{"id":119513,"date":"2023-05-15T21:15:19","date_gmt":"2023-05-15T19:15:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=119513"},"modified":"2023-05-15T21:15:20","modified_gmt":"2023-05-15T19:15:20","slug":"revisites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/revisites\/","title":{"rendered":"#revisite #11 I Sarraute, d\u00e9cortiquer l&rsquo;oralit\u00e9 quotidienne"},"content":{"rendered":"\n<p>\u200b\u00ab \u2026 \u00e7a passe le temps \u00bb, il dit cela d\u2019un ton r\u00e9sign\u00e9 comme si c\u2019\u00e9tait une fatalit\u00e9 de laisser passer le temps, de le laisser filer sans rien faire ; une fatalit\u00e9 dans le sens de fatal, mortel, parce que la vie peut \u00eatre ennuyeuse \u00e0 mourir. C\u2019est comme s\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019autres alternatives pour lui que de regarder le temps s\u2019\u00e9couler en se disant que de toutes fa\u00e7ons il ne peut rien y faire puisque rien d\u2019essentiel n\u2019est susceptible d\u2019advenir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab \u2026 j\u2019aime faire des r\u00e9ussites, \u00e7a passe le temps \u00bb, celle-ci prononce ces mots avec une l\u00e9g\u00e8re satisfaction qui lui permet de combler l\u2019absence de qui est parti, de remplir l\u2019attente de qui viendra peut-\u00eatre, avec des petits gestes sans importance comme des alignements de cartes. Alors elle fait des r\u00e9ussites pour oblit\u00e9rer les \u00e9checs en attendant, qui sait, que le temps, dans une d\u00e9flagration \u00e9norme, inverse le cours des chose<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab \u2026 \u00e7a passe le temps \u00bb, il dit cela avec suffisance. Il parle comme s\u2019il \u00e9tait \u00e9ternel, comme si son temps imparti \u00e9tait infini. Il jubile. Il a du temps \u00e0 revendre lui, il peut se permettre de le g\u00e2cher s\u2019il veut. Il dit qu\u2019il n\u2019est pas press\u00e9, qu\u2019il a tout le temps du monde pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab \u2026 \u00e7a passe le temps, \u00e7a ne mange pas de pain, faut bien faire quelque chose\u2026 \u00bb, celle-l\u00e0 d\u00e9teste ces petites phrases qu\u2019on dit mine de rien et qui si l\u2019on n\u2019y prend garde, rabotent l\u2019existence. Quand elle entend ces mots, c\u2019est comme si quelqu\u2019un \u00e9teignait la lumi\u00e8re quelque part, que tout s\u2019affadissait. Elle, elle r\u00eave de grands \u00e9lans, de beaut\u00e9 rugissante et tant pis si le temps lui manque. Elle ne veut pas d\u2019un monde r\u00e9tr\u00e9ci o\u00f9 elle cheminerait en pi\u00e9tinant, t\u00eate baiss\u00e9e. Elle ne va pas attendre patiemment que le temps passe et sa vie avec. Elle s\u2019invente des jours en plus. Par exemple Jevoudi : jour pour faire tout ce que je n\u2019ai pas eu le temps de faire aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>#revisite #10 I des sons, des bruits, des voix<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019habite le bruit du vide-ordures de mon immeuble d\u2019enfance. Entre deux \u00e9tages, face \u00e0 l\u2019ascenseur, la porte du local grince. Derri\u00e8re, dans la p\u00e9nombre, le lourd rabat en fonte du vide-ordures coulisse\u00a0dans un raclement m\u00e9tallique\u00a0lorsqu\u2019on le pousse vers le haut. Il avale bruyamment son lot de d\u00e9chets quotidiens.\u00a0Je vis avec les bruits plus ou moins amortis des boites de conserve, r\u00e9cipients en verre, d\u00e9chets v\u00e9g\u00e9taux pli\u00e9s dans du papier journal, petites cagettes en bois d\u00e9chiquet\u00e9es pour pouvoir entrer dans la gueule du monstre. Je vis avec leurs d\u00e9gringolades sonores. Se souvenir de chacun des bruits g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la chute d\u2019objets jet\u00e9s dans le vide ordures c\u2019est se souvenir des battements et turbulences de l\u2019enfance : Claquement sec, fracas se r\u00e9percutant d\u2019\u00e9tage en \u00e9tage en \u00e9chos, explosion, frottement, cliquetis, chuintement, rebonds qui d\u2019assourdissants deviennent feutr\u00e9s. Chaque d\u00e9chet propose sa propre d\u00e9flagration. Se souvenir aussi de ma perruche morte, jet\u00e9e dans le vide-ordures en mon absence, sans que je n\u2019en sache rien. Imaginer le bruit minuscule de son petit corps sans vie, frou-frou provoqu\u00e9 par l\u2019effleurement des plumes turquoises sur la fonte sombre et sale. Bruit t\u00e9nu, bref, presque inaudible et pourtant assourdissant dans sa reconstitution \u00e0 posteriori.