{"id":119031,"date":"2023-05-27T14:49:35","date_gmt":"2023-05-27T12:49:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=119031"},"modified":"2023-06-05T08:56:29","modified_gmt":"2023-06-05T06:56:29","slug":"ateliers-transversales-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ateliers-transversales-7\/","title":{"rendered":"#techniques #07 | en TGV avec Bernard No\u00ebl, images gliss\u00e9es"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u200b<em>comment fait-il Bernard No\u00ebl mes images ne glissent pas elles r\u00e9sistent se figent en instantan\u00e9s sombres incrust\u00e9s dans la r\u00e9tine<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">danger animal sauvage en traverse dans le triangle rouge<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">crucifix dress\u00e9 derri\u00e8re un pyl\u00f4ne \u00e9lectrique dans la campagne d\u00e9sert\u00e9e \u00e0 quoi bon \u00e9clairer le corps supplici\u00e9 aussit\u00f4t vu d\u00e9pass\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">au centre du rond-point un cercle de cypr\u00e8s couronne mortuaire doigts tendus vers le ciel\u00a0<br><br>squelettes d\u2019arbres nus aux branches grises o\u00f9 le lierre s\u2019accroche ne l\u00e2che rien changement de s\u00e8ve la vie a recouvert la mort <br><br>les ronds points tournent en rond nous avec<br><br>sur la droite un panneau annonce \u00ab\u00a0F\u00eate de la m\u00e9canique ancienne\u00a0\u00bb penser \u00e0 ce qui aura lieu le week-end prochain les vieilles machines align\u00e9es dans les champs comme dans un vaste cimeti\u00e8re sous le regard curieux des vivants penser \u00e0 ce qui se racontera de ce qui fut de ce qui n\u2019est plus<br><br>le bitume serpente entre gramin\u00e9es et marguerites qui reviennent parler d\u2019une enfance en all\u00e9e tandis que de jeunes noyers en ribambelles tentent de s\u2019enraciner sur le talus longeant la route<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">champs de lin et d\u2019asperges qui prennent en sandwich la route grise travers\u00e9e d\u2019une ligne de pointill\u00e9s blancs attraper au vol le nom de la maison bloc carr\u00e9 gris lu \u00e0 la va vite \u00ab Mon espace \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">balles de foin envelopp\u00e9es serr\u00e9es dans du plastique vert p\u00e2le les pesticides coinc\u00e9s dedans le monde tel qu\u2019il est avec autour une poign\u00e9e de moutons dans l\u2019herbe rase et nous\u00a0avec<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">quelques tiges de colza fleurissent au milieu des roseaux entre des troncs blanchis couch\u00e9s sur le bord de la route D148 &nbsp;borne 23 d\u00e9pass\u00e9e puis 22 21 20 19\u2026 au bout du compte la fin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">dans un paysage bucolique juste avant le pont au dessus de la Gartempe apercevoir l\u2019enseigne du petit restaurant \u00ab L\u2019oie et le grill \u00bb vision dichotomique du monde de quel c\u00f4t\u00e9 nous trouvons-nous c\u00f4t\u00e9 oie ou c\u00f4t\u00e9 grill<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#techniques #06 | de l&rsquo;activit\u00e9 de regarder les choses du dehors<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis quelques temps, elle ne se reconna\u00eet plus. Quand elle aper\u00e7oit son reflet dans un miroir, une vitrine ou qu\u2019elle se d\u00e9couvre en photo, tout en elle lui \u200bpara\u00eet \u200b\u00e9tranger : les expressions du visage, le tomb\u00e9 des yeux, le pli de la bouche, la texture des l\u00e8vres, l\u2019ouverture du plexus, la courbure du dos&#8230; Voil\u00e0 pourquoi elle a ce projet de se regarder r\u00e9guli\u00e8rement du dehors pour ne rien rater des transformations qui lui \u00e9chappent. Si elle reste vigilante, elle risque moins de devenir une autre. Elle a mis au point un protocole pr\u00e9cis : chaque jour, \u00e0 la m\u00eame heure, elle allume la lumi\u00e8re, se poste devant un miroir et s\u2019observe comme un corps \u00e9tranger. Et ce n\u2019est pas simple de se regarder du dehors, il faudrait pouvoir d\u00e9poser ses yeux hors d\u2019elle, leur laisser faire le travail ind\u00e9pendamment de son ressenti\u2026 D\u00e9visager cette inconnue qui lui fait face en gommant sa propre histoire, d\u00e9tailler : une t\u00eate avec un nez droit (ne pas pr\u00e9ciser qu\u2019il s\u2019agit du nez du p\u00e8re). Sous le nez, d\u00e9crire la bouche aux l\u00e8vres fines (ne pas \u00e9voquer les baisers donn\u00e9s ou perdus pour ne pas laisser l\u2019int\u00e9rieur d\u00e9border sur l\u2019ext\u00e9rieur). Dire juste : elle a des l\u00e8vres fines rose p\u00e2le. Regarder du dehors en s\u2019\u00e9loignant de tout ce qui est familier, parler du cou qui tient la t\u00eate bravement, du corps plant\u00e9 sur ses deux pieds\u2026&nbsp;Et chaque jour recommencer, cr\u00e9er comme un alignement de choses qui la repr\u00e9senteraient d&rsquo;un point de vue ext\u00e9rieur.