{"id":116773,"date":"2023-03-02T19:52:06","date_gmt":"2023-03-02T18:52:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=116773"},"modified":"2023-03-04T16:02:19","modified_gmt":"2023-03-04T15:02:19","slug":"voyages-07-quelques-pas-sur-le-bois-de-la-terrasse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/voyages-07-quelques-pas-sur-le-bois-de-la-terrasse\/","title":{"rendered":"# voyages # 07 | quelques pas sur le bois de la terrasse"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code has-medium-gray-background-color has-background\"><code>Et puis je suis all\u00e9 la voir. J\u2019ai frapp\u00e9 \u00e0 sa porte. Une maison un peu comme toutes les autres de cette avenue, dans les verts, en bois, pass\u00e9 lav\u00e9. C\u2019est rest\u00e9 sans r\u00e9ponse, j\u2019ai fait le tour par le jardin : sur la v\u00e9randa couverte, cette terrasse de bois ancien dans les gris, il y avait l\u00e0 une chaise us\u00e9e. J\u2019ai frapp\u00e9 \u00e0 la porte de ce qui m\u2019a sembl\u00e9 \u00eatre la cuisine. Il n\u2019y avait pas de vitre, juste un treillis tr\u00e8s fin, en tout petit fil vaguement rouill\u00e9 qui ne laisse passer que l\u2019air. Rien non plus. J\u2019ai patient\u00e9 un moment, et je l\u2019ai vue arriver. Elle marchait tranquille sur l\u2019avenue, sans presse ni h\u00e2te, \u00e0 l\u2019ombre des grands arbres qu\u2019il y a l\u00e0. Elle ne m\u2019a pas vu tout de suite mais elle allait entrer dans sa maison, elle n\u2019y entrait jamais que par l\u2019arri\u00e8re, je l\u2019apprendrais ensuite, j\u2019\u00e9tais assis \u00e0 l\u2019ombre, \u00e0 attendre donc. Elle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e sur le pas de sa porte et m\u2019a regard\u00e9&nbsp;: qu\u2019est-ce que je faisais l\u00e0&nbsp;? \u00e9tait la question que je me posais, mais j\u2019ai attendu qu\u2019elle me parle. J\u2019ai beaucoup de patience et je sais attendre m\u00eame si, comme beaucoup de monde, je d\u00e9teste \u00e7a. Je ne peux pas dire que \u00e7a ait \u00e9t\u00e9 un sourire mais \u00e7a y ressemblait presque. Elle avait le cheveu gris et sec, rare et ras; des yeux un peu perdus dans une esp\u00e8ce de brume, une jolie courbe du menton&nbsp;; elle portait une blouse longue, \u00e0 larges fleurs aux tons froids et sans manche; on distinguait ses bras sous un pull en laine, peut-\u00eatre gris clair,  qui lui descendait jusqu\u2019aux poignets, maigres comme tout son \u00eatre. Elle \u00e9tait l\u00e0, sur le pas de sa porte et moi, je n\u2019osais rien dire, peut-\u00eatre que le treillis faisait moustiquaire, elle a tir\u00e9 la porte \u00e0 elle, et est entr\u00e9e sans la refermer derri\u00e8re elle. Je me suis lev\u00e9. En face, dans la maison bleue, rien ne bougeait, \u00e7a avait l\u2019air d\u2019un r\u00eave, quelque chose qui ne devrait pas se passer. Bien s\u00fbr, j\u2019aurais d\u00fb la suivre puisque, apr\u00e8s tout, j\u2019\u00e9tais l\u00e0 pour \u00e7a, et entrer derri\u00e8re elle, quelque chose m\u2019en emp\u00eachait pourtant. J\u2019ai attendu. J'attendais s\u00fbrement qu'elle m'invite \u00e0 entrer, qu'elle me le demande ou quelque chose de ce genre. Je suis retourn\u00e9 m'asseoir. La chaise a l\u00e9g\u00e8rement grinc\u00e9 quand je me suis assis. \u00c0 un moment, j\u2019ai cru entendre comme quelque chose d\u2019une musique, peut-\u00eatre du piano ou de l\u2019orgue, j\u2019ai cru reconna\u00eetre le <em>Dark side of the moon<\/em> de Pink Floyd \u2013 un album qu\u2019on m\u2019avait offert quand j\u2019avais quinze ans \u2013 Dado, oui Dado, l\u2019amie d\u2019alors de mon fr\u00e8re \u2013 pour mon anniversaire. Je n\u2019avais rien \u00e0 lui demander cependant. J\u2019ai laiss\u00e9 passer un peu de temps. Puis, je me suis lev\u00e9 et je suis all\u00e9 frapper \u00e0 la porte en moustiquaire. Le bois de la terrasse en forme de v\u00e9randa geignait \u00e0 peine. Sans plus de r\u00e9ponse que tout \u00e0 l\u2019heure. Je n\u2019avais pourtant pas r\u00eav\u00e9, ou alors je ne m\u2019en \u00e9tais pas rendu compte. Je suis retourn\u00e9 m\u2019asseoir, il devait \u00eatre cinq heures du soir, il n\u2019y avait plus de soleil. J\u2019ai attendu encore. Sans doute