{"id":11895,"date":"2019-08-28T21:26:28","date_gmt":"2019-08-28T19:26:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=11895"},"modified":"2019-09-08T19:49:35","modified_gmt":"2019-09-08T17:49:35","slug":"fenetres-sur-cours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/fenetres-sur-cours\/","title":{"rendered":"Fen\u00eatres sur courts-circuits"},"content":{"rendered":"\n<p>1&nbsp; Finalement non elle d\u00e9cida que non errant\ndans les pi\u00e8ces \u00e0 moiti\u00e9 vides et se retrouvant ici ou l\u00e0 devant telle ou telle\nfen\u00eatre qui faisait un rempart contre le monde rempart dont elle n&rsquo;aurait voulu\n\u00e0 aucun prix mais abolir les s\u00e9parations et se retrouver dans le froid et sous\nla pluie se disait-elle tout en repositionnant un morceau de scotch d\u00e9limitant\ndeux parties de son petit chantier de peinture \u00e0 l&rsquo;abandon et m\u00eame le bruit de\nl&rsquo;ongle grattant une pellicule coll\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9 sur la vitre retombait \u00e0 vide\ndans l&rsquo;\u00e9paisseur d&rsquo;une lassitude globale d&rsquo;abandon du sursaut qui l&rsquo;avait\namen\u00e9e l\u00e0 \u00e0 se coller le nez sur l&rsquo;ext\u00e9rieur encadr\u00e9 et mis en valeur quand\nbien m\u00eame tach\u00e9 et gu\u00e8re moins irr\u00e9el que le c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 elle se trouvait face\ncontre vitre avec vue sur la chevelure des arbres la pr\u00e9cieuse pour seule\npr\u00e9sence vivante dirait-on avec celle de la fleur de cactus venue au monde dans\nla nuit dont elle scrutait maintenant la perfection r\u00e9v\u00e9l\u00e9e en se rehaussant\nl\u00e9g\u00e8rement&nbsp; sur un pied et prenant appui\ndes deux mains sur le rebord de l&rsquo;\u00e9vier tendant le cou pour l&rsquo;avoir en plein\ndans son champ de vision et alors s&rsquo;amouracher d&rsquo;elle sachant que c&rsquo;\u00e9tait sa\njourn\u00e9e son unique jour de vie \u00e0 celle-l\u00e0 et qu&rsquo;il fallait f\u00eater \u00e7a \u00e0\nl&rsquo;int\u00e9rieur comme \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur annon\u00e7ait-elle tout haut en s&rsquo;adressant \u00e0\nl&rsquo;ange s\u00e9parateur transparent froid et silencieux qui lui faisait face<\/p>\n\n\n\n<p>2 aussi froid que lorsqu&rsquo;il lui avait dit sauve-toi tu n&rsquo;as rien \u00e0 faire ici et pas besoin de chercher \u00e0 le raisonner dans ton esprit arr\u00eate de salir ma surface qu&rsquo;il nettoiera avec son acharnement coutumier sois ton souffle pench\u00e9 vers le vide au travers moi tire-toi inutile d&rsquo;aggraver la situation ton front pos\u00e9 sur mon \u00e9tendue a parl\u00e9 redresse-toi prends l&rsquo;essentiel et franchis le seuil tu m&rsquo;as assez respir\u00e9 transperc\u00e9 tu as suffisamment r\u00e9pandu de ton haleine humaine humide chaque fois que tu t&rsquo;en approchais non arm\u00e9e d&rsquo;un chiffon \u00e0 me faire revenir \u00e0 moi conception immacul\u00e9e d&rsquo;origine d\u00e9coup\u00e9e m\u00eame pas double mais ces immeubles sont v\u00e9tustes et lorsque le vent les bouscule je tremble de toute ma surface retenue je me gonfle et je fais peur \u00e0 tout le monde je te parle&nbsp; ho r\u00e9veille toi sors de ta r\u00eaverie interplan\u00e9taire inutile laisse ton corps agir agiter la col\u00e8re contre celle des dieux bouge je suis ta fen\u00eatre ton soutien ton voyant protecteur ton ab\u00eeme amical et repos\u00e9 ta vision du monde imag\u00e9 ton interface depuis toujours la contemplation m\u00e9ditative de ton int\u00e9rieur ext\u00e9rieur <\/p>\n\n\n\n<p>3 contre laquelle\nil plaque d\u00e9licatement sa raclette avant de la tirer vers le bas et venir\nl&rsquo;essuyer de l&rsquo;autre main arm\u00e9e d&rsquo;un chiffon et chacun de ses gestes est pr\u00e9cis\net m\u00e9ticuleux alors que de l&rsquo;int\u00e9rieur elle le regarde faire sans le voir tout\nen maniant l&rsquo;\u00e9prouvette mentale \u00e0 la p\u00eache des mots et c&rsquo;\u00e9tait comme si son\nacharnement tranquille \u00e0 