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019habite le bruit de l\u2019ascenseur qui n\u2019arr\u00eate pas de monter et de descendre. Le bruit de son moteur poussif, le bruit de l\u2019ouverture de sa lourde porte bleue qui se referme brutalement et claque, le bruit de la grille en m\u00e9tal \u00e0 d\u00e9plier et fixer pour que l\u2019ascenseur puisse se mettre en route : bruits proches, puissants ou lointains qui s\u2019amenuisent, crescendo ou decrescendo. Dans mon lit d\u2019enfant le soir, les bruits de l\u2019ascenseur racontent qui rentre, qui part, qui revient et mon oreille exerc\u00e9e reconna\u00eet \u00e0 la force ou \u00e0 la faiblesse des sons qui me parviennent, l\u2019\u00e9tage concern\u00e9 parmi les 12 de l\u2019immeuble. Apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e bruyante de l\u2019ascenseur \u00e0 mi palier, un bruit de pas r\u00e9sonne sur l\u2019escalier carrel\u00e9 : claquement sec de talons chaloup\u00e9s ou pr\u00e9cipit\u00e9s, bruit sourd de pas lourds ou galops d\u2019enfant, suivis la plupart du temps du bruit de la cl\u00e9 dans la serrure, avec parfois un choc sonore sur le sol quand la cl\u00e9 glisse des mains et tombe ou le tintement des cl\u00e9s en trousseau reli\u00e9es les unes aux autres quand il s\u2019agit de trouver la bonne, celle qui ouvrira la porte. Mais chez qui? chez nous ?&nbsp;&nbsp;chez la voisine d\u2019en face ? les voisins du dessus ou du dessous ? porte droite ou porte gauche ? Parfois,&nbsp;pas de cl\u00e9, juste le bruit des pas qui s\u2019arr\u00eatent devant une porte, court silence suspendu suivi d\u2019un coup de sonnette classique : ding dong. Seule une attention pr\u00e9cise permet de d\u00e9terminer la provenance du tintement indiquant de quelle porte il s\u2019agit.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019habite les colonnes d\u2019eau qui traversent de haut en bas les 12 \u00e9tages de l\u2019immeuble. Car l\u2019eau tombe c\u2019est bien connu : ruissellement des eaux us\u00e9es, cascade de chasse d\u2019eau dans les tuyaux. Qui se lave ? Qui fait la vaisselle ? Qui sort des toilettes ? Ici, pas de secret. Il y a aussi le glouglou de l\u2019eau du chauffage par le sol qui court, gazouille et clapote sous le Tapiflex bleu. Ronronnement rassurant qui tient le monde au chaud. Cet immeuble est un enveloppe protectrice,&nbsp;puissante et grondante, \u00e0 la tuyauterie complexe, o\u00f9 l\u2019eau circule, chante et s\u2019\u00e9panche.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019habite une communaut\u00e9 vivante et sonore. Cris du b\u00e9b\u00e9 qui ne veut pas dormir la nuit. Une voix s\u2019\u00e9nerve \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage du dessus&nbsp;ou du dessous ? Et si c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ? Une radio lointaine s\u2019invite soudain. Un t\u00e9l\u00e9viseur bourdonne. Une porte claque. Un objet tomb\u00e9 ou lanc\u00e9 rebondit ou se fracasse. Tout s\u2019entend et se sait car les bruits qui racontent sont partout. Il circulent librement au travers des sols, plafonds, tuyaux, portes ouvertes, entreb\u00e2ill\u00e9es ou ferm\u00e9es, vitres de l\u2019appartement. Une fen\u00eatre s\u2019ouvre, une femme appelle quelqu\u2019un quelque part. Au dehors, voix d\u2019enfants qui rient, pleurent et s\u2019apostrophent.&nbsp;Au pied de l&rsquo;immeuble bruissement des grands peupliers.&nbsp;Moteur d\u2019avion en provenance d\u2019Orly. Criaillement des mouettes qui venant de l\u2019oc\u00e9an glissent sur la Seine ou sifflement des martinets qui rasent le sol juste avant que l\u2019orage n\u2019\u00e9clate. Bruit du vent qui g\u00e9mit ou se fracasse contre la barre en b\u00e9ton, faisant vibrer la baie vitr\u00e9e du salon. Pluie ou gr\u00eale qui mart\u00e8lent les carreaux c\u00f4t\u00e9 ouest.