{"id":117656,"date":"2023-03-18T12:12:34","date_gmt":"2023-03-18T11:12:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=117656"},"modified":"2023-03-19T17:22:43","modified_gmt":"2023-03-19T16:22:43","slug":"9-de-ma-fenetre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/9-de-ma-fenetre\/","title":{"rendered":"# 3 Revisite De ma fen\u00eatre"},"content":{"rendered":"\n<p><br><br><br><br>La neige est arriv\u00e9e. Annonc\u00e9e par tous les sites Internet de pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9o, elle est bien au rendez-vous et proc\u00e8de par \u00e9pisodes successifs, diurnes et nocturnes pour \/ tout recouvrir de dix \u00e0 quinze centim\u00e8tres immacul\u00e9s, sauf les traces de quelques chats errants. \/ Sous le hangar, les deux premiers rangs de b\u00fbches sont couverts d&rsquo;une fine pellicule. Il suffit de cogner l&rsquo;un contre l&rsquo;autre les morceaux pour faire tomber la neige. Bruit des bois bien secs que l&rsquo;on heurte, pas moyen de se tromper sur le temps de s\u00e9chage, deux ans au moins, musique des branches de charme&#8230; Le premier rang \u00f4t\u00e9, le bois est parfait. \/ La neige fixe-t-elle l&rsquo;azote de l&rsquo;air &#8211; effet durable ? Vigueur des prairies de montagne d\u00e8s que le printemps succ\u00e8de \u00e0 l&rsquo;hiver et d\u00e9couvre une v\u00e9g\u00e9tation dont la  neige semble avoir pr\u00e9serv\u00e9 la force vitale. Revient l&rsquo;angoisse de l&rsquo;isolement dans la maison au-dessus du village, \u00e0 pr\u00e8s de 500 m d&rsquo;altitude, au cas o\u00f9 la circulation deviendrait impossible &#8211; faire quelques provisions tant que la couche est encore roulable ? \/ Le verglas risque de paralyser les routes, camions en travers, c\u00f4tes impossibles \u00e0 monter sans pneus adapt\u00e9s. \/ Apr\u00e8s cette chute, une petite vague de froid fait geler la neige tass\u00e9e par le pi\u00e9tinement et les roues de voitures<\/p>\n\n\n\n<p>Il a de nouveau neig\u00e9 un peu cette nuit, et ce matin tombait un gr\u00e9sil qui ressemblait au gros sel r\u00e9pandu hier. Puis tout a fondu en une heure &#8211; lourds nuages gris dont on annonce encore de graves m\u00e9t\u00e9ores. \/ Le blanc s&rsquo;est empar\u00e9 de toutes choses visibles de ma fen\u00eatre. \/ La neige, troisi\u00e8me \u00ab\u00a0\u00e9pisode\u00a0\u00bb (aujourd&rsquo;hui, on utilise ce terme, mais depuis quand ? Pour signifier \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose, on parle de \u00ab\u00a0s\u00e9quence\u00a0\u00bb ; une \u00ab\u00a0s\u00e9quence\u00a0\u00bb politique ou sociale&#8230;) \/  Un \u00e9pisode de Bron (le pont) \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision&#8230;, j&rsquo;observe les flocons, d&rsquo;abord petits, dispers\u00e9s, virevoltants, puis \u00e9pais, lourds et denses, nous entrons dans un nouvel \u00ab\u00a0\u00e9pisode\u00a0\u00bb neigeux. \/ Mais voil\u00e0 qu&rsquo;un brouillard subtil envahit l&rsquo;atmosph\u00e8re, imposant sa vapeur \u00e0 l&rsquo;ensemble du paysage envisag\u00e9, quoique devenu insaisissable, voil\u00e9 d&rsquo;une gaze immacul\u00e9e. Il n&rsquo;y a plus de paysage&nbsp; mais une blancheur diffuse qui entoure, p\u00e9n\u00e8tre, fait dispara\u00eetre aux yeux \u00e9trangers, comme elle fait dispara\u00eetre ces passants ou ces voitures aper\u00e7us il n&rsquo;y a qu&rsquo;un instant sur la route. \/ Brouillard \u00ab\u00a0sur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0au-dessus de\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0dans\u00a0\u00bb&#8230; la neige, n\u00e9 de la neige. \/ L&rsquo;horizon disparu, je ne peux que me fondre dans l&rsquo;air jusqu&rsquo;\u00e0 devenir blancheur