg 1440w\" sizes=\"auto, (max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019est ton petit voyage d\u2019entre les voyages, entre les stages. Tu es entre deux bateaux, celui d\u2019avant vid\u00e9, lav\u00e9, rang\u00e9, rendu. Et pas encore le suivant. Le groupe s\u2019est dispers\u00e9, vous avez gard\u00e9 les adresses, promis de vous revoir, de vous envoyer les photos, de garder le contact. Peut-\u00eatre. Des doutes, mais on verra. Tes sacs sont dans le dortoir, ou dans un coin de l\u2019atelier, ou dans le coffre d\u2019une voiture amie, et toi tu as pris le sac poubelle avec tes habits sales, mis dans un sac de courses plus grand et avec des poign\u00e9es, tu marches sur le quai. Doucement. Rien ne presse, plus de montre \u00e0 regarder jusqu\u2019\u00e0 demain, plus d\u2019horaire. Parenth\u00e8se, moment entre crochets, faire la lessive. Pas de Wouah, rien de spectaculaire, de m\u00e9morable ou de fascinant. Rien \u00e0 raconter, juste un moment tranquille, seul, sans brusquerie. Un plan de coupe, un morceau du B Roll, une transition. Pas le genre de trucs que tu pourras utiliser dans ton boulot de n\u00e8gre, ou alors par tout petits morceaux. Cette petite balade l\u00e0, c\u2019est autre chose. Juste toi et toi.<br>Tu marches tranquille. \u00c7a bouge encore un peu, le mal de terre, que la mer t\u2019ai malmen\u00e9 ou pas, \u00e7a bouge toujours une peu \u00e0 tes retours. Alors tu marches doucement, tu surveilles ta trajectoire, surtout au bord du quai, l\u00e0 o\u00f9 tu aimes marcher, sur la cr\u00eate. \u00c0 gauche les bateaux, parfois un bout de ponton et l\u2019eau du port, repoussante cette eau-l\u00e0, tant \u00e0 la vue qu\u2019\u00e0 l\u2019odeur. Certains de ces bateaux tu les connais, tu es sorti avec eux, tu sais leurs petites faiblesses, ce taquet qui coince mal, la drisse qui se bloque, le tangon un peu long, la tendance \u00e0 lofer un peu vite, tu sais aussi la meilleure position pour te caler sur le banc, regarder les \u00e9toiles ou fixer l\u2019horizon en pensant juste au bleu. Les autres, tu ne les connais pas, tu les vois immobiles, ferm\u00e9s \u00e0 tes regards. Plus loin, pass\u00e9 le coll\u00e8ge et les h\u00f4tels, il y aura les terrasses, les caf\u00e9s, les restaurants. On te fera peut-\u00eatre signe, mais tu r\u00e9pondras juste de la main en continuant d\u2019avancer, pour ne pas t\u2019arr\u00eater. Tu marcheras toujours au bord du quai, du c\u00f4t\u00e9 des bateaux, pour \u00e9viter les terrasses. Caf\u00e9s, terrasses, bars, ce n&rsquo;est pas pour maintenant. Maintenant tu continues, tu changes de main pour le sac, tu traverses la rue, les cartes postales qui prennent toute la place sur le trottoir, le rond-point et tu es dans la rue de la vie normale de gens d\u2019ici. La poste, la quincaillerie, le notaire, le salon de coiffure, la gare et un peu en retrait, au d\u00e9but d\u2019une ruelle, la laverie automatique, les deux machines et le magasin de retouches et couture express. Tu as gard\u00e9 les pi\u00e8ces expr\u00e8s. Tu choisis une machine, le linge dedans, tout m\u00e9lang\u00e9, c\u2019est que du solide et du tr\u00e8s sale, rien de d\u00e9licat dans tes habits. Distributeur de lessive, le gobelet que tu verses apr\u00e8s avoir soulev\u00e9 la trappe, la pi\u00e8ce et \u00e7a d\u00e9marre, tu vas t\u2019asseoir sur la chaise de jardin en plastique blanc et c\u2019est l\u00e0 que commence le voyage. \u00c9couteurs sur les oreilles, m\u00eame si tu n\u2019y mets pas de musique et que le c\u00e2ble ne va que dans ta poche, mais pour faire concentr\u00e9, pour ne pas \u00eatre d\u00e9rang\u00e9. Souvent tu fermes m\u00eame un peu les yeux, les jambes allong\u00e9es, les pieds crois\u00e9s, \u00e9paules cal\u00e9es dans le dossier, presque allong\u00e9. Do not distrub. Le linge commence \u00e0 tourner derri\u00e8re son hublot, d\u00e9but de ta balade int\u00e9rieure<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"pourquoi\">#09 | Pourquoi tu creuses, pourquoi tu pars<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"630\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/09IleVerte-1024x630.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-118388\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/09IleVerte-1024x630.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/09IleVerte-420x258.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/09IleVerte-768x472.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/09IleVerte-1536x945.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/09IleVerte-2048x1260.