<br>Mais d\u00e9j\u00e0 elle renonce car dans ce regard du dehors qui se tente, les mots restent pauvres, d\u00e9munis, si g\u00e9n\u00e9riques qu\u2019elle se dit qu\u2019elle s\u2019est fourvoy\u00e9e, qu\u2019elle devrait plut\u00f4t regarder du dehors l\u2019enchev\u00eatrement des traces de bottes en caoutchouc dans l\u2019estran ou cette plage en Vend\u00e9e o\u00f9 la mer s\u2019agite malgr\u00e9 l\u2019absence de vagues car la houle pouss\u00e9e par le vent qui forcit dessine des rubans d\u2019\u00e9cume impressionnants. Mais m\u00eame \u00e7a elle n\u2019y arrive pas. Il y a trop de monde en elle pour qu&rsquo;elle se risque \u00e0 \u00e9largir sa pr\u00e9sence alentours. D\u2019autant que les remous de l\u2019oc\u00e9an, si on les regarde du dehors, effacent toute forme de vigilance, ce qui multiplie le risque de se noyer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#techniques #04 | portraits rapides, avec R\u00e9mi Checchetto<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Nino <br>Ce que c\u2019est que de vouloir devenir apprenti coiffeur<\/strong><br>C\u2019est le copain de Marie-Claire, une amie de sa m\u00e8re, qui lui a donn\u00e9 envi\u200be de faire ce m\u00e9tier. C&rsquo;est\u200b dommage, il part \u00e0 la retraite cette ann\u00e9e, Nino aurait bien voulu apprendre avec lui mais \u00e7a ne sera pas possible, tant pis. Cela fait 3 ans que Nino veut devenir coiffeur. Son entourage a du mal \u00e0 l\u2019accepter mais Nino n\u2019a pas chang\u00e9 d\u2019avis. C\u2019est ce qu\u2019il veut. Avant son p\u00e8re lui disait : \u00ab tu pourrais au moins aller jusqu\u2019au bac, tu en as les moyens \u00bb. C\u2019est vrai il pourrait.&nbsp; Mais non. &nbsp;Son p\u00e8re a fini par accepter sa d\u00e9cision&nbsp;: il termine le coll\u00e8ge cette ann\u00e9e et \u00e0 l\u2019automne il n\u2019ira pas au lyc\u00e9e, il rentrera en apprentissage.<br>Ce n\u2019est pas qu\u2019il n\u2019aime pas l\u2019\u00e9cole. Ce n\u2019est pas qu\u2019il n\u2019aime pas apprendre non plus. Mais il dit que les savoirs c\u2019est pas son truc&nbsp;; lui, ce qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re ce sont les savoir-faire. Et puis il a 14 ans, il veut travailler, gagner de l\u2019argent, apprendre un m\u00e9tier, et ce m\u00e9tier c\u2019est coiffeur. Il voudrait transformer les gens, les r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 eux-m\u00eames, r\u00e9pondre \u00e0 leur d\u00e9sir et m\u00eame plus et les rendre plus beaux et contents. Il a remarqu\u00e9 que lorsque les gens arrivent au salon de coiffure, la plupart du temps, ils ne ressemblent \u00e0 rien, ils ont la mine d\u00e9faite, le visage fatigu\u00e9, les cheveux hirsutes, mais quand ils ressortent, ils marchent d\u2019un pas l\u00e9ger, ils ont l\u2019air plus heureux. D\u2019accord, pas tout le monde, pas tout le temps, mais lui en tous cas, c\u2019est ce qu\u2019il ressent quand il va chez le coiffeur. D\u2019ailleurs, \u00e7a fait deux ans qu\u2019il coupe les cheveux de sa m\u00e8re, un d\u00e9grad\u00e9 carr\u00e9, sous l\u2019\u0153il vigilant du copain de Marie-Claire et il se d\u00e9brouille bien. Pour son apprentissage il a peut-\u00eatre trouv\u00e9 un patron, ou plut\u00f4t une patronne. Il a r\u00e9ussi son entretien d\u2019embauche la semaine derni\u00e8re. Sa future patronne a 50 ans. C\u2019est une femme forte qui a du caract\u00e8re. Elle est exigeante et ne lui laissera rien passer, il le sait. Mais ce qui est bien avec elle c\u2019est que contrairement \u00e0 beaucoup de ma\u00eetres d\u2019apprentissage, elle ne se contente pas de faire faire des shampooings \u00e0 ses jeunes apprentis non, elle leur enseigne tr\u00e8s vite l\u2019art de couper les cheveux et elle est tr\u00e8s dou\u00e9e pour