moi-m\u00eame (le \u00ab\u00a0gla\u00e7on dans l&rsquo;air\u00a0\u00bb de Reverdy), tenter l&rsquo;exp\u00e9rience de m&rsquo;avancer dans la prairie enneig\u00e9e tels les soldats v\u00eatus de capes blanches de l&rsquo;arm\u00e9e sovi\u00e9tique ou finlandaise pendant la guerre jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 je dispara\u00eetrais \u00e0 mes propres yeux. L&rsquo;inverse d&rsquo;une fusion dans les t\u00e9n\u00e8bres, quand l&rsquo;ombre est telle qu&rsquo;elle absorbe enti\u00e8rement. \/ De cette disparition surgit alors le livre de Georges P\u00e9rec. La lettre e, la syllabe muette, la voyelle absente devenue \u00ab\u00a0un blanc\u00a0\u00bb dans le sonnet de Rimbaud, qui figure deux fois dans le mot neige (dont une muette) semble devoir s&rsquo;appliquer \u00e0 ce monde que le lin blanc du brouillard glac\u00e9 fait dispara\u00eetre. \/ Puis un autre mouvement m\u00e9t\u00e9orologique, comme une s\u00e9quence &#8211; \u00ab\u00a0ce qui suit\u00a0\u00bb- &nbsp;cin\u00e9matographique vient modifier mon environnement. Les brumes qui montent de la vall\u00e9e du Sornin ne sont pas tenaces. Au contraire, apr\u00e8s la pluie ou la neige, elles annoncent le proche retour du soleil, et l&rsquo;on passe du blanc au bleu mouill\u00e9 c\u00f4t\u00e9 ciel tandis qu&rsquo;au sol, le manteau se pare de milliers de cristaux flamboyant dans les premiers rayons. C&rsquo;est aussi le retour du paysage dont les plans successifs se d\u00e9couvrent, dont les reliefs apparaissent, encore att\u00e9nu\u00e9s par des langues de neige ou des bancs de brume qui se d\u00e9chirent. \/ L&rsquo;atmosph\u00e8re semble s&rsquo;\u00e9veiller, peupl\u00e9e de m\u00e9sanges et de silhouettes lointaines. Elle s&rsquo;\u00e9tait endormie dans un silence \u00ab\u00a0blanc\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019horizon &#8211; o\u00f9 \u00e9tait-il ? &#8211; s\u2019est avanc\u00e9 ; en face, les collines bornent le regard. Ligne noire,  le brouillard gris les domine. La neige si douce, si l\u00e9g\u00e8re, impose un uniforme, un justaucorps &#8211; un justausol &#8211; serr\u00e9 par les brandebourgs des haies. \/ Un unique rapace &#8211; ou est-ce un de ces corbeaux freux dont le noir m\u00eame est absorb\u00e9 par le laitier de brume ? &#8211; traverse d\u2019est en ouest et ce n\u2019est plus la terre, il vole, et ce n\u2019est pas encore le ciel. Sur le poteau \u00e9lectrique, une cr\u00e9cerelle en faction voit filer un mulot, plonge en d\u00e9crivant une spirale et remonte \u201cd\u00e9\u00e7ue\u201d, les ailes r\u00e9chauff\u00e9es, prolonger de son ombre l\u2019isolateur o\u00f9 s\u2019accroche la guirlande floconneuse. \/ L\u00e0 o\u00f9 les lignes de pentes se coupent, le village, comme une poign\u00e9e de feuillets blancs jet\u00e9s, ou entass\u00e9s au pied des bois et des gazons. La route n\u2019est plus qu\u2019un souvenir entre les pans de murs jaun\u00e2tres. \/ Abolies, les distances se mesurent en pas qu\u2019on imprime en profondeur et que scellent les tampons des semelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour de la neige. Des flocons minuscules \u00e9bouriffent toutes les surfaces que le redoux avait d\u00e9couvertes. Le cadastre dispara\u00eet\/appara\u00eet pour se r\u00e9duire \u00e0 ses limites, haies, cl\u00f4tures, bois trac\u00e9s au fusain sur le v\u00e9lin d\u00e9ploy\u00e9. Au del\u00e0 des premi\u00e8res prairies, le gris floconneux, cotonneux, absorbe les accidents du relief, les maisons, les arbres. Les innombrables piquets de guingois, fich\u00e9s dans la blancheur, \u00e9mergent enfin du sol qui d\u2019ordinaire les confond avec l\u2019herbe br\u00fbl\u00e9e par le gel. \/ Le village