{"id":117718,"date":"2023-03-19T16:51:49","date_gmt":"2023-03-19T15:51:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=117718"},"modified":"2023-03-20T12:51:29","modified_gmt":"2023-03-20T11:51:29","slug":"de-nombreux-petits-voyages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/de-nombreux-petits-voyages\/","title":{"rendered":"#voyages #07 |\u00a0De nombreux petits voyages"},"content":{"rendered":"\n<p>Tous les dimanches, il fallait aller se promener, quelle que soit la m\u00e9t\u00e9o. G\u00e9n\u00e9ralement, nous partions apr\u00e8s le d\u00e9jeuner et mes trente minutes de piano&nbsp;: trente minutes pr\u00e9cises, effectu\u00e9es dans la douleur, le r\u00e9veil pos\u00e9 sur l\u2019instrument, dans l\u2019attente de la sonnerie, qui signait la fin d\u2019une corv\u00e9e et le d\u00e9but d\u2019une autre. Je n\u2019aimais pas les sorties du dimanche. J\u2019aurais tellement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 pouvoir rester dans ma chambre et jouer seule ou r\u00e9organiser le rangement de mon bureau. Ma m\u00e8re sortait nos v\u00eatements, les \u00e9charpes, les bonnets, les parapluies si besoin, en \u00e9changeant avec mon p\u00e8re sur le choix de la destination du jour. Je ne me rappelle pas avoir \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e aux d\u00e9cisions. De toute fa\u00e7on, la seule chose qui m\u2019importait \u00e9tait de conna\u00eetre l\u2019heure du retour. Une fois la porte de l\u2019appartement ferm\u00e9e et tout retour en arri\u00e8re impossible, je me laissais conduire et je finissais peu \u00e0 peu par oublier ma contrari\u00e9t\u00e9. J\u2019\u00e9tais une enfant docile et j\u2019aimais que mes parents soient contents de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de mon enfance, mon p\u00e8re a eu deux voitures&nbsp;: d\u2019abord une Peugeot 504 que mon grand-p\u00e8re lui avait donn\u00e9e, puis une Honda Civic Shuttle Break (j\u2019adorais donner le nom complet du mod\u00e8le lorsque, avec mes camarades, nous \u00e9voquions les voitures de nos parents). La 504 \u00e9tait \u00e9quip\u00e9e pour rouler au gaz. Une cuve occupait la moiti\u00e9 du coffre et nous allions la remplir \u00e0 la station service le dimanche matin. Chaque plein nous rapportait des points, que nous avons \u00e9chang\u00e9s, selon les offres du groupe p\u00e9trolier Shell, par de la vaisselle Arcopal, des pin\u2019s, des figurines en plastique et, plus tard, des bandes-dessin\u00e9es. Je m\u2019installais \u00e0 genoux sur la banquette arri\u00e8re, entre les deux enceintes, les coudes sur la lunette, et j\u2019\u00e9coutais les cassettes que mon p\u00e8re glissait dans l\u2019auto-radio en faisant des statistiques sur les couleurs ou les d\u00e9partements d\u2019origine des voitures que nous croisions. Lorsque nous avons eu la Honda, le port de la ceinture \u00e0 l\u2019arri\u00e8re \u00e9tait devenu obligatoire. Pendant longtemps, la voiture a senti le neuf. J\u2019aimais cette odeur mais je regrettais aussi les feux rouges en carton diffusant du parfum d\u2019ambiance que mon p\u00e8re accrochait avant au r\u00e9troviseur de la 504. La Honda avait un troit ouvrant. Je regardais le ciel et parfois, lorsque nous roulions sur des petites routes, j\u2019avais le droit de me tenir debout, la t\u00eate au vent. Il fallait resister \u00e0 la pression de l\u2019air, qui creusait des sillons sur la peau de mon visage, comme le batteur \u00e9lectrique dans les blancs d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9s en neige. Je sentais ma chair trembler. J\u2019essayais de garder les yeux ouverts quelque temps, puis je les fermais. Je restais l\u00e0 jusqu\u2019\u00e0 ce que respirer devienne trop difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res centaines de m\u00e8tres \u00e9taient contraintes par le plan de circulation de la ville et les sens uniques. La voiture remontait notre rue, nous tournions \u00e0 gauche au bout, puis de nouveau \u00e0 gauche jusqu\u2019en bas de la rue du Gouvernement.