{"id":116408,"date":"2023-02-25T06:27:48","date_gmt":"2023-02-25T05:27:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=116408"},"modified":"2023-03-01T09:20:39","modified_gmt":"2023-03-01T08:20:39","slug":"arrivee-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arrivee-2\/","title":{"rendered":"#voyages  | ARRIV\u00c9E : LE VRAI-MENT"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>1- Atterrir c\u2019est vivre ou mourir, cela tient du miracle car l\u2019inconnu est miracle, cet instant charni\u00e8re durant lequel nous ne nous appartenons pas, cette apesanteur \u00e0 la fois prometteuse et insouciante. Mais tout peut basculer nous ne saurions le d\u00e9cider\u2026 La terre ferme s\u2019ouvre \u00e0 nos regards h\u00e9b\u00e9t\u00e9s on ne peut avoir voler si haut sans avoir \u00e9t\u00e9 estampill\u00e9 du sceau de la cr\u00e9dulit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Se poser pr\u00e8s de hangars semblables \u00e0 nos poulaillers industriels nous offre une indiscutable entr\u00e9e dans un monde que nous ne connaissons plus, laissons nos rep\u00e8res hypoth\u00e9tiques \u00e0 la consigne. Entrem\u00ealons nos odeurs chauff\u00e9es par une touffeur qui me surprend tout habill\u00e9e d\u2019hiver. Ce moment d\u2019inqui\u00e9tude \u00e0 la case bagages nous \u00e9treint, nous&nbsp;<em>\u00e9reinte<\/em>&nbsp;de fatigue et surprend notre sens des valeurs. Vais-je retrouver ma valise remplie avec un soin quantique, intrication et superposition de hasards&nbsp;? C\u2019est dans la peau du supplici\u00e9 que je me campe devant la cabine de police en carton-p\u00e2te, on se croirait scann\u00e9 avant notre autorisation de sortie,&nbsp;&nbsp;sous l\u2019\u0153il noir, la moustache gomin\u00e9e, sourire para\u00eetrait ind\u00e9cent. Enfin libre me voil\u00e0 livr\u00e9e aux caprices des roulettes de mon chariot qui pr\u00e9f\u00e8re la marche en crabe. C\u2019est sur ce sol irr\u00e9gulier que je suis livr\u00e9e \u00e0 la cohorte des taxis\u2026 C\u2019est encore la nuit et d\u00e9j\u00e0 les 25 degr\u00e9s, 40 ressentis comme on dit, avec mon pull col roul\u00e9, mes collants et mon jean, mais j\u2019aime \u00e7a&nbsp;! il y a les odeurs d\u2019essence qui trahissent les \u00e9chappements libres, et d\u2019autres odeurs cach\u00e9es que je ne saurais d\u00e9finir, le temps s\u2019en chargera,&nbsp;&nbsp;les moteurs aux compteurs sans \u00e2ge. Je donne un papier avec une adresse&nbsp;:&nbsp;<em><strong>Thiruvananthapuram<\/strong><\/em><strong>-Katakadda<\/strong>\u2026 advienne que pourra, les panneaux sont \u00e9crits en malayalam, la langue de l\u2019Inde du sud. Il n\u2019y a plus qu\u2019\u00e0 se laisser conduire sur des routes caboss\u00e9es et peu \u00e9clair\u00e9es. Ici on roule \u00e0 gauche, je vais essayer de m\u2019y retrouver avec mes cerveaux\u2026 et mon anglais lacunaire que ne viendra pas contredire mon interlocuteur baragouinant un malayanglais\u2026 De partout apparaissent et disparaissent des silhouettes, il y a toujours quelqu\u2019un au bord de la route, au coin d\u2019une ruelle, devant un \u00e9tal. Je suis intrigu\u00e9e par cette occupation constante de l\u2019espace et du temps, les bouts de macadam succ\u00e8dent \u00e0 la terre battue les voitures et les autobus se croisent sur des chemins vicinaux, les villages, les bourgs ne seraient-ils que des bordures de voies de traverse&nbsp;? difficile de distinguer ce qui serait une habitation d\u2019un petit commerce au milieu d\u2019une nature luxuriante d\u2019abris en t\u00f4le ondul\u00e9e et torchis ou bois de r\u00e9cup\u00e9ration, quelques b\u00e2tisses color\u00e9es de rose, jaune ou violet p\u00e9tants ici ou l\u00e0. Tout \u00e0 coup je crois r\u00eaver une statue de Ganesh c\u00f4toie une affiche de Staline je me frotte les yeux et plus loin le Che, Mao et Fidel r\u00e9unis encadr\u00e9s de fleurs et de couleurs comme les indiens savent le faire. Je crois que je ne vais pas m\u2019ennuyer ici\u2026 Une inqui\u00e9tude me gagne o\u00f9 vais-je dormir et surtout dans quelles conditions&nbsp;? Enfin je ne pars jamais sans mon oreiller de secours les boules Quies et le bandeau pour les yeux,&nbsp;&nbsp;de quoi me rassurer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le chauffeur ne semble pas tr\u00e8s au clair avec l\u2019adresse et nous moins encore. Pourtant apr\u00e8s une heure et demie, nous avons eu le temps de nous acclimater \u00e0 une temp\u00e9rature en progression constante, je m\u2019\u00e9tais all\u00e9g\u00e9e de mes collants, col roul\u00e9 et autre veste. La vie sous cette latitude