{"id":116760,"date":"2023-03-02T16:23:53","date_gmt":"2023-03-02T15:23:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=116760"},"modified":"2023-03-07T16:19:39","modified_gmt":"2023-03-07T15:19:39","slug":"6-happes-par-la-ville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/6-happes-par-la-ville\/","title":{"rendered":"#voyages #06 | Happ\u00e9s par la ville"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Des gens vinrent me voir et me pri\u00e8rent de leur b\u00e2tir une ville\u00a0\u00bb F. Kafka Cahiers\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>G.P \/ Au bout du continent, dans ma petite ville prot\u00e9g\u00e9e par le pr\u00e9puce du \u00ab\u00a0phallus de roc\u00a0\u00bb (Servat), si je regarde vers l&rsquo;ouest, j&rsquo;aper\u00e7ois l&rsquo;Am\u00e9rique \u2013 oh, en tout petit -, disons Terre Neuve et les Provinces maritimes, autant dire que je n&rsquo;y vois que du blanc, de Qu\u00e9bec seuls d\u00e9passent les toits du ch\u00e2teau Frontenac ; longeant la c\u00f4te, vers le sud, je passe \u00e0 New Bedford, j&rsquo;aper\u00e7ois Nantucket o\u00f9 j&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 de fumer le calumet avec Queequeg ; c&rsquo;est trop tard, vois-tu ? le Pequod a sombr\u00e9 au troisi\u00e8me assaut du cachalot blanc, il n&rsquo;est rest\u00e9 que le cercueil auquel se cramponne le doux Ishma\u00ebl, le rejet\u00e9, <em>the castaway<\/em>, c&rsquo;est une obsession, chez moi, <em>castaway<\/em>, comme je me suis rejet\u00e9 moi-m\u00eame vers cette contr\u00e9e point\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ouest, sans m\u00eame \u00eatre all\u00e9 \u00e0 New York, la ville monde o\u00f9 br\u00fbl\u00e8rent les milliers de chandelles fleurant bon l&rsquo;huile de baleine. \/ Ici, \u00e0 Douarn, je me sens proche de ces bateaux, de ces poissons que je peux voir tous les jours \u00e0 la cri\u00e9e, de ces p\u00eacheurs qui ha\u00efssent la mer, avec lesquels je vide des chopines de rouge dans les bistrots du port, comme aujourd&rsquo;hui avec toi qui pr\u00e9f\u00e8res le whisky tourb\u00e9. Je n&rsquo;ai jamais pris de bateau, un ferry, peut-\u00eatre, pour aller au nord, pour un saut de puce dans cette esp\u00e8ce de supermarch\u00e9 flottant qui fait des affaires avec les amateurs de produits d\u00e9tax\u00e9s, jamais pris de paquebot sinon celui du Partage de Midi que j&rsquo;avais travaill\u00e9&#8230; il y a longtemps. \/ Ici, \u00e0 Douarn, il m&rsquo;arrive de r\u00eaver de voyages, de milliers de&#8230; contes, kilom\u00e8tres, villes insolites, fr\u00e8res humains crois\u00e9s, h\u00f4tesses accueillantes, m\u00e9lop\u00e9es rabol\u00e9roveliennes&#8230; maintenant tu es l\u00e0, dans le Finist\u00e8re qu&rsquo;on ne peut plus quitter sans risquer la noyade, je compte sur tes mots, mais n&rsquo;oublie pas, ici ou l\u00e0, parle-moi aussi de la colline de Chaillot.<\/p>\n\n\n\n<p>J.G. \/ <strong>La ville neuronale<\/strong> \/ La ville semble un assemblage d&rsquo;\u00e9toiles vers lesquelles convergent cinq \u00e0 huit avenues, telle une cha\u00eene de polym\u00e8re, tel un r\u00e9seau neuronal dont les axones se rassemblent, se frottent, se croisent, se recoupent, pour rejoindre d&rsquo;autres places rondes, dessinent un circuit de constellations rassembl\u00e9es en un cosmos complexe. Les avenues sont parcourues par des tramways de toutes couleurs, guid\u00e9s par un monorail. Dans le 66 qui me conduit \u00e0 la visite m\u00e9dicale, mon voisin de fauteuil m&rsquo;explique l&rsquo;importance de ce rail central aux multiples fonctions : \u00e9lectrom\u00e9caniques, \u00e9lectromagn\u00e9tiques, porteur d&rsquo;\u00e9nergie, d&rsquo;informations, transmetteur sonore, m\u00e9moire in\u00e9puisable disponible en permanence&#8230; Ce voisin porte r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 son oreille un petit parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8de (7x 15 cm environ) et m&rsquo;interroge : \u00ab\u00a0\u00eates-vous connect\u00e9s vous aussi ?