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous continuions tout droit, c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement que nous allions nous promener au Mont Roland. C\u2019\u00e9tait le choix des courts apr\u00e8s-midis d\u2019hiver ou des journ\u00e9es pluvieuses. Nous traversions le quartier de Landon et montions la C\u00f4te des Sapins. Souvent, mon p\u00e8re nous racontait ses souvenirs d\u2019enfance de courses de v\u00e9lo dans cette grande descente. Il roulait tellement vite qu\u2019il ne devait pas serrer trop fort le guidon, \u00e0 cause des vibrations. Chaque fois ma m\u00e8re lui demandait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais tes parents, ils \u00e9taient au courant&nbsp;?&nbsp;\u00bb Et mon p\u00e8re de rappeler qu\u2019avec six enfants, ils n\u2019avaient pas que \u00e7a \u00e0 faire que de contr\u00f4ler les all\u00e9es et venues de chacun, et qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque il y avait beaucoup moins de voitures que maintenant. Nous nous garions sur le paking devant le chalet-restaurant. Nous faisions le tour de l\u2019\u00e9glise puis nous descendions dans un champ, souvent boueux, parsem\u00e9 de buissons \u00e9pineux et de quelques fleurs. Une fois, on avait d\u00e9cid\u00e9 de venir l\u00e0 avec mon chat, auquel on avait mis un harnais et qu\u2019on tenait en laisse. Il avan\u00e7ait, ventre \u00e0 terre, la queue basse et gonfl\u00e9e de peur, les poils dans le vent. J\u2019avais fini par le prendre dans mes bras. Il s\u2019aggripait \u00e0 mon manteau et tremblait. Je l\u2019avais de nouveau pos\u00e9 par terre et l\u00e0, il s\u2019\u00e9tait pr\u00e9cipit\u00e9 sous un buisson d\u2019o\u00f9 il ne voulait plus sortir.&nbsp;J\u2019avais tir\u00e9 sur la laisse et il s\u2019\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9 du harnais. On ne pouvait plus le r\u00e9cup\u00e9rer. Mon p\u00e8re avait d\u00fb retourner \u00e0 la maison, chercher une bo\u00eete de croquettes pour l\u2019appater et le d\u00e9gager de sa cachette\u2026 Nous n\u2019avons plus renouvel\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience. Le chat avait \u00e9t\u00e9 dispens\u00e9 de promenades. Je l\u2019enviais. Au loin, en contrebas du champ, on pouvait apercevoir quelques villages. Je marchais, les mains des mes poches, roulant un papier oubli\u00e9, ou cassant quelques miettes de cro\u00fbte de pain avec l\u2019ongle de mon pouce. Je demandais \u00e0 mes parents les noms des villages et je pensais \u00e0 mes camarades qui y vivaient. Je regardais la fum\u00e9e sortir des chemin\u00e9es et je les imaginais chez eux, dans leur canap\u00e9 ou sur le tapis en train de fabriquer des maisons en Lego. Il fallait ensuite remonter le champ. Les promenades \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9taient toujours en aller-retour. Ce n\u2019\u00e9tait pas encore la mode des guides de randonn\u00e9es ou des circuits balis\u00e9s par les offices du tourisme. Avant de remonter dans la voiture, nous regardions le panorama de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la colline&nbsp;: la cath\u00e9drale de Dole, et quand il faisait beau, le Mont Blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>En bas de la rue du Gouvernement, si nous tournions \u00e0 gauche, alors les possibilit\u00e9s s\u2019ouvraient. Souvent, nous prenions la rampe du Cours, nous traversions le canal