{"id":113694,"date":"2023-01-26T14:45:42","date_gmt":"2023-01-26T13:45:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=113694"},"modified":"2023-01-26T17:39:46","modified_gmt":"2023-01-26T16:39:46","slug":"double-voyage-2-moscaniemi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/double-voyage-2-moscaniemi\/","title":{"rendered":"Double voyage \/ 2. Arriver dans la ville."},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"970\" height=\"728\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/chute-de-neige-incroyable-russie-024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-113695\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/chute-de-neige-incroyable-russie-024.jpg 970w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/chute-de-neige-incroyable-russie-024-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/chute-de-neige-incroyable-russie-024-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 970px) 100vw, 970px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>L&rsquo;avion s&rsquo;est pos\u00e9 sur un tapis de neige, les roues n&rsquo;ont pas d\u00e9vi\u00e9es. Sur la passerelle dont les marches descendent sur la piste, mon corps re\u00e7oit les \u2013 20 degr\u00e9s de l&rsquo;hiver arctique. Emmitoufl\u00e9 dans ma doudoune, je marche vite en m&rsquo;appliquant \u00e0 ne pas glisser, les joues griff\u00e9es par le froid. Portes battantes, chaleur du hall d&rsquo;accueil, attente des bagages, sortie, puis taxi et la voiture qui glisse dans le silence de la nuit polaire. Je le connais bien ce silence et je l&rsquo;aime. Il m&rsquo;installe dans un lieu de moi m\u00eame dont une vaste partie me reste a explorer mais qui n&rsquo;existe qu&rsquo;ici. Je suis donc arriv\u00e9, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, la fa\u00e7on du nomade qui traverse mais ne se pose pas, sorte de \u00ab Passenger \u00bb de la chanson d&rsquo;Iggy Pop : Une arriv\u00e9e qui est en m\u00eame temps et toujours un d\u00e9part. Mais aujourd&rsquo;hui, ce sera diff\u00e9rent. Aujourd&rsquo;hui, je vais m&rsquo;arr\u00eater, pour la premi\u00e8re fois, dans cette ville que j&rsquo;ai travers\u00e9 mille fois. Le taxi me d\u00e9pose devant un immeuble des ann\u00e9es soixante dix et dispara\u00eet dans la nuit. Je me retrouve immobile sur le trottoir, ma valise \u00e0 la main. Silence. Apr\u00e8s avoir d\u00e9pos\u00e9 mes bagages dans l&rsquo;appartement que je vais occuper ces prochaines semaines, je redescend dans la rue et m&rsquo;appr\u00eate, cette fois, r\u00e9ellement, \u00e0 entrer dans la ville. Ce n&rsquo;est plus cette ville, ces villes, qui bougent, d\u00e9filent autour de moi, comme les paysages par les fen\u00eatres d&rsquo;un train. Cette fois c&rsquo;est nt moi qui modifie l&rsquo;espace, les perspectives et les sensations au rythme de mes pas. Je deviens le pivot de cette exp\u00e9rience. Tout d&rsquo;abord je les entends crisser dans la neige \u00e9paisse, mes pas. Crisser dans le silence. Et l&rsquo;image mentale que ce son, cette sensation fait partie du quotidien des personnes qui habitent cette ville me saisit, comme partager une langue. Je regarde les balcons, les fen\u00eatres allum\u00e9es, le ciel, les fum\u00e9es. Tout me para\u00eet extr\u00eamement pr\u00e9cis. Mon regard per\u00e7oit chaque d\u00e9tail le long de la rue par laquelle je me dirige vers le centre ville. Les enseignes vieillottes ou plus neuves des coiffeurs, brocanteurs, \u00e9lectriciens, les n\u00e9ons bleus et rouges des caf\u00e9s qui teintent la neige des trottoirs. Les voitures gar\u00e9es, plus ou moins couvertes de neige selon le moment o\u00f9 on les a d\u00e9pos\u00e9es, la texture des volants, la mati\u00e8re des si\u00e8ges, les objets dans les vitrines et les gens que je croise. Tout est surgissement. Je m&rsquo;arr\u00eate pour essayer de saisir l&rsquo;id\u00e9e de ce qui se passe. Je sors mon carnet, enl\u00e8ve mes gants et note, vite, avant que l&rsquo;encre ne g\u00e8le. \u00ab L&rsquo;arriv\u00e9e en un lieu, alors que l&rsquo;on y est encore \u00e9tranger, nous replonge dans l\u2019\u0153il de l&rsquo;enfant qui saisit le