\u00a0\u00bb. Je comprends mal sa question&#8230; \u00ab\u00a0Il suffit que je sois \u00e0 moins de cent m\u00e8tres du rail qui nous porte actuellement pour pouvoir \u00e9mettre et recevoir des messages avec tous les autres habitants. C&rsquo;est un t\u00e9l\u00e9phone portable, un mobile\u00a0\u00bb. Fort \u00e9tonn\u00e9, je ne peux que lui r\u00e9pondre que ce progr\u00e8s extraordinaire ne manquera pas de gagner nos contr\u00e9es. \/ Sur toutes les places rondes &nbsp;(un plan simplifi\u00e9, en compte une trentaine), un \u00e9difice central, rond, lui aussi \u2013 me fait penser au cirque d&rsquo;hiver de la rue Amelot \u2013 surmont\u00e9 d&rsquo;une sph\u00e8re, genre de mappemonde \u00e9clair\u00e9e de l&rsquo;int\u00e9rieur par des spots versicolores, c\u00f4toy\u00e9e par un \u00e9cran g\u00e9ant. Affiche en temps r\u00e9el, et en caract\u00e8res gothiques SANS, le nombre d&rsquo;habitants suivi de chiffres dont la signification m&rsquo;\u00e9chappe. Je me perds en conjectures quand je dois descendre pour gagner le Bloc 7.<\/p>\n\n\n\n<p>G.P. \/ A Douarn., j&rsquo;ai retrouv\u00e9 mon audition d&rsquo;enfant. Le moindre friselis dans les branches, le roulement continu de la mar\u00e9e montante ou descendante, les cris de la rue, bretonnants ou bredouillants \u2013 souvent les deux au sortir des bars \u2013 les moteurs des bateaux de p\u00eache, les conversations sous les porches aux retours de mer ou du march\u00e9. \/ Dans la ville que tu me d\u00e9cris, je n&rsquo;entends rien, malgr\u00e9 tramways qui, probablement, ferraillent, les places rondes o\u00f9 se r\u00e9unissent les habitants, les vacarmes des rues comme je viens de les \u00e9voquer&#8230; \/ Ces t\u00e9l\u00e9phones mobiles omnipr\u00e9sents doivent provoquer des qui proquo, des interf\u00e9rences entre conversations, voire des troubles \u00e0 la tranquillit\u00e9 des voyageurs cherchant \u00e0 se consacrer \u00e0 la lecture ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude&#8230; De plus, cette interconnexion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e permet un contr\u00f4le de la population en espace, temps, voire pens\u00e9e&#8230;Toutes choses dont je me suis \u00e9loign\u00e9 en quittant Paris pour m&rsquo;arrimer ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu as entendu tout cela ?<\/p>\n\n\n\n<p>J.G. \/ <strong>La ville jacassante.<\/strong>\u00ab\u00a0&#8230; . Je traversai, longeai l&rsquo;\u00e9difice central dans lequel semblait se d\u00e9rouler une sorte de comp\u00e9tition sportive ponctu\u00e9e de cris, de hurlements joyeux, et de roulements sourds (tambours ?). A l&rsquo;entr\u00e9e se pressaient des habitants habill\u00e9s de surv\u00eatements de couleurs ; tous affichaient leur num\u00e9ro \u00e9pingl\u00e9 sur leur poche de poitrine.