et nous longions le Doubs. \u00c0 droite s\u2019offrait la vue des cartes postales de la ville&nbsp;: les maisons anciennes derri\u00e8re les remparts et le clocher de la cath\u00e9drale. Les remparts avaient fait l\u2019objet d\u2019un grand nettoyage qui avait n\u00e9cessit\u00e9 plusieurs mois de travail. \u00c0 chaque passage, nous observions les avanc\u00e9es, les pierres blanches prenant peu \u00e0 peu le pas sur l\u2019entendue sombre du mur pollu\u00e9 par les gaz d\u2019\u00e9chappement et rong\u00e9 par des champignons et des mousses. Nous n\u2019\u00e9tions pas toujours d\u2019accord sur le r\u00e9sultat de la r\u00e9novation&nbsp;: bien s\u00fbr \u00e7a faisait plus propre, mais c\u2019\u00e9tait un peu clinquant. Et il y avait du mythe de Sisyphe dans cette op\u00e9ration&nbsp;: le mur n\u2019\u00e9tait pas encore enti\u00e8rement nettoy\u00e9 que d\u00e9j\u00e0 des traces r\u00e9apparaissaient sur les parties qui avaient \u00e9t\u00e9 pass\u00e9es au karcher les premi\u00e8res. Nous montions la rue de la Bedugue. En haut de la pente, deux options s\u2019offraient \u00e0 nous. Si nous tournions l\u00e9g\u00e9rement sur la gauche, on empruntait la route de la for\u00eat de Chaux, une des plus grandes de France. Pourtant, nous nous y promenions rarement. J\u2019y acompagnais parfois mon p\u00e8re, qui allait courir au parcours de sant\u00e9, mais ce n\u2019\u00e9tait pas une sortie du dimanche. J\u2019ai de rares souvenirs de s\u00e9ances peu fructueuses de cueillettes de trompettes de la mort ou de jonquilles. C\u2019\u00e9tait pourtant le lieu de promenade privil\u00e9gi\u00e9 des habitants de ma ville. Je crois que mes parents n\u2019aimaient pas tellement les for\u00eats&nbsp;: c\u2019\u00e9tait sombre, il y avait des chasseurs, les arbres et les animaux ne les int\u00e9ressaient gu\u00e8re. Ils n\u2019aimaient pas se perdre, ni chercher leur chemin. Je crois qu\u2019ils appr\u00e9ciaient davantage les reliefs et les paysages ouverts, plus lisibles. Je partage maintenant cette pr\u00e9f\u00e9rence avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p>La route de la for\u00eat \u00e9tait aussi celle qui menait \u00e0 la Loue, o\u00f9 nous allions nous baigner et, rarement, au mois d\u2019ao\u00fbt, faire des barbecues avec des amis. Il fallait abandonner le goudron et rouler dans les cailloux pendant une bonne dizaine de minutes. Je les entendais sauter, cogner le pare-choc et le ch\u00e2ssis de la voiture qui soulevait un nuage de poussi\u00e8re derri\u00e8re elle. Il fallait fermer les fen\u00eatres (et le toit ouvrant). Ma m\u00e8re se tenait \u00e0 la poign\u00e9e et moi je me laissais cahoter. Je fermais les yeux pour me laisser surprendre par les secousses. Parfois je sautais et ma t\u00eate cognait le plafond. Ou je tombais sur le c\u00f4t\u00e9. Nous nous garions le long d\u2019un champ o\u00f9 des chevaux secouaient la t\u00eate pour chasser les mouches. Avant de descendre de la voiture, nous mettions les \u00ab&nbsp;chaussures de Loue&nbsp;\u00bb, des sandales en plastique qui nous permettaient de marcher dans les cailloux sans avoir mal aux pieds ni glisser sur la mousse. \u00c0 cet endroit, le courant de la rivi\u00e8re \u00e9tait suffisamment fort pour nous emporter sans qu\u2019il soit besoin de nager. Nous descendions jusqu\u2019\u00e0 la plage suivante et nous remontions \u00e0 pied, \u00e0 travers champs, \u00e0 la merci des taons que nous essayions de claquer sur nos bras, nous jambes, notre dos, toujours un peu trop tard. Je n\u2019aimais pas l\u2019odeur de la rivi\u00e8re. Le soir, le froid tombait vite. Nous faisions quelques ricochets, couverts de chair de poule, avant de nous rhabiller et de faire un feu, ou de rentrer \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait aussi la route de la Saline d\u2019Arc-et-Senans. J\u2019aimais quand nos promenades nous conduisaient vers des lieux b\u00e2tis, qu\u2019ils soient habit\u00e9s o\u00f9 qu\u2019ils l\u2019aient \u00e9t\u00e9. Une ruine pouvait suffire \u00e0 mon bonheur&nbsp;: je pouvais me raconter des histoires, inventer des vies, me projeter dans un quotidien diff\u00e9rent. Je jouais avec l\u2019espace comme avec mes poup\u00e9es. Par ailleurs, il y avait souvent dans ces lieux un panneau \u00e0 lire, des choses \u00e0 apprendre, voire une boutique o\u00f9 acheter, ou tout au moins feuilleter, un guide ou un livre. La Saline me plaisait particuli\u00e8rement. Con\u00e7ue comme une cit\u00e9 ouvri\u00e8re id\u00e9ale, elle comblait \u00e0 la fois mon imagination et mon go\u00fbt naissant pour la critique sociale. Je me voyais, fille du directeur, install\u00e9e derri\u00e8re l\u2019oculus du bureau de mon p\u00e8re, au centre des b\u00e2timents, dessiner les plans d\u2019une extension de la saline. Ou bien, je pensais \u00e0 la vie communautaire, aux veill\u00e9es partag\u00e9es. Je me demandais si elles rendaient vraiment la vie des ouvriers moins rude. J\u2019aimais aussi les fantaisies architecturales du lieu, les colonnes form\u00e9es d\u2019une alternance de cylindres et de parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8des, les vo\u00fbtes en cul de four.<\/p>\n\n\n\n<p>Si, en haut de la c\u00f4te de la Bedugue, nous continuions tout droit, nous traversions Villette-les-Dole, Parcey, Le Deschaux, Tasseni\u00e8res. Je connaissais le nombre exact de kilom\u00e8tres et de m\u00e8tres qui s\u00e9paraient chaque village. Je regardais en quittant Parcey le compteur du tableau de bord et, en fonction de la vitesse \u00e0 laquelle nous roulions, je m\u2019amusais \u00e0 d\u00e9terminer la minute exacte \u00e0 laquelle nous allions passer le panneau de l\u2019entr\u00e9e du Deschaux. Parfois, quelques kilom\u00e8tres apr\u00e8s Tasseni\u00e8res, nous prenions une petite route \u00e0 droite qui nous menait \u00e0 Champrougier, le village o\u00f9 mes grands-parents paternels avaient une maison de vacances. Apr\u00e8s avoir tourn\u00e9, mon p\u00e8re arr\u00eatait la voiture sur le c\u00f4t\u00e9. Il reculait son si\u00e8ge, remontait le volant. Je descendais et je m\u2019installais sur ses genoux et c\u2019est moi qui conduisait, c\u2019est-\u00e0-dire que je tenais le volant pendant qu\u2019il continuait \u00e0 s\u2019occuper des p\u00e9dales. Plus grande, c\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai appris \u00e0 conduire. C\u2019\u00e9tait une petite route, au milieu d\u2019un bois. Quelques chemins en partaient, sur la droite, o\u00f9 l\u2019\u00e9t\u00e9, ma cousine et moi allions ramasser des limaces que nous gardions dans une bassine, les nourissant de salade, et plus tard, fumer les cigarettes de ma grand-m\u00e8re, des Philip Morris One. Lorsque nous sortions du bois, nous passions devant la maison de Madame Girard. Elle \u00e9tait toujours l\u00e0, en robe tablier \u00e0 myosotis. Ma m\u00e8re baissait la fen\u00eatre et mes parents \u00e9changeaient quelques mots avec elle. Elle roulait les R et traouvait toujours que j\u2019avais grandi. Il fallait faire attention aux poules. Puis nous arrivions chez mes grands-parents par l\u2019all\u00e9e de cailloux blancs. Souvent, quelqu\u2019un \u00e9tait en train d\u2019installer la table sur terrasse et les chaises lourdes en m\u00e9tal. La joue de ma grand-m\u00e8re \u00e9tait toujours froide, presque humide. Elle sentait le lait de toilette et ses pommettes \u00e9taient lourdement fard\u00e9es de terre de soleil. Mon grand-p\u00e8re sortait de son garage o\u00f9 il avait install\u00e9 son \u00e9tabli ou arrivait de l\u2019arri\u00e8re de la maison, torse nu, couvert d\u2019herbe fra\u00eechement tondue.