{"id":11758,"date":"2019-08-27T09:30:17","date_gmt":"2019-08-27T07:30:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=11758"},"modified":"2019-08-27T09:30:18","modified_gmt":"2019-08-27T07:30:18","slug":"al-hamlet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/al-hamlet\/","title":{"rendered":"Al Hamlet"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce dont on ne se souvient pas, on peut l\u2019\u00e9crire&#8230; Commence\nun travail vertigineux et in\u00e9dit. Ecrire sans appui sans support sans image et\nsans image c\u2019est le silence. La voix est devenue silence. Alors obscurit\u00e9.\nRecueillement. Existe-t-il quelque part un voile et il suffirait de tendre la\nmain pour l\u2019\u00e9carter juste un peu et que l\u00e0 derri\u00e8re un fr\u00e9missement de clart\u00e9,\nde couleurs, un flou de quelque chose qu\u2019on pourrait d\u00e9crire comme une\ncertitude&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p>Balcon en bois fonc\u00e9 presque noir courant sur toute la\nlongueur de la fa\u00e7ade rose, j\u2019y tiens, un rose en harmonie avec la teinte\nsombre du bois presque noir, rose, pas rose p\u00e2le, d\u2019un rose assez soutenu, la\nbrume et son odeur au-dessus de la Semois t\u00f4t le matin et le soleil ou sa\npromesse seulement mais qui r\u00e9v\u00e8lerait la besogne nocturne de l\u2019araign\u00e9e\nlorsque t\u00eate \u00e0 gauche entre les barreaux du balcon avec le bruit de la roue\ndans l\u2019eau et les algues que son mouvement soul\u00e8vera et qui de vertes finiront\npar \u00eatre marron fonc\u00e9 je ne sais apr\u00e8s combien de tours, indescriptible aussi la\ncouleur du pull entre rouge et framboise d\u2019une maille compliqu\u00e9e et\nparticuli\u00e8re, l\u00e2che suffisamment, pour donner \u00e9paisseur et moelleux et qui\nrestera \u00e0 jamais l\u2019illustration de ce que pouvait \u00eatre l\u2019amour maternel pour\nune enfant ob\u00e9issante et sage, lorsque t\u00eate \u00e0 droite, grotte aux f\u00e9es et noir\nmena\u00e7ant de l\u2019enfonc\u00e9e dans la roche interdite ou condamn\u00e9e je ne sais plus et\nl\u2019envie malgr\u00e9 tout d\u2019au-del\u00e0 de la limite, franchir l\u2019interdit pour d\u00e9nicher\nla promesse, puisque le nom l\u2019indique, il y a bien une raison pour que \u00e7a\ns\u2019appelle comme \u00e7a&nbsp;: la grotte aux f\u00e9es. Et c\u2019est bien la seule \u00e0 avoir\ntenu ses promesses, c\u2019est ce que je me dis lorsque j\u2019y retourne 50 ans plus\ntard. Elle n\u2019a pas boug\u00e9 d\u2019un pouce. Le panneau indique bien son nom \u00e0\nl\u2019endroit o\u00f9 m\u2019ont men\u00e9e mes pas et une grille scell\u00e9e dans la roche en\ninterdit l\u2019acc\u00e8s. Un linceul a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 sur mon souvenir avec ce blanc violent\nd\u2019une peinture fra\u00eeche sur le Vieux Moulin, c\u2019\u00e9tait son nom je m\u2019en souviens,\nrose, il \u00e9tait rose, j\u2019en suis s\u00fbre. La roue a disparu. L\u2019ai-je seulement\nconnue&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Du Chalet de Trou de Bras, de cette construction neuve en un\nlieu improbable au nom \u00e9nigmatique, je ne parlerai que de ce qui s\u2019efface.\nVolontairement je tairai son histoire. Rien ne sera d\u00e9voil\u00e9 de l\u2019\u00e9trange\nfortune qui permit sa cr\u00e9ation ni par qui pas plus que pour l\u2019usage de qui. Ce\nqu\u2019ils faisaient et leur lien de parent\u00e9 avec moi. Son nom que j\u2019avais oubli\u00e9\net qui me revient ne vous dira rien, il faudrait parler patois, wallon, mais\npas n\u2019importe quel wallon, chaque r\u00e9gion a le sien, incompr\u00e9hensible aux\nautres, je ne le parle pas, des mots et des expressions surnagent, que les\nparents avaient continu\u00e9 \u00e0 dire en wallon parce que c\u2019est plus parlant, c\u2019est\nce qu\u2019ils disaient, et la signification du nom en fer forg\u00e9 accroch\u00e9 au bois de\nson fronton, il avait fallu me l\u2019expliquer&nbsp;: Al hamlet. &nbsp;Je ne m\u2019attarderai pas sur les