cela. En plus, elle leur montre comment travailler les couleurs avec des produits \u00e0 base de plantes. Or lui, il veut apprendre, tout l\u2019int\u00e9resse dans ce m\u00e9tier et c\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019il se sent aussi motiv\u00e9. Dans sa famille les hommes repoussent toujours \u00e0 plus tard ce qu\u2019ils doivent faire et comme eux,&nbsp;jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, il restait toujours un peu en retrait de ses d\u00e9sirs et laissait filer sa vie. Mais l\u00e0, il est d\u00e9cid\u00e9, en septembre il rentre en apprentissage. Il va devenir coiffeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Gigi<br>Ce que c\u2019est que d\u2019\u00eatre hyperactive et d\u2019aimer chanter<\/strong><br>Chaque week-end elle re\u00e7oit sa famille dans son minuscule appartement et c\u2019est une famille nombreuse. Elle pr\u00e9pare aussi les repas du dimanche midi pour l\u2019\u00e9quipe de Twirling b\u00e2ton de son petit-fils. Ce n\u2019est pas rien, une vingtaine de jeunes athl\u00e8tes \u00e0 nourrir avant qu\u2019ils ne rentrent sur le praticable. &nbsp;Et elle s\u2019occupe de sa tante. Elle lui fait les courses, lui pr\u00e9pare les repas. Elle lui rend visite chaque jour car sa tante n\u2019a pas eu d\u2019enfant, qui le ferait \u00e0 part elle&nbsp;?<br>Et puis elle fait des m\u00e9nages, elle travaille au noir. Elle ne veut pas \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e parce qu\u2019elle touche une pension d\u2019invalidit\u00e9 qu\u2019elle risquerait de perdre si \u00e7a se savait. Toute la semaine, elle n\u2019arr\u00eate pas. Nettoyer chez les autres ce n\u2019est pas si mal, elle a fait bien pire dans sa vie, quand elle avait un patron sur le dos par exemple. L\u00e0 au moins, elle est peinarde. Elle a les cl\u00e9s d\u2019une dizaine de maisons, les gens lui font confiance, ils la trouvent pr\u00e9cieuse. Son tarif horaire est non n\u00e9gociable : 15\u20ac de l\u2019heure, direct dans son porte-monnaie, \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser et elle ne manque pas de clients. Quand elle part travailler chez les gens elle emporte avec elle son balai \u00e0 poussi\u00e8re pour d\u00e9cimer les toiles d\u2019araign\u00e9e au plafond et sa raclette \u00e0 vitres. Pour le reste, elle s\u2019adapte, pas de soucis. Elle a du mal avec les horaires mais elle fait toujours ses heures. Si elle arrive un quart en avance, elle repartira un quart d\u2019heure plus t\u00f4t et inversement. A peine la porte referm\u00e9e, un casque sur les oreilles, elle met la musique \u00e0 fond et elle chante : \u00ab &nbsp;Moi je veux mourir sur sc\u00e8ne \/ Devant les projecteurs \/ Oui je veux mourir sur sc\u00e8ne \/ Le coeur ouvert tout en couleurs \u00bb\u2026 Tous les succ\u00e8s des ann\u00e9es 70-80 y passent : Dalida, Patrick Bruel, Francis Lalanne, Daniel Balavoine, Florent Pagny, Francis Cabrel\u2026 Sa voix n\u2019est pas toujours juste, surtout quand elle monte dans les aigus mais elle s\u2019en moque puisqu\u2019elle est seule quand elle fait le m\u00e9nage, alors elle chante \u00e0 tue-t\u00eate et personne n\u2019est l\u00e0 l\u2019\u00e9couter. A part les chats, les poissons rouges et les tortues qu\u2019elle salue au passage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"> # techniques 3 I \u00ab\u00a0derri\u00e8re les silences, mon corps\u00a0\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Derri\u00e8re les silences mon corps suspendu au portemanteau attend que quelqu\u2019un vienne, le d\u00e9croche, l\u2019am\u00e8ne \u00e0 la lumi\u00e8re et lui dise qui il  est. Derri\u00e8re les silences, mon corps n\u2019a pas plus d\u2019\u00e9paisseur qu\u2019une  feuille blanche de papier dans un livre jamais \u00e9crit, livre rang\u00e9 dans  une pi\u00e8ce obscure, d\u2019une maison perdue dans la nuit de l&rsquo;hiver.