respirer la surface des vitres avait pris corps l\u00e0-bas\nderri\u00e8re en la personne de celui-ci qui maniait la raclette \u00e0 la perfection\ncomme tout le peu qu&rsquo;il daignait faire lentement de tout son \u00eatre maigre et\nfort se dessinant se distinguant se refusant et se taisant comme un chien\nbraillant de toute ses forces sa diff\u00e9rence \u00e0 la figure des autres les raillant\nhors de son tonneau sans les mots dont il fut d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 dans son enfance du\nsimple fait du regard pos\u00e9 sur lui ou plut\u00f4t d\u00e9pos\u00e9 et aussit\u00f4t retir\u00e9 comme \u00e0\nla vue d&rsquo;un tableau trop fort qui fait mal \u00e0 quelque chose qu&rsquo;on ignore de soi\nlorsqu&rsquo;il le tableau ou l&rsquo;\u00eatre est seulement entraper\u00e7u au travers de sa vitre\n\u00e0 soi conforme \u00e9paisse celle de la c\u00e9cit\u00e9 ob\u00e9issante et adapt\u00e9e \u00e0 ce monde ce\nmonde qu&rsquo;elle pressentait voir plus tard comme si elle avait alors re\u00e7u la\ncapacit\u00e9 de le percer \u00e0 jour avec la force myst\u00e9rieuse d&rsquo;un jeune \u00e2ge et\nl&rsquo;exer\u00e7ant au travers la vitre de sa chambre d&rsquo;enfant donnant sur l&rsquo;all\u00e9e des\ngarages et le peu de voitures de l&rsquo;\u00e9poque la loge du gardien et les\nplates-bandes garnies de fleurs diverses dont elle ignorait les noms \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque\nmais n&rsquo;avait pas besoin des noms pour comprendre c&rsquo;est \u00e0 dire prendre dans une\nesp\u00e8ce de totalit\u00e9 \u00e0 travers la vitre au dessus de laquelle elle se penchait et\nc&rsquo;\u00e9tait comme respirer ailleurs ou mettre sur pause et sortir de son corps<\/p>\n\n\n\n<p>4&nbsp; qu&rsquo;est-ce que tu fais l\u00e0 derri\u00e8re ta fen\u00eatre\nil va rentrer \u00e7a ne sert \u00e0 rien de rester plant\u00e9e l\u00e0 \u00e0 regarder \u00e7a va pas le\nfaire surgir sur le trottoir o\u00f9 tu te cr\u00e8ves les yeux maman tu n&rsquo;as aucune\nraison de t&rsquo;inqui\u00e9ter et tu devrais savoir \u00e0 force Elle est derri\u00e8re le voilage\nqui ne la cache pas elle et son angoisse pour ce rejeton sauvage elle devant la\nvitre du salon o\u00f9 le p\u00e8re a install\u00e9 son bureau elle la m\u00e8re s&rsquo;obstine \u00e0\nvouloir le faire revenir par le seul fait de son regard au travers la vitre et\nle va et vient des voitures de l&rsquo;avenue du mar\u00e9chal Foch tous ces noms de\nguerriers qui ont sauv\u00e9 nos pays nos Pays et le fils qui ne rentre pas qui ne\nfait pas sa soudaine et soulag\u00e9e apparition qui mettrait fin \u00e0 l&rsquo;angoisse de\nson manque \u00e0 elle la m\u00e8re qui se transformera lorsque la mince silhouette se\nd\u00e9tachera de toutes les autres pour ainsi dire miraculeusement et sera l\u00e0 comme\nen gros plan derri\u00e8re la vitre se muera en col\u00e8re apr\u00e8s lui de l&rsquo;avoir fait\nattendre maintenue elle derri\u00e8re cette vitre mais naturellement la col\u00e8re de\nl&rsquo;apr\u00e8s soulagement intense il est vivant le monde l&rsquo;a recrach\u00e9 le lui a\nrapport\u00e9 de derri\u00e8re la vitre comme chaque jour de la semaine \u00e0 l&rsquo;heure de la\nsortie d&rsquo;\u00e9cole o\u00f9 tous sont rentr\u00e9s sauf lui rest\u00e9 aval\u00e9 par la rue de derri\u00e8re\nla vitre et \u00e7a ne sert \u00e0 rien de le lui dire et de s&rsquo;en retourner vaquer \u00e0 ses\noccupations avec une compassion grandissant avec l&rsquo;\u00e2ge pour cette histoire de\nm\u00e8re de derri\u00e8re la vitre<\/p>\n\n\n\n<p>5 porte-fen\u00eatre\nsur cour faisant face \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du salon \u00e0 porte-fen\u00eatre sur rue dans un\nchass\u00e9 crois\u00e9 lent et d\u00e9sempar\u00e9 apr\u00e8s qu&rsquo;elle ait raccroch\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone pour\nun bout de temps et march\u00e9 dans ce long en large habituel englobant des arr\u00eats\n\u00e0 chacune des deux fen\u00eatres et plongeant un regard sans