images nettes\ncomme la barri\u00e8re de bois au bout du chemin de campagne sur lequel cahote la\nvoiture, le balcon et l\u2019int\u00e9rieur. Le poele au gaz \u00e9trange qui ne sert qu\u2019\u00e0\nchauffer tout aussi volumineux que ceux qui servent aussi \u00e0 cuisiner et une\nfois la porte franchie une douce chaleur hiver comme \u00e9t\u00e9 et on n\u2019y prend pas de\nrepas, seulement un go\u00fbter. Un gouter pour adultes avec le caf\u00e9 br\u00fblant servi dans\nun service en porcelaine et une part de tarte s\u00fbrement au riz ou aux fruits\navec le sucre glace que la boulang\u00e8re aura rajout\u00e9 par-dessus et une petite\nfourchette en argent et on ne peut pas manger avec les doigts et \u00e7a dure\nlongtemps et on ne peut rien dire, juste attendre que le temps passe et\nregarder. Me reste la statue sombre sur la commode et c\u2019est la premi\u00e8re\nsculpture que je vois et le soleil accentue les creux et les bosses et les\nmuscles aussi et il est nu un genou \u00e0 terre l\u2019autre jambe \u00e0 angle droit comme\nun chevalier qui salue son roi dans la main une assiette qu\u2019il ne tient pas\ncorrectement. Ce n\u2019est pas une assiette on me dira plus tard, c\u2019est un disque.\nLes sapins noirs derri\u00e8re le chalet tandis qu\u2019on se retourne pour faire signe\nde la main et que redescend la voiture c\u2019est comme la couverture de mon livre\nHeidi.<\/p>\n\n\n\n<p>Visite rare en dehors de celle du jour de l\u2019an obligatoire et\nplus festive. Maison de briques avec un seuil de porte gris clair, de ceux qui\ndeviennent noir brillant un jour par semaine et c\u2019est toujours le m\u00eame et c\u2019est\npar lui que finit le nettoyage de ces maisons du nord coll\u00e9es les unes aux\nautres lorsque la raclette aura pouss\u00e9 l\u2019eau sale jusqu\u2019\u00e0 lui, le seuil de la\nporte d\u2019entr\u00e9e, et aprp\u00e8s il sera propre lui aussi car on lave aussi ce seuil\nqui refl\u00e8te au-dehors la propret\u00e9 du dedans m\u00eame&nbsp;pour celui qui passe\njuste devant, qui ne rentre pas, ou qui ne conna\u00eet rien de qui habite l\u00e0 et qui\nne le franchira pas mais qui saura tout ce qu\u2019il faut savoir de l\u2019avoir\nd\u00e9pass\u00e9, d\u2019\u00eatre pass\u00e9 devant peut-\u00eatre rien qu\u2019une fois. A l\u2019oppos\u00e9 de lui \u00e0\nl\u2019arri\u00e8re de la maison une cour d\u00e9rob\u00e9e au regard par trois hauts murs, le\nquatri\u00e8me est celui de la porte de la cuisine. On m\u2019autorise la sortie lorsque\nles grands parlent trop. Un po\u00eale qui sert \u00e0 chauffer et \u00e0 cuisiner, celui-l\u00e0,\net \u00e0 c\u00f4t\u00e9 un fauteuil comme dans toutes les cuisines en plus de la table et des\nchaises. Dehors dans la cour rien. Une longue liste de tout ce que cette cour\nne contient pas. Juste des murs de briques et dans celui d\u2019en face une porte en\nbois toute entour\u00e9e de briques. Un mur qui s\u2019est laiss\u00e9 percer. Et il se\nlaissera passer si la main d\u2019enfant parvient \u00e0 ma\u00eetriser l\u2019\u00e9trange m\u00e9canisme en\nfer qui permet de lever le levier avec une esp\u00e8ce de petite pi\u00e8ce ronde de la\ntaille d\u2019une pi\u00e8ce de 1 franc belge sur laquelle doit venir appuyer le pouce\ntandis que les quatre autres doigts enserrent la poign\u00e9e verticale. Je ne dirai\nrien de l\u2019au-del\u00e0 ou alors juste \u00e7a&nbsp;: une cour bien plus vaste qui est la\ncour de r\u00e9cr\u00e9ation d\u2019une \u00e9cole communale o\u00f9 je ne suis jamais entr\u00e9e. Le seuil\nde la porte d\u2019entr\u00e9e de la maison est hachur\u00e9 de fines stries fa\u00e7onn\u00e9es par le\nmarbrier, r\u00e9guli\u00e8res et parall\u00e8les.