{"id":115038,"date":"2023-02-08T17:15:36","date_gmt":"2023-02-08T16:15:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=115038"},"modified":"2023-03-21T12:03:10","modified_gmt":"2023-03-21T11:03:10","slug":"voyage-04-pause","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/voyage-04-pause\/","title":{"rendered":"Voyage # 04 # pause"},"content":{"rendered":"\n<p>Duba\u00ef<\/p>\n\n\n\n<p>Je me demande pour quelles raisons je me souviens de \u00e7a. C\u2019est un d\u00e9tail. Il ne s\u2019est rien pass\u00e9 d\u2019important \u00e0 ce moment-l\u00e0. Du pas cons\u00e9quent comme on en vit tant. Mais comme je m\u2019en souviens, quelque chose a du me marquer.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait durant les cong\u00e9s de No\u00ebl, on partait au Laos, avec cette escale \u00e0 Duba\u00ef. Je ne me souviens plus la compagnie a\u00e9rienne, mais cela ne change rien. En soute, dans nos bagages, guide de voyage, nu-pieds et lunettes de soleil, et dans nos bagages \u00e0 main un roman plus les documents courants. Normal. L\u2019escale \u00e0 Duba\u00ef d\u2019une dur\u00e9e pr\u00e9vue de trois heures nous permettait de ne pas s\u2019affoler, au cas o\u00f9 notre premier vol aurait eu du retard. En France, s\u2019il neige, cela arrive de d\u00e9coller avec beaucoup de retard. Enfin cela nous \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9. Bref, on \u00e9tait heureux, excit\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e de partir, de s\u00e9journer dans ce pays qu\u2019on ne connaissait pas encore. On avait pr\u00e9vu d\u2019aller vers le Nord de Vientiane, dans les montagnes jouxtant la Chine.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, nous d\u00e9barquons \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Duba\u00ef. \u00c0 l\u2019heure. Sans probl\u00e8me, aucun. Nous attentent des kilom\u00e8tres et des kilom\u00e8tres de couloirs de galeries marchandes, dont \u00e9videmment nous ne sortirons pas. Air conditionn\u00e9, lumi\u00e8re artificielle \u00e9blouissante, d\u00e9corations \u00e0 la fois kitch et supra moderne. Sur plusieurs \u00e9tages, une multitude de boutiques de mode, de Duty-free. \u00c7a sent le parfum \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des bouteilles d\u2019alcools, des keffiehs et des tee-shirts \u00e0 l\u2019effigie de l\u2019\u00c9mirat. Partout des faux palmiers. \u00c0 se demander si ce ne sont pas des vrais. Le voyage peut commencer. Et il commence durant cette escale, o\u00f9 on se balade comme sur Mars, tellement \u00e9trangers \u00e0 tous ces commerces de luxe, ces bijoux clinquants, ces tenues locales, ces chaussures extravagantes, ces montres XXXL comme leurs prix.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous, on est fatigu\u00e9, flottant, entre deux eaux ou plut\u00f4t deux nuages et sur fond de musique guimauve, on cherche un fauteuil, une banquette, enfin un endroit&nbsp; o\u00f9 se poser pour attendre. Pour attendre notre vol annonc\u00e9 dans deux heures. C\u2019est long les escales quand tous les avions sont \u00e0 l\u2019heure. On trouve un si\u00e8ge&nbsp; Tout va bien. On est nulle part. Ou presque On est dans un a\u00e9roport, un gigantissime, un international, un mondial. Pourtant \u00e0 mille d\u00e9tails imperceptibles on se sent dans un pays o\u00f9 la langue est l\u2019arabe,&nbsp; loin des rituels du No\u00ebl chr\u00e9tien. Dans ce contexte entre deux mondes on attend notre avion, on attend la suite du voyage, on voyage d\u00e9j\u00e0 un peu.<\/p>\n\n\n\n<p>On somnole \u00e0 demi, un \u0153il sur cet environnement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9. Et soudain, ouvrant les deux yeux je crois r\u00eaver, devant moi six rennes, attel\u00e9s \u00e0 un traineau de bois supportant des paquets cadeaux et un P\u00e8re No\u00ebl grande barbe blanche, et manteau rouge. Mais surtout, surtout les m\u00e2choires des marionnettes de rennes bougent. Elles s\u2019ouvrent, se ferment. C\u2019est magique, magn\u00e9tique, ridicule. Et sort de ces m\u00e2choires une affreuse rengaine, d\u2019une ringardise typique de No\u00ebl&nbsp; C\u2019est terrible et terriblement laid, toute cette animation devant nous. Et soudain tout s\u2019arr\u00eate. Juste devant nous, toute cette machinerie s\u2019arr\u00eate. Stup\u00e9faits on se demande sil s\u2019agit de la programmation normale ou d\u2019une panne. Fatigant tout \u00e7a. Alors avant que les techniciens ou surveillants arrivent, on d\u00e9cide de changer d\u2019endroit. Avec nos petits yeux fatigu\u00e9s, sans oublier nos bagages \u00e0 main on repart en qu\u00eate d\u2019un endroit plus tranquille pour continuer \u00e0 attendre. Mais on ne connaitra pas la suite des choses, la vie des rennes de Duba\u00ef.