s'\u00e9tait-elle endormie. Il n\u2019y eut plus de musique. Peut-\u00eatre n\u2019y en avait-il jamais eu. Dans le jardin, l\u2019herbe haute bougeait doucement avec le l\u00e9ger vent, elle \u00e9tait jaune et on voyait le trac\u00e9 d\u2019un chemin qui allait presque directement \u00e0 la maison d\u2019en face, en passant par un grillage qui avait \u00e9t\u00e9 cisaill\u00e9 et soulev\u00e9 pour laisser un passage. Sous ces latitudes, le jour tombe et laisse d\u2019un coup place \u00e0 la nuit. C\u2019est arriv\u00e9, il n\u2019y avait en face aucune lumi\u00e8re et tout \u00e9tait calme dans le quartier. Il ne me parvenait rien de l\u2019int\u00e9rieur de la maison. J\u2019ai encore attendu mais je savais que \u00e7a ne me serait de rien. Je me suis souvenu de cet acteur qui jouait le r\u00f4le principal dans ce film de Kazan, et qui lui aussi patientait sur une v\u00e9randa, dans mon souvenir. Kirk Douglas, oui. Je crois aussi que le jour \u00e9tait tomb\u00e9 et que la nuit avait commenc\u00e9. Il n\u2019y a pas besoin qu\u2019il se passe quelque chose. Un chien a d\u00fb aboyer. Attendre et \u00e9couter, simplement, le vent qui bruisse et qui entra\u00eene avec lui, quelque part, des rires d\u2019enfant, voil\u00e0 tout. Il me semble qu\u2019il \u00e9tait assis sur un fauteuil \u00e0 bascule, je ne me souviens plus tellement s'il avait d\u00e9j\u00e0 rompu avec Faye Dunaway,mais je crois qu'il attendait son p\u00e8re. Kirk, oui. Ou qu'il y pensait et s'en souvenait. Je me suis lev\u00e9, \u00e0 nouveau j\u2019avais envie de partir. Je suis all\u00e9 frapper \u00e0 la porte en moustiquaire, tress\u00e9e si fin que seul le vent, mais non, toujours rien<\/code><\/pre>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\"><em>j&rsquo;ai l&rsquo;impression que \u00e7a tient tout seul &#8211; mais cependant il s&rsquo;agit d&rsquo;une esp\u00e8ce de suite \u00e0 un travail en cours, <\/em>Norma, <em>\u00e9labor\u00e9 lors d&rsquo;un autre atelier &#8211; l&rsquo;atelier d&rsquo;ici a quelque chose \u00e0 voir avec le mien propre (il me semble bien avoir r\u00e9alis\u00e9 une version pour le pdf \u00e0 un moment &#8211; j&rsquo;en ai oubli\u00e9 l&#8217;emplacement &#8211; si je le retrouve, je poserai un lien). Je peux expliciter mais est-ce que \u00e7a servirait \u00e0 quelque chose ? C&rsquo;est elle, l\u00e0, bien qu&rsquo;elle ne soit pas nomm\u00e9e. C&rsquo;est l&rsquo;enqu\u00eateur qui parle \u00e0 la premi\u00e8re personne. Il faudrait se remettre en position pour continuer cette histoire &#8211; peut-\u00eatre &#8211; on ne sait pas trop \u00e0 quoi il enqu\u00eate, non plus que seraient expliqu\u00e9es les raisons qui le poussent \u00e0 venir l\u00e0. Je n&rsquo;en ai gu\u00e8re plus \u00e0 en dire. J&rsquo;avais aussi l&rsquo;ambition, dans ce double voyage, (en l\u00e9g\u00e8re contradiction avec la consigne ) de suivre deux lignes diff\u00e9rentes &#8211; l&rsquo;une qui se d\u00e9roule durant quelque vacance (en 72 et sur une \u00eele &#8211; fond blanc) l&rsquo;autre suivant l&rsquo;\u00e9laboration et la continuation de<\/em> Norma <em>(fond gris, plus soutenu comme plus haut). On verra dans la suite.  <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>de l&rsquo;autre (samedi 4)<br>Il y avait ce chemin qu\u2019il fallait parcourir du camping au centre ville, c\u2019\u00e9tait le camping des Pins \u2013 un peu comme \u00e0 Quend-Plage (je ne sais plus qui fr\u00e9quentais Berk, qui n\u2019est pas loin, qui accueillait les malades de je ne sais plus trop quelle maladie) qui s\u2019appelait aussi les Pins (il y a, dans les terres \u00e0 quelques kilom\u00e8tres, le bourg qui se nomme Quend (ville peut-\u00eatre bien) &#8211; c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit de cette \u00e9poque-l\u00e0, la mobylette \u00e9tait bleue et blanc, trois ou quatre heures de route \u2013 je ne me souviens pas l\u2019avoir faite cette route, sauf en r\u00eave, en stop oui, une ligne droite interminable vers Rue \u2013 et puis cette amoureuse-l\u00e0, la salle de bal peut-\u00eatre au camping \u2013 plus \u00e2g\u00e9e que moi, mais ici, non il fallait aller dans le petit matin de la boite de nuit au camping mais