reprenait, les motos p\u00e9taradaient et les enfants en uniformes color\u00e9s commen\u00e7aient \u00e0 prendre le chemin de l\u2019\u00e9cole. Nous visitions sans savoir ce que durerait cette visite improvis\u00e9e qui devait nous mener \u00e0 notre lieu de cure et vill\u00e9giature. Les indiens ont ceci de particulier de ne pas s\u2019angoisser, on finira bien par arriver quelque part, et un ailleurs approximatif ne les d\u00e9range pas. Je me savais en recherche, ici c\u2019\u00e9tait le r\u00e8gne de l\u2019impromptu. Arriv\u00e9s \u00e0 destination&nbsp;: un h\u00f4pital indien sp\u00e9cialis\u00e9 en ayurveda nous accueille de ses odeurs caract\u00e9ristiques et inconnues que je d\u00e9finirai globalement , herbes, huiles fortement odorantes, lait caill\u00e9, et autres senteurs ind\u00e9finissables. La r\u00e9ception nous explique que malheureusement il n\u2019y a pas encore de chambre libre pour nous\u2026 Les divinit\u00e9s ont eu piti\u00e9, c\u2019est avec un ouf de soulagement que nous sommes dirig\u00e9s vers le seul h\u00f4tel nouvellement construit du village\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>2- A la pointe de sable je me sens presque aux confins du monde, mais ce n\u2019est pas encore le bout du monde, plus tard sans doute y arriverons-nous. A la sortie de notre h\u00f4tel un palais, Sara&nbsp;&nbsp;Braun l\u2019aurait habit\u00e9 on peut imaginer cette femme amoureuse dont la robe \u00e0 volants en taffetas de soie craque en se frottant aux meubles cossus ou en disparaissant dans l\u2019entreb\u00e2illement de la porte\u2026 la ville est quadrill\u00e9e, les petites maisons color\u00e9es, l\u2019air frais embusqu\u00e9 aux croisements g\u00e9om\u00e9triques des rues charg\u00e9 d\u2019une odeur oc\u00e9anique nous rappelle que nous embarquerons ce soir. Je suis m\u00e9dus\u00e9e par le ciel bleu qui soudainement se charge d\u2019une masse noire et pourrait nous engloutir, les oiseaux ont disparu. Je ne reconnais rien dans ce monde \u00e9tranger, pas la plus petite lueur, le moindre indice au murmure encourageant. C\u2019est sur les conseils de mon ami Thierry que nous avons choisi cette destination, un voyage comporte toujours une part de risques, et la vie en est un.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Impossible pourtant de calculer cette audace \u00e0 l\u2019aulne de nos limites, voyager est la tentation inconsciente de quitter notre zone de confort. Je n\u2019ai pas le pied marin et pourtant je choisis un voyage en bateau, les temp\u00e9ratures font le grand \u00e9cart en un \u00e9clair alors que je me d\u00e9tends uniquement par plus de 25 degr\u00e9s baign\u00e9e d\u2019un soleil g\u00e9n\u00e9reux. Je me recueille un temps devant une Gal\u00e8re reconstitu\u00e9e, ne pas me laisser envahir par le doute, ne rien imaginer et me laisser voguer sur ce qui plus tard sera l\u2019essentiel de mon aventure. Un petit vent aigrelet se l\u00e8ve il est temps d\u2019enfiler mon anorak, un petit trou au niveau de l\u2019emmanchure me refroidit l\u2019\u00e9paule,&nbsp;&nbsp;je n\u2019avais pas vu venir cette pluie fine, d\u2019ailleurs ici les choses se pointent sans avertir, c\u2019est en mouvement\u2026&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1- Atterrir c\u2019est vivre ou mourir, cela tient du miracle car l\u2019inconnu est miracle, cet instant charni\u00e8re durant lequel nous ne nous appartenons pas, cette apesanteur \u00e0 la fois prometteuse et insouciante. Mais tout peut basculer nous ne saurions le d\u00e9cider\u2026 La terre ferme s\u2019ouvre \u00e0 nos regards h\u00e9b\u00e9t\u00e9s on ne peut avoir voler si haut sans avoir \u00e9t\u00e9 estampill\u00e9 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arrivee-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#voyages  | ARRIV\u00c9E : LE VRAI-MENT<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":604,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4111,4094],"tags":[],"class_list":["post-116408","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-02_arrivee_dans_la_ville","category-le_double_voyage-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116408","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/604"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=116408"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116408\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=116408"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=116408"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=116408"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}