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez Ninie et Sophie ou alors chez Blanvallet. On dit l\u2019un ou\nl\u2019autre indiff\u00e9remment. Plus personne pour me dire s\u2019il faut deux n \u00e0 Ninnie et\ncomment \u00e7a s\u2019\u00e9crit Blanvallet. Deux s\u0153urs qui vivent toutes les deux et avant\nil para\u00eet que c\u2019\u00e9tait avec leur m\u00e8re aussi. Mais nous, les petits-enfants, on\nne l\u2019a pas connue, leur m\u00e8re. Vieilles d\u00e9j\u00e0 lorsqu\u2019on les conna\u00eet et ne sont\nplus que toutes les deux. Une fois l\u2019an il faut y aller, chez Blanvallet. On y\nva tous \u00e0 pieds depuis la maison de ma grand-m\u00e8re et il faut les embrasser.\nEmbrasser Ninnie, on en parle avant et on en parle apr\u00e8s. D\u2019autant plus qu\u2019on\nre\u00e7oit des cadeaux. Les cadeaux \u00e0 No\u00ebl ou pour la St Nicolas, c\u2019est que pour les\nenfants, m\u00eame si nous on ne les conna\u00eet pas, Ninie et Sophie, ou si peu, on\nnous a expliqu\u00e9 qui c\u2019est mais on n\u2019a pas retenu, on est un peu perdu dans\nleurs histoires aux parents de quand ils \u00e9taient petits. Chez Ninie et Sophie,\nles parents y sont \u00e0 l\u2019aise, ils plaisantent, on sent qu\u2019ils connaissent bien\nla maison, basse de plafonds, des fen\u00eatres \u00e0 croisillons blancs qui n\u2019\u00e9clairent\nrien, des rideaux en dentelle parce que des fen\u00eatres \u00e7a s\u2019habille c\u2019est comme\n\u00e7a m\u00eame si elles donnent sur le jardin derri\u00e8re et qu\u2019il n\u2019y a pas de\nvis-\u00e0-vis. Dedans tr\u00e8s vite on \u00e9touffe. Il n\u2019y a pas de place pour jouer avec\nnos cadeaux une fois qu\u2019on les a d\u00e9ball\u00e9s. On a bien dit bonjour et puis aussi\nmerci pour tous les jouets, on a encore embrass\u00e9, mais il faudra y revenir encore\navant de partir \u00e0 la joue vieille et qui pique, la moustache blanche et la\nbarbe, c\u2019est qu\u2019elle pique Ninie ou alors c\u2019est Sophie, ind\u00e9finies l\u2019une de\nl\u2019autre, des lunettes rondes cercl\u00e9es d\u2019or et des cheveux blancs, sans mari,\nlaides, rest\u00e9es ensemble \u00e0 deux pr\u00e8s de leur m\u00e8re, dans sa maison, au-del\u00e0 des\nrideaux, des carreaux, il y a ce jardin ravissant, hortensia fan\u00e9s qui\ngarderont un peu de leur lustre de l\u2019\u00e9t\u00e9 pass\u00e9 pour le colorer une fois que\nl\u2019hiver l\u2019aura d\u00e9pouill\u00e9 et terni, et quand enfin la permission nous est donn\u00e9e\nde quelques pas dehors avec deux ou trois adultes, toujours au moins deux\nparents dans le tas qui se d\u00e9vouent pour sortir les enfants un petit quart\nd\u2019heure dehors pas plus parce qu\u2019il fait froid ils disent tandis qu\u2019ils continuent\nsans s\u2019interrompre leur conversation entam\u00e9e, anim\u00e9e de l\u2019effet de l\u2019alcool\nservi par Ninnie ou Sophie et qui augment la convivialit\u00e9 nous surveillant du\ncoin de l\u2019\u0153il et ils nous rentreront lorsqu\u2019ils auront trop froid leurs tenues\nhabill\u00e9es pour les f\u00eates sont rarement chaudes et confortables mais la maison\nbasse du dehors prot\u00e9g\u00e9e par son voilage de dentelle aux fen\u00eatres \u00e7a a d\u00fb\nimpr\u00e9gner notre r\u00e9tine autant que le ressenti du piquant de la barbe de Ninie\nnotre \u00e9piderme \u00e0 moins que ce ne soit la barbe de Sophie et ils riront de nous\nune fois rentr\u00e9s chez les grands-parents parce que nous avions \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de\nfaire des baisers \u00e0 Ninie, si gentille de tous ces cadeaux qu\u2019elles\nchoisissaient \u00e0 deux pour nous chaque ann\u00e9e qui ne les connaissions pas. Une des\ndeux avait occup\u00e9 un bon poste \u00e0 l\u2019administration. Cela me revient maintenant,\nc\u2019est ce qui se disait, et de l\u2019autre rien, peut-\u00eatre s\u2019est-elle juste occup\u00e9e\nde leur m\u00e8re, pendant que sa s\u0153ur travaillait. Ninnie et Sophie, rest\u00e9es\nvieilles filles. Mortes sans laisser de trace.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce dont on ne se souvient pas, on peut l\u2019\u00e9crire&#8230; Commence un travail vertigineux et in\u00e9dit. Ecrire sans appui sans support sans image et sans image c\u2019est le silence. La voix est devenue silence. Alors obscurit\u00e9. Recueillement. 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