{"id":113176,"date":"2023-01-21T13:21:12","date_gmt":"2023-01-21T12:21:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=113176"},"modified":"2023-01-21T13:21:14","modified_gmt":"2023-01-21T12:21:14","slug":"partir-rever","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/partir-rever\/","title":{"rendered":"Partir, r\u00eaver"},"content":{"rendered":"\n<p>Partir, r\u00eaver&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Partir ? Je ne vois pas bien ce que tu veux dire\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Demain, valise boucl\u00e9e. Pour combien de temps ? Les jours, nuits, pourquoi compter, pr\u00e9voir ? Pour l&rsquo;\u00e9t\u00e9 de la peau nue, pour l&rsquo;hiver, la pluie, pluviose, nivose&#8230; Pourquoi pas pour toujours, quitter ces lieux \u00ab\u00a0vous ferez bien, vos pareils y sont mis\u00e9rables\u00a0\u00bb. Larguer, comme Miller les (y&rsquo;en) amarres !<\/p>\n\n\n\n<p>Choisir un lit dans cet appartement o\u00f9 je suis de passage ; de passage. Pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arrosage des plantes. S&rsquo;enfouir sous une couette puis toute une nuit ruminer la m\u00eame question sans trouver de r\u00e9ponse, des peut-\u00eatre, des oui mais, des pourtant.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que j&rsquo;ai froid aux pieds ? Quand je ne dors pas, passer une paire de chaussettes. Image de Marie-Joseph, dite Fine, tricotant \u00e0 quatre aiguilles. Ain\u00e9e de huit fr\u00e8res et&nbsp; s\u0153urs, tant de petits pieds froids qu&rsquo;il fallait r\u00e9chauffer sous les chaumes pourris de Langonned.<\/p>\n\n\n\n<p>Partir ? \u00ab\u00a0Je dors en Bretagne ce soir\u00a0\u00bb \u2013 plut\u00f4t demain soir en v\u00e9rit\u00e9 \u2013 chantait Servat, ce gaillard qui levait le poing, interpellait Dieu sur une sc\u00e8ne, \u00e9tait-ce Genevilliers, Aubervilliers, Argenteuil ou Ti ar Youankiz ? Maison des Bretons o\u00f9 les folkeux se donnaient du bon temps, pas si loin de la gare o\u00f9, le 22 octobre 1895, la locomotive folle, passe-muraille \u00e0 vapeur en provenance de Granville, emporta ses butoirs et quelques cheminots vers le boulevard du Montparnasse.<\/p>\n\n\n\n<p>Montparnasse, \u00e9trange nom pour une gare&#8230; qui vous m\u00e8ne, en convoi, vers la demeure des muses&#8230; vaste programme.<\/p>\n\n\n\n<p>Demain, partir, plus prosa\u00efquement vers Douarnenez pour une recherche pr\u00e9texte sur les traces de Georges Perros apr\u00e8s cette nuit froide. Le r\u00eave tarde \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re fois que je suis all\u00e9 \u00e0 D., je me souviens qu&rsquo;un dauphin venait s&rsquo;\u00e9baubir dans les eaux du port. Il n&rsquo;h\u00e9sitait pas \u00e0 se faire les dents sur les d\u00e9rives des plaisanciers. Je me souviens qu&rsquo;il avait eu les honneurs du T\u00e9l\u00e9gramme de Brest.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens qu&rsquo;on l&rsquo;avait baptis\u00e9 Randy.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens de Georges P\u00e9rec, de sa pr\u00e9coce \u00ab\u00a0Disparition\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens de la rue Simon Crubelier, de sa disparition av\u00e9r\u00e9e (!) des plans de Paris, autre voyage imaginaire : \u00ab\u00a0cherchez une rue qui n&rsquo;existe pas, \u00e9crivez !\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens d&rsquo;un jeu de mots concluant \u00ab\u00a0La disparition\u00a0\u00bb :\u00a0\u00bbAh, maudit Bic !\u00a0\u00bb, contrep\u00e9trie parfaite.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens de Moby Dick, du Pequod, du chapitre \u00ab\u00a0Cetology\u00a0\u00bb o\u00f9 ne figure aucun dauphin.