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019habite un immeuble, grand corps vivant, bruyant, qui n\u2019arr\u00eate jamais son bourdonnement r\u00e9confortant et moi, comme une enfant qui grandit dans le ventre de sa m\u00e8re, je l\u2019\u00e9coute de l\u2019int\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019abri.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">revisite #09 I A nul moment je n&rsquo;ai d\u00e9crit votre visage<\/h2>\n\n\n\n<p>Elle a dit : fermez les yeux, laissez tomber les \u00e9paules, respirez amplement. Posez vos paumes ouvertes sur votre front, tempes, arcades sourcili\u00e8res, yeux, paupi\u00e8res, creux des orbites, creux au dessus des l\u00e8vres, bouche, m\u00e2choires, menton, cou, remontez par les oreilles, caressez le cr\u00e2ne\u2026 J\u2019ai&nbsp;senti le frais, la douceur sous mes paumes, j\u2019ai palp\u00e9 avec recueillement les reliefs du vivant puis j\u2019ai laiss\u00e9 mes mains creuser la boule de terre pos\u00e9e devant moi et c\u2019est toi qui es venu, avec ta tendresse, ta lassitude et tes sourcils broussailleux.<\/p>\n\n\n\n<p>rides du lion<br>pliss\u00e9 solaire<br>sillon nasog\u00e9nien<br>pattes d\u2019oie<br>pli d\u2019amertume<br>c\u2019est bavard un visage, m\u00eame tu.<\/p>\n\n\n\n<p>mobilit\u00e9 extr\u00eame de ce visage \u00e0 mettre en parall\u00e8le avec l\u2019incapacit\u00e9 de le fixer, en t\u00e9moigne les photos, toutes rat\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9sir de glisser le doigt dans la profondeur du pli&nbsp;qui part du nez, va jusqu\u2019au coin des l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>la bouche immense, d\u00e9vorante, est devenue plus petite au fil des ans jusqu\u2019\u00e0 presque dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>ce matin, ton visage ? fen\u00eatre aux volets clos.<\/p>\n\n\n\n<p>quand je te regarde de pr\u00e8s, o\u00f9 est-ce que je te regarde ? entre les deux yeux ou l\u2019\u0153il droit ? l\u2019\u0153il gauche ? je fixe ou je balaye ? Rien n\u2019est clair. Pourtant c\u2019est bien toi, je te reconnais.<\/p>\n\n\n\n<p>quand je te regarde c\u2019est la multiplication des yeux.<br>quand je te regarde je ne sais plus o\u00f9 je suis.<\/p>\n\n\n\n<p>m\u00eame dans le noir je connais la couleur de tes yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>tu pr\u00e9f\u00e8res une bouche qui mord ou une bouche qui dort ?<br>des yeux de brume ou des yeux d\u2019acier ?<br>un front haut ou un front but\u00e9 ?<br>des m\u00e2choires fuyantes ou carr\u00e9es ?<br>une moue boudeuse ou rieuse ?<\/p>\n\n\n\n<p>chez certains les murs sont tapiss\u00e9s de miroirs, chez toi, rien. Comme si tu craignais de te croiser et pire de te reconna\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 la cuisson, ton visage a explos\u00e9, s\u2019est r\u00e9duit en poussi\u00e8re dans le four \u00e0 terre. Je refuse de te sculpter \u00e0 nouveau, tu deviendrais un autre.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"># revisite I Novarina, l&rsquo;autobiographie aux noms propres<\/h1>\n\n\n\n<p>\u200b<strong>Tape 1 Villeneuvoise<\/strong><br>Maison Alfort, Alfortville, Mongeron Crosnes, Villeneuve Triage, Villeneuve Saint Georges. L\u00e0, m\u00eame loin, s\u2019inscrire dans la lign\u00e9e maternelle des anc\u00eatres Altilig\u00e9riens : Jean, Auguste, Victorin, visages carr\u00e9s, poils roux, yeux clairs tombants. Na\u00eetre sous les avions d\u2019Orly o\u00f9 les fleurs ne poussent que sur les dessus de lit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tape 2 Ponote<\/strong><br>Saint-Michel d\u2019aiguilhe, mus\u00e9e Crozatier, grimper dans la couronne de Notre Dame de France, s\u2019y sentir minuscule. Traverser le Dolaizon et ses algues pour rejoindre la Roche-Arnaud avec Robert, Marius et Gironde et le p\u00e9p\u00e9 du Puy, qui est mort dans son lit trop haut. Tata Odile, frivole, se met du vernis \u00e0 ongles achet\u00e9 boulevard Saint-Louis, Saint Louis d\u2019accord, mais qu\u2019est-ce que \u00e7a change ? Arriv\u00e9e de la 404 break \u00e0 la ribambelle famili\u00e8re : Gaston, M\u00e9lina, Michel, Chantal, Annie, C\u00e9cile, Philippe qui n\u2019en finissent pas de sortir de la cam\u00e9ra super 8.