{"id":117773,"date":"2023-03-20T16:18:27","date_gmt":"2023-03-20T15:18:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=117773"},"modified":"2023-04-05T20:38:00","modified_gmt":"2023-04-05T18:38:00","slug":"9-raconte-moi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/9-raconte-moi\/","title":{"rendered":"#voyages #9 | Raconte-moi !"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Le temps passe vite \u00e0 t&rsquo;\u00e9couter \u2013 ces villes travers\u00e9es \u2013 tout cela manque d&rsquo;aventure, de l\u00e9gende, je vais amorcer la pompe&#8230; Un de mes copains en litt\u00e9rature, en bateaux, un qui se cramponnait au comptoir \u2013 il tenait \u00e7a d&rsquo;un autre, encore, plus loin \u2013 enfin, \u00e9coute, tu jugeras. Il appelait \u00e7a :<\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;appel des oiseaux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Quand &nbsp;j\u2019arpente les rues qui descendent vers le port, c\u2019est en r\u00e9ponse \u00e0 un appel.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un appel imp\u00e9rieux que la nuit fait ronfler comme une chaudi\u00e8re aux carreaux de ma petite chambre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il retentit quelques jours apr\u00e8s la nouvelle lune, quand son croissant orne le ciel comme une broche d\u2019argent, laiteuse et froide.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La lumi\u00e8re me tire d\u2019un sommeil sans r\u00eave et j\u2019entends l\u2019appel.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>On croirait d\u2019abord que les oiseaux frottent leurs ailes aux vitres sales. Les oiseaux qui se rassemblent, de plus en plus nombreux, tels des \u00e9tourneaux sur des fils. Furtifs, mais si serr\u00e9s que leurs plumes font r\u00e9sonner mes fen\u00eatres, et que leurs pattes, que leurs becs heurtent le bardage des murs chaul\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il est temps de r\u00e9pondre. Je me l\u00e8ve. J\u2019enfile mes hautes bottes et tous mes v\u00eatements de p\u00eache. Je descends jusqu\u2019au port o\u00f9 ma barque est amarr\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les soirs de temp\u00eate, les oiseaux ne viennent pas. Le vent les disperse, et parfois les rabat violemment sur les rochers. Ils meurent fracass\u00e9s ou noy\u00e9s au pied des falaises.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les oiseaux viennent avec la lune et le calme.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon bateau n\u2019est pas grand et c\u2019est avec peine que j\u2019y range mon attirail : petit filet plomb\u00e9, lignes et boules de verre et de li\u00e8ge. Tout cela me sert \u00e0 donner le change aux habitants d\u2019ici, qui n\u2019ont pas manqu\u00e9 d&rsquo;observer mon man\u00e8ge et s\u2019interrogent sur ma destination. Ici, tous vivent de la p\u00eache et du poisson ; ils comprennent qu\u2019on parte en mer au milieu de la nuit. S\u2019il en est de rares \u00e0 me regarder quitter ma maison, ils verront le filet sur mon \u00e9paule. Je pars au travail. Ils ont raison, en un sens ; en d\u2019autres, ils ont tort.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les oiseaux guident ma barque bien au-del\u00e0 de la passe que je franchis \u00e0 l\u2019\u00e9nergie ; la sueur inonde la toile goudronn\u00e9e de mon surtout, les bras peinent de cet effort arrach\u00e9 \u00e0 mes muscles ensommeill\u00e9s. Pass\u00e9s les courants contraires, j\u2019avance dans une zone de calme. Les oiseaux tourbillonnent en stridulant, comme pour m\u2019attirer au plus pr\u00e8s de leurs orbes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ensemble, nous allons accomplir le rituel. Il y a maintenant vingt-cinq ans que cela dure !&#8230; quand j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 de lancer mes lignes sous la lune. Des cabillauds s\u2019y accrochaient parfois, qu\u2019on n\u2019avait aucune chance de ferrer dans la lumi\u00e8re du jour.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La fus\u00e9e venait de l\u2019est. Elle stoppa au-dessus de ma barque.