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait un soir de transition entre deux saisons, un soir de travaux. L\u2019automne, la nuit tombait vite. Des bougies plant\u00e9es dans des bols ou dans des verres, une bouteille de cidre et un reste de pain avec des croutes de fromage. Des miettes plein la table, une dizaine de grosses pattes pos\u00e9es sur le bois sombre, occup\u00e9es \u00e0 orienter les verres pour que la lumi\u00e8re puisse y jouer tout en couleurs ou encore plong\u00e9es dans un paquet de tabac pour rouler une cigarette. Fred nous racontait les moines. La p\u00eacherie, les b\u00e2timents, les ch\u00e8vres et le fromage, le carr\u00e9 des simples, lui qui m\u00e2chouille la sauge quand il a mal au ventre. Les dates, il n\u2019en savait rien, et \u00e7a ne l\u2019int\u00e9ressait pas, c\u2019\u00e9tait avant, avant les moteurs, du temps des avirons et de la voile. Sur l\u2019\u00eele il y a des morceaux de murs, des restes de voutes, et m\u00eame un ancien quai abim\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9, bien abrit\u00e9 au sud-est, prot\u00e9g\u00e9 par d\u2019autres \u00eeles du plus fort des courants. Mais ce qui pr\u00e9occupe Fred, ce qui lui occupe toute la t\u00eate et toutes les mains d\u00e8s qu\u2019il le peut, c\u2019est l\u2019eau, la douce, celle qu\u2019on peut boire, celle qui peut arroser le potager, celle qui ne creuse pas les plaies dans les mains abim\u00e9es. Il le sait lui, il en est s\u00fbr, certain, pas besoin de preuves, d\u2019histoires, de grimoires ou de racontars, il sait que les moines avaient un puit et qu\u2019un jour, il le trouvera<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/09AbriBus-1024x768.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-118389\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/09AbriBus-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/09AbriBus-420x315.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/09AbriBus-768x576.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/09AbriBus-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/09AbriBus-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Il pleut. Une petite pluie fine qui tombe en pensant \u00e0 autre chose. Rien de dramatique, mais pour attendre le bateau, on s\u2019est install\u00e9s dans l\u2019abribus. Mauvaise mer, deux heures de retard, les sacs dans un coin, deux chaises, on a eu le temps de faire connaissance, de parler un peu, de se raconter nos voyages pass\u00e9s, nos envies pour l\u00e0-bas, pourquoi on y va, pourquoi on a tant voulu y aller qu\u2019on a r\u00e9ussi \u00e0 \u00eatre l\u00e0, tous les deux, \u00e0 \u00e9mietter d\u2019impatience un billet de bateau sous la pluie au fond d\u2019un abribus. Moi, je vais sur cette \u00eele pour les oiseaux qui y vivent. Lui, il y va pour les gens qui y ont v\u00e9cu, pour voir en vrai apr\u00e8s avoir beaucoup lu. Il a besoin de partager au moins un peu de leur espace, puisqu\u2019il n\u2019est plus de leur temps. Voir les paysages, la vue du haut des falaises, regarder en bas en ayant peur du vide, sentir le vent, voir le lever de soleil, voir le coucher de soleil ou le pas de soleil des jours gris et pluvieux. Parce que ce qui l\u2019int\u00e9resse, c\u2019est ce moment de bascule, ce moment o\u00f9, en 1930, ils ont franchi le pas, ils sont partis, abandonn\u00e9 leur vie, leur \u00eele, leur monde, leur histoire alors que depuis des si\u00e8cles, tous les autres \u00e9taient rest\u00e9s. Ceux d\u2019avant avaient cr\u00e9\u00e9 un mode de vie, avaient ajust\u00e9 la langue \u00e0 leurs besoins, avaient adapt\u00e9 leur corps \u00e0 leurs ressources, ils avaient cr\u00e9\u00e9 un monde, dans toutes ses petites choses comme dans les plus grandes, un monde tout en entier. Alors lui il veut comprendre, il veut sentir, ressentir, voir, et peut-\u00eatre savoir, ce moment-l\u00e0 du pied qui quitte le sol de l\u2019\u00eele. D\u00e9finitivement<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"BonjourM\u00e9m\u00e9\">#10 | Bonjour M\u00e9m\u00e9,<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"615\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-1HuishinishMouton-1024x615.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-118621\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-1HuishinishMouton-1024x615.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-1HuishinishMouton-420x252.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-1HuishinishMouton-768x461.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-1HuishinishMouton-1536x922.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-1HuishinishMouton.png 2026w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Bonjour M\u00e9m\u00e9. Je t\u2019envoie cette photo l\u00e0 parce que le mouton qui regarde la mer regarde exactement dans la direction de Saint-Kilda. Je ne sais pas si les moutons voient mieux que nous, moi je n\u2019ai jamais vu les \u00eeles depuis la plage, m\u00eame en regardant bien. Mais je pense tr\u00e8s souvent \u00e0 ce que tu m\u2019as racont\u00e9 de ta grand-m\u00e8re qui \u00e9tait maitresse d\u2019\u00e9cole l\u00e0-bas.