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tape 3 Vaunacoise<\/strong><br>Mont Gerbier des Joncs, Meygal, suc d\u2019Eyme. Peigner les myrtilles aux A\u00efgues. D\u00e9nicher la source de la Loire, \u00e0 Saint-Martial ou Sainte Eulalie ? La suivre jusqu\u2019\u00e0 la digue de Souchiol, en kayak rejoindre Coubon, Rosi\u00e8res, Retournac. Les truites poussent sous les pierres du Ramel. Dans le Merdant, \u00e9viter les moustaches des mi poissons, mi chats. \u00c0 Vaunac, Monsieur Charbonnier fils pour dire \u00ab&nbsp;\u00e7a va \u00bb, dit \u00ab \u00e7a fait\u00bb. Chez les Gibert, le cochon s\u2019est \u00e9chapp\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tape 4&nbsp;Evryenne<\/strong><br>Se souvenir de la R\u00e9sidence du Parc du Ch\u00e2teau, de la rue De Gabrieli o\u00f9 officie la doctoresse au chignon serr\u00e9 et ses sirops. Se confesser \u00e0 Saint-Pierre Saint-Paul. Tracer de l\u2019\u00e9cole Levasseur \u00e0 celle du Mar\u00e9chal Leclerc. La directrice Madame Moulin bat des mains, madame Baverelle et son nom vieux et doux comme elle, madame Courillon et son couillon de fils, mademoiselle Caminade, surnomm\u00e9e par les fillettes aux fronts but\u00e9s : cannibale, cabinet, celle-l\u00e0, foutrement m\u00e9chante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tape 5 Savignienne<\/strong><br>Passage des acacias, rue des Saules, une nouvelle ville paysag\u00e9e o\u00f9 s\u2019enraciner ? Plessis le Roi ou la For\u00eat ? Planter un cerisier Burlat, un bigarreau Napol\u00e9on, un Mirabellier, un Reine Claude, le noisetier de la cousine Ir\u00e8ne, le rosier de la tata M\u00e9lina, les lauriers de Milou, le ch\u00e8vrefeuille de Th\u00e9r\u00e8se et Etienne, les ancolies de Janine. Faire pousser des enfants filles aux cheveux fins et blonds.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quand les souvenirs \u00e0 petite tapes font parfois des bleus, les noms propres eux r\u00e9sistent \u00e0 tout d\u00e9tournement. Drap\u00e9s derri\u00e8re leurs majuscules ils ne bougent pas d\u2019un iota et pourtant, franchement, leur potentiel de transformation est r\u00e9el, mais non.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><br>#revisite #6 I trajet, verbes, du continu et du discontinu<\/h2>\n\n\n\n<p>Pas, pas, pas, portillon en bois, referm\u00e9 sur la maison aux volets clos. Rang\u00e9es de saules immenses bordant le canal. Derri\u00e8re les feuilles vertes effil\u00e9es qui se balancent, l&rsquo;immeuble de Rapha\u00eblle qui barre le ciel d\u2019un large trait rouge dans le jour naissant. Chant omnipr\u00e9sent des grenouilles qui s&rsquo;aiment.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chemin gris b\u00e9tonn\u00e9, rectiligne, travers\u00e9e d&rsquo;une colonie de gendarmes rouge et noir. A part eux, personne, ni sur l&rsquo;all\u00e9e, ni sur l&rsquo;herbe, ni pr\u00e8s de l\u2019eau ni loin. Les feuilles des saules s&rsquo;agitent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pont gris b\u00e9tonn\u00e9, construction carr\u00e9e. Franchissement d\u2019une eau sombre qui frissonne, peupliers argent\u00e9s bordant les rives du canal qui s&rsquo;\u00e9largit en \u00e9tang. A son bord, montagne de briques \u00e0 escalader, attention \u00e0 ne pas glisser. Ville paysage, dormante.<\/p>\n\n\n\n<p>Course le long de la haie de lauriers qui borde les jardins. Pieds mouill\u00e9s dans l&rsquo;herbe haute. Sauter pour regarder par dessus les buissons verts. L\u00e0, un cerisier bigarreau napol\u00e9on aux branches lourdes, charg\u00e9es, g\u00e9n\u00e9reuses. Escalader le grillage pour attraper une poign\u00e9e de fruits presque m\u00fbrs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Acc\u00e9l\u00e9ration du pas, descente le long du petit bois. Plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9. Inqui\u00e9tude du regard qui cherche la lumi\u00e8re entre les troncs noirs. Les lueurs frileuses des r\u00e9verb\u00e8res dessinant des ombres inqui\u00e9tantes sur le chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Trou\u00e9e entre les branchages. Rose le ciel au-dessus du terrain de basket, face \u00e0 l\u2019\u00e9cole du R\u00e9veil matin. Rassurant halo clair.