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens des harponneurs, Tashtego, Daggoo, Queequeg et Fedallah, du doublon clou\u00e9 au grand m\u00e2t.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens d&rsquo;Ishma\u00ebl, the cast away, le rejet\u00e9, cramponn\u00e9 dans le maelstr\u00f6m au cercueil de Queequeg qui partagea sa pipe avec lui, avant de partager sa couche&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Cast away comme ce soir, je ne partage la couche de personne, dans un r\u00eave o\u00f9 je rends visite aux \u00ab\u00a0Georges\u00a0\u00bb de ma jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis longtemps nous nous fr\u00e9quentons, collons des bouts de papier qui tra\u00eenent au fond de nos poches ; fragments, du chiffon, de la boulette, parfois perdus au vent puis retrouv\u00e9s m\u00eal\u00e9s aux miettes de tabac. \u00ab\u00a0Ma pipe d\u00e9passait un peu de mon veston \/ Aimable elle m&rsquo;encouragea \u2013bourrez-la donc\u00a0\u00bb. Encore un Georges, dans \u00ab\u00a0La fess\u00e9e\u00a0\u00bb, ses images \u00e9rotiques id\u00e9ales pour dompter une insomnie. D&rsquo;o\u00f9 remontent ces lambeaux que portent, emportent, roulent et d\u00e9roulent flux et reflux ? Clavier silencieux qui recopie \u00e0 l&rsquo;infini mon stock m\u00e9moriel comme sur un rouleau de papier cendrarsien ou k\u00e9rouaquien, pourquoi pas ?<\/p>\n\n\n\n<p><em>Sur sa moto, Georges par tous les temps, pelisse, cuir retrouvant sa couleur animale. Je vais le voir arriver, il aura rendez-vous dans&nbsp; quelque coll\u00e8ge o\u00f9 l&rsquo;on attend de lui une lecture. Ne pas pr\u00e9ciser, ne pas exiger de titre, pas de programme. Je suis venu pour assister \u00e0 cela, \u00e0 sa lecture, tout sauf une performance, un boulot, oui, un boulot, pour femme et enfants, comme un homme responsable d&rsquo;une vie ordinaire qu&rsquo;ils ont ensemble accept\u00e9e. Je lui ferai signe, il me reconna\u00eetra, il me prendra en selle, et nous remonterons en p\u00e9taradant du port vers le plateau o\u00f9 rejoindre le coll\u00e8ge Saint Blaise. Oui, il n&rsquo;y a pas de hasard&#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>D&rsquo;une sacoche informe il versera devant lui, devant nous, un tas, oui, un tas ! De livres auxquels s&rsquo;accrochent les paperolles griffonn\u00e9es en route, les brins spiral\u00e9s de son tabac humide. Je sais qu&rsquo;il meurt d&rsquo;envie d&rsquo;en allumer une.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il n&rsquo;aime plus le th\u00e9\u00e2tre, pourtant c&rsquo;est par Hamlet qu&rsquo;il commencera.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pas trop de sang dans ce r\u00e8glement de comptes, la main esquisse \u00e0 peine un geste vers le cr\u00e2ne du pauvre Yorick. Il encha\u00eene avec Les F\u00e2cheux, un Moli\u00e8re qu&rsquo;il adore, qui fait s&rsquo;agiter les adolescents, avant de donner tout son c\u0153ur \u00e0 Booz endormi. En sortant, Georges m&rsquo;entra\u00eenera chez Fanch, le bistrot o\u00f9 il a ses habitudes, nous viderons deux chopines en parlant de Gracq abandonn\u00e9 sur le Rivage des Syrtes.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Partir, r\u00eaver&#8230; \u00ab\u00a0Partir ? Je ne vois pas bien ce que tu veux dire\u00a0\u00bb Demain, valise boucl\u00e9e. Pour combien de temps ? Les jours, nuits, pourquoi compter, pr\u00e9voir ? Pour l&rsquo;\u00e9t\u00e9 de la peau nue, pour l&rsquo;hiver, la pluie, pluviose, nivose&#8230; Pourquoi pas pour toujours, quitter ces lieux \u00ab\u00a0vous ferez bien, vos pareils y sont mis\u00e9rables\u00a0\u00bb. 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