{"id":1146,"date":"2019-06-15T21:15:30","date_gmt":"2019-06-15T19:15:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=1146"},"modified":"2019-06-26T22:54:09","modified_gmt":"2019-06-26T20:54:09","slug":"cle-de-sols","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/cle-de-sols\/","title":{"rendered":"Cl\u00e9 de sols"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pied_%28unit%C3%A9%29\">&#8230; les pieds,<\/a> regarder ses pieds, vont l\u2019un devant l\u2019autre, pas m\u00eal\u00e9e \u00e0 cette affaire, sous ses pieds, la prairie pisseuse de la moquette avec ses fleurs taill\u00e9es dans l\u2019\u00e9paisseur du poil et sous le verre fendu de la table basse, la tache de caf\u00e9 en forme de carte de France qui d\u00e9figure le salon, une douze tasses quand m\u00eame, ses pieds traversent le salon, pas besoin de lever le nez pour savoir o\u00f9 elle est, elle connait tout, tout par c\u0153ur\u2013la carte de France, les recoins crades, les br\u00fblures de m\u00e9gots comme un troupeau de cafards, les bouts de moquette arrach\u00e9s qui ouvrent des petites mares de b\u00e9ton o\u00f9 ses talons r\u00e9sonnent, tac tac tac, avant que tout retombe dans le silence sale, ses pieds traversent le couloir, ils avancent, ils s\u2019enfoncent dans la moquette, son tour du matin\u00a0(l\u2019habitude), le dernier,\u00a0soudain arr\u00eat\u00e9e net, devant sa chaussure droite, toute nue avec sa chair de jambon, cheveux en\u00a0\u00e9ventail sur yeux grand ouverts, minuscule flaque blonde dans tout ce gris : la Barbie pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, elle la regarde, ses yeux fixent le plafond, elle la regarde, yeux morts, jambe en l\u2019air, toute raide,\u00a0nichons aveugles,\u00a0petite culotte toute l\u00e2che, elle ramasse la pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e (l\u2019habitude) et voil\u00e0, le regard remonte, fallait pas, elle le savait, prendre sa valise, sortir et puis c\u2019est tout, fallait pas faire le tour, fallait pas se souvenir, fallait pas ramasser ni suivre les pieds cr\u00e9tins et dehors, voil\u00e0 tout ce d\u00e9go\u00fbtant \u00e0 ras de trottoirs tout ce d\u00e9go\u00fbtant qu&rsquo;il faut endurer parce que t\u00eate trop lourde, parce que nuque courb\u00e9e, parce qu&rsquo;\u00e9paules trop dress\u00e9es, et sous les yeux les crachats, fluides ou hu\u00eetres, l&rsquo;urine en flaques et d\u00e9goulinures artistes aux arbres aux r\u00e9verb\u00e8res et aux portes coch\u00e8res, les petits tas dus aux chiens, de toutes sortes, des sienne br\u00fbl\u00e9es et ocre clair, des terres d&rsquo;ombre des orang\u00e9es, des bien moul\u00e9s ou en pur\u00e9e, les scybales de roquets chevrettes\u00a0\u00a0et les \u00e9trons copieux des molosses, leur odeur qui monte, plus rarement du vomi rose de fins de semaine, se fait mal \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de devoir avaler tout ce d\u00e9goutant, se repose aux stables et lourdes plaques d&rsquo;\u00e9gout fonte carbone qui b\u00e9antes consolent du marcher t\u00eate baiss\u00e9e, en d\u00e9pit des profondeurs inqui\u00e9tantes, au macadam ind\u00e9finiment rapi\u00e9c\u00e9, ravaud\u00e9, avec des petits coins de sable m\u00e9moire de plage, et dans le caniveau, o\u00f9 la rigole charrie tout ce que les passants jettent, m\u00e9gots et papiers gras, semelles et mouchoirs, une chaussure perdue (dans quel drame ?) puis l&rsquo;obole des marronniers, feuillage \u00e0 l&rsquo;agonie qui se pressent dans la bouche d&rsquo;\u00e9gout prenez-nous prenez-nous comme les Parisiens dans la rame de dix-huit heures\u2026oui, de tous les sols foul\u00e9s pi\u00e9tin\u00e9s arpent\u00e9s t\u00eate baiss\u00e9e on ne gardera que le parquet ch\u00eane petites dalles un peu ray\u00e9es, se rouler l\u00e0 attention \u00e9chardes, sous la table qui fait toit o\u00f9 se tortiller \u00e0 cru et pousser petites ouatures anim\u00e9es copain-copines, range-toi l\u00e0, en