voir sur la vue c&rsquo;est\nbeau cette porte-fen\u00eatre sur cour en r\u00e9alit\u00e9 sur jardin rendu expressif ou\nplut\u00f4t conciliant dans un conciliabule homme- nature conversation silencieuse\nson seul regret les iris qui se sont envol\u00e9s pensait-elle apr\u00e8s toutes ces\nann\u00e9es emmagasin\u00e9es dans une routine entrecoup\u00e9e de coups jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle\npuisse approcher la table devenue au fil du temps de travail devant la\nporte-fen\u00eatre sur jardin pour respirer par dessus ce contenu d&rsquo;ann\u00e9es\nencaiss\u00e9es et se tenir l\u00e0 probablement \u00e0 faire po\u00e9tiquement les comptes sur la\ntable rouge devant la porte-fen\u00eatre donnant c\u00f4t\u00e9 jardin les comptes d&rsquo;une vie\naust\u00e8re mine de rien de po\u00e9sie d\u00fbment compress\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur agglom\u00e9r\u00e9e aux\nrestes de ce que le monde apporte et laisse de d\u00e9chirures et de d\u00e9molition\ncontre lesquelles il convient de lutter pour rester vivant \u00e0 l&rsquo;image de ce\njardin s&rsquo;exhibant de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre de la porte-fen\u00eatre sur cour\nqu&rsquo;il suffit de franchir du regard pour y trouver refuge tout en sachant\npertinemment que la solution du probl\u00e8me se trouve de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de\nla porte-fen\u00eatre sur rue que l&rsquo;on a beau fixer du regard il ne s&rsquo;y passe rien\nque le va et vient des voitures toujours plus fort au fil des ans et les\nsorties des uns et des autres le long de l&rsquo;all\u00e9e commune jusqu&rsquo;au carrefour o\u00f9\nse jette la rue vue de la porte-fen\u00eatre c\u00f4t\u00e9 monde <\/p>\n\n\n\n<p>6 tu fais le tour\net tu passes par la porte de derri\u00e8re l&rsquo;homme de la porte de derri\u00e8re qu&rsquo;elle\nregardait venir \u00e0 travers la vitre de la porte de derri\u00e8re et alors rien toutes\nces vitres pour en arriver l\u00e0 c&rsquo;est \u00e0 dire nulle part au double vitrage de la\nporte de derri\u00e8re qui donnait aussi plein pot sur le saule pleureur et \u00e7a\nc&rsquo;\u00e9tait quelque chose autre chose que l&rsquo;immeuble et la vue sur les garages et\nla maison du gardien et alors juste il allait falloir d\u00e9gager de la vue de la\nchambre sur le saule pleureur et aller voir ailleurs et o\u00f9 \u00e7a c&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9crit\nsur le front ni dans les lignes de la main ni dans la bouche de l&rsquo;homme de la\nporte de derri\u00e8re qu&rsquo;elle voyait venir \u00e0 travers la vitre traversant le jardin\nouvrant sur la porte \u00e0 double vitrage la seule de la maison donnant sur le\njardin avec vue au r\u00e9veil directement&nbsp;\nsur le saule pleureur et le monde jusque l\u00e0 inutilement perc\u00e9 \u00e0 jour\ndans la solitude au travers des vitres de toutes les fen\u00eatres d\u00e9roulant leurs\nsouvenirs faussement tranquilles du fin-fond de ses intestins jusqu&rsquo;au pied des\nracines emm\u00eal\u00e9es du saule pleureur pensait-elle en croyant le voir encore une\nfois venir du fond du jardin en ligne droite vers elle regardant par la\nporte-fen\u00eatre de la chambre donnant directement sur le jardin de derri\u00e8re\nharmonieusement dispos\u00e9 comme pour saluer leur prochain d\u00e9part <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1&nbsp; Finalement non elle d\u00e9cida que non errant dans les pi\u00e8ces \u00e0 moiti\u00e9 vides et se retrouvant ici ou l\u00e0 devant telle ou telle fen\u00eatre qui faisait un rempart contre le monde rempart dont elle n&rsquo;aurait voulu \u00e0 aucun prix mais abolir les s\u00e9parations et se retrouver dans le froid et sous la pluie se disait-elle tout en repositionnant un <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/fenetres-sur-cours\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Fen\u00eatres sur courts-circuits<\/span><span 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