\u00a0C\u2019est dire le froid et l\u2019\u00e9paisseur\u00a0de l\u2019obscurit\u00e9 o\u00f9 baignent les silences en  enfilade et derri\u00e8re eux mon corps \u00e9teint qui ne sait encore rien. <br>Mon  corps ? Ton corps ? Un corps d\u2019enfant p\u00e2le aux cheveux corbeaux sorti du ventre de la petite Janine, comme elle \u00e9tait petite celle-l\u00e0,  toujours \u00e0 trotter, affair\u00e9e, quelle intr\u00e9pide, une si petite femme avec son dos bossel\u00e9 sous le poids des ann\u00e9es \u00e0 ne pas s&rsquo;\u00e9couter, avec entre ses mains ab\u00eem\u00e9es toujours un ouvrage,\u00a0la petite Janine elle-m\u00eame  sortie du ventre de la m\u00e9m\u00e9 du Puy,\u00a0une femme ronde comme un ballon, si ronde  qu\u2019elle ne marchait pas, elle roulait, femme \u00e0 la tonalit\u00e9 aigu\u00eb, une  bavarde aux pri\u00e8res \u00e0 l&rsquo;enfant J\u00e9sus, terrifi\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e que le diable puisse un jour venir lui br\u00fbler le dessous des pieds, m\u00e9m\u00e9 joufflue sortie elle-m\u00eame d&rsquo;un ventre, peut-\u00eatre bien de celui de la Victorine,  une femme rebelle au front altier, elle-m\u00eame n\u00e9e d&rsquo;une Agn\u00e8s, berg\u00e8re de  sa profession sur les rives du lac Saint Front, et ainsi de suite  jusqu&rsquo;\u00e0 la femme originelle, mais celle-l\u00e0 impossible de la nommer tant elle est lointaine.\u00a0<br>Derri\u00e8re les  silences donc une foule de corps \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler, comment ne pas en tenir compte, sans oublier les corps au-dessus de 7 ans, tous guillotin\u00e9s  pendant la r\u00e9volution sur les hauts plateaux de Haute-Loire, une famille de nobliaux laborieux, des corps de survivantes, de femmes orphelines, vaillantes, faisant des affaires ou grattant la terre, femmes de seigneurs ou servantes craignant Dieu. Toutes suspendues et muettes \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, attendant que quelqu&rsquo;une vienne ouvrir la porte,  nous d\u00e9barrasse de la poussi\u00e8re et me rende un corps plein, un corps de chair, chaud et d\u00e9sirant, un corps \u00e0 m\u00eame de r\u00e9duire les silences qui prolif\u00e8rent, silences tenaces aux formes diverses : secrets, oublis,  disparitions, mensonges qui se multiplient \u00e0 l\u2019exc\u00e8s si l\u2019on les laisse faire.<br>Derri\u00e8re les silences mon corps aspire \u00e0 la lumi\u00e8re, que je puisse savoir enfin qui parle quand je parle, qui \u00e9crit quand j&rsquo;\u00e9cris. <br>Apr\u00e8s  viendront les mots des autres et leurs histoires. Celle de la petite fille aux allumettes par exemple, une petite fille aux path\u00e9tiques brindilles dont la flamme \u00e0 peine n\u00e9e, se consume et s&rsquo;\u00e9teint. Mais pourquoi raconter des histoires pareilles aux enfants ?\u00a0Ou la  l\u00e9gende de Saint Nicolas avec les trois innocents, le couteau\u00a0tach\u00e9  de\u00a0sang et le saloir ferm\u00e9 au verrou ; ou la chanson du petit navire  avec le sort qui tombe toujours sur le plus jeune, ce sera lui, qui,\u00a0qui, sera mang\u00e9, ce sera lui, qui, qui, sera mang\u00e9 ! Si c\u2019est pour \u00e9crire des  trucs pareils peut-\u00eatre vaudrait-il mieux se taire ?\u00a0 <br>D\u00e9crochez-moi de ce porte-manteau, j\u2019arrive et rallumez la lumi\u00e8re.<br>Derri\u00e8re les silences, mon corps ou bien le sien, le leur, je veux bien parler de ces corps pass\u00e9s et \u00e0 venir, vivants ou invent\u00e9s, \u00e0 condition  de choisir. Par exemple, le corps de celle qui voulait dispara\u00eetre, un  corps de fiction bien s\u00fbr mais comment ne pas s\u2019en pr\u00e9occuper et  transformer la perte en pr\u00e9sence, faire quelque chose de bon de ce qui fut mauvais. Autre exemple, le corps de la petite poule rose, celle-l\u00e0,  a-t-on id\u00e9e de na\u00eetre dans un poulailler bien rang\u00e9 o\u00f9 rien ne d\u00e9note quand on a la couleur d\u2019une crevette\u00a0? Impossible \u00e0 abandonner, m\u00eame si c\u2019est une poulette, il fallait bien que j\u2019en fasse quelque chose. Et le  corps de cette m\u00e8re qui escalade des montagnes, son fils dans les bras avec un sac \u00e0 dos rempli de pierres. Et le corps de l\u2019objet, t\u00e9moin des vies pass\u00e9es, oui m\u00eame celui-l\u00e0, car les objets sont bavards si on les \u00e9coute. Et le corps de la ville qui garde trace de tout, y  compris des amours oubli\u00e9s quand on ne sait plus o\u00f9 vont les sentiments quand ils disparaissent.<br>Peu \u00e0 peu sous les silences naissent une multiplicit\u00e9 de corps, chacun avec son  histoire et mon corps d\u00e9croch\u00e9 du porte-manteau, avance \u00e0 leur suite  dans la lumi\u00e8re et les mots tus s\u2019\u00e9crivent sur la page blanche d\u2019un livre qui existe enfin, qui n\u2019est pas enferm\u00e9 dans une biblioth\u00e8que sombre au c\u0153ur d\u2019une maison qui ne se perd plus dans la nuit de l\u2019hiver.  