{"id":113445,"date":"2023-01-24T17:38:28","date_gmt":"2023-01-24T16:38:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=113445"},"modified":"2023-01-24T17:39:46","modified_gmt":"2023-01-24T16:39:46","slug":"voyage-2-inde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/voyage-2-inde\/","title":{"rendered":"Voyage 2 # Inde"},"content":{"rendered":"\n<p>Calcutta<\/p>\n\n\n\n<p>Calcutta, ville o\u00f9 morts et intellectuels se retrouvent. O\u00f9 peut-\u00eatre les intellectuels morts se regroupent et poursuivent leurs \u00e9ternels d\u00e9bats. Seuls les dieux savent \u00e7a. Moi, simple humaine, je n\u2019ai pas dormi dans ce train et maintenant les rails grincent fort. Encore et encore. Amoncellements de d\u00e9chets, de d\u00e9tritus de tous genres entourent des rails. Encore et encore. Enfin des quais visibles sur le c\u00f4t\u00e9. Le train ralentit, s\u2019arr\u00eate, repart, freine puis s\u2019immobilise. Enfin. Excitation dans le compartiment. Moi j\u2019arrive avec la voix off de Marguerite Duras. Son phras\u00e9 si particulier me poursuit, parmi les intonations bengalis. Pouss\u00e9e par la foule je descends du compartiment. Trop de tout sur le quai. Des corps, des bagages. Comme je peux, j\u2019avance sur des quais interminables. Bruits de cliquetis m\u00e9talliques sous n\u00e9ons bleut\u00e9s. Visages sombres, cheveux noirs, yeux noirs. Monticules de baluchons tissus, cartons dans les bras, paquets sur les t\u00eates. Des porteurs et des chariots encore et encore. \u00c7a s\u2019active. Sur le sol quelques tas, des corps affal\u00e9s, devin\u00e9s entre des tissus sales, d\u2019autres assis, adoss\u00e9s aux colonnes de la gare. O\u00f9 marcher&nbsp;parmi les fatigues, les familles, les fant\u00f4mes, les saris, les enfants tout endormis. Aupr\u00e8s de nous, quelques d\u00e9esses veillent. On n\u2019est jamais seule en Inde. \u00c7a grouille nuit et jour. Je n\u2019arr\u00eate pas de marcher dans Howrah JN.Railway Station, vers la sortie indiqu\u00e9e, improbable, promise. Devant le b\u00e2timent de briques rouges, multitude de taxis jaunes. Ils m\u2019attendaient tous. Non pas tous. Maintenant me faire comprendre. Oui je vais dans cet h\u00f4tel l\u00e0. C\u2019est \u00e9crit l\u00e0. J\u2019ai r\u00e9serv\u00e9 l\u00e0. Mon chauffeur sait lire, une chance. Et il conna\u00eet, c\u2019est-\u00e0-dire n\u2019a aucune id\u00e9e de l\u2019endroit o\u00f9 mon h\u00e9bergement se situe. Je lui indique le quartier sans \u00eatre convaincue qu\u2019il me comprenne. Je n\u00e9gocie le prix. Un peu pas trop. Il va se renseigner aupr\u00e8s de ses coll\u00e8gues, mon papier \u00e0 la main.&nbsp; O\u00f9 aller&nbsp;? O\u00f9 me d\u00e9poser&nbsp;? C\u2019est long puis l\u2019impression qu\u2019on ne va jamais d\u00e9coller. Enfin on d\u00e9marre, le taxi date mais la porti\u00e8re ferme. La vitre aussi. &nbsp;O\u00f9 est le Gange&nbsp;? J\u2019avais oubli\u00e9 le flot permanent des klaxons. Et soudain je r\u00e9alise que je suis sur le pont, le c\u00e9l\u00e8bre pont. Sur le Gange. Je ne vois rien du fleuve. C\u2019est sombre et informe. Pourtant c\u2019est pour lui que je suis venue \u00e0 Calcutta. Le pont tout en m\u00e9tal. Une Tour Eiffel horizontale. Une construction infiniment longue. Je ne vois rien de l\u2019eau qui coule en dessous. \u00c7a me para\u00eet indistinct et \u00e9tale. \u00c7a dure une \u00e9ternit\u00e9 ce pont. Apr\u00e8s on roule sur des boulevards et avenues imposantes. Feux rouges, gros carrefours. Peu de lumi\u00e8re, j\u2019entrevois des fa\u00e7ades d\u00e9color\u00e9es d\u2019immeubles d\u00e9labr\u00e9s avec balcons, grilles aux fen\u00eatres et murs parsem\u00e9s de tache de moisissures. Entre tout \u00e7a, des arbres survivent, poussent comme ils peuvent, et des tas d\u2019ordures s\u2019accumulent. Je vois la queue d\u2019un rat filer sur ce qui fait office de trottoir. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019on ne va pas faire trois fois le tour de la ville. Sur une grande place, autour d\u2019un abri sur\u00e9lev\u00e9 pour policier g\u00e9rer le trafic, des grappes de gens allong\u00e9s sur des nattes, dorment. Enfin il semble, et entre deux files sur l\u2019avenue, une vache, sacr\u00e9e, dont le pelage fut blanc, marche sans h\u00e2te. Tous les v\u00e9hicules l\u2019\u00e9vitent. Plus loin un groupe de chiens errants aux yeux fous, aux crocs pointus se battent. Je voudrais \u00eatre arriv\u00e9e, dormir, je voudrais \u00eatre demain, je voudrais&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Mon chauffeur tourne, retourne. Encore et encore une avenue. Encore une. Le Gange est loin maintenant. Et puis il t\u00e9l\u00e9phone. Les mots Golden Apple, le nom de mon h\u00f4tel, reviennent dans sa conversation. C\u2019est toujours pareil, ils disent conna\u00eetre pour prendre la course et \u00e7a dure des heures car ils ne connaissent pas l\u2019adresse. Je lui r\u00e9p\u00e8te: Sudder street. Il pourrait avoir un GPS. Et soudain, \u00e9nerv\u00e9e, fatigu\u00e9e je vois le GOLDEN APPLE en lettres de n\u00e9on rouge et jaune sur un b\u00e2timent. Il est fier de lui, me demande un pourboire. Je vais pouvoir dormir.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"680\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/S-DSCF2795-1024x680.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-113446\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/S-DSCF2795-1024x680.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/S-DSCF2795-420x279.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/S-DSCF2795-768x510.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/S-DSCF2795.jpg 1417w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jaisalmer<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Jodhur<\/p>\n\n\n\n<p>Une gare routi\u00e8re en Inde c\u2019est synonyme de fourmillement, de vendeurs de tout criant le nom de leurs marchandises, de mendiants collants, d\u2019enfants se coursant, de vieilles pli\u00e9es en deux par le poids des ann\u00e9es et des paquets, sans compter ceux qui attendent, ceux qui guettent ou dorment dans un coin. Et l\u2019arriv\u00e9e de nuit \u00e0 Jodhur ne d\u00e9roge pas \u00e0 ces images l\u00e0. Donc je suis contente d\u2019arriver dans cette ville, compos\u00e9e d\u2019une partie inf\u00e9rieure et ancienne aux murs bleus, et d\u2019une haute comportant un fort militaire ocre. Enfin \u00e7a ce sont les photos vues dans les guides.<\/p>\n\n\n\n<p>Trouver un rickshaw \u00e0 la sortie de la gare ne repr\u00e9sente aucune difficult\u00e9. Les chauffeurs, dans ce pays de grande spiritualit\u00e9, se battraient pour charger un client occidental, synonyme de pigeon. On peut toujours tenter de n\u00e9gocier le prix du trajet mais comme on n\u2019a aucune id\u00e9e des tarifs. Normalit\u00e9 de payer dix fois plus le premier jour. Apr\u00e8s c\u2019est apr\u00e8s. Donc je monte dans un rickshaw qui d\u00e9marre en p\u00e9taradant. On emprunte quelques boulevards, puis on se retrouve sur une bretelle d\u2019autoroute, au milieu de v\u00e9hicules roulant \u00e0 100 \u00e0 l\u2019heure. Il me parait \u00e9vident qu\u2019il ne sait pas o\u00f9 se situe l\u2019h\u00f4tel que je lui ai indiqu\u00e9. Alors pour une fois je m\u2019\u00e9nerve, lui demande de sortir de cette autoroute et pr\u00e8s d\u2019une place o\u00f9 je vois d\u2019autres rickshaw stationn\u00e9s, je descends, le laisse en plan et je monte dans un autre qui part aussit\u00f4t dans la direction d\u2019o\u00f9 on vient. On fonce dans la ville endormie. On passe dans des avenues avec des arcades, devant des magasins aux rideaux de fer baiss\u00e9s, et sous lesquelles dorment des indiens, leurs enfants. Juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 leurs affaires, soit bien peu, reposent. C\u2019est presque silencieux. Les singes aussi doivent dormir. On contourne la place de la Clock Tower dont l\u2019horloge affiche 2 heures 10. Le vent balaye doucement les pav\u00e9s gris jonch\u00e9s de sacs plastiques. Il fait doux, ce vent est agr\u00e9able. Demain je viendrai sur cette place de march\u00e9 me balader.