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je prends ma place en queue de file. Mon costume de bon faiseur me fait rep\u00e9rer comme \u00e9tranger, mon num\u00e9ro \u00e0 7 chiffres para\u00eet rassurer les plus curieux, certains m&rsquo;adressent la parole dans une forme d&rsquo;Esperanto que je m&rsquo;\u00e9tonne de comprendre, encore plus de parler. Au fur et \u00e0 mesure que j&rsquo;approche de l&rsquo;entr\u00e9e, le bruit des cris et des sourds roulements se fait de plus en plus fort ; au vu de mon num\u00e9ro, contre d\u00e9p\u00f4t d&rsquo;une pi\u00e8ce de 2,5 dollars (\u00e0 l&rsquo;effigie de l&rsquo;Indien coiff\u00e9 de plumes), les vigiles me laissent entrer. \/ Apr\u00e8s un bref couloir-entonnoir, je p\u00e9n\u00e8tre dans une immense salle de bowling o\u00f9 le fracas des boules sur les pistes, les chocs contre les quilles, les cris d&rsquo;enthousiasme des spectateurs deviennent assourdissants. Un guichet propose des protections audio de type casque pour b\u00fbcheron. Les scores sont tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s, des acclamations accueillent les \u00ab\u00a0strike\u00a0\u00bb qui se succ\u00e8dent ; un haut-parleur annonce de nouveaux records, un \u00e9cran affiche les noms des champions ovationn\u00e9s par un ch\u0153ur aux limites de ses possibilit\u00e9s vocales. \/ Ce pendant, je ne manifeste aucun enthousiasme, ce qui provoque l&rsquo;intervention d&rsquo;un homme d&rsquo;\u00e2ge en surv\u00eatement blanc. Il m&rsquo;interpelle : \u00ab\u00a0Vous \u00eates \u00e9tranger, sans doute&#8230; ?\u00a0\u00bb \/ Je lui d\u00e9cris mon r\u00f4le d&rsquo;enqu\u00eateur, il propose de m&rsquo;expliquer la fonction du jeu auquel j&rsquo;assiste. \/ \u00ab\u00a0Toute notre soci\u00e9t\u00e9 est hi\u00e9rarchis\u00e9e en fonction des scores obtenus dans les divers cirques des places rondes. Nous vivons ici en ludocratie o\u00f9 chacun peut esp\u00e9rer se hisser aux plus hautes responsabilit\u00e9s par son classement sportif ; actuellement, le bowling a \u00e9t\u00e9 pl\u00e9biscit\u00e9 au Parlement des Anciens, le choix est fait pour dix ans, mais la fonction cathartique de ce jeu est telle que je ne pr\u00e9vois pas de changement. Ici, tel Sisyphe, chacun lance sa boule qui lui revient apr\u00e8s avoir balay\u00e9 les obstacles, il recommence, et comme l&rsquo;a dit un de vos philosophes, il faut l&rsquo;imaginer heureux.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et vous-m\u00eame, qui \u00eates-vous ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;\u00e9tais l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, le meilleur, pour un temps.<\/p>\n\n\n\n<p>G.P. \/ Au cours de mes rares voyages, j&rsquo;ai toujours aim\u00e9 apercevoir les villes.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines se cachaient, se prot\u00e9geaient derri\u00e8re des remparts, Carcassonne, par exemple, que je contemplais en descendant des plateaux centraux ; S\u00e9govie, discr\u00e8te derri\u00e8re son aqueduc romain ; Avila, jaillie de la Castille nue, cern\u00e9e de murailles parfaites ; Avignon dont les murs ont gard\u00e9 un pape en otage. \/ Ailleurs, ce sont les cath\u00e9drales, de Bourges, Chartres, Beauvais&#8230; qui m&rsquo;annoncent au loin la pr\u00e9sence des villes&nbsp; qui les entourent, \/ ou bien approchant de nuit d&rsquo;un a\u00e9roport, l&rsquo;avion autorise un coup d&rsquo;\u0153il sur la ville qu&rsquo;il dessert, sous l&rsquo;aile inclin\u00e9e, j&rsquo;apercevais alors le jardin fleuri des lucioles urbaines dessinant rues, avenues, places illumin\u00e9es, \/ ou bien, de la fen\u00eatre d&rsquo;un quatri\u00e8me \u00e9tage, observant les \u00e9clairs bleus d&rsquo;un orage d&rsquo;\u00e9t\u00e9 sur les toits de Venise, je craignais qu&rsquo;une foudre jupit\u00e9rienne n&rsquo;abatte le campanile, survivant, reconstruit, offrant une cible parfaite aux col\u00e8res c\u00e9lestes, \/ ou bien grimpant et descendant les rudes pentes de Lisbonne ou Porto, je songeai qu&rsquo;il me faudrait, un jour, me perdre dans les ruines de Rome aux sept collines, \/ ou bien revoyant ma vie d&rsquo;avant, je me rappelais la fen\u00eatre d&rsquo;une chambre sur les hauts de Montmartre d&rsquo;o\u00f9 regarder, selon des rhumbs oppos\u00e9s, la blanche p\u00e2tisserie byzantine ou le phare de la Tour Eiffel.