Parce que quelqu\u2019une a ouvert les volets pour laisser entrer le soleil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">#techniques 2 I phrase paysage, Rimbaud<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un portail rouill\u00e9, immense, d\u00e9pouill\u00e9 de ses aigles d\u2019origine, vol\u00e9s sans doute ou envol\u00e9s &#8211; des buses auraient pu faire l\u2019affaire &#8211; un portail nu, trouant le ciel sur une route de campagne disparue dans le creux d\u2019un vallon, \u00f4tant en imagination toute possibilit\u00e9 de fuite, un portail m\u00e9tallique sorti peut-\u00eatre d\u2019une fabrique \u00e0 canons, comme la vierge rouge de la ville d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, celle-la m\u00eame qu\u2019on nomme Notre Dame de France &#8211; la leur, pas la mienne &#8211; un portail encadr\u00e9 de deux colonnes carr\u00e9es, massives, chacune surmont\u00e9e d\u2019un boulet en pierre, d\u00e9roulant une all\u00e9e min\u00e9rale contrastant avec le vert pomme du printemps qui bourgeonne aux extr\u00e9mit\u00e9s d\u2019un alignement de feuillus : \u00e9rables, peupliers, tilleuls, platanes, dessinant une ligne verticale, perpendiculaire au chemin gris qui coupe le monde en deux, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le clan des Coulanges, de l\u2019autre celui des Garnier, laissant de part et d\u2019autre des foss\u00e9s identiques, ass\u00e9ch\u00e9s, avec des rires d\u2019enfants qui sautent par-dessus en courant derri\u00e8re les Citrons, les Tabacs d\u2019Espagne, les Pi\u00e9rides du chou et les Paons du jour, tous papillons neufs et rares comme les enfants rieurs, et tous insouciants des fronti\u00e8res humaines, ces papillons qui \u00e0 peine sortis de leur cocon ou chrysalide, d\u00e9plient lentement leurs ailes, les s\u00e8chent dans le vent et prennent leur envol en cahotant, se fichant pas mal des vierges rouges, des aigles en-all\u00e9s, des routes effac\u00e9es et des histoires de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#techniques 1 | Le sentiment de l&rsquo;ombre du s\u00e9quoia<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le sentiment de l\u2019ombre du s\u00e9quoia, omnipr\u00e9sence du vert sombre de l\u2019arbre en lisi\u00e8re d\u2019un pr\u00e9 vert-printemps parsem\u00e9 de primev\u00e8res, de violettes et de pissenlits, un sentiment odorant et moussu, qui, dans l\u2019\u00e9paisseur du temps est \u00e0 m\u00eame de t\u00e9moigner de la disparition des insectes, car plus une seule sauterelle&nbsp;pour \u00e9voquer la grandeur de l\u2019arbre, gratter le pr\u00e9 de ses pattes \u00e9lanc\u00e9es et provoquer, au moindre pas, une explosion de bonds joyeux, seul reste le sentiment du s\u00e9quoia d\u00e9sert\u00e9, t\u00e9moin de la b\u00eatise humaine, sentiment ancr\u00e9 dans le terroir d\u2019une enfance en all\u00e9e, un sentiment \u00e0 l\u2019ombre impalpable et mouvante, si tant est qu\u2019un sentiment puisse se projeter sous l\u2019effet de la lumi\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 recouvrir un pr\u00e9 vert-printemps parsem\u00e9 de primev\u00e8res, de violettes et de pissenlits, sans oublier les girofl\u00e9es et ancolies sauvages \u00e0 la sortie de l&rsquo;hiver et  les rondes de mousserons au printemps et \u00e0 l&rsquo;automne, si tant est donc qu\u2019un sentiment de s\u00e9quoia puisse avoir une ombre qui grandit ou se replie comme une main qui prend ou laisse, sentiment sonore quand les pieds s\u2019enfoncent sous l\u2019arbre et font craquer les branches tomb\u00e9es au sol, un sentiment de s\u00e9quoia un peu comme une pr\u00e9sence\/absence o\u00f9 s\u2019abriter ou dispara\u00eetre selon les \u00e2ges de la vie et dont l\u2019ombre \u00e0 escalader permet de mesurer la distance de la terre au ciel, un sentiment haut et massif&nbsp;au regard du nombre de personnes qu\u2019il faut pour enlacer enti\u00e8rement le tronc du s\u00e9quoia \u00e0 la mani\u00e8re de ces femmes indiennes qui entouraient les arbres de leurs bras pour \u00e9viter qu\u2019on les coupe, un sentiment de s\u00e9quoia rageur et d\u00e9senchant\u00e9 avec une m\u00e9lancolie qui gagne quand on se souvient du nombre&nbsp;de vies pass\u00e9es sous l\u2019ombre du s\u00e9quoia g\u00e9ant et combien