{"id":11560,"date":"2019-08-25T16:35:26","date_gmt":"2019-08-25T14:35:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=11560"},"modified":"2019-09-08T08:50:35","modified_gmt":"2019-09-08T06:50:35","slug":"clair-obscur-feu-naitre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/clair-obscur-feu-naitre\/","title":{"rendered":"clair obscur feu na\u00eetre"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/fene\u0302tre-532x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11563\" width=\"266\" height=\"512\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/fene\u0302tre-532x1024.jpg 532w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/fene\u0302tre-218x420.jpg 218w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/fene\u0302tre.jpg 693w\" sizes=\"auto, (max-width: 266px) 100vw, 266px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p style=\"text-align:right\"><em>Voir. Nous n\u2019en finirons jamais d\u2019\u00e9carquiller les yeux, pour voir. Mais c\u2019est comme s\u2019il y avait deux d\u00e9sirs de voir dans le regard, un pour la nuit, un pour le jour, un pour le dedans le plus profond de nos visc\u00e8res, un pour le dehors, l\u2019air, l\u2019azur, l\u2019infinit\u00e9 du monde qui tourne sans nous et pourtant si pr\u00e8s de nous.<\/em>&nbsp;<br> Annie Leclerc, <em>Cl\u00e9<\/em>, p.64<\/p>\n\n\n\n<p>le clair-obscur au travers du carreau parce que c\u2019est nuit qui tombe vite l\u2019hiver d\u00e9j\u00e0 \u00e0 18h c\u2019est noir et c\u2019est l\u2019\u00e9clairage dans le pr\u00e9au qui d\u00e9limite le trajet des \u00e9l\u00e8ves pour l\u2019heure dans leurs chambres pour l\u2019heure en \u00e9tude obligatoire tandis que de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du carreau et de la cour il y a la cabine t\u00e9l\u00e9phonique cube clair \u00e0 la porte un peu lourde \u00e0 pousser avec sa fente o\u00f9 mettre la carte bancaire puis taper les quatre chiffres de l\u2019autorisation de d\u00e9bit puis les douze chiffres pour traverser l\u2019oc\u00e9an et les cinq heures de d\u00e9calage horaire et entrer dans la voix chaude et qui \u00e9tire le lo en raccourcissant le a de allo en r\u00e9ponse au sien tr\u00e8s court ramass\u00e9 interrogatif qui vient apr\u00e8s le courant trembl\u00e9 des sonneries l\u00e0-bas et des longs bips \u00e9tir\u00e9s qui ne ressemblent en rien \u00e0 une sonnerie depuis le pr\u00e9au dans l\u2019hiver dans l\u2019odeur froide des cigarettes et des m\u00e9gots balay\u00e9e par la flamme du briquet pour susciter le chaud du tabac qui se consume elle pense en regardant \u00e0 travers la cour que tout \u00e0 l\u2019heure oui et que pour l\u2019instant faire l\u2019appel, surveiller maitresse d\u2019internat pour continuer et finir ce m\u00e9moire et puis s\u2019en aller bient\u00f4t quitter le triste carr\u00e9 de la cour le long rectangle du couloir les grilles et les portes les cl\u00e9s toute cette panoplie de l\u2019autoris\u00e9 et de l\u2019interdit et sortir tard dans la nuit pour t\u00e9l\u00e9phoner ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait pas permis mais pas non plus tout \u00e0 fait permis car elle est sa ma\u00eetresse \u00e0 un point qu\u2019elle n\u2019imagine pas l\u2019angle mort retient l\u2019autre femme gomm\u00e9e tenue au secret dans son placard \u00e0 lui dont la voix vient percer son tympan tandis qu\u2019elle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e pour r\u00e9pondre au bout du couloir dans une matin\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9 une fen\u00eatre au nord sur le tr\u00e8s vert de l\u2019herbe et des rang\u00e9es d\u2019arbres et sa voix qui dit que toujours elle a \u00e9t\u00e9 l\u00e0 la voix qui fait voir ce qu\u2019elle n\u2019avait pas vu interloqu\u00e9e tant de temps a pass\u00e9 pourquoi l\u2019autre femme vient ainsi taper au carreau le pr\u00e9au est bien loin et l\u2019oc\u00e9an \u00e0 