<\/p>\n\n\n\n<p>Seule Paris m&rsquo;a longtemps enferm\u00e9, je m&rsquo;en suis sorti comme on s&rsquo;arrache d&rsquo;une d\u00e9froque trop \u00e9troite, je suis arriv\u00e9 ici nu, bourr\u00e9 de nostalgie dont les mots transpirent de mes bouts de papier.<\/p>\n\n\n\n<p>J.G. \/ <strong>Le labyrinthe<\/strong> \/ Je m&rsquo;appelle Jacques Revel. En 195&#8230;, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 en Angleterre par un \u00e9crivain fran\u00e7ais, pour \u00ab\u00a0parfaire mon Anglais\u00a0\u00bb. Il m&rsquo;avait trouv\u00e9 un emploi subalterne dans un bureau de B&#8230;ON, grosse ville industrielle des Midlands. Il me demandait simplement de tenir le journal de ma vie sur place, en suivant \u00e0 ma guise mon emploi du temps. Je terminais un cycle universitaire et j&rsquo;acceptai ce passage \u00e0 la pratique qui me serait utile dans l&rsquo;avenir. \/Cette petite aventure devait durer une ann\u00e9e, elle s&rsquo;engagea assez mal, j&rsquo;arrivai de nuit dans une gare o\u00f9 n&rsquo;attendait ni correspondant ni taxi, je perdis mon temps \u00e0 chercher un h\u00f4tel, m&rsquo;\u00e9garai dans les rues inconnues et finis sur un banc de bois dans la gare o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais revenu. Je d\u00e9couvris l&rsquo;autre gare \u2013 la bonne \u2013 le lendemain. Je commen\u00e7ai mon travail, connus mes premi\u00e8res affres langagi\u00e8res, logeai dans une triste chambre sans une table o\u00f9 r\u00e9diger quoi que ce soit. <\/p>\n\n\n\n<p>La ville est immense, la recherche d&rsquo;une meilleure chambre m&rsquo;\u00e9puise, je me perds dans des quartiers de pauvres maisons mitoyennes align\u00e9es sur des kilom\u00e8tres. Progressivement, gr\u00e2ce \u00e0 une relation de travail, j&rsquo;explore de nouveaux secteurs, je visite les \u00e9glises, je d\u00e9couvre les restaurants, bois un verre avec un inconnu&#8230; Je prends quelques notes mais ne r\u00e9dige rien. Je fais des progr\u00e8s linguistiques, ce qui m&rsquo;ouvre des horizons, presse, cin\u00e9ma, mus\u00e9es. \/ Le climat de B&#8230;ON est \u00e9pouvantable, un brouillard jaune brun colle aux v\u00eatements, la pluie est si fr\u00e9quente et violente qu&rsquo;il m&rsquo;arrive de renoncer \u00e0 sortir. Je finis par trouver une chambre plus agr\u00e9able, je peux commencer \u00e0 \u00e9crire mon journal, \u00e0 cette fin, j&rsquo;ach\u00e8te une rame de papier et un plan de la ville, ma conversation avec la charmante jeune vendeuse se prolonge, elle me fait d\u00e9velopper le petit cercle de mes relations, je suis invit\u00e9 dans sa famille et fais alors connaissance avec sa s\u0153ur tout aussi s\u00e9duisante. \/ Mes premiers essais de r\u00e9daction m&rsquo;obligent \u00e0 un difficile effort de m\u00e9moire car le temps a pass\u00e9 depuis mon arriv\u00e9e, je m&rsquo;y attache dans la certitude que cette t\u00e2che se r\u00e9v\u00e9lera vite impossible. \/ Dans l&rsquo;intervalle, j&rsquo;ai lu un roman policier dont l&rsquo;\u00e9nigme se situe dans la ville ; par hasard, je lie connaissance avec l&rsquo;auteur qui semble r\u00e9gler ses comptes avec B&#8230;ON qu&rsquo;il d\u00e9teste. Je partage cet avis, soup\u00e7onne un lien entre r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements dramatiques \u00e9voqu\u00e9s et fiction mise en sc\u00e8ne par l&rsquo;auteur. Dans mon journal, je t\u00e2che de rendre aussi juste que possible ma perception de la ville, je ne parviens \u00e0 lui trouver aucun attrait, seule ma relation avec les deux s\u0153urs m&rsquo;apporte r\u00e9confort, bien que j&rsquo;h\u00e9site entre elles, ce qui me conduira sans doute \u00e0 un \u00e9chec sentimental.