&nbsp; Attendre le bruit de la lourde cl\u00e9 qui grince dans la serrure du grand portail m\u00e9tallique vert pour ouvrir la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#revisite #5 I Le \u00ab\u00a0tu\u00a0\u00bb de Charles Juliet<\/h2>\n\n\n\n<p>Tu es le dernier d\u2019une fratrie de six enfants. Tu es petit et tes parents sont vieux. Tes s\u0153urs t\u2019emm\u00e8nent r\u00e9guli\u00e8rement au cin\u00e9ma car tu es capable de m\u00e9moriser les chansons des films. Pour que tu puisses profiter de la s\u00e9ance, elles replient leurs manteaux, les empilent les uns sur les autres&nbsp;sur l\u2019assise de ton fauteuil. Comme tu as quatre s\u0153urs cela monte tr\u00e8s haut. A la fin du film, de retour \u00e0 la maison, elles te font r\u00e9p\u00e9ter les m\u00e9lodies entendues et leurs paroles.&nbsp;Tu es leur jukebox vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la classe unique du village, tu as beau \u00eatre le plus petit, tu es celui que l\u2019instituteur interroge chaque fois que l\u2019inspecteur de l\u2019\u00e9ducation nationale vient en visite. Tu es capable de r\u00e9citer tout ce qu\u2019on te demande. Tu impressionnes l\u2019inspecteur et l\u2019aura de ton ma\u00eetre et de la classe s\u2019en trouve renforc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu as failli mourir tellement de fois depuis ta naissance, de maladies graves ou d\u2019accidents.&nbsp;Tu es ce qu\u2019on appelle en patois velave un \u00ab&nbsp;chani&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire quelqu\u2019un de particuli\u00e8rement menu mais coriace.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu es le seul de ton village \u00e0 acc\u00e9der au coll\u00e8ge. Tu pr\u00e9f\u00e8rerais rester chez toi, faire les foins avec ton frangin, couper du bois avec ton p\u00e8re pour r\u00e9chauffer la maisonn\u00e9e en hiver ou faire du rod\u00e9o sur le gros b\u00e9lier de la ferme avec les copains, mais tu dois partir. Tout le monde te dit que c\u2019est une chance. Tu deviens pensionnaire chez les fr\u00e8res \u00e0 Ysssingeaux et tu deviens ath\u00e9e. Tu penses mourir d\u2019ennui et de chagrin malgr\u00e9 la litt\u00e9rature, la po\u00e9sie que tu d\u00e9couvres. Les murs sont trop \u00e9pais, les arbres rares et les fen\u00eatres \u00e9troites. Les autres gar\u00e7ons t\u2019aiment beaucoup. Toi, pas trop. Tu te sens \u00e9tranger parmi eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont trois enfants \u00e0 \u00eatre n\u00e9s avant&nbsp;la guerre : deux filles et un gar\u00e7on et trois apr\u00e8s : deux autres filles et toi. Tu es le petit dernier, celui qu\u2019on n\u2019attendait plus, le plus ch\u00e9tif de tous. Ta m\u00e8re te donne chaque matin une cuiller\u00e9e \u00e0 soupe d\u2019huile de foie de morue.<\/p>\n\n\n\n<p>Au village, avec ton copain Jean Tranchard vous p\u00eachez les truites \u00e0 la main dans la Sum\u00e8ne et vous les vendez \u00e0 la Grande Auberge sur la route de Firminy.<\/p>\n\n\n\n<p>Ta sp\u00e9cialit\u00e9 en cuisine, c\u2019est le repas \u00e0 base de ch\u00e2taignes. Ainsi, tu sais pr\u00e9parer la soupe de ch\u00e2taignes, faire griller des ch\u00e2taignes sur un barbecue improvis\u00e9 ou r\u00e9aliser des g\u00e2teaux aux ch\u00e2taignes.<br>Sinon tu ma\u00eetrises parfaitement l\u2019omelette \u00e0 la ciboulette et les fricass\u00e9es de champignons que tu cueilles dans les pr\u00e9s et les bois : girolles, trompettes de la mort, lactaires, ros\u00e9s des pr\u00e9s, mousserons, bolets\u2026 Tu connais tous les bons coins.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ton ami Raymond, tu r\u00eaves de gagner l\u2019Eurovision. Tu \u00e9cris des chansons et Raymond, qui n\u2019est pas encore mort \u00e0 cause d\u2019une anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale suite \u00e0 l\u2019extraction de ses dents de sagesse, compose la musique. Tu as une voix de t\u00e9nor magnifique.