{"id":113583,"date":"2023-01-25T18:06:51","date_gmt":"2023-01-25T17:06:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=113583"},"modified":"2023-01-25T18:06:52","modified_gmt":"2023-01-25T17:06:52","slug":"approche-furtive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/approche-furtive\/","title":{"rendered":"Approche furtive"},"content":{"rendered":"\n<p>Pr\u00e9-texte.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais l&rsquo;intention de raconter mon voyage \u00e0 Douarnenez sur les traces de Georges Perros. Je pensais parler des Plomarch&rsquo;, du sentier quasi c\u00f4tier menant \u00e0 la ferme, des animaux en semi libert\u00e9 broutant les pr\u00e9s entour\u00e9s d&rsquo;arbres, que G.P. c\u00f4toyait quand il montait l\u00e0-haut pour r\u00eaver, pour \u00e9crire. J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 retenu un lit du dortoir local o\u00f9 nouer quelques belles conversations, je pensais voir G.P. dans les bistrots d&rsquo;en bas, face au port, dans ceux du plateau, vers la place o\u00f9 j&rsquo;assisterais \u00e0 un festival du film G\u00e9orgien (une fois encore, il n&rsquo;y a pas de hasard). Dis, Georges, tu te rappelles les vins de l\u00e0-bas, les chants, les danses, les mains qui claquaient ? Sommes-nous loin de la colline de Chaillot ? Je pensais clore ce voyage au cimeti\u00e8re, aussi marin que l&rsquo;autre, inclin\u00e9 vers les flots, dans l&rsquo;ocre du soir voil\u00e9 de brume.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais voil\u00e0 ! Mon patr(\u00e9)on du dimanche matin veut me voir aborder \u00e0 la ville, la Ville&#8230; avec un grand&#8230; :\u00a0\u00bb Bon, JMG, l&rsquo;ouest c&rsquo;est bien beau, Douarn. excellent, G.P. g\u00e9nial mais c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;est que se passent les choses d\u00e9sormais&#8230; dans les villes !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Alors j&rsquo;ai pris l&rsquo;avion,<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une approche furtive.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La neige dans le hublot d\u00e8s que sous le nuage, je d\u00e9teste ce moment o\u00f9 l&rsquo;on plonge \u00e0 travers la couche opaque, cette nuit particuli\u00e8rement \u00e9paisse, E., pas de doute, c&rsquo;est le bon port, bagage r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, le sac gris aux soufflets insatiables que je porte en bandouli\u00e8re, us\u00e9, r\u00e2p\u00e9, rep\u00e9r\u00e9 de suite sur le tapis roulant, rien \u00e0 voir avec les \u00e9l\u00e9gantes valises rigides, ruti-rou-lantes qui occupent les trois-quarts de la surface mobile, \u00a0comment reconna\u00eetre son petit dans le troupeau ? sortir, taxi&#8230;, la grande affaire, je n&rsquo;ai pas l&rsquo;habitude, je me dis que le conducteur va lorgner mon sac de pauvre, exiger de le fourrer dans le coffre, je pi\u00e9tine, la neige couvre la route et les bordures, une petite couche, \u00ab\u00a0faites attention !\u00a0\u00bb, le taxi m&rsquo;incite \u00e0 la prudence, l&rsquo;accent&#8230; je le prends de plein fouet, en pleine gueule, il se met \u00e0 parler, \u00e0 s&rsquo;informer du voyageur, de son point de chute, il me confirme que je suis arriv\u00e9 ailleurs ; ce n&rsquo;est pas un accent mais la traduction en fran\u00e7ais d&rsquo;une autre langue dont les consonnes viennent durcir la m\u00e9lodie famili\u00e8re, dont les voyelles semblent diphtonguer diff\u00e9remment, alentissant le tempo, d\u00e9j\u00e0 il a d\u00e9marr\u00e9 \u00ab\u00a0L\u00e0a, on commence \u00e0 voir la ville, mais avec ce brouillard de neige&#8230; tout est chang\u00e9, vous n&rsquo;allez rien conna\u00eetre (sic)\u00a0\u00bb, le ciel, bouch\u00e9 inverse la perspective, les milliers d&rsquo;\u00e9toiles brillent \u00e0 terre, domin\u00e9es par une haute n\u00e9buleuse verticale, ombre et lumi\u00e8re, premi\u00e8re vision de la cath\u00e9drale, ext\u00e9rieur nuit, une fl\u00e8che encore