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est cette m\u00eame route qu\u2019on prenait les jours nuageux pour aller chercher le soleil sur le premier plateau, ou \u00e0 l\u2019automne pour aller nous promener dans les vignes de Ch\u00e2teau-Chalon.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus rarement, en quittant la maison, nous empruntions la route de Besan\u00e7on, qui nous menait \u00e0 Moulin Rouge, chez des amis de mes parents qui vivaient dans la partie d\u2019habitation d\u2019une ancienne usine de tuiles, je crois. Parfois, nous garions la voiture \u00e0 Audelange et nous allions chez eux \u00e0 pied, longeant les Doubs et des maisons basses accroch\u00e9es \u00e0 la roche, souvent baptis\u00e9es&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon repos&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Sam\u2019suffit&nbsp;\u00bb\u2026 Des p\u00eacheurs \u00e9taient assis au bord de la rivi\u00e8re. J\u2019aimais beaucoup aller \u00e0 Moulin Rouge. L\u00e0-bas, il y avait beaucoup d\u2019adultes qui n\u2019avaient pas d\u2019enfants et j\u2019\u00e9tais accueillie comme une reine&nbsp;: parties de ping-pong, pr\u00e9paration de cr\u00eapes\u2026 J\u2019\u00e9tais libre d\u2019aller o\u00f9 je voulais, d\u2019\u00e9couter des CD, de chercher des num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone sur le minitel ou de taper des histoires sur l\u2019ordinateur Apple. On me les imprimait, on pliait les feuilles, je dessinais une couverture et j\u2019avais l\u2019impression d\u2019avoir \u00e9crit un livre. Les appartements communiquaient par des couloirs biscornus. Je d\u00e9couvrais de nouvelles pi\u00e8ces \u00e0 chaque visite.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la sortie du dimanche \u00e9tait un rituel incontournable, mes parents n\u2019\u00e9taient pas pour autant des gens d\u2019habitude. Contrairement \u00e0 mes amis qui retournaient chaque \u00e9t\u00e9 en vacances au m\u00eame endroit, retrouvant des amis, des cousins, des cachettes, des rythmes, nous changions toujours de destination. Il en \u00e9tait de m\u00eame pour les dimanches. Ainsi, j\u2019ai des souvenirs de promenades dans des dizaines de lieux diff\u00e9rents. J\u2019aurais pu parler de la grotte de l\u2019Ermitage, des cascades du H\u00e9risson, de Baume-les-Messieurs, de Pesmes, de l\u2019abbaye d\u2019Acey, des d\u00e9jeuners \u00e0 Selli\u00e8res chez ma marraine\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir, lorsque nous rentrions, mon p\u00e8re s\u2019arr\u00eatait au rez-de-chauss\u00e9e, dans son atelier, o\u00f9 il jouait de la contrebasse, et moi au premier \u00e9tage, chez ma grand-m\u00e8re, avec qui je faisais une partie de cartes ou discutais, pendant que ma m\u00e8re pr\u00e9parait le d\u00eener. Lorsque j\u2019entendais mon p\u00e8re dans les escaliers, je remontais chez mes parents et nous regardions 7\/7 puis le B\u00e9b\u00eate Show, avant de manger la soupe du dimanche. Nous parlions rarement de la promenade que nous avions faite.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tous les dimanches, il fallait aller se promener, quelle que soit la m\u00e9t\u00e9o. G\u00e9n\u00e9ralement, nous partions apr\u00e8s le d\u00e9jeuner et mes trente minutes de piano&nbsp;: trente minutes pr\u00e9cises, effectu\u00e9es dans la douleur, le r\u00e9veil pos\u00e9 sur l\u2019instrument, dans l\u2019attente de la sonnerie, qui signait la fin d\u2019une corv\u00e9e et le d\u00e9but d\u2019une autre. 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