<\/p>\n\n\n\n<p>A Paris, tu te fais renverser par une voiture sur un passage pi\u00e9ton, boulevard Diderot. Ton m\u00e9nisque est r\u00e9duit en bouillie. Tu regrettes de ne pas avoir pu r\u00e9aliser ton r\u00eave : courir le marathon de Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu as toujours eu peur de la folie, de la tienne surtout. Peur de ne pas \u00eatre comme les autres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tu aimes les ha\u00efkus. Tu excelles dans l\u2019\u00e9criture de ces courts po\u00e8mes japonais. Le probl\u00e8me c\u2019est que tr\u00e8s vite, pour toi, tout devient pr\u00e9texte \u00e0 Ha\u00efkus. Tu te r\u00e9veilles en Ha\u00efkus, tu respires en Ha\u00efkus, tu aimes en Ha\u00efkus, tu penses en Ha\u00efkus et la nuit tu r\u00eaves en Ha\u00efkus.<\/p>\n\n\n\n<p>Ton plus grand bonheur, c\u2019est creuser la terre, travailler le bois ou fabriquer des cabanes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des p\u00e9riodes de ta vie dont tu ne parles jamais. Toi qui es si bavard, cela devient suspect.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu as rencontr\u00e9 Jeanne chez ton fr\u00e8re. Elle aidait ta belle-s\u0153ur apr\u00e8s la naissance d\u2019un nouvel enfant. Tu ne dis rien de cette rencontre si ce n\u2019est la beaut\u00e9 de la chevelure de Jeanne, impressionnante.<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#revisite #3 I un lieu, des temps, Duras, \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9t\u00e9 80\u00a0\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p><br>Il ne fait jamais noir ici, enfin presque jamais. A toute heure de la nuit, une faible lueur passe au travers des fentes des volets. Elle est si t\u00e9nue, si fragile qu\u2019elle effleure \u00e0 peine les corps odorants et chauds, blottis sous la couette l\u2019un contre l\u2019autre, qui dorment et respirent. C\u2019est la lumi\u00e8re de la lune. Elle s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans le ciel, derri\u00e8re le pin parasol \u00e0 l\u2019angle de l\u2019immeuble et passe au-dessus du quartier des moulins. Elle se m\u00eale aux lueurs de la ville qui se faufilent de toits en toits pour arriver jusqu\u2019ici, au bout de l\u2019impasse. A l\u2019int\u00e9rieur les couleurs des murs ont disparu, plus de jaune, plus d\u2019orange ni de rose. Quatre tableaux sans \u00e9clats dessinent des carr\u00e9s sombres de-ci del\u00e0 et les feuilles peintes avec amour sur l\u2019armoire s\u2019effacent dans l\u2019obscurit\u00e9. Les r\u00e9veils de chaque c\u00f4t\u00e9 du lit, \u00e9gr\u00e8nent les minutes de la nuit, tous deux en chiffres rouges, avec toutefois une minute et trente secondes d\u2019\u00e9cart qui les s\u00e9pare l\u2019un de l\u2019autre. Au lointain, la t\u00e9l\u00e9 de la vieille dame de la maison de derri\u00e8re ronronne. Ici la nuit n\u2019est jamais silencieuse. Parfois le coucou de l\u2019entr\u00e9e chante et au-del\u00e0 des murs, le bourdon r\u00e9gulier des voitures, des camions, des motos ralentit progressivement jusqu\u2019\u00e0 presque dispara\u00eetre, pour reprendre peu \u00e0 peu et s\u2019amplifier au matin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce est encore dans la p\u00e9nombre derri\u00e8re les volets bleus ferm\u00e9s, la lumi\u00e8re perce \u00e0 peine. Le bruit m\u00e9tallique de la cafeti\u00e8re italienne que l\u2019on ouvre, du filtre que l\u2019on sort et que l\u2019on tapote au-dessus de la poubelle pour faire tomber le caf\u00e9 d\u2019hier et le remplir de caf\u00e9 frais arrive dans la pi\u00e8ce et parle du jour qui vient. Le coucou, derri\u00e8re le mur, bat son tic-tac r\u00e9gulier, sonne les demi-heures et les heures. Derri\u00e8re la vitre, pas un oiseau ne p\u00e9pie en cette saison o\u00f9 tout dort. La lumi\u00e8re est blanche. L\u2019ombre des plantes dessine sur la fen\u00eatre un rideau vert ajour\u00e9 et immobile, derri\u00e8re lequel une silhouette \u00e0 l\u2019horizontale attend paisiblement que la vie recommence. C\u2019est la radio r\u00e9gl\u00e9e sur la BBC World service qui rompt le silence, fait irruption dans la pi\u00e8ce, redresse la silhouette. Une belle voix grave rebondit sur les murs : \u00ab\u00a0Hello I\u2019m Jerry Smith\u00a0\u00bb et ce sont tous les malheurs du monde qui entrent avec elle dans la chambre : la guerre en Ukraine, le mandat d\u2019arr\u00eat international contre Vladimir Poutine, le 49.3 vu de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la mer, les r\u00e9fugi\u00e9s Birman pr\u00e8s de la fronti\u00e8re tha\u00eflandaise et c\u2019est sans fin.