lointaine, unique dans son d\u00e9pouillement, pos\u00e9e sur la plaine entour\u00e9e de sa cour lumineuse, tandis que la radio diffuse en sourdine des flonflons interrompus par quelques commentaires en Allemand. Dans cette voiture r\u00e8gne une douce chaleur, je me laisse gagner par une torpeur que combattent \u00e0 peine l&rsquo;odeur fade d&rsquo;une lotion apr\u00e8s-rasage et ma curiosit\u00e9 pour le paysage aper\u00e7u par la vitre stri\u00e9e de flocons&#8230;.. C&rsquo;est l&rsquo;arriv\u00e9e sur une sorte de voie \u00e9largie, qui me fait reprendre conscience. Le taxi a pris de la vitesse, aval\u00e9 de grands ensembles, tours et barres suivis de pavillons lotis en arcs de cercles ou ar\u00eates de poisson, \u00e9tir\u00e9s le long des sorties routi\u00e8res, forment des taches d&rsquo;ombre apr\u00e8s l&rsquo;illumination des immeubles, je voudrais poser une question au chauffeur, mais sa grosse moustache syldave (ou peut-\u00eatre bordure) m&rsquo;incite \u00e0 une forme de prudence que les tracasseries administratives \u00e0 la fronti\u00e8re : fouille m\u00e9ticuleuse de mon unique bagage (un sac de voyage volumineux ), palpation physique, double v\u00e9rification d&rsquo;identit\u00e9 par les douanes, puis une police toute militaire, m&rsquo;ont incit\u00e9 \u00e0 adopter. Je me mure donc dans le silence depuis que j&rsquo;ai indiqu\u00e9 ma destination : h\u00f4tel Zauberberg, que l&rsquo;homme a reformul\u00e9e en une esp\u00e8ce de \u00ab\u00a0Albergue Stauffenbrog, oui Meuzieur\u00a0\u00bb ne me rassurant gu\u00e8re. Le pays semble sillonn\u00e9 par de nombreux cours d&rsquo;eau que traverse la route sur des ponts de tous types d&rsquo;architectures, parfois au tablier pivotant, \u00e0 chaque secousse, le chauffeur prononce un nom qui se termine soit par strom, soit par kaanaal, il semble vouloir me renseigner sur notre trajet, et confirme pour moi que la ville se situe au c\u0153ur d&rsquo;un delta, \u00e0 proximit\u00e9 de la mer, station baln\u00e9aire ou port de commerce o\u00f9 les navires peuvent remonter fleuves ou canaux sans rencontrer d&rsquo;obstacles.<\/p>\n\n\n\n<p>Un d\u00e9clic retentit, je constate que les vitres du taxi sont devenues opaques, \u00ab\u00a0Militair zone, no foto\u00a0\u00bb, explique le chauffeur qui appuie sur quelque bouton pour r\u00e9tablir la situation normale, juste le temps d&rsquo;entrevoir de hauts silos \u2013 \u00e0 grains, je suppose \u2013 qu&rsquo;un cargo c\u00f4toie dans une darse \u00e9clair\u00e9e a giorno, ici, on travaille la nuit. Petit \u00e0 petit, le paysage change, route en lacets, c\u00f4tes plus prononc\u00e9es, je vois le chauffeur plus attentif, presque crisp\u00e9 sur son volant, nous passons un viaduc d&rsquo;o\u00f9 la route domine le r\u00e9seau des cours d&rsquo;eau, l&rsquo;alphabet grec n&rsquo;a pas de lettre pour en exprimer la complexit\u00e9, nous obliquons vers l&rsquo;est, je me demande si oui ou non nous nous rapprochons de la ville mais encore une fois, motus, pas de question&#8230; l&rsquo;homme comprendrait-il l&rsquo;anglais ? Sortie d&rsquo;une courbe interminable, \u00e7a y est, je vois la ville, que la route domine en corniche, belle anse illumin\u00e9e par le front de mer, flanqu\u00e9e \u00e0 droite (est, ouest ? je manque de rep\u00e8res) par un port commercial, quelques bateaux en mer, petites lumi\u00e8res rouges, vertes, chenal ? pinceau mobile d&rsquo;un phare plant\u00e9 sur un \u00eelot ; le taxi stoppe assez brusquement devant la fa\u00e7ade n&rsquo;ayant rien de magique du Zauberberg h\u00f4tel, pancarte lumineuse discr\u00e8te, mais lisible, je r\u00e8gle ma course avec des dollars, serre la main tendue de mon autom\u00e9don soudain tout sourire et monte le perron.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9-texte. J&rsquo;avais l&rsquo;intention de raconter mon voyage \u00e0 Douarnenez sur les traces de Georges Perros. 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