traverser aussi dans la salle \u00e0 cinq m\u00e8tre il y a le groupe qui papote encore en prenant un caf\u00e9 ou un th\u00e9 mais il ne faudrait pas tarder c\u2019est dimanche o\u00f9 \u00e9crire atelier s\u00e9rieux et concentration avant de se lancer dans la proposition du jour \u00e7a pourrait \u00eatre les Fen\u00eatres de Novalis et le d\u00e9sordre et la biblioth\u00e8que de cet \u00e9crivain analyste qui rappelle d\u2019un coup Les lieux d\u2019une ruse de Perec et son plafond pas de fen\u00eatre ici et tandis que \u00e7a tourbillonne elle insiste cette voix qui dit qu\u2019elle va rentrer dans les ordres et qu\u2019elle veut faire preuve d\u2019honn\u00eatet\u00e9 et pour abr\u00e9ger et aller animer l\u2019atelier et quitter la fen\u00eatre au nord elle dit d\u2019accord merci et raccroche pour entrer tremblante\u00a0 un peu le m\u00eame tremblement o\u00f9 le sens vacille quand elle sortait du cabinet du sp\u00e9cialiste et qu\u2019en attendant l\u2019ascenseur elle regardait dans la cour int\u00e9rieur \u00e0 travers la fen\u00eatre de verre sur le palier tout est en verre par grands pans vitr\u00e9s et modernes vers l\u2019int\u00e9rieur du b\u00e2timent vers l\u2019ombre qui monte du sol tremblante avec ses mots sur le bout de la langue sur ce qu\u2019elle pensait avoir dit sans comprendre ces mots qui sortaient les uns derri\u00e8re les autres avec leur propre urgence et n\u00e9cessit\u00e9 comme si elle \u00e9tait spectatrice \u00e0 travers une fen\u00eatre d\u2019une langue inaudible qui disait un essentiel et c\u2019est en tremblant qu\u2019elle voudrait se souvenir et que la m\u00e9moire de la demi-heure \u00e9coul\u00e9e s\u2019\u00e9vapore comme le souvenir du r\u00eave disparait \u00e0 peine les yeux ouverts comme si voir et dire ne pouvait exister dans le m\u00eame espace ou alors r\u00e9unit un pan clair et un pan obscur \u00e0 la crois\u00e9e du carreau o\u00f9 sous la lumi\u00e8re de la lune elle se souvient \u00d4 comme elle se souvient de ce miracle blanc tombant du noir du ciel sur le blanc de la terre les neiges de l\u2019enfance dans ce pays froid la taille des flocons comme de la ouate un paquet ouvert et renvers\u00e9-secou\u00e9 l\u00e0-haut qui faisait danser lentement et infiniment la nuit de leur chute alanguie vers le sol et levant la t\u00eate dans l\u2019interstice des volets un peu repouss\u00e9s le haut du corps refroidissant lentement aussi avec pr\u00e9cision elle go\u00fbtait le miracle d\u2019\u00eatre de toute la maison du haut de ses cinq ans la seule et la premi\u00e8re \u00e0 savoir que la premi\u00e8re neige \u00e9tait arriv\u00e9e<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voir. Nous n\u2019en finirons jamais d\u2019\u00e9carquiller les yeux, pour voir. Mais c\u2019est comme s\u2019il y avait deux d\u00e9sirs de voir dans le regard, un pour la nuit, un pour le jour, un pour le dedans le plus profond de nos visc\u00e8res, un pour le dehors, l\u2019air, l\u2019azur, l\u2019infinit\u00e9 du monde qui tourne sans nous et pourtant si pr\u00e8s de nous.&nbsp; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/clair-obscur-feu-naitre\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">clair obscur feu na\u00eetre<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":55,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[803],"tags":[],"class_list":["post-11560","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-06-il-elle-fenetre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11560","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/55"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11560"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11560\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11560"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11560"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11560"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}