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re les volets bleus ouverts, le ciel gris de la fin de l\u2019hiver s\u2019accompagne d\u2019un vent quasi permanent qui s\u2019essouffle rarement, secoue le pin parasol, fait danser les rayures des rideaux bleu, violet, indigo, jaune, oranger, rouge. Sur l\u2019appui de la fen\u00eatre une jardini\u00e8re de violettes cornues bleues, blanches et jaunes comme de minuscules pens\u00e9es, mais en miniatures, reste impassible. C\u2019est \u00e0 peine si les p\u00e9tales des fleurs ouvertes fr\u00e9missent. Dans la maison d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, les voix matinales des voisins font le tour du jardin, elles comptent les narcisses, caressent les boutons du jeune p\u00eacher o\u00f9 se devine le rose de la fleur. Un oiseau isol\u00e9 s\u2019essaie \u00e0 ses gammes dans un chant r\u00e9gulier et r\u00e9p\u00e9titif. Un chat noir aux poils longs passe d\u2019un pas de s\u00e9nateur devant la fen\u00eatre. Le vent se calme peu \u00e0 peu. C\u2019est \u00e0 peine si le mobile en bambou s\u2019agite dans le cerisier, faisant claquer en douceur ses rythmes impr\u00e9visibles. L\u2019odeur du caf\u00e9 frais envahit la maison. Plus rien ne bouge.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vent s\u2019est lev\u00e9 \u00e0 nouveau. Il se d\u00e9bat pour passer au fond de l\u2019impasse. En vain, voie sans issue. Il rabat les gouttes d\u2019eau sal\u00e9e sur les carreaux de la fen\u00eatre, tout devient flou. \u00c7a s\u2019agite au dehors : arbres aux branches nues, pin parasol qui plie et se tord, silhouettes press\u00e9es qui gagnent un abri. Dans le ciel des nuages hauts et sombres galopent d\u2019ouest en est. Le seul \u00e0 garder son rythme r\u00e9gulier c\u2019est le coucou de l\u2019entr\u00e9e qui annonce le temps des jours et des nuits sans discontinuer, du moment qu\u2019une main pense \u00e0 tirer sur les cha\u00eenes m\u00e9talliques orn\u00e9es de poids en forme de pommes de pin, pour le remonter. Plus de chant d\u2019oiseau au dehors mais le claquement de la pluie qui s\u2019abat et rebondit sur le b\u00e9ton de la terrasse. Le marque-page du livre pos\u00e9 sur le chevet a chang\u00e9 de place, le verre d\u2019eau est \u00e0 moiti\u00e9 vide. Un corbeau enrou\u00e9 croasse. Dans les draps d\u00e9faits la ti\u00e9deur des corps en all\u00e9s persiste. De la cuisine, m\u00eame si personne n\u2019est plus ici pour l\u2019entendre, parvient le bruit des tasses qui s\u2019entrechoquent et que l\u2019on glisse dans le lave-vaisselle. La porte d\u2019entr\u00e9e claque. Dans la chambre d\u00e9sert\u00e9e les tableaux accroch\u00e9s aux murs ont repris leurs couleurs et chacun \u00e0 sa place dessine son paysage familier. Les carr\u00e9s de miroir dispos\u00e9s au-dessus du lit scintillent et renvoient la lumi\u00e8re du dehors, malgr\u00e9 le gris.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#revisite #02 I passage Artaud oblig\u00e9<br><\/h2>\n\n\n\n<p>\u00e7a ne respire plus \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur thorax p\u00e9trifi\u00e9 diaphragme \u00e0 l\u2019arr\u00eat la main droite s\u2019\u00e9chappe se tord le long de la jambe se recroqueville semoule dans le cerveau rien ne s\u2019\u00e9coule o\u00f9 me suis-je r\u00e9tr\u00e9cie retir\u00e9e disparue implosion massive l\u2019abdomen s\u2019effrite rien ne tient seul le contour du corps persiste comme si j\u2019existais encore<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#revisite #01 I P\u00e9rec, notes concernant ma table de travail<br><\/h2>\n\n\n\n<p>Plateau&nbsp;large