{"id":114656,"date":"2023-02-05T00:20:04","date_gmt":"2023-02-04T23:20:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=114656"},"modified":"2023-02-13T22:37:10","modified_gmt":"2023-02-13T21:37:10","slug":"double_voyage-3-le-fleuve-impassible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/double_voyage-3-le-fleuve-impassible\/","title":{"rendered":"Double voyage #3 Le fleuve impassible"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Une diversit\u00e9 d\u2019art\u00e8res, qu\u2019il voudrait bien classer de la plus large \u00e0 la plus \u00e9troite, en s\u2019apercevant que les dates de leur existence s\u2019entrechoquent qu\u2019il faut passer de 1785 \u00e0 1873de 1670 \u00e0 2010 etc. Ces effets de grandeurs ne lui sont d\u2019aucun secours. Ici une grande art\u00e8re menant au boulevard, au bout une place, quelques arbres, entour\u00e9s de ferraille. L\u00e0 des entr\u00e9es d\u2019immeubles sur la droite, les quartiers de plaisir&nbsp;: brasseries, caf\u00e9s cin\u00e9mas, boutiques, grands magasins, grandes enseignes de livres, des taxis passent devant lui, tous occup\u00e9s. Il entre dans un cin\u00e9ma et se fit \u00e0 l\u2019affiche&nbsp;color\u00e9e : une com\u00e9die &#8211; les acteurs et les actrices sourient en s\u2019enla\u00e7ant. En entrant, il entend les voix dans la langue du pays, bien s\u00fbr le film n\u2019est pas doubl\u00e9, il regarde autour de lui \u2013 sourit un peu, d\u2019un air g\u00ean\u00e9. Il ne faut pas qu\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 lui, il \u00e9coute les dialogues, il r\u00e9alise que maintenant, il restera jusqu\u2019\u00e0 la fin. Le film est tourn\u00e9 dans la ville, il essaye de reconnaitre un quartier, quelque chose qu\u2019il aurait vu plus t\u00f4t en arrivant. Le film se passe dans un appartement, un bureau, une gare, un autre appartement, de temps en temps, une vue en ext\u00e9rieur&nbsp;: une rue \u2026. Il se raccroche aux intonations, reconstruit le sc\u00e9nario, En sortant&nbsp;du cin\u00e9ma, le fleuve et un b\u00e2timent blanc&nbsp;: c\u2019est le mus\u00e9e d\u2019art de la ville, les sont salles d\u00e9di\u00e9es  \u00e0 \u00ab&nbsp;la Guerre et la Paix&nbsp;\u00bb . Les grands panneaux se succ\u00e8dent, des fresques : la guerre m\u00eal\u00e9e \u00e0 la paix dans l\u2019Olympe, les Maharabhatas indiens et cambodgiens, le soldat &#8211; ombre noire adoss\u00e9 au mur ocre de la seconde guerre mondiale,  la guerre de S\u00e9cession, les tranch\u00e9es de Verdun, la Guerre du Vietnam et en contrepoint dans les jardins, une succession de mobiles, de statues africaines, de totems, cherchant \u00e0 peser dans l\u2019autre univers. Il ne sait comment &nbsp;: le choc des formes et des couleurs, la succession de visions complexes et violentes  sans aucun rapport avec la p\u00e2le indiff\u00e9rence du fleuve et des bateaux ou du mouvement du quartier le porte dehors. Le soir tombe \u00e0 la sortie, rendant impossible la d\u00e9termination absolue et les limites entre les niveaux \u2026 Il glisse alors doucement sur les pentes descendant vers le fleuve, et s\u2019assoit un instant sur un banc . Sur le banc d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9, une femme murmure quelque chose, sa voix douce raconte quelque chose au fleuve et \u00e0 la nuit, elle parle seule, semble-t-il. Elle a le regard fix\u00e9 vers l\u2019eau , et adresse une sorte de complainte incompr\u00e9hensible. Elle ne le voit pas &#8211;  elle sent sa pr\u00e9sence et se tait d\u2019un seul coup. Il h\u00e9site, il a envie de s\u2019approcher, mais le fleuve \u00e9coute, il est l\u00e0 pour entendre. Comment pourrait-il savoir que souvent le soir, elle vient ici parler au fleuve comme \u00e0 un vieil ami et que c\u2019est au fleuve qu\u2019elle demande de faire ressurgir les ombres, elle attend qu\u2019il lui r\u00e9ponde. Le soir est propice, dans les plis, sur la surface, ou dans les profondeurs. Sur l\u2019autre rive, les lumi\u00e8res des habitations&nbsp;: personne ne regarde en bas. Curieux, dans les villes, personne ne regarde aux fen\u00eatres. Ou celui qui regarde est seul au monde, la fen\u00eatre encadre sa solitude, on se d\u00e9tourne, ce tableau \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ne porterait ni la signature ni la date ni le lieu de sa cr\u00e9ation, on n\u2019 y pense pas. Il est install\u00e9 dans ce sentiment de connivence, d\u2019entrer malgr\u00e9 lui, &nbsp;dans le secret de la ville, et dans celui du fleuve \u2013 Le fleuve charrie ses secrets &nbsp;jusqu\u2019\u00e0 la mer pour les diluer  dans autre chose, transform\u00e9s en \u00e9cume, en poussi\u00e8re d\u2019iode, rendus \u00e0 leurs plus simples expressions d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments chimiques. L\u2019angoisse le fait transpirer, sa peau s\u2019humidifie, le temps se liqu\u00e9fie. Les nuages \u00e9pais arrivent, une moiteur envahit l\u2019espace et r\u00e9duit la distance entre la femme et lui, le brouillard tombe, les lumi\u00e8res se drapent. Ils se l\u00e8vent presque ensemble pressentant l\u2019averse, les pas r\u00e9sonnent ensemble. Ils marchent ensemble. Elle a cess\u00e9 de murmurer. Il la voit remonter l\u2019escalier de pierre &nbsp;vers l\u2019avenue. Il a envie de la suivre, au moins pour reprendre le trajet dans la ville. La guerre et la paix sont inscrites sur sa silhouette fragile. Dans la rue, elle reprend vie, elle se perd sur le boulevard.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une diversit\u00e9 d\u2019art\u00e8res, qu\u2019il voudrait bien classer de la plus large \u00e0 la plus \u00e9troite, en s\u2019apercevant que les dates de leur existence s\u2019entrechoquent qu\u2019il faut passer de 1785 \u00e0 1873de 1670 \u00e0 2010 etc. Ces effets de grandeurs ne lui sont d\u2019aucun secours. 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