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"441\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-2HuishinishBoiteAuxLettres-1024x441.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-118622\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-2HuishinishBoiteAuxLettres-1024x441.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-2HuishinishBoiteAuxLettres-420x181.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-2HuishinishBoiteAuxLettres-768x330.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-2HuishinishBoiteAuxLettres-1536x661.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-2HuishinishBoiteAuxLettres-2048x881.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Bonjour M\u00e9m\u00e9. Je t\u2019envoie une photo de l\u2019atelier de papa. C\u2019est bient\u00f4t l\u2019\u00e9t\u00e9 et il va avoir moins froid quand il travaille l\u00e0 avec la laine des moutons. Surtout, comme c\u2019est bient\u00f4t l\u2019\u00e9t\u00e9, tu vas pouvoir venir nous voir, on ira se promener au bord de la mer et tu me raconteras des histoires de ta grand-m\u00e8re \u00e0 toi. Ce sera mieux que de se parler avec les cartes postales que tu m\u2019envoies et celles que je mets dans la boite rouge.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"410\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-3CliasmolEcolePrimaire-1024x410.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-118623\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-3CliasmolEcolePrimaire-1024x410.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-3CliasmolEcolePrimaire-420x168.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-3CliasmolEcolePrimaire-768x307.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-3CliasmolEcolePrimaire-1536x614.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/10-3CliasmolEcolePrimaire-2048x819.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Bonjour M\u00e9m\u00e9. Bient\u00f4t les vacances. Je suis \u00e0 la fois contente pour les vacances et triste de quitter l\u2019\u00e9cole. \u00c0 la rentr\u00e9e j\u2019irai \u00e0 l\u2019internat je ne verrai plus la mer ni les moutons de papa depuis la fen\u00eatre. Je ne pourrais plus r\u00eaver \u00e0 Saint-Kilda en pensant qu\u2019il y a seulement les Soay entre les \u00eeles et moi. Mais si je veux \u00eatre maitresse d\u2019\u00e9cole comme toi et comme ta grand-m\u00e8re, il faut bien que je fasse des \u00e9tudes.<\/p>\n\n\n\n<p>Bonjour Mya. Oui, bient\u00f4t l\u2019\u00e9t\u00e9. Je vais essayer de venir en juillet s\u2019il n\u2019y a pas trop de vent et si tes parents sont un peu disponibles entre les touristes du gite et les moutons. Mais le m\u00e9decin et d\u2019accord. J\u2019essayerai de t\u2019apporter de vieilles photos de Saint-Kilda si \u00e7a t\u2019int\u00e9resse encore. Tu me le diras. Et je suis s\u00fbre que tu y arriveras \u00e0 devenir maitresse d\u2019\u00e9cole. C\u2019est parfois difficile mais c\u2019est un beau m\u00e9tier. On en reparle en juillet\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sommaire : #Prologue | Par deux points distincts Au d\u00e9but des voyages \u00e9taient toujours les cartes. Inventaire minutieux \u00e0 ne jamais b\u00e2cler. Elles venaient toutes du SHOM avec sur leur verso un beau tampon magique attestant r\u00e9vision, et parfois d\u2019Angleterre pour les plus armoiri\u00e9es. Lorsqu\u2019elles \u00e9taient rang\u00e9es, on partait de l\u2019ouest, le Finist\u00e8re, la fin des terres, les routi\u00e8res \u00e0 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/prologue-par-deux-points-distincts\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#voyages | Le double voyage aux \u00eeles<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":123,"featured_media":113874,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4095,4107,4111,4129,4157,4168,4221,4247,4317,4336,4094],"tags":[4202,4360,3446,4260,197,2037,4201],"class_list":["post-113057","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-00_prologue","category-01_la_nuit_d_avant","category-02_arrivee_dans_la_ville","category-03_michaux_impossible_retour","category-04_cortazar","category-05_bouvier","category-06_calvino","category-08_bergounioux","category-09_wittig","category-10_street_view","category-le_double_voyage-2","tag-brehat","tag-hushinish","tag-ile-3","tag-lavrec","tag-mer","tag-oiseaux","tag-saint-kilda"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/113057","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/123"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=113057"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/113057\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/113874"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=113057"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=113057"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=113057"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}