en bois clair, arrondi en creux en son centre. C\u2019est dans ce creux l\u00e0 que j\u2019\u00e9cris, comme dans un nid, face \u00e0 un \u00e9cran d\u2019ordinateur et un clavier que je peux repousser jusqu\u2019au mur pour faire de la place et disposer d\u2019un espace vide devant moi o\u00f9 \u00e9taler livres, feuilles et cahiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plateau :&nbsp;petite pierre volcanique noire rapport\u00e9e d\u2019un voyage dans le grand nord \/&nbsp;pile de 3 cahiers et 2 carnets, chacun a sa fonction, \u00e0 lignes, quadrill\u00e9s ou feuilles blanches (peu importe, il y a longtemps que je n\u2019\u00e9cris plus sur les lignes) \/&nbsp;pot en argile blanche, fait main (avec traces de doigts), contenant d\u00e9s, taille-crayon, minuscules \u00e9pingles \u00e0 linge et une amande rapport\u00e9e de Delphes, encore blottie dans sa gangue de velours p\u00e2le \/&nbsp;bo\u00eete de punaises en plastique transparent \/&nbsp;fond de bo\u00eete rectangulaire en m\u00e9tal argent\u00e9 avec agrafeuses, agrafes, blanco (surement s\u00e9ch\u00e9 car jamais utilis\u00e9, je pr\u00e9f\u00e8re les ratures) \/casier en bois avec plusieurs compartiments \u00e9chelonn\u00e9s du plus petit au plus grand contenant fouillis de trousses, r\u00e8gles, feutres, marqueurs, lunettes de soleil, \u00e9lastiques \/ deux&nbsp;pots \u00e0 crayons en verre (bocal \u00e0 confiture), en m\u00e9tal (cache pot) avec feutres, stylos, ciseaux.<\/p>\n\n\n\n<p>De chaque c\u00f4t\u00e9 du plateau, des barres m\u00e9talliques supportent deux \u00e9tag\u00e8res.<br>Sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re&nbsp;du bas (\u00e0 port\u00e9e de mains) :&nbsp;dictionnaires \/&nbsp;photos \/&nbsp;petite pomme de pin ramen\u00e9e de Haute-Loire, autrement dit : \u00abbabet\u00bb, &nbsp;mot patois de chez nous, ce que j\u2019ignorais puisque ce mot faisait partie de mon vocabulaire, &nbsp;jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un jour une prof de lettres en 6<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;me demande de parler fran\u00e7ais \/&nbsp;poign\u00e9e de marrons (j\u2019aime les marrons au sortir de leurs bogues ; rien n\u2019est plus beau, plus brillant, plus lisse qu\u2019un marron neuf &nbsp;et rien ne me parle mieux de l\u2019enfance que les marrons mis \u00e0 part les \u00abbabets\u00bb, m\u00eame si, et c\u2019est dommage, les marrons se racornissent en s\u00e9chant tandis que les \u00abbabets\u00bb s\u2019ouvrent) \/&nbsp;s\u00e9rie de 10 poup\u00e9es chinoises (2,5 cm), en pl\u00e2tre, peintes \u00e0 la main, provenant du march\u00e9 de Xian en Chine \/&nbsp;Post-it bleus, roses et blancs \/ lampe de bureau articul\u00e9e en m\u00e9tal blanc.<br>Sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re du haut : pile de DVD de captations de spectacles r\u00e9alis\u00e9es entre 2002 et 2012 avant l\u2019utilisation de serveurs en ligne \/ 2\u00e8me s\u00e9rie de poup\u00e9es chinoises, 8 en bois, plus grandes (3,5 cm), v\u00eatues de costumes et coiffes traditionnelles de diff\u00e9rentes r\u00e9gions de Chine \/&nbsp;deux girafes en laine bouillie filiformes et articul\u00e9es \/un chien et un \u00e2ne aux couleurs flamboyantes en tissu brod\u00e9 \/&nbsp;une chouette en porcelaine que je conserve pr\u00e9cieusement ; au sortir de l\u2019adolescence, &nbsp;par une minuscule ouverture situ\u00e9e sous sa base, nous avons gliss\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur deux lettres d\u2019amour \u00e9crites l\u2019un pour l\u2019autre et nous nous sommes promis de ne jamais chercher \u00e0 les lire (ce qui est de toutes fa\u00e7ons impossible \u00e0 moins de briser la chouette), tant que nous nous aimons.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u200b\u00ab \u2026 \u00e7a passe le temps \u00bb, il dit cela d\u2019un ton r\u00e9sign\u00e9 comme si c\u2019\u00e9tait une fatalit\u00e9 de laisser passer le temps, de le laisser filer sans rien faire ; une fatalit\u00e9 dans le sens de fatal, mortel, parce que la vie peut \u00eatre ennuyeuse \u00e0 mourir. 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