monde dans l&rsquo;apparition de la premi\u00e8re rencontre. Attention extr\u00eame qui transforme chaque perception en un torrent d&rsquo;\u00e9motions, d&rsquo;impressions, d&rsquo;images dont, plus tard, devenus adultes, ne nous restera qu&rsquo;un faible reflet que nous nommerons souvenirs. \u00bb R\u00e9activer le surgissement dans le souvenir sera alors le travail de la po\u00e9sie. Mais pour le moment, \u00e0 cet instant, dans ces premiers pas que je fais dans la ville inconnue, je marche dans l&rsquo;exact pr\u00e9sent d&rsquo;un souvenir et tout mon \u00eatre vibre. Rester dans cette disposition le plus longtemps possible avant que , pas apr\u00e8s pas, l\u2019apprivoisement ne la dilue. L&rsquo;enfance est un \u00e9tat sauvage et fragile.<em> Il y a d&rsquo;abord ces immeubles d&rsquo;une hauteur que je n&rsquo;ai jamais vu. Ce sont comme des pointes lanc\u00e9es pour trouer le ciel et qui se perdent en lui. Sensation de distance inhumaine. Des gens vivent l\u00e0 dedans, tout la haut. Mais quelle est leur exp\u00e9rience du monde? La question me saute au visage, plus exactement, elle fait surgir \u00e0 mon esprit une dimension nouvelle de l&rsquo;habitabilit\u00e9 du monde, enti\u00e8rement insoup\u00e7onn\u00e9e et qu\u2019inconsciemment mon cerveau s&rsquo;efforce imm\u00e9diatement de construire, \u00e0 partir de bribes de m\u00e9moire qui tentent de se frayer une place pour habiller avec un peu de ce que je connais, ce d\u00e9cor en projection que je ne vois que d&rsquo;en bas et ne puis que sp\u00e9culer vertigineusement. Puis, je reporte les yeux au sol. Je n&rsquo;ai aucune id\u00e9e d&rsquo;o\u00f9 je me trouve, je ne connais aucun point auquel je pourrais relier ma position. Je suis entour\u00e9 de larges avenues et d&rsquo;esplanades sur lesquels se dressent d&rsquo;\u00e9normes b\u00e2timents d&rsquo;un style plus ancien que les fl\u00e8ches et construits dans un mat\u00e9riau plus lourd qui m&rsquo;est plus familier: la pierre. Mais dans des proportions qui pourraient me faire croire que je subis un syndrome de Gulliver, tant ils sont gigantesques. Je ne lis pas la langue grav\u00e9e sur les frontons. S&rsquo;agit il de mus\u00e9es, de prisons, d&rsquo;\u00e9coles ? Je suis compl\u00e8tement impuissant \u00e0 d\u00e9chiffrer ce monde. Quelques statues ponctuent l&rsquo;espace, leur pr\u00e9sence m&rsquo;apaise un peu : Les personnages sont \u00e0 \u00e9chelle humaine et j&rsquo;\u00e9prouve une familiarit\u00e9 de principe : comme dans tous les lieux o\u00f9 je suis d\u00e9j\u00e0 all\u00e9, ce sont des gens qui ont rendu des services, quels qu&rsquo;ils soient, \u00e0 la communaut\u00e9 qui les a \u00e9rig\u00e9. Mais je ne reconnais pas ces cavaliers. Je continue d&rsquo;avancer. A pr\u00e9sent, dans les rues, je ne vois que des hommes, aucunes femmes, pas d&rsquo;enfants.  Angoisse diffuse. Peut \u00eatre suis je dans un quartier militaire ? Je cherche \u00e0 voir des indices d&rsquo;uniformes dans les v\u00eatements sombres et \u00e9pais dont les passants sont recouverts mais je ne trouve rien de certain dans ce sens. Je n&rsquo;ose pas arr\u00eater quelqu&rsquo;un. Que lui dirais je qui ne me fasse passer pour fou ou ben\u00eat ou suspect? Voitures et camions sillonnent l&rsquo;espace en un ballet r\u00e9gulier, calme comme une lente pulsation cardiaque, les fum\u00e9es d&rsquo;\u00e9chappement se figeant l\u00e9g\u00e8rement dans l&rsquo;air glac\u00e9. Un vent r\u00e9gulier balaye la neige sur la chauss\u00e9e. Je marche emmitoufl\u00e9. Parfait \u00e9tranger ici, je me raccroche \u00e0 mon objectif : me rendre depuis le bateau qui fait une courte escale, au 2110 de l&rsquo;avenue B mais je marche depuis un temps qui me semble infini et cette avenue, comme cette ville  me noie, je n&rsquo;en vois pas la fin. <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;avion s&rsquo;est pos\u00e9 sur un tapis de neige, les roues n&rsquo;ont pas d\u00e9vi\u00e9es. Sur la passerelle dont les marches descendent sur la piste, mon corps re\u00e7oit les \u2013 20 degr\u00e9s de l&rsquo;hiver arctique. 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