se lever vers dix heures, fondre sous la tente et en sortir au plus vite, trouver un coin \u00e0 l\u2019ombre, pour redormir sur un banc peut-\u00eatre ou sur la plage \u00e0 l\u2019abri de pins parasols. Si je me souviens de ce <em>Just a gigolo<\/em> (Louis Prima) qui se chantait pr\u00e8s de la Manche, je ne sais plus ce qu\u2019il y avait comme musique dans cette boite mais ce sont ses lumi\u00e8res dont je me rappelle \u2013 elles s\u2019\u00e9clairaient en cadence avec cette musique \u2013 et puis le moment venait de repartir vers le camping, un peu gris s\u00fbrement, un peu seul sans doute parfois \u2013 les autres restaient je m\u2019en allai \u2013 je n\u2019avais pas sp\u00e9cialement le c\u0153ur \u00e0 danser contrairement aux vacances de P\u00e2ques pr\u00e9c\u00e9dentes o\u00f9 la joie s\u2019exprimait franchement \u2013 entre temps les choses avaient chang\u00e9, ce n\u2019est pas que le monde ait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent mais lui n\u2019y \u00e9tait plus \u2013 j\u2019avan\u00e7ai ce soir-l\u00e0 mais c\u2019\u00e9tait pour revenir au camping chercher quelque chose et des chiens s\u2019\u00e9taient mis \u00e0 hurler, je me souviens de cette trouille (on la dit \u00ab\u00a0bleue\u00a0\u00bb mais j\u2019aime le bleu), je me souviens d\u2019avoir jet\u00e9 des cailloux pour les faire fuir, qu\u2019allais-je rechercher, je ne sais plus mais je sais qu\u2019il me fallait revenir \u2013 des chiens errants la route longeait la voie de chemin de fer o\u00f9 ne passait qu\u2019un train par jour \u2013 les lumi\u00e8res des lampadaires n\u2019\u00e9taient pas oranges, il y avait quelque chose d\u2019\u00e9trange dans ce petit parcours, je ne me souviens plus des \u00e9piceries o\u00f9 nous achetions \u00e0 manger, je ne me souviens plus non plus de la plage, seulement le soir de mon arriv\u00e9e, oui, le bain vers neuf heures du soir et l\u2019image que j\u2019avais de lui, les images\u00a0: il y en avait une du mois d\u2019ao\u00fbt soixante au Crotoy, la plage de galets et les marques du soleil aux manches du marcel qu\u2019il avait enlev\u00e9 \u2013 le froid de l\u2019eau qui se retire, cette bizarrerie de mar\u00e9e, les b\u00e2ches (des creux dans le sable d\u2019o\u00f9 la mer ne s\u2019en va pas) mais le coucher du soleil sur la mer, oui, \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 une bizarrerie de plus \u2013 d\u00e9cid\u00e9ment nous \u00e9tions ailleurs, et lui et ses lunettes d\u2019\u00e9caille, quatre enfants une femme dans un autre pays \u2013 est-ce que c\u2019\u00e9tait d\u00e9finitif ou simplement une \u00e9tape vers quelque chose d\u2019autre\u00a0? Je ne l\u2019ai jamais su<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>j&rsquo;ai l&rsquo;impression que \u00e7a tient tout seul &#8211; mais cependant il s&rsquo;agit d&rsquo;une esp\u00e8ce de suite \u00e0 un travail en cours, Norma, \u00e9labor\u00e9 lors d&rsquo;un autre atelier &#8211; l&rsquo;atelier d&rsquo;ici a quelque chose \u00e0 voir avec le mien propre (il me semble bien avoir r\u00e9alis\u00e9 une version pour le pdf \u00e0 un moment &#8211; j&rsquo;en ai oubli\u00e9 l&#8217;emplacement &#8211; si <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/voyages-07-quelques-pas-sur-le-bois-de-la-terrasse\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># voyages # 07 | quelques pas sur le bois de la terrasse<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":116775,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4247,4094],"tags":[],"class_list":["post-116773","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-08_bergounioux","category-le_double_voyage-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116773","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/86"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=116773"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116773\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/116775"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=116773"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=116773"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=116773"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}