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je ne suis qu\u2019un pauvre p\u00eacheur et je parle d\u2019une fus\u00e9e. En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019\u00e9tait comme une ville flottante, ou encore comme une usine, avec des tubes, des roues crant\u00e9es, des chemin\u00e9es, des hublots rayonnants. Un c\u00f4ne de lumi\u00e8re \u00e9clairait la mer autour de mon bateau.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je n\u2019en menais pas large.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Elle explosa sans bruit, dans une illumination violette, un arc \u00e9lectrique, une foudre. Des \u00e9clats, blocs de magn\u00e9sium en fusion, s\u2019abattirent en pluie fumante sur la mer. Je m\u2019\u00e9tais couch\u00e9 au fond de ma barque, suro\u00eet rabattu.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019\u00e9tait ici, tout autour. Je relevai la t\u00eate. L\u2019eau s\u2019\u00e9tait referm\u00e9e sur l\u2019\u00e9pave disloqu\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les oiseaux s\u2019\u00e9taient mis \u00e0 tournoyer en criant au-dessus des vagues. Cette fus\u00e9e avait-elle travers\u00e9 un de ces nuages d\u2019\u00e9tourneaux qui effraient les pilotes ? Avaient-ils obstru\u00e9 les tuy\u00e8res et provoqu\u00e9 l\u2019explosion ? D\u2019o\u00f9 venait ce fantastique vaisseau ? La mer livrerait-elle un jour une r\u00e9ponse ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Jamais les gouvernements de notre pays n\u2019ont parl\u00e9 de la fus\u00e9e disparue.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Jamais aucun d\u00e9bris n\u2019est remont\u00e9 des profondeurs. J\u2019ai jet\u00e9 une ancre flottante l\u00e0 o\u00f9 les oiseaux concentrent leur tourbillon. Je lance mes lignes sans amorce ni app\u00e2t. J\u2019attends.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ils ont envoy\u00e9 ce navire du ciel, disloqu\u00e9 au moment o\u00f9 une r\u00e9v\u00e9lation m\u2019\u00e9tait promise. Sans doute le cherchent-Ils depuis si longtemps. Savent-Ils seulement qu\u2019il s\u2019est englouti dans un oc\u00e9an de la plan\u00e8te Terre ? S\u2019Ils reviennent, je Leur dirai ce que j\u2019ai vu. Je Leur dirai o\u00f9 plonger ; je sais les courants d\u2019ici, les fonds que je draine avec mes filets. Je Leur dirai l\u2019ennui de ma vie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019apparition, je ne savais pas r\u00eaver. J\u2019\u00e9tais heureux dans la succession des jours tous pareils. A la fatigue succ\u00e9dait le repos, au danger le calme des flots, \u00e0 l\u2019abondance, la bredouille. Si je savais que d\u2019autres grands pays, en face, \u00e0 l\u2019ouest, bordaient l\u2019oc\u00e9an, je n\u2019\u00e9prouvais aucune envie de voguer jusqu\u2019\u00e0 leurs c\u00f4tes. Je p\u00eachais \u00e0 quelques milles de mon village. Je Leur dirai mon grand trouble d\u2019aujourd\u2019hui et combien d\u00e9risoires me paraissent les poissons que je ram\u00e8ne \u00e0 bord ; m\u00eame les thons, ces princes de la vitesse et de la ruse ne me tirent plus au large pour des combats incertains. Que sont les thons aupr\u00e8s de Leur savoir, de Leur puissance ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je cherche une r\u00e9ponse, je vieillis.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Hier, rentrant ma barque au port, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 saisi d\u2019un coup glac\u00e9 dans la poitrine. Je me suis affaiss\u00e9 sur le plancher. J\u2019ai man\u0153uvr\u00e9 \u00e0 genoux, avant de m\u2019affaler sur une gr\u00e8ve jusqu\u2019\u00e0 desserrer les m\u00e2choires de l\u2019\u00e9tau fatal. J\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 de raconter mon histoire. D\u00e8s demain, je porterai ce papier \u00e0 mon ami Sacco. Plus jeune ! Il est bien plus jeune que moi. Dans une enveloppe \u00e0 cachet de cire \u201c A ouvrir apr\u00e8s ma mort \u201c.