{"id":119084,"date":"2023-04-10T22:12:24","date_gmt":"2023-04-10T20:12:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=119084"},"modified":"2023-04-10T22:16:12","modified_gmt":"2023-04-10T20:16:12","slug":"transversales-07-an-t-os","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/transversales-07-an-t-os\/","title":{"rendered":"#transversales #07| An T os"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>&#8211; Chapitre 1, o\u00f9 l\u2019on verra comment Tanos est devenu po\u00e8te\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Souvent on l\u2019appelle Tanos. Il r\u00e9pond invariablement, toujours la m\u00eame chose :&nbsp;\u00ab&nbsp;Oui, c\u2019est moi. Comment tu m\u2019as reconnu&nbsp;? <strong>\u00bb&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Souvent on ne le connait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Souvent, on le confond. Tiens par exemple, l\u2019autre fois, on l\u2019a arr\u00eat\u00e9. Il marchait dans la rue et on l\u2019a arr\u00eat\u00e9. Souvent, on le connait, on le salue mais lui il ne connait pas et il salue\u2026 quand m\u00eame. \u00catre connu sans conna\u00eetre est-ce un probl\u00e8me ? \u00ab Peut-\u00eatre as-tu connu se disait-il dit et peut-\u00eatre as-tu oubli\u00e9 ?\u2006 <strong>\u00bb<\/strong>\u2006 Dans tous les cas, c\u2019est un bout de soi-m\u00eame qu&rsquo;on trimbale \u00e0 l\u2019insu de son plein gr\u00e9. Qui se prom\u00e8ne avec les autres, d\u2019autres yeux, d\u2019autres bouches, d\u2019autres nez. Alors quand on se recroise avec ces nez, ces bouches, ces yeux qui vous ont emmen\u00e9s ailleurs et qui vous reviennent de face, qu\u2019est-ce qui se passe ? Lui, il a rien senti sur le coup, \u00e7a veux pas dire qu\u2019il ne se passe rien car tout \u00e7a, il a r\u00e9fl\u00e9chi, \u00e7a met du temps \u00e0 revenir \u00e0 soi. Et puis comment \u00e7a se passe ? est-ce que \u00e7a comble des cases vides qui n\u2019attendent que cela ou \u00e7a remplace de l\u2019existant, que \u00e7a fout dehors et que \u00e7a aille voir ailleurs si je m\u2019y trouve\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a, c\u2019est pour les autres, pour c\u00e9zigue, le nomm\u00e9 Mr.\u2006 \u2006Tanos, y\u2019a quelque chose de vrill\u00e9. Les autres, il se les fiche bien dans l\u2019\u0153il mais \u00e7a prend un chemin tout bizarre. Un miroir de f\u00eate foraine, \u00e7a repart dans tous les sens et en d\u00e9sordre et \u00e7a fixe rien dans sa cab\u00e8che. Qu\u2019ils se d\u00e9brouillent avec ces morceaux d\u2019eux en vrac ! Il y est pour rien, dispense m\u00e9dical pour prosopagnosie. Lui-m\u00eame, il en est\u2006 victime, il se regarde dans la glace, il y voit un reflet, c\u2019est lui et pas lui, sympt\u00f4me de prosopaTanosie. Il a d\u00e9cid\u00e9 de tout recomposer \u00e0 son envie. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019il est devenu po\u00e8te, sans le savoir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; <strong>chapitre 2, o\u00f9 l\u2019on trouvera la r\u00e9ponse \u00e0 la question cruciale, \u00ab&nbsp;\u00eatre po\u00e8te \u00e0 quoi \u00e7a sert&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Sur la terre tout \u00e0 une fonction, chaque maladie une herbe pour la gu\u00e9rir, chaque personne une mission.