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Danemark<\/p>\n\n\n\n<p>Je me demande pour quelles raisons je me souviens de \u00e7a. C\u2019est un d\u00e9tail, enfin peut-\u00eatre pas. Il ne s\u2019est rien pass\u00e9 rien de particulier vraiment rien de sp\u00e9cial durant ce moment-l\u00e0. Du pas important comme on en vit tant. Mais comme je m\u2019en souviens, cela, apr\u00e8s coup, me questionne. Quelque chose a du me toucher, me marquer. Quelque chose en correspondance avec un d\u00e9sir enfoui, une image mentale. Un l\u00e9ger d\u00e9placement des \u00e9vidences.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait durant les cong\u00e9s de P\u00e2ques, on allait tous les quatre en voiture, de Paris \u00e0 Gilleleje, au Nord de Copenhague. Une premi\u00e8re de partir avec deux adolescents pendant une semaine, pour d\u00e9couvrir le Danemark. On nous pr\u00eatait une jolie maison de bois au bord de la mer. On avait quitt\u00e9 Paris vers 17 heures, je crois, Dans nos bagages, guide de voyage, gros pulls et lunettes de soleil. Route de nuit pour gagner une journ\u00e9e de vacances. On \u00e9tait heureux, excit\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e de partir, de s\u00e9journer dans cette r\u00e9gion. On avait pr\u00e9vu de passer par Hambourg puis de traverser la mer en ferry.<\/p>\n\n\n\n<p>Cartes routi\u00e8res en main, direction Bruxelles. Comme toujours, trop de camions sur l\u2019autoroute du Nord. \u00c7a bouchonne, mais on ne s\u2019impatiente pas. Trop de kilom\u00e8tres \u00e0 faire pour \u00e7a. On a pr\u00e9vu une grande marge pour ne pas rater le ferry. Nous traverserons Copenhague de nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Vu l\u2019importance du trafic routier, on n\u2019avan\u00e7ait pas vite. Alors une petite pause d\u00e9s la fronti\u00e8re belge d\u00e9pass\u00e9e, est d\u00e9cid\u00e9e. Je ne sais plus pour quelle raison on choisit de quitter l\u2019autoroute. On imagine sans doute que les frites sur les aires d\u2019autoroutes sont moins bonnes que dans les villages. Je ne sais m\u00eame pas si l\u2019un de nous avait faim, mais l\u2019id\u00e9e de manger de grosses frites belges nous a r\u00e9jouissait comme une r\u00e9compense extraordinaire, un plat exceptionnel. On traverse quelques villages assez morts. \u00c9videmment quand on cherche une friterie ouverte on n\u2019en trouve pas, m\u00eame en Belgique. Puis on voit un camion friterie. Exclamations de joie dans la voiture comme si le tr\u00e9sor \u00e9tait en vue. Il y a m\u00eame un petit parking pour garer la voiture \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du camion et il ne pleut pas. Tout va bien. Alors on commande nos barquettes de frites. Mayonnaise, vinaigre ou ketchup. Du sel pour tout le monde. Coca ou bi\u00e8re. Oui des serviettes. Oui il ne fait pas chaud. Oui on reprendra encore une portion, oui on la partagera. On saute sur place pour se r\u00e9chauffer, mais pas question de manger dans la voiture \u00e0 cause de l\u2019odeur.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;On rit pour rien, pour le plaisir. On est quatre gamins aux doigts gras et aux sourires bananes. Elles sont sublimes toutes ces frites. oui on se goinfre, on aurait presque besoin d\u2019une sieste pour les dig\u00e9rer&nbsp;alors qu\u2019on a encore une longue route devant nous. oui du caf\u00e9 s\u2019il vous plait, non sans lait&#8230; Oui c\u2019\u00e9tait parfait.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait exactement ce qu\u2019il nous fallait. On en avait besoin. Oui besoin de ces frites-l\u00e0 pour que le voyage, les vacances d\u00e9butent, pour sentir l\u2019ailleurs, le d\u00e9paysement. Parce qu\u2019il faut savoir, tout de m\u00eame que des frites \u00e0 la maison on n\u2019en fait jamais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 c\u2019est tout, j\u2019avais bien dit que c\u2019\u00e9tait presque rien. Une petite histoire de frites sur la route du Danemark. C\u2019est tout. Et on a repris la route, apr\u00e8s cette pause.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Duba\u00ef Je me demande pour quelles raisons je me souviens de \u00e7a. C\u2019est un d\u00e9tail. Il ne s\u2019est rien pass\u00e9 d\u2019important \u00e0 ce moment-l\u00e0. Du pas cons\u00e9quent comme on en vit tant. Mais comme je m\u2019en souviens, quelque chose a du me marquer. C\u2019\u00e9tait durant les cong\u00e9s de No\u00ebl, on partait au Laos, avec cette escale \u00e0 Duba\u00ef. 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