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Cela ne saurait tarder. Bient\u00f4t mes forces ne me porteront plus vers la haute mer. D\u2019o\u00f9 viendra la vague qui m\u2019emm\u00e8nera retrouver les voyageurs de l\u2019ab\u00eeme ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J.G.<\/p>\n\n\n\n<p>Je t&rsquo;ai parl\u00e9 de Jacques Revel&#8230; Il n&rsquo;est pas retourn\u00e9 \u00e0 B&#8230; ON pour les raisons que tu peux comprendre, mais l&rsquo;Angleterre lui plaisait \u2013 il avait fait de tels progr\u00e8s, il pouvait comprendre les contes, les blagues, voici ce qu&rsquo;il a racont\u00e9 \u00e0 son commanditaire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La litote<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un ami me dit son adoration pour la litote, je lui demandai le sens de ce mot. J\u2019avais appris depuis longtemps \u00e0 me m\u00e9fier de ses jeux de langage et l\u2019engageai \u00e0 me parler sans d\u00e9tour ni rh\u00e9torique. \u201c La litote &#8211; assura-t-il &#8211; est un oiseau remarquable. Son chant discret, fl\u00fbt\u00e9, est un r\u00e9gal pour l\u2019oreille : elle peut tout nous dire sur deux notes. Quelque chose comme POUEQUE ! PROUSE ! ou PREC ! POUSSE ! ou peut-\u00eatre PEREC ! PROUST ! Allez donc savoir ce qu\u2019elle veut dire en v\u00e9rit\u00e9. La faim, la soif, l\u2019amour, le rut, la critique de la raison pure&#8230; tout cela sur deux notes. Quelle remarquable \u00e9conomie de moyens. N\u2019importe, c\u2019est un plaisir pour l\u2019oreille.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&#8211; Mais, lui demandai-je aussit\u00f4t, o\u00f9 niche-t-elle ? En avez-vous vu de vos propres yeux ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; La litote, reprit-il, je ne l\u2019ai vue qu&rsquo;ici, en Angleterre. Elle b\u00e2tit son petit nid sous les fen\u00eatres des \u00e9crivains &#8211; les meilleurs &#8211; qui essaient de l\u2019acclimater dans leurs \u0153uvres ; t\u00e2che difficile s\u2019il en est mais tradition oblige. On la trouve \u00e9gar\u00e9e sous le chapeau-melon d\u2019hommes en gris que son chant aiguillonne. Il faut les voir, au temps du rut printanier, assis par huit sur les trottoirs mouill\u00e9s, faisant de grands gestes des bras, cramponn\u00e9s \u00e0 des avirons imaginaires et grondant des obsc\u00e9nit\u00e9s pour s\u2019encourager mutuellement. La litote pond deux \u0153ufs par an, pas plus. Cela suffit \u00e0 garantir un d\u00e9veloppement raisonnable de l\u2019esp\u00e8ce. Enthousiasm\u00e9, je lui demandai \u00e0 quoi je pourrais la reconna\u00eetre lors d\u2019un prochain voyage sur les bords de la Tamise (et de la Serpentine).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; De ses ailes grises, je ne saurais parler. Elle vole, assur\u00e9ment, mais rien ne la distingue d\u2019autres passereaux, les na\u00effs la trouvent discr\u00e8te.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; On reconna\u00eet la litote \u00e0 sa t\u00eate.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La t\u00eate de litote est d\u2019un beau jaune malt\u00e9 ; deux petites plumes rousses ornent les commissures de son bec. Rien n\u2019est plus flatteur que de traiter un ami de \u201ct\u00eate de litote\u201d. C\u2019est un compliment qu\u2019on ne saurait refuser, tant l\u2019apparence de l\u2019oiseau est aimable. Qui l\u2019a d\u00e9couverte un matin de brume argent\u00e9e, vocalisant dans l\u2019air v\u00e9ron\u00e8se d\u2019un parc \u00e0 l\u2019anglaise ne peut plus l\u2019oublier \u201c<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>G.P.<\/p>\n\n\n\n<p>Charmant appel \u00e0 explorer notre sac d&rsquo;histoires fabuleuses. Pour ma part, je trouve que la Bible, source in\u00e9puisable, n&rsquo;est pas toujours assez explicite, comme retenue dans une forme de&#8230; litote. Le personnage de Jacob m&rsquo;intrigue&#8230; Un rabbin de Troyes, plong\u00e9 dans les \u0153uvres de Rachi (Rabbi Schlomo Ben Itzak) est tomb\u00e9 sur le texte ci-dessous dont il m&rsquo;a fait une lecture :<\/p>\n\n\n\n<p><em>Jacob.