\/ Au fil du temps, dans la presse, je lis r\u00e9guli\u00e8rement des comptes-rendus d&rsquo;incendies dont certains, en particulier celui d&rsquo;un restaurant o\u00f9 j&rsquo;ai mes habitudes, ou celui d&rsquo;une attraction foraine bien connue, m&rsquo;intriguent. Je t\u00e2che d&rsquo;\u00e9voquer ces faits-divers dans mon journal, je me demande si mon \u00e9crivain commanditaire sera sensible \u00e0 ce quotidien que la ville produit volens nolens. \/ La chronologie me pose des probl\u00e8mes, j&rsquo;ai peur, en \u00e9voquant tel ou tel \u00e9v\u00e9nement que mon retard de relation l&rsquo;ait, entre-temps, rendu sans int\u00e9r\u00eat, des questions se posent \u00e0 propos de ces incendies, \u00e0 propos de ces f\u00eates foraines qui tournent autour de la ville comme pour l&#8217;emprisonner, \u00e0 propos d&rsquo;un crime bien r\u00e9el ayant peut-\u00eatre inspir\u00e9 mon auteur de polars. Cette ville se cache, o\u00f9 je ne suis qu&rsquo;un t\u00e9moin \u00e9tranger qui, peu \u00e0 peu envahi par une foule de soup\u00e7ons se transforme en enqu\u00eateur. Des faits nouveaux surviennent, prolongent-ils un pass\u00e9 entraper\u00e7u, ou bouleversent-ils des conclusions tout juste \u00e9bauch\u00e9es ? Tel Achille ne pouvant atteindre la tortue, je sens que je ne pourrai jamais rattraper la ville dont le labyrinthe m&rsquo;oppose \u00e0 chaque instant chausse-trapes et culs-de-sac devant lesquels je recule, incapable d&rsquo;en tenir clairement le r\u00e9cit qui s&rsquo;ach\u00e8vera avec mon d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon commanditaire est tr\u00e8s satisfait de mon journal. Pour lui, le m\u00e9lange de temps et des lieux de la ville, la tentative concr\u00e8te de saisir par \u00e9crit le r\u00e9el f\u00fbt-ce a posteriori lui donne mati\u00e8re \u00e0 penser, \u00e0 \u00e9crire \u00e0 son tour. Quant \u00e0 Jacques Revel, qui ach\u00e8ve son ann\u00e9e, s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 sauter dans le train, dans quel sens comprendre son sentiment d&rsquo;un \u00ab\u00a0impossible retour\u00a0\u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Des gens vinrent me voir et me pri\u00e8rent de leur b\u00e2tir une ville\u00a0\u00bb F. Kafka Cahiers\u00a0\u00bb G.P \/ Au bout du continent, dans ma petite ville prot\u00e9g\u00e9e par le pr\u00e9puce du \u00ab\u00a0phallus de roc\u00a0\u00bb (Servat), si je regarde vers l&rsquo;ouest, j&rsquo;aper\u00e7ois l&rsquo;Am\u00e9rique \u2013 oh, en tout petit -, disons Terre Neuve et les Provinces maritimes, autant dire que je n&rsquo;y <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/6-happes-par-la-ville\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#voyages #06 | Happ\u00e9s par la ville<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":601,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4168,4094],"tags":[],"class_list":["post-116760","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-05_bouvier","category-le_double_voyage-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116760","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/601"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=116760"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116760\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=116760"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=116760"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=116760"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}