d\u2019enfances \u00e9crites \u00e0 l\u2019abri de ce sentiment-l\u00e0, immuable, vertical, majestueux, quand tant d\u2019autres arbres se penchent ou sont tomb\u00e9s, lui, restant en place, fixe et inamovible m\u00eame sous un ciel charg\u00e9, un sentiment de s\u00e9quoia paratonnerre en quelque sorte, protecteur en cas d\u2019orages qui par ici font na\u00eetre des incendies, transforment les chemins en ruisseaux et parfois tuent, alors que la pr\u00e9sence tut\u00e9laire du sentiment de s\u00e9quoia m\u00eame jet\u00e9 \u00e0 terre pour \u00eatre pi\u00e9tin\u00e9 ou balanc\u00e9 par dessus l\u2019\u00e9paule pour s\u2019en d\u00e9barrasser, revient toujours en force avec son \u00e9corce \u00e9paisse, tomb\u00e9e par plaques enti\u00e8res et ramass\u00e9es pour y tailler au canif de fr\u00eales embarcations mais fiers esquifs pr\u00eats \u00e0 se mesurer aux temp\u00eates de toutes sortes, car un sentiment&nbsp;aux racines plus solides et coriaces que l\u2019arbre lui m\u00eame, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019un s\u00e9quoia et dont il est impossible de s\u2019extraire, un sentiment de s\u00e9quoia donc, qui, une fois que tu l\u2019as ressenti, t\u2019accompagne de son ombre toute la vie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"># Transversales &#8211; <strong>L&rsquo;histoire de Tarkos en 10 chapitres<\/strong><br><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u200b\u2013 chapitre 1, o\u00f9 l\u2019on verra comment la petite est devenue po\u00e8te&nbsp;;<\/strong><br>Au d\u00e9part la petite dansait. Sa m\u00e8re en parlant d&rsquo;elle disait toujours : ma pauvre petite. Alors fid\u00e8le \u00e0 ce qu\u2019on attendait d\u2019elle, la petite dansait pauvrement. Elle regardait le monde comme un jeu o\u00f9 chacun tient son r\u00f4le et elle prenait le sien tr\u00e8s au s\u00e9rieux. Madame Thomas, sa professeur de danse form\u00e9e \u00e0 l\u2019op\u00e9ra de Paris lui r\u00e9p\u00e9tait : engage toi davantage ! Tu danses comme une mis\u00e9rable. Mais enfin, sois plus riche, plus grande, plus haute, plus brillante. La petite restait pauvrement petite. De toutes fa\u00e7ons, \u00e0 ses yeux, madame Thomas \u00e9tait une usurpatrice, elle ne jouait pas le jeu, elle marchait avec une cane et pr\u00e9tendait venir de l\u2019op\u00e9ra de Paris. Et puis la petite a grandi, oh juste un peu, malgr\u00e9 elle et ses enjamb\u00e9es se sont \u00e9largies. Elles l\u2019ont men\u00e9e plus loin, ou plus exactement ailleurs et elle a commenc\u00e9 \u00e0 m\u00e9langer les mots de la danse et ceux de la vie avec des grands jet\u00e9s, des d\u00e9boul\u00e9s, des sauts de biche ou de chat, des grands \u00e9carts et sa fa\u00e7on de penser s\u2019en est trouv\u00e9e modifi\u00e9e. L\u2019apprentissage de la lecture et de la ponctuation ont fait le reste. Tous ces signes ail\u00e9s, ces virgules, ces parenth\u00e8ses qui font danser la voix et l\u2019incroyable collection de points mis \u00e0 disposition comme le point final si terrible parfois, les deux points jamais s\u00e9par\u00e9s toujours ensemble les veinards, le point qui interroge bras en couronne au-dessus de la t\u00eate et ces trois points bien align\u00e9s avec leur capacit\u00e9 de tout suspendre. La petite s\u2019est mise \u00e0 \u00e9crire comme on danse. Pour la musique peut-\u00eatre, pour la&nbsp;beaut\u00e9 du mouvement, pour rien, juste parce qu\u2019elle avait grandi, que tout commen\u00e7ait \u00e0 d\u00e9border. Bien s\u00fbr, elle a d\u2019abord \u00e9crit petit, plus pr\u00e9cis\u00e9ment en corps 4 et c&rsquo;\u00e9tait impossible \u00e0 quiconque, sauf \u00e0 elle, de d\u00e9chiffrer les signes minuscules qu&rsquo;elle laissait sur le papier. Tout restait encore secret. Mais sans qu\u2019elle y prenne garde, elle s\u2019est enrichie.<br><br><strong>\u2013 chapitre 2, o\u00f9 l\u2019on trouvera la r\u00e9ponse \u00e0 la question cruciale, \u00ab&nbsp;\u00eatre po\u00e8te \u00e0 quoi \u00e7a sert&nbsp;\u00bb&nbsp;;<\/strong><br>Quand elle enfile ses pointes, la petite glisse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur un embout de mousse. A la fin du ballet les collants chairs sont tach\u00e9s de sang. Danser s\u2019av\u00e8re \u00e0 la fois l\u00e9ger et douloureux et tourner sur soi-m\u00eame le plus longtemps possible peut para\u00eetre tout \u00e0 fait vain \u00e0 celui o\u00f9 celle qui ne s\u2019y est pas essay\u00e9. Pour l\u2019\u00e9criture c\u2019est&nbsp;un peu la m\u00eame chose. Les doigts de la petite sont toujours t\u00e2ch\u00e9s d\u2019encre, cela f\u00e2che les adultes qui l\u2019entourent. Par contre les mots qu\u2019elle aligne, qui les lit \u00e0 part elle ? Chacun ses priorit\u00e9s : des mains propres ou des mots qui&nbsp;&nbsp;d\u00e9bordent et dansent sur le papier.