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Pourvu de ce viatique, Tanos s\u2019est mis en qu\u00eate de la qu\u00eate du po\u00e8te. Il a regard\u00e9 le nom po\u00e8te, son p, son o, son e avec un \u00e8 son t et \u00e0 la fin son e qui tra\u00eene et qui est un peu comme la cinqui\u00e8me roue de cet attelage. Il a ensuite regard\u00e9 son nom \u00e0 lui, cinq lettres aussi. Pas exactement les m\u00eames, pas le m\u00eame ordre. \u00c0 quoi \u00e7a peut servir de peser tout \u00e7a, de passer les mots \u00e0 la moulinette des sons, de les r\u00e2per, de les touiller et de les tordre dans tous les sens ?<\/p>\n\n\n\n<p>Il se voit raquette \u00e0 la main, cherchant \u00e0 renvoyer les mots \u00e0 coup sec de tamis. \u00c7a ne marche pas comme \u00e7a, \u00e7a passe par tous les trous et \u00e7a continue tout paisiblement sa petite route. Il se voit fouet \u00e0 la main, claquant de la lani\u00e8re mais les mots passent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui en riant. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, se dit-il, il prends un fouet, un autre &#8211; de cuisine &#8211; et il les fait monter en neige. Et cela marche, les mots montent, montent, montent mais \u00e7a continue de monter et \u00e7a part hors la vue, hors les sens. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne se dit-il, et il recommence plusieurs fois, m\u00eames causes diff\u00e9rents effets. Rien ne se reproduit \u00e0 l\u2019identique des fois \u00e7a monte, d\u2019autres \u00e7a descend, \u00e7a part \u00e0 gauche, \u00e0 droite, de biais, en ligne droite ou en courbe. Finalement, Tanos laisse les mots faire leur vie, c\u2019est \u00e0 \u00e7a qu\u2019il sert<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2013 chapitre 3, o\u00f9 l\u2019on verra que la vie de po\u00e8te est sem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches et pas de tout repos&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a peut para\u00eetre simple dit comme \u00e7a mais c\u2019est compliqu\u00e9 de laisser faire les mots. De ne pas les laisser prendre de l\u2019enflure, de ne pas se laisser monter du col. Le po\u00e8te n\u2019est pas du tout le bienvenue. On le regarde du coin de l\u2019\u0153il, y\u2019en a qui voudraient bien garder les mots en troupeaux dociles. Qui voudraient bien les caser l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a leur va bien. Oublier ceux qui g\u00eanent. Le po\u00e8te n\u2019est pas un utilitaire. Il marche en marge des phrases en phase. Les accros des acronymes s\u2019en d\u00e9fient du po\u00e8te. \u00c7a lui vaut des histoires, on lui cherche du projet dans des bureaux, lui toujours du m\u00eame c\u00f4t\u00e9, ses interlocuteurs toujours de l\u2019autre, la bouche pinc\u00e9e. Il doit se cacher pour en avoir de la tranquillit\u00e9. On lui en veux d\u2019avoir des raisons, les siennes \u00e0 lui, et pas celles du temps. Plus il est juste plus il doit se justifier. \u00c7a doit faire peur aux bonnes gens, \u00e7a am\u00e8ne un peu trop d\u2019ombre avec ses mots, un po\u00e8te, \u00e7a sent pas assez la javel et le d\u00e9tergent. \u00c7a pourrait faire douter. Alors c\u2019est fatiguant d\u2019\u00eatre un po\u00e8te faut toujours remettre \u00e7a. Pousser des coins dans la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2013 chapitre 4, o\u00f9 l\u2019on verra Tanos se tirer de deux mauvais pas&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et d\u2019un : s\u2019oublier et se regarder en train de faire. \u00c7a s\u2019ouvre en tout grand devant lui. Tanos  a plong\u00e9 la t\u00eate dans l\u2019eau, mot \u00e0 l\u2019eau, mollo, poumons pleins, un flotteur port\u00e9 dans le courant. Et par degr\u00e9, il s\u2019est enfonc\u00e9, a pris du s\u00e9rieux et du poids, tout \u00e9tait si facile. \u00c7a l\u2019a aspir\u00e9 dans le siphon, \u00e7a tournait \u00e0 l\u2019ivresse, les mots avaient forme de cl\u00e9s, tout \u00e9tait huil\u00e9, les pennes s\u2019ouvraient sans peine, \u00e7a sentait trop le beau, tout bien fich\u00e9. C\u2019\u00e9tait foutu pour de bon. Un choc sourd l\u2019a fait remonter, c\u2019\u00e9tait un coin de r\u00e9el qui lui avait cogn\u00e9 le nez. Il a eu chaud. Il a failli s\u2019asphyxier.