{"id":116762,"date":"2023-03-02T17:14:15","date_gmt":"2023-03-02T16:14:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=116762"},"modified":"2023-03-02T18:19:59","modified_gmt":"2023-03-02T17:19:59","slug":"voyage-07-un-tout-petit-trajet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/voyage-07-un-tout-petit-trajet\/","title":{"rendered":"#voyages #07 | un tout petit trajet"},"content":{"rendered":"\n<p>M\u00eame si j\u2019ai obtenu mon permis jeune, conduire ne me procure pas de plaisir, sauf dans certaines conditions. Et les voitures ont peu d\u2019importance \u00e0 mes yeux. Bien s\u00fbr, une Aston Martin me plait davantage qu\u2019une Mercedes familiale et une Twingo moins qu\u2019un Kangoo, mais je fus ravie qu\u2019on me pr\u00eate une Renault M\u00e9hari, lors cette fin \u00e9t\u00e9 dans le Sud. Chaque jour, je l\u2019utilisais pour parcourir la dizaine de kilom\u00e8tres qui s\u00e9parait la maison o\u00f9 je logeais, des vignobles o\u00f9 je travaillais. Voyez-vous comment est cette voiture basique et atypique, des ann\u00e9es 80&nbsp;? Vous pouvez voir une photo en fin de texte.<\/p>\n\n\n\n<p>Conduire cet engin rudimentaire, version tr\u00e8s simplifi\u00e9e d\u2019une Land Rover, sur une d\u00e9partementale bord\u00e9e de vieux platanes aux branches tortueuses, m\u2019a ravie. Chaque jour sur ce m\u00eame tron\u00e7on, d\u00e9sert\u00e9 par les camions, je roulais, assez lentement. Ensuite sur les chemins de terre, jonch\u00e9s de pierres claires, \u00e7a devenait chaotique. Pourtant malgr\u00e9 l\u2019inconfort, avancer sur ces terrains me donnait la sensation d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois en ext\u00e9rieur et en int\u00e9rieur. Habitacle plein d\u2019ouvertures. Conduire ce v\u00e9hicule \u00e0 la carrosserie en plastique moul\u00e9 me procurait de la joie, et l\u2019agr\u00e9able impression d\u2019\u00eatre \u00e0 ma place, int\u00e9gr\u00e9e, \u00e0 l\u2019aise parmi cette v\u00e9g\u00e9tation s\u00e8che. Se d\u00e9gageait une grande confiance, voire l\u2019impression de maitriser quelque chose de ma vie. Quoi&nbsp;? Je n\u2019en ai aucune id\u00e9e, mais c\u2019est ce que je sentais au volant de cette M\u00e9hari ces jours-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Loin des contraintes de la ville, je me sentais lib\u00e9r\u00e9e. Libre d\u2019avancer, de m\u2019arr\u00eater o\u00f9 je voulais, libre de prendre le temps de regarder la lumi\u00e8re sur telles feuilles ou bosquets, de chercher \u00e0 prendre quelques photos de cette v\u00e9g\u00e9tation, \u00e0 le faire ou pas, libre de m\u2019impr\u00e9gner des odeurs des herbes maigres, libre de ramasser une pierre dont la forme m\u2019int\u00e9ressait, puis de repartir, quand bon me semblait, ou presque. Je n\u2019avais aucun horaire impos\u00e9 pour ce sujet de reportage, les vendangeurs r\u00e9coltaient du matin au soir, et d\u00e9jeunaient sur place. On avait tout le temps de travailler et r\u00e9gnait une bonne ambiance.<\/p>\n\n\n\n<p>Et moi chaque jour sur ce bout de route, j\u2019appr\u00e9ciais de revoir les silhouettes de certains arbres, de retrouver les d\u00e9coupes du relief, les teintes douces, notamment apr\u00e8s une ligne droite o\u00f9 la roule s\u2019\u00e9largissait un peu. Cette r\u00e9p\u00e9tition quotidienne, la connaissance du trajet me procuraient un certain confort. \u00c0 chaque trajet, retrouver cette beaut\u00e9-l\u00e0, pour moi qui ne pouvais rester en place, o\u00f9 tout changeait tout le temps, cr\u00e9ait une certaine attente, presque comme avant un rendez-vous amoureux.