&nbsp;<br>Elle ne peut s\u2019emp\u00eacher de voler des mots dans les magazines. Elle les recopie et les assemble en tirant la langue. Chaque mot est un monde, elle le sait et ce qui na\u00eet dans ses collages improbables la d\u00e9passe. C\u2019est \u00e9crasant, douloureux et enthousiasmant, un peu comme des bottes de 7 lieues que tu chausses et qui t\u2019emm\u00e8nent ailleurs. Parfois au milieu des mots vol\u00e9s, une fen\u00eatre s\u2019ouvre, tout s\u2019\u00e9claire. Les mots trouvent leur juste place et comment ne pas rendre gr\u00e2ce \u00e0 ce qui advient entre ses doigts plein d\u2019encre. Elle d\u00e9ambule dans la maison en scandant les mots qu\u2019elle a \u00e9crits m\u00eame si personne ne l\u2019\u00e9coute. La po\u00e9sie, c\u2019est bien connu, tout le monde s\u2019en fout. Elle n\u2019en a cure, elle grandit.<br><br><strong>\u2013 chapitre 3, o\u00f9 l\u2019on verra que la vie de po\u00e8te est sem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches et pas de tout repos&nbsp;;<\/strong><br>Depuis qu\u2019elle a grandi un peu, elle ne joue plus son r\u00f4le \u00e0 la perfection. Elle a d\u00e9laiss\u00e9 ses chaussons de danse. Plus rien de rose et satin\u00e9 sur ses pieds \u00e9corch\u00e9s, tout devient gris. Elle investit dans une machine \u00e0 \u00e9crire semi automatique et les histoires qu\u2019elle invente deviennent de plus en plus longues. C\u2019est compliqu\u00e9 parce qu\u2019elle ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de toujours tout reprendre, comme \u00e0 la danse. Elle r\u00e9organise les mots comme dans les magazines pour arriver \u00e0 un semblant d\u2019\u00e9quilibre qui peut-\u00eatre, demain, sera remis en question. Elle d\u00e9coupe les feuilles en bandelettes de papier et tente des constructions diff\u00e9rentes et complexes. Comme elle travaille sur une petite table install\u00e9e sous la fen\u00eatre de sa chambre, la pi\u00e8ce est rapidement envahie de morceaux de papier, sur le sol et jusque sur le lit et parfois \u00e7a gagne le couloir, \u00e7a d\u00e9borde et dans sa t\u00eate aussi. Les papiers ont beau \u00eatre num\u00e9rot\u00e9s, comment ne pas s\u2019y perdre ? Il faut \u00e9viter les courants d\u2019air, ne plus ouvrir la fen\u00eatre, aller dormir ailleurs, sanctuariser la pi\u00e8ce et surtout l\u2019interdire aux enfants, ce qui est tout \u00e0 fait impossible. Tout en sachant qu\u2019au milieu de ce fatras de bouts de phrases repose peut-\u00eatre une merveille.<br><br><strong>\u2013 chapitre 4, o\u00f9 l\u2019on verra la petite se tirer de deux mauvais pas&nbsp;;<\/strong><br>Elle a depuis longtemps d\u00e9nou\u00e9 le chignon serr\u00e9 de la danse et apr\u00e8s avoir compt\u00e9 les temps durant l\u2019enfance, elle compte les mots, les examine \u00e0 la loupe. Surtout ne pas se laisser surprendre par un mot suspect qui se glisserait en douce dans une phrase et qu\u2019elle ne reconna\u00eetrait plus comme \u00e9tant sienne, sentiment curieux, comme si quelqu\u2019un d\u2019autre avait \u00e9crit ce qu\u2019elle voulait dire. Pour d\u00e9jouer ce danger rien de tel qu\u2019un bon tri.&nbsp;<br>Elle abuse du mot \u00abalors\u00bb. Elle lui a m\u00eame \u00e9crit une ode qu\u2019elle a appel\u00e9 : \u00abOde \u00e0 mon mot mana \u00abalors \u00bb que je n\u2019\u00e9cris qu\u2019en lettres d\u2019or\u00bb. Lorsqu\u2019un texte est termin\u00e9 et puisqu&rsquo;elle s&rsquo;est achet\u00e9 un ordinateur \u00e0 cr\u00e9dit, elle lance une recherche sur les occurrences du mot \u00abalors\u00bb et les supprime. Et le texte tient, malgr\u00e9 tout, comme si le souvenir du mot plac\u00e9 l\u00e0 et disparu suffisait \u00e0 emp\u00eacher son effondrement.