<\/p>\n\n\n\n<p>Et de deux : Tanos a voulu devenir un sage. Fini les emballements, les visions fugitives. Il a des jugements bien rassis. Il aspire \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 et \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, celle qui veut le grand V. Ses mots deviennent granit, on s\u2019y fracasse les dents, \u00e7a n\u2019a plus de go\u00fbt. \u00c7a parle de Tout, avec les majuscules mais \u00e7a ne parle plus de rien en vrai. Tanos survole le monde et ne le bouffe plus. C\u2019est bien lisse et sym\u00e9trique mais c\u2019est mort. Il se r\u00e9veille d\u2019un mauvais r\u00eave, balance une latte et envoie valser les mots. Le fracas et la brisure \u00e7a lui a manqu\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2013 chapitre 5, Tanos et la difficile question du r\u00e9el&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tanos se questionne, Tanos se demande si le hasard lui a adress\u00e9 un signe quand il a choisi quasi les m\u00eames lettres pour d\u00e9signer mot et atome. Particule de langage et particule de Monde. Il doit y avoir quelque chose, une cor\u00e9elation. Il faut juste organiser les mots comme il faut, former mati\u00e8re, coloniser le silence ou le trop plein, braver le bavardage et le pr\u00eat \u00e0 parler, emp\u00eacher l\u2019entropie. C\u2019est trop con. Tant de profusion et pourtant le manque. Le bon matos se fait si rare, noy\u00e9 dans la masse, l\u2019informe, l\u2019immonde. Il suffirait de secouer le cocotier, de remettre un peu le leste, de d\u00e9mon\u00e9tiser les mots en cours, ceux devant lesquels on fait courbette, devant lesquels on plie l\u2019\u00e9chine. Tanos se dit qu\u2019il peut retourner ces mots-l\u00e0, leur faire une cl\u00e9 de bras, leur plier l\u2019os, chercher l\u2019articulation et en bon rebouteux remettre tout d\u2019\u00e9querre. Tanos se dit qu\u2019il peut leur refaire une vie, leur redonner du r\u00e9el, enlever la crasse de l\u2019\u00e9vidence, du pr\u00eat \u00e0 penser. Lui-m\u00eame, il ne doit pas s\u2019y laisser prendre, se faire rouler dans la farine et tr\u00e9paner, la cervelle aux vents des vendeurs de confort. Il veut \u00eatre libre, se d\u00e9tacher des piquets, arr\u00eater de tourner court toujours autour des id\u00e9es fixes. Il veut enlever la longe, d\u00e9-lyrer, casser la jolie musique, aller dans le tumultes, centrifuger. S\u2019\u00e9parpiller dans la d\u00e9r\u00e9liction, refaire sens en partant de l&rsquo;inorganis\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8211; Chapitre 1, o\u00f9 l\u2019on verra comment Tanos est devenu po\u00e8te\u00a0 Souvent on l\u2019appelle Tanos. Il r\u00e9pond invariablement, toujours la m\u00eame chose :&nbsp;\u00ab&nbsp;Oui, c\u2019est moi. Comment tu m\u2019as reconnu&nbsp;? \u00bb&nbsp; Souvent on ne le connait pas. Souvent, on le confond. Tiens par exemple, l\u2019autre fois, on l\u2019a arr\u00eat\u00e9. Il marchait dans la rue et on l\u2019a arr\u00eat\u00e9. 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