rang toutes, ras du sol dominer le petit monde des ouatures comme des personnes dans un bain de musique, Sydney Bechet peut-\u00eatre ou Rachmaninov ( Rachmaninov f\u00e9conde les r\u00eaves et anime bien les ouatures-personnes, pas nomm\u00e9es non (pas si b\u00eate, sait bien que non, ni des poup\u00e9es ni petites filles \u00e0 pr\u00e9noms) nommer n&rsquo;est pas jouer ), toi la jaune pleure pas, t&rsquo;es pas toute seule, voil\u00e0 la bleue pour faire ami avec toi, en file toutes, entrez en classe, composition de\u2026 (cette fille serait-elle gar\u00e7on manqu\u00e9 ?) du tout, ouatures pas bien bolides m\u00eame si rigolo de les rouler de tout l\u00e0-haut le pied de chaise pour d\u00e9valer loin au-del\u00e0 de la table filer loin sous les meubles et les r\u00e9cup\u00e9rer plonger mains dans la gaze l\u00e9g\u00e8re des moutons de poussi\u00e8re, arr\u00eate de te tra\u00eener par terre, pas tra\u00eener, du tout, dominer monde tout petit, fronti\u00e8res \u00e0 port\u00e9e d&rsquo;yeux,\u00a0fronti\u00e8res du tapis bleu, moussu, pelouse de laine, s\u00e8che \u00e0 toucher, bon de s&rsquo;y rouler pieds en l&rsquo;air bouche ouverte, le moussu recueille dos fesses nuque et sur les yeux le plafond, blanc et haut, fissure fines, petits insectes dans les coins, filaments pendouillant gris et l\u00e0, r\u00eaver de poss\u00e9der grand garage avec rampes ascenseur pour faire maison aux ouatures\u2026 m\u00eame parquet et m\u00eame tapis au fil du temps vieillissant se d\u00e9colorant, vilaines plaques grises ayant perdu verni sur les seuils et l\u00e0 o\u00f9 les pas ne sont pas souvent all\u00e9s encore rutilant, l\u00e0 o\u00f9 les talons n&rsquo;ont pas poin\u00e7onn\u00e9 encore tout miel luisant, les tapis javellis\u00e9s o\u00f9 le soleil se porte, les tapis o\u00f9 se prennent les pieds, le foutent par terre en jurant contre ces tapis qu&rsquo;il refuse de jeter pourtant ( si la fillette faisait rouler l\u00e0 encore ses voitures, s\u00fbr qu&rsquo;il se casserait la gueule dessus) et c&rsquo;est la lutte avec ce foutu tapis vieux moche puant et casseur de gueule de vieillards, \u00e0 jeter mais lui refuse se cramponne aux objets quand tout vire, les couleurs, la sant\u00e9, l&rsquo;\u00e2ge des filles, les amis, se cramponne m\u00eame aux sacs en plastique en cas de besoin, \u00e9touffant et chutant parmi tous ses en-cas-de-besoin\u2026\u00a0\u00a0La table a surv\u00e9cu l\u00e0 tout pr\u00e8s o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9crit aujourd&rsquo;hui, la table toit des jeux,\u00a0\u00a0se glisser dessous pour voir revoir se glisser dessous mais la t\u00eate cogne au plateau\u2026 ou alors, le rouge des tomettes toujours fuyant, le verniss\u00e9 des tomettes vivifi\u00e9 \u00e0 chaque lavage, moribond d\u00e8s s\u00e9chage, le satin\u00e9 des tomettes et leur tendret\u00e9 \u00e0 garder le sale dans les joints f\u00ealures et recoins ou \u00e0 se farder noire devant la chemin\u00e9e, le rouge des tomettes ni sang ni chaperon un peu vin et sous les pieds nus, glac\u00e9es l&rsquo;hiver sauf devant la chemin\u00e9e mais fraiches l&rsquo;\u00e9t\u00e9 quand tintent d\u00e9licat des talons de femme, quand tintent plus fort un carreau branlant ou que chuintent dessus les pantoufles, mais quand le chat passe Rien\u2026\u00a0 <\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8230; les pieds, regarder ses pieds, vont l\u2019un devant l\u2019autre, pas m\u00eal\u00e9e \u00e0 cette affaire, sous ses pieds, la prairie pisseuse de la moquette avec ses fleurs taill\u00e9es dans l\u2019\u00e9paisseur du poil et sous le verre fendu de la table basse, la tache de caf\u00e9 en forme de carte de France qui d\u00e9figure le salon, une douze tasses quand m\u00eame, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/cle-de-sols\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Cl\u00e9 de sols<\/span><span 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