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Jacob lutte avec un \u00eatre d\u2019une force prodigieuse. Ils ne roulent pas \u00e0 terre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Sept, huit, dix fois, leurs bras se repoussent et se frappent. A la poitrine, o\u00f9 la sueur agglutine la poussi\u00e8re, au ventre, au flanc z\u00e9br\u00e9 par les c\u00f4tes \u00e0 vif. Enlac\u00e9s et nou\u00e9s, ils se heurtent encore ; du front, mais leurs mains ne d\u00e9chirent pas leurs faces. La nuit, pas de feu, peu d\u2019\u00e9toiles. Ont-ils vu leurs visages ? Jacob ne le pourrait.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Jacob ne veut que passer son chemin, l\u2019autre barre l\u2019issue. Qui porte le premier coup ? Quand la parole ne peut plus rien, quand le pouvoir du souffle est \u00e9puis\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019autre, muet, camp\u00e9 sur le ressort de ses muscles saillants : les mollets, les cuisses, les pectoraux glabres, cern\u00e9s d\u2019ombre. Il est apparu soudain, il a ferm\u00e9 la voie autour de sa pr\u00e9sence. Pour Jacob, la r\u00e9alit\u00e9 devient incertaine, tant ses poings, ses bras, son dos meurtri n\u2019aspirent plus qu\u2019au sommeil. Cherche-t-il la mort de l\u2019adversaire ? Rien n\u2019est moins s\u00fbr. Il cherche le sens de ce combat et pare les attaques, il ne faiblit pas. L\u2019aube vient. Une douleur fulgurante enl\u00e8ve Jacob, le disloque, le projette au sol. La hanche est d\u00e9mise, d\u00e9bo\u00eet\u00e9e. Ce dernier coup le condamne \u00e0 ramper&#8230;, ramper&#8230; L\u2019autre a lib\u00e9r\u00e9 le passage ; a-t-il fui ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Jacob se retourne pour attraper son b\u00e2ton. Le mouvement lib\u00e8re le f\u00e9mur et soulage l\u2019articulation. Il se redresse, cramponn\u00e9 au b\u00e2ton, que ne l\u2019a-t-il bris\u00e9 sur la&#8230; t\u00eate de&#8230; l\u2019autre ? Il retombe. Le soleil cuit son corps cass\u00e9. Il se redresse. Le sol net est comme racl\u00e9 ratiss\u00e9. R\u00eave&#8230; A-t-il tr\u00e9buch\u00e9 sur des pierres et roul\u00e9 vers sa douleur ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il s\u2019est mis en marche. Il marche, le b\u00e2ton, il s\u2019appuie, marche, il boite bas, apprivoise le mal.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>A l\u2019entr\u00e9e du campement, ses femmes l\u2019accueillent. \u201c O\u00f9 \u00e9tais-tu ? Qui t\u2019a fait cela ? Oui, Qui t\u2019a fait cela ? \u201c<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J.G.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette ville jacassante o\u00f9 je t&rsquo;ai retrouv\u00e9 un jour, tu te rappelles \u00e0 quel point le recensement de la population \u00e9tait crucial \u2013 chacun devait afficher son num\u00e9ro \u2013 le nouveau venu \u00e9tait imm\u00e9diatement enregistr\u00e9. On se m\u00e9fiait des immigr\u00e9s&#8230; On se m\u00e9fiait de l&rsquo;\u00e9trange, de l&rsquo;\u00e9tranger. Voici ce que m&rsquo;a racont\u00e9 l&rsquo;homme en blanc qui m&rsquo;a initi\u00e9 \u00e0 quelques l\u00e9gendes locales.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Histoire des Nautres<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un matin que je m&rsquo;\u00e9tais aventur\u00e9 loin des vallons familiers, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 un nautre pris dans un pi\u00e8ge coulissant. Apr\u00e8s que je l&rsquo;aie d\u00e9livr\u00e9, le pauvre l\u00eacha sa jambe meurtrie, et, sans m\u00eame un regard pour moi, regagna un \u00e9pais fourr\u00e9 de bouise piquante o\u00f9 personne n&rsquo;aurait pu le suivre. Je crois qu&rsquo;il y a sa tani\u00e8re car une odeur musqu\u00e9e flotte sur le buisson. C&rsquo;est \u00e0 cette odeur que les trappeurs le rep\u00e8rent avant de poser leurs engins fratricides. Un pi\u00e8ge \u00e0 coulisse, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 des pi\u00e8ges \u00e0 m\u00e2choires traditionnels, emp\u00eache la victime de ronger son membre captif, horrible mutilation inspir\u00e9e par le d\u00e9sespoir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les trappeurs se h\u00e2tent de relever leurs places, car, s&rsquo;ils ne craignent plus l&rsquo;auto-mutilation des nautres, ils redoutent les brigades du R.O.C.