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais pr\u00e8s de Ch\u00e2teauneuf-du-pape, en Provence. Je b\u00e9n\u00e9ficiais de la chaleur, d\u2019un ciel&nbsp; d\u00e9gag\u00e9 chaque matin en ouvrant ma fen\u00eatre et cette M\u00e9hari, me permettait une sensation de libert\u00e9, inversement proportionnelle \u00e0 la distance parcourue. Ce tout petit trajet. \u00c7a ne tient pas \u00e0 grand-chose la sensation de libert\u00e9, parfois, car c\u2019\u00e9tait court, chaque jour, mais magique d\u2019aller aux vignes ou d\u2019en revenir. Le vent, parfois pr\u00e9sent, me plaisait, un c\u00f4t\u00e9 chaud et caressant, m\u00eame si le Mistral aurait pu se montrer insupportable.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9trospectivement je me demande, durant ces jours-l\u00e0, o\u00f9 me portaient, me transportaient, me t\u00e9l\u00e9portaient ces quelques kilom\u00e8tres, seule dans cette M\u00e9hari&nbsp;?&nbsp; M\u2019imaginais-je dans la steppe k\u00e9nyane, la pampa argentine? Je n\u2019avais que mes Leica et trois bricoles comme armes et bagages, mais j\u2019aurais volontiers prolong\u00e9 ce grand voyage parmi les vignes, les pin\u00e8des, les chemins forestiers, les oliviers, le maquis et le reste. Le reste ne menait pas \u00e0 la Lune. Je n\u2019avais pas ni baguette de f\u00e9e, ni un Rover Luner, mais c\u2019\u00e9tait tout aussi excitant.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui une seule image diff\u00e9rente me reste de ce trajet. Une image contrariant toutes les autres, qui d\u2019une certaine mani\u00e8re n\u2019en forment qu\u2019une. Une image compos\u00e9e de la somme de toutes les autres. Sauf un soir, donc, en revenant comme d\u2019habitude ou presque vers le village, le ciel \u00e9tait charg\u00e9 de nuages lourds, fonc\u00e9s, et l\u2019orage s\u2019approchait. Les bourrasques tiraient les branches et le volant de la M\u00e9hari. Je pensais avoir le temps de rentrer avant qu\u2019il \u00e9clate. Mais non je n\u2019en ai pas eu le temps. Soudain la route devenue sombre et brillante s\u2019est m\u00e9tamorphos\u00e9e en un lac o\u00f9 de grosses gouttes rebondissaient. Ne manquaient plus que les grenouilles. D\u2019ailleurs je ne les entendais plus croasser, pas plus que les oiseaux piailler. Tout le monde s\u2019\u00e9tait abrit\u00e9 et moi je n\u2019ai pas gar\u00e9 la voiture pour remettre la capote, ou simplement laisser passer l\u2019orage. Pas de bas-c\u00f4t\u00e9 pour stationner sur cette route de campagne. Tout, soudain, \u00e9tait devenu trop. Trop intense la pluie, trop subi l\u2019orage, trop violents les coups de tonnerre, les \u00e9clairs. Tremp\u00e9e la carrosserie toute en plastique de la M\u00e9hari, et moi juste un peu moins. Arriv\u00e9e dans la cour, dans la grange, l\u2019orage s\u2019\u00e9loignait et le lendemain matin le ciel \u00e9tait aussi pur et bleu que les autres jours. Et le surlendemain, pour terminer l\u2019histoire, on va dire que je suis repartie, ma mission finie, seule sans la M\u00e9hari.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/mehari.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-116763\" width=\"409\" height=\"224\"\/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00eame si j\u2019ai obtenu mon permis jeune, conduire ne me procure pas de plaisir, sauf dans certaines conditions. Et les voitures ont peu d\u2019importance \u00e0 mes yeux. 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