est noy\u00e9. Disparues ses demeures qui montent, en pri\u00e8re, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9glise, pas la moindre asp\u00e9rit\u00e9, la pointe du clocher ne parvient pas \u00e0 s\u2019extraire de cette vapeur mobile pouss\u00e9e par le vent de Nord Ouest. Les nu\u00e9es de flocons rabattues du toit par les rafales tourbillonnent devant le balcon avant de s\u2019abattre au sol d\u2019o\u00f9 elles remontent parfois, soulev\u00e9es plus haut que la maison. La fum\u00e9e du feu de bois se m\u00e9lange aux nu\u00e9es grises, les colore d\u2019un bleu sale, les entra\u00eene en longues \u00e9charpes vers les fruitiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin, le soleil fait vibrer les prairies. Un peu de vert \u00e7\u00e0 et l\u00e0, sorti de la blancheur hier uniforme. Tout fond en gouttes lourdes, issues de la rambarde m\u00e9tallique qui se r\u00e9chauffe plus vite, puis tr\u00e8s lentement, comme chichement &#8211; pour l\u2019instant &#8211; des branches horizontales du cerisier. \/ Nombreuses, \u201cheureuses\u201d, les m\u00e9sanges s\u2019accrochent aux boules de graines et graisse. Au moindre mouvement derri\u00e8re la baie vitr\u00e9e, s\u2019envolent d\u2019un arbre \u00e0 l\u2019autre, reviennent vers leur pitance. \/ Sortir apr\u00e8s trois jours d\u2019ombre glac\u00e9e, quand le b\u00fbcher aux lourds paniers de bois semblait la seule destination possible. \/ Dans son vallon, le village prend quelques couleurs, ocres jaunes des pierres et du pis\u00e9 ; gris et noir encadrent maintenant les toits immacul\u00e9s. L\u2019\u00e9glise surgit enfin, son clocher d\u2019ardoises est un \u00e9cho discret aux larges \u00e9chancrures bleues ouvertes dans la couche nuageuse. Les arbres semblent s\u2019\u00eatre \u00e9brou\u00e9s au cours de la nuit, ils ont perdu ces gaines de givre et de neige m\u00eal\u00e9s pour adoucir leurs rameaux h\u00e9riss\u00e9s. \/ Au bout du pr\u00e9, la route reste d\u00e9serte. Rares voitures, camions au ralenti, silencieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Un hiver sec et gris succ\u00e8de aux minces couches de neige vite \u00e9vacu\u00e9es. \/ Le ciel se d\u00e9gage peu, on ne distingue pas les nuages, seul UN nuage, stratus, d\u00e9signation possible, longues et larges strates, peu \u00e9paisses, teintes grises du plus sombre au plus clair, une nuance ros\u00e9e derri\u00e8re laquelle doit se cacher le soleil. \/ Depuis deux jours, vent d&rsquo;ouest, ou du sud, apr\u00e8s neiges ou pluies, amplifie la s\u00e9cheresse, distille la ros\u00e9e  matinale. \/ S\u00e9cheresse d&rsquo;\u00e9t\u00e9, on s&rsquo;habitue. Br\u00fble la peau, p\u00e9n\u00e8tre les os, les nourrit d&rsquo;une nouvelle vigueur. Cet hiver, que se passe-t-il ? Ventose sans Pluviose&#8230; ? \/ La radio, quand elle n&rsquo;est pas en gr\u00e8ve, \u00e9voque les nappes phr\u00e9atiques au plus bas, l&rsquo;\u00e9tiage des lacs et cours d&rsquo;eau, niveau estival ; les manifestations sociales \u00e0 leur niveau le plus haut. D\u00e8s qu&rsquo;on parle de r\u00e9forme sortent les calicots, perc\u00e9s de larges trous pour laisser passer le vent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La neige est arriv\u00e9e. Annonc\u00e9e par tous les sites Internet de pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9o, elle est bien au rendez-vous et proc\u00e8de par \u00e9pisodes successifs, diurnes et nocturnes pour \/ tout recouvrir de dix \u00e0 quinze centim\u00e8tres immacul\u00e9s, sauf les traces de quelques chats errants. \/ Sous le hangar, les deux premiers rangs de b\u00fbches sont couverts d&rsquo;une fine pellicule. 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