&nbsp;<br>Les mots sont form\u00e9s d\u2019un ensemble de sons plus ou moins agr\u00e9ables. Parfois la petite laisse venir \u00e0 elle les mots consonants : Retsina, Kourtaki, Attique, Tafalla, Marmara, cannelle, baklava, impense, m\u00e9andrine, potentille&#8230;&nbsp;D\u2019autres s\u2019imposent \u00e0 son insu, les dissonants : extirper, commodit\u00e9, canc\u00e9rig\u00e8ne, bajoue, imp\u00e9cuniosit\u00e9, paronomase, torpide&#8230;&nbsp;Elle s\u2019interroge : mais ce que les mots disent, cela n\u2019a-t-il aucune importance? &nbsp;Y a-t-il un lien serr\u00e9 entre leur consonance\/dissonance et le sens qu\u2019ils v\u00e9hiculent&nbsp;? Ou alors, en est-il de leur enveloppe sonore la m\u00eame chose que de notre enveloppe charnelle&nbsp;? Juste une question d\u2019emballage&nbsp;? Et pour les hommes, serait-ce la m\u00eame chose : sont-ils eux aussi oblig\u00e9s de naviguer, \u00e0 leur insu, dans une sonorit\u00e9 qui les d\u00e9passe et les nomme ? Sont-ils ainsi d\u00e9finitivement marqu\u00e9s par une \u00e9chelle gradu\u00e9e qui mesurerait leur degr\u00e9 de dissonance\/consonance ?&nbsp;Et dans ce cas, quel serait le sien ?<br><br><strong>\u2013 chapitre 5, la petite et la difficile question du r\u00e9el&nbsp;;<\/strong><br>Elle a v\u00e9cu si longtemps dans une vie imaginaire avec des amis qui naissaient chaque soir du cr\u00e9pi bavard des murs de sa chambre d\u2019enfant. Elle a soign\u00e9 avec une attention extr\u00eame un personnage en plastique qui l\u2019a accompagn\u00e9e partout pendant plusieurs ann\u00e9es sans que personne ne sache que dans sa r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 elle, il \u00e9tait plus vivant qu\u2019eux tous. Quand elle descendait les grands escaliers derri\u00e8re l&rsquo;immeuble de la cit\u00e9, telle une danseuse \u00e9toile, en v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est sur les toits du Palais Garnier qu\u2019elle dansait. Et si cela n\u2019est pas r\u00e9el alors rien ne l\u2019est.&nbsp;<br>Et puis elle a attrap\u00e9 des bribes de sa vie, des trucs parfois moches qu\u2019elle a rabot\u00e9s, mis en mouvement, dessin\u00e9s ou \u00e9crits et son existence s\u2019en est trouv\u00e9e transform\u00e9e. Parce qu\u2019elle a beau se sentir parfois encore pauvre et petite, elle sait qu\u2019\u00e9crire c\u2019est se r\u00e9inventer. Elle s\u2019est empar\u00e9e de tout ce qu\u2019elle pouvait avaler avec un app\u00e9tit f\u00e9roce pour grandir, \u00eatre la plus libre possible et dans son r\u00e9el imagin\u00e9 elle s\u2019est install\u00e9e comme un chat qui ronronne dans un rayon de lumi\u00e8re. Le reste importe peu.&nbsp;<br>Parce qu\u2019elle avait \u00e9crit sa vie sur des bandelettes de papier qui se sont m\u00e9lang\u00e9es ou perdues et c\u2019est tant mieux, elle se sent plus riche et vivante que jamais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u200bcomment fait-il Bernard No\u00ebl mes images ne glissent pas elles r\u00e9sistent se figent en instantan\u00e9s sombres incrust\u00e9s dans la r\u00e9tine danger animal sauvage en traverse dans le triangle rouge crucifix dress\u00e9 derri\u00e8re un pyl\u00f4ne \u00e9lectrique dans la campagne d\u00e9sert\u00e9e \u00e0 quoi bon \u00e9clairer le corps supplici\u00e9 aussit\u00f4t vu d\u00e9pass\u00e9 au centre du rond-point un cercle de cypr\u00e8s couronne mortuaire doigts <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ateliers-transversales-7\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#techniques #07 | en TGV avec Bernard No\u00ebl, images gliss\u00e9es<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":555,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4397,3114,1,4398,4418,4434,4452,4468,4477],"tags":[],"class_list":["post-119031","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-techniques-elargissements","category-transversales","category-atelier","category-techniques-01-tarkos-le-sentiment","category-techniques-02-rimbaud","category-techniques-03-volodine","category-techniques-04-portraits","category-techniques-05-variations-wajsbrot","category-techniques-06-palomar"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119031","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/555"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=119031"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119031\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=119031"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=119031"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=119031"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}