{"id":114788,"date":"2023-02-06T09:22:57","date_gmt":"2023-02-06T08:22:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=114788"},"modified":"2023-02-08T07:23:42","modified_gmt":"2023-02-08T06:23:42","slug":"04-double-voyage-la-bas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/04-double-voyage-la-bas\/","title":{"rendered":"#voyages #04 | une nuit d&rsquo;Arles"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size\">C\u2019est une nuit avec l\u2019enfant ( et parce qu\u2019il y avait l\u2019enfant ce serait diff\u00e9rent) on se gare sur une place de livraison de la rue principale sous un lampadaire : la poussi\u00e8re de sable comme de la cendre et les moucherons \u00e9cras\u00e9 sur le pare-brise; elle a faim et elle a soif ( sur la route l\u2019air br\u00fblant s\u2019engouffrait avec un bruit de carlingue ); au-dessus d\u2019Arles c&rsquo;est un fourmillement d\u2019\u00e9toiles urticantes, on suffoque sur le trottoir (additionner les voitures les rouges et les noires qui arrivaient en sens inverse, et compter les \u00e9toiles et chanter en canon: three blind mice&#8230; ) L\u2019enfant me dit qu\u2019elle ne jouera plus \u00e0 compter les \u00e9toiles, jamais elle dit&#8230; d&rsquo;ici, de cette rue qui descend en tournant elles semblent plus grosses. Dans le grand caf\u00e9 jaune Il n\u2019y a que des hommes et pas de billard, tous au zinc ils boivent et ils fument (m\u00eame les doigts amput\u00e9s, et les poumons en passoire, jusqu\u2019au bout, m\u00eame sans bouche ils fumeraient, t\u2019avait racont\u00e9 ce m\u00e9decin quand tu \u00e9tais venue chercher les affaires: ses trois petits sacs plastiques, sa vie en sacs qui aurait pu se chanter en canons)\u00a0; les tables vitrifi\u00e9es brun sombre, les bouquets de lavande en tissus et plastique dans des verres \u00e0 moutarde, la banquette de moleskine \u00e0 dossier haut o\u00f9 j&rsquo;assois l&rsquo;enfant et le distributeur \u00e0 pistache qui ne distribue que du vide : m\u00eame pas une tartine\u00a0? Il t\u2019apporte des \u0153ufs durs et de l\u2019eau \u00e0 bulles. J&rsquo;explique que  je cherche une chambre, pour une nuit . \u00ab\u00a0Ici dans la ville en juillet et aout tout est complet des mois \u00e0 l\u2019avance\u00a0\u00bb. Il me donne un num\u00e9ro\u00a0\u2014 \u00ab\u00a0l\u00e0-bas des fois\u00a0\u00bb\u2014  et \u00e7a sonne dans le vide&#8230; L&rsquo;enfant s\u2019est endormie sur la banquette, les miettes de l\u2019\u0153uf sur le poing ferm\u00e9,  le pouce dans la bouche et le front coll\u00e9 de m\u00e8ches ( &#8230;et la nuit s\u2019\u00e9tait remplie d\u2019animaux \u00e9tranges avec de grands yeux, et ils nous regardaient \u00e0 travers les vitres de l\u2019auto, et nous \u00e9tions comme fig\u00e9es dans la lave qui d\u00e9gouttait du ciel sans souffrance ) puis elle rouvre les yeux, elle voit ce chat sur la terrasse dans les peaux\u00a0des platanes, les peaux qui desquament et tombent \u00e0 une lenteur sid\u00e9rante ( la l\u00e8pre ou autre chose) \u2014 ce chat je voyais qu\u2019il mourait\u2014 et le patron du bar balance un seau d\u2019eau savonneuse, et je crie qu&rsquo;on ne peut pas faire \u00e7a et le corps glisse dans le caniveau&#8230; \u00ab\u00a0Viens on va dormir plus loin, l\u00e0-bas on ach\u00e8tera une glace\u00a0\u00bb  je dis  \u00e0 l&rsquo;enfant&#8230; en passant elle d\u00e9pose les restes de l\u2019\u0153uf dans l\u2019eau savonneuse pr\u00e8s de la gueule ouverte du chat ( et certaines qui n\u2019avaient pas d\u2019ailes volaient, et une chose invisible nous ber\u00e7ait ). Je prends une bi\u00e8re, elle un esquimau vanille, il fait froid, c&rsquo;est presque insupportable ; la femme porte une casquette et une combinaison rouges, \u00ab\u00a0on g\u00e8le ici! \u00a0\u00bb Elle rit : son maquillage comme un masque et ses ongles en violet et noir un sur deux, impeccables; elle demande si je vais loin&#8230; \u00ab\u00a0il faut que vous dormiez c&rsquo;est important, surtout  avec l&rsquo;enfant, sous les arbres l\u00e0-bas derri\u00e8re les camions, et elle montre avec son bras, on entend moins le trafic, il faudra verrouiller les portes\u2026 moi je pars dans une heure, ici il y aura toujours quelqu&rsquo;un, on ne ferme jamais\u00a0\u00bb. L\u00e0-bas vers les arbres, un homme urine contre un buisson : l&rsquo;odeur de sa sueur, elle stagne&#8230; il siffle l&rsquo;air d&rsquo;une chanson italienne que je connais, c&rsquo;est \u00e0 cause de ce film avec un enfant dont j&rsquo;ai oubli\u00e9 le titre : le visage de l&rsquo;enfant \u00e9cras\u00e9 contre la vitre je le vois&#8230; Couch\u00e9e sur la banquette arri\u00e8re elle me dit que si la lune reste comme \u00e7a \u00e0 la regarder elle ne dormira pas, je r\u00e9ponds que les animaux que nous voyons s&rsquo;envoler vont faire une ronde l\u00e0-haut : \u00ab\u00a0et la lune disparaitra derri\u00e8re leurs grands corps\u00a0\u00bb&#8230; elle s&rsquo;endort. Je sors. Un routier m&rsquo;offre une cigarette, il transporte des pneus, il a h\u00e2te de rentrer : mes deux enfants, il dit, et ma femme, ils me manquent, une semaine c&rsquo;est trop long&#8230; pour son accent je ne sais pas, espagnol? un chien aboie dans une voiture \u00e0 c\u00f4t\u00e9&#8230; J&rsquo;aper\u00e7ois la femme de la station service elle porte un casque \u00e0 pr\u00e9sent. Et c&rsquo;est le bruit de la moto, loin. Et La chaleur ne retombe pas&#8230; <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est une nuit avec l\u2019enfant ( et parce qu\u2019il y avait l\u2019enfant ce serait diff\u00e9rent) on se gare sur une place de livraison de la rue principale sous un lampadaire : la poussi\u00e8re de sable comme de la cendre et les moucherons \u00e9cras\u00e9 sur le pare-brise; elle a faim et elle a soif ( sur la route l\u2019air br\u00fblant s\u2019engouffrait <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/04-double-voyage-la-bas\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#voyages #04 | une nuit d&rsquo;Arles<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4157,4094],"tags":[],"class_list":["post-114788","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-04_cortazar","category-le_double_voyage-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/114788","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=114788"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/114788\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=114788"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=114788"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=114788"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}