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec la Tour, je me rep\u00e8re. On est dans la partie ancienne de la ville, l\u00e0 o\u00f9 j\u2019ai pr\u00e9vu de visiter les temples et le reste. Les murs des maisons basses, individuelles m\u00eame s\u2019il fait nuit, sont effectivement peints en bleu. Un magnifique cama\u00efeu de bleus moyens et doux. \u00c7a ressemble \u00e0 un d\u00e9dale cet enchev\u00eatrement de petites constructions mitoyennes. Et soudain le chauffeur s\u2019arr\u00eate. Je ne vois aucun h\u00f4tel au milieu de ce tas de maisons individuelles. Sur un mur lat\u00e9ral, il me montre une petite fl\u00e8che rouge, peinte \u00e0 la main. Je me demande s\u2019il veut me faire marcher dans cette ruelle pour m\u2019abuser, au fond de laquelle est sens\u00e9 se trouver le Kesar Heritahe Guesthouse. Il insiste, alors je le paye une fortune, relative tout de m\u00eame, et avance dans ce qui ressemble \u00e0 un v\u00e9ritable guet apens. Personne \u00e9videmment. Et puis au fond de cette impasse, une chance, mon h\u00f4tel. Mais ferm\u00e9. Archi ferm\u00e9. Alors je tape \u00e0 la grosse porte de bois sans sonnette. Je tambourine m\u00eame car personne ne r\u00e9agit. Pas un bruit, rien, pas un son, m\u00eame pas un ronflement. Puis un aboiement de chien surgit au milieu de la nuit. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019il va r\u00e9veiller le gardien de nuit. J\u2019attends un temps infini pour une occidentale, je recommence \u00e0 frapper violemment. \u00c0 ne pas douter, je r\u00e9veille tout le quartier. Aucune porte ne s\u2019ouvre. Puis au bout d\u2019un moment, j\u2019entends les cliquetis d\u2019un loquet, d\u2019un verrou, d\u2019une serrure comme dans une v\u00e9ritable forteresse. Un indien m\u2019ouvre, je me pr\u00e9sente. J\u2019oublie de demander de m\u2019excuser de tant de vacarme. Le gros chien vient roder, me renifler. On me fait entrer, on m\u2019ouvre une chambre. Murs clairs, joli tapis color\u00e9, tapisserie murale artisanale, volet de bois int\u00e9rieur sur fen\u00eatre et lampe qui \u00e9claire. L\u2019ensemble est propre, soign\u00e9 et le lit correct. Un vrai palais. C\u2019est parfait. Parfait je vais pouvoir dormir en attendant demain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Calcutta Calcutta, ville o\u00f9 morts et intellectuels se retrouvent. O\u00f9 peut-\u00eatre les intellectuels morts se regroupent et poursuivent leurs \u00e9ternels d\u00e9bats. Seuls les dieux savent \u00e7a. Moi, simple humaine, je n\u2019ai pas dormi dans ce train et maintenant les rails grincent fort. Encore et encore. Amoncellements de d\u00e9chets, de d\u00e9tritus de tous genres entourent des rails. Encore et encore. Enfin <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/voyage-2-inde\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Voyage 2 # Inde<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":446,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4111,4094,1],"tags":[],"class_list":["post-113445","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-02_arrivee_dans_la_ville","category-le_double_voyage-2","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/113445","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/446"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=113445"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/113445\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=113445"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=113445"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=113445"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}