(rassemblement des opposants \u00e0 la chasse) qui d\u00e9livrent les prisonniers. Un pi\u00e8ge \u00e0 coulisse est tr\u00e8s facile \u00e0 ouvrir pour quiconque en a l&rsquo;exp\u00e9rience. Il suffit de trimballer dans sa poche quelques noyaux de monneraie sauvage, riches en magn\u00e9tite, qui d\u00e9sorientent la coulisse et lib\u00e8rent ainsi les membres, m\u00eame enfl\u00e9s par la succion tra\u00eetresse.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Bien des paysans ont essay\u00e9 d&rsquo;\u00e9lever des nautres dans des fermes de la r\u00e9gion, mais ces \u00eatres sauvages se laissent mourir malgr\u00e9 la nourriture soign\u00e9e qu&rsquo;on leur procure et que certains pourraient leur envier. Rien n&rsquo;y fait, ni les petits p\u00e2t\u00e9s de bla\u00eeche \u00e0 la salade de cerse, ni les filets de musse au carmin arros\u00e9s de cidre de ganderisier, ni m\u00eame les rissoles d&rsquo;ourtre de marais, si difficiles \u00e0 ramasser.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;Etat n&rsquo;a jamais pu les acclimater dans ses parcs zoologiques. Lors d&rsquo;une visite du Pr\u00e9sident en Transcarpasie, un couple superbe lui fut offert en cadeau de bienvenue. Tr\u00e8s g\u00ean\u00e9, le Pr\u00e9sident&#8230; Que faire d&rsquo;un couple de nautres, quand on ne sait d\u00e9j\u00e0 plus quoi faire des hommes de son pays ? Il en fit don au zoo de Palmore. Les nautres furent bien trait\u00e9s, confi\u00e9s aux soins de gardiens hors classe qui les observaient avec une bienveillante malice. Mais le bruit de la mer proche intriguait les nouveaux pensionnaires. Un matin, on constata leur disparition. Le gardien-chef les d\u00e9couvrit \u00e0 mar\u00e9e basse, sur une gr\u00e8ve, noy\u00e9s, serr\u00e9s dans une \u00e9treinte rigide, emm\u00eal\u00e9s de sapech, souriant au soleil levant. Depuis, on a interdit de les capturer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Beaucoup vivent mis\u00e9rablement \u00e0 proximit\u00e9 de nos villes, dans les rares espaces laiss\u00e9s \u00e0 la nature. Ils ne dispara\u00eetront jamais en raison de leur prolificit\u00e9 que nos savants ne s&rsquo;expliquent pas. Tout laisse \u00e0 penser que leurs femelles portent pendant neuf mois un seul petit, et voil\u00e0 que les nautres sont partout. Quand ils vivent dans la nature, ils se nourrissent de plantes ; on dirait que tout leur convient, comme aux ch\u00e8vres qui broutent jusqu&rsquo;aux papiers port\u00e9s par le vent. L&rsquo;herbe, voil\u00e0 sans doute le secret de leur vigueur et de la belle sant\u00e9 de leurs rejetons. Certains sont d&rsquo;avis qu&rsquo;il s&rsquo;agit plut\u00f4t des baies qu&rsquo;ils connaissent mieux que nous et r\u00e9coltent au bon moment ; ou encore qu&rsquo;ils consomment certains champignons abhorr\u00e9s de nos contemporains.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>On dit qu&rsquo;au si\u00e8cle pass\u00e9, les hommes mangeaient avec d\u00e9lices toutes sortes de champignons. C&rsquo;en est bien fini, et seuls les nautres se risquent \u00e0 cueillir des pleurelles ou des c\u00e9trotes tavel\u00e9es, d&rsquo;aspect pourtant peu engageant. On dit aussi qu&rsquo;ils creusent le sol pour y chercher des toupes, ces fruits de la terre-m\u00e8re noirs comme du charbon qu&rsquo;ils v\u00e9n\u00e8rent pour leur pouvoir magique.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le temps passe vite \u00e0 t&rsquo;\u00e9couter \u2013 ces villes travers\u00e9es \u2013 tout cela manque d&rsquo;aventure, de l\u00e9gende, je vais amorcer la pompe&#8230; Un de mes copains en litt\u00e9rature, en bateaux, un qui se cramponnait au comptoir \u2013 il tenait \u00e7a d&rsquo;un autre, encore, plus loin \u2013 enfin, \u00e9coute, tu jugeras. Il appelait \u00e7a : L&rsquo;appel des oiseaux. 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