{"id":120447,"date":"2023-04-26T09:23:59","date_gmt":"2023-04-26T07:23:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=120447"},"modified":"2023-04-26T09:24:00","modified_gmt":"2023-04-26T07:24:00","slug":"plus-obligee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/plus-obligee\/","title":{"rendered":"plus oblig\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p>Aujourd\u2019hui je ne suis plus oblig\u00e9e. J\u2019ai attendu vraiment tr\u00e8s longtemps, depuis les ann\u00e9es sans d\u00e9but. Je reste dans la p\u00e9nombre o\u00f9 maigrit le jour. Elle surgit toujours diff\u00e9rente. Elle frappant, repoussant d\u2019un coup. Elle crochant les volets \u00e0 barreaux. Elle fondant sur moi. Elle porte les draps pli\u00e9s carr\u00e9 ou bien le plateau entre les mains. Elle secoue le chiffon. Parfois elle me soul\u00e8ve dans ses bras. Maman glisse son ombre dans la maison, elle passe en chuchotant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des commodes, elle trace des signes l\u00e9gers et arrondis. Maman \u00e9crit des messages aux fant\u00f4mes du plafond. Elle parlant tout le temps. Elle d\u00e9pla\u00e7ant les murs bougeant les meubles d\u00e9rangeant les revues. Elle m\u00e9langeant sans rien retrouver. Elle commentant le temps qu\u2019il fait, saluant les visages, questionnant \u2026 M\u2019enroule de paroles sans t\u00eates. Bonjour, il faut boire. Je n\u2019ai pas envie. C\u2019est important. Non non et encore non. Allez pour finir, regardez\u00a0! Trois fois rien. Levant le verre devant les yeux, poussant aux l\u00e8vres, versant petite gorg\u00e9e. Allez\u00a0! Toussant, suffoquant mais non puisque je vous dis. Allons encore un peu. Je ne suis plus oblig\u00e9e. Chez-moi. Tranquille quand m\u00eame. Foutez-moi la paix \u00e0 la fin. Je veux laisser le soleil r\u00e2cler en poudre dehors, ignorer la voix qui fait des cercles, se moque. Elle rab\u00e2che n\u2019importe quoi, elle insulte, elle balance toujours ses paquets de mensonges. Elle jalouse, elle minaude, elle qu\u00e9mande. \u00c0 cause d\u2019elle il est mort tout seul, le pauvre bougre. Foutez-moi donc la paix. Assise dans le fauteuil. Le glissement soyeux des pages du livre distrait. Ou bien rien. La l\u00e8vre dessous m\u2019avance, me tremble un peu, liquide. Les yeux me replient d\u2019un trait lourd. Sommeil. Me monte la mousse ti\u00e8de du sommeil. Me gagne l\u2019engourdissement avaleur. Torpeur. Laissez-moi bercer. Laissez-moi filer, soie, coton. Sourires. M\u2019espi\u00e8gle encore un peu dedans, bleu dansant lumineux, peau de rivi\u00e8re. Secousse d\u2019\u00e9paule. Ou rien qui se note. Corps reposant dans la poussi\u00e8re d\u2019ombre douce. Chaleur molle de la langue, souffles. Plus de ces emportements brusques toute chavir\u00e9e, plus de ces coups fulgurants d\u2019avant. Terrible \u00e9vanouie dans le blanc d\u2019oubli. Des fois, pas souvent, \u00e7a me traverse, me retourne par \u00e9clats, \u00e7a me sort l\u2019odeur menthe de la cigarette. N\u2019arr\u00eatent pas les odeurs. Fermer les yeux, boucher les oreilles mais respirer par la bouche\u00a0! \u2013 le froid que \u00e7a peint sur les dents, comme l\u2019envers de br\u00fblure d\u2019une lime minuscule. Tout \u00e0 fait insupportable. C\u2019est ainsi. Enferm\u00e9e dans la prison. Ne me laissez pas ici. La lettre \u00e9crite, bien en \u00e9vidence sur le secr\u00e9taire en bois \u00e9br\u00e9ch\u00e9, \u00e0 l\u2019attention d\u2019elle qui la trouvera, pour mon a\u00een\u00e9\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Toi qui avais la toute confiance, pourquoi tu me laisses ici\u00a0? Tu ne vois pas que je vais mourir ? Pourquoi m\u2019ignores-tu dans l\u2019abandon\u00a0?\u00a0\u00bb La dame qui commande montre\u00a0: vous la reconnaissez\u00a0? et ces mots qui nous inqui\u00e8tent, vous vous rappelez\u00a0? On se demande comment faire pour \u00eatre mieux\u00a0avec vous\u00a0? \u2013 vous pourrez rester manger dans votre chambre si vous pr\u00e9f\u00e9rez, quelqu\u2019un vous proposera, c\u2019est promis, chaque fois. Elle me d\u00e9visage en longueur, ses yeux mangent mes yeux, elle appuie ses mots chacun devant l\u2019autre. Je regarde les griffures sur le papier. Non je n\u2019ai pas \u00e9crit, non ce n\u2019est pas moi. Les jambes lourdes c\u2019est tout mais je n\u2019ai pas mal, non pas mal du tout. C\u2019est du plomb qui a lentement gagn\u00e9, \u00e9pais dans les veines o\u00f9 ne sais quoi, de l\u2019usure transparente au bout des doigts. Du froid dedans jusqu\u2019au bord de la peau et le brouillard dans tout l\u2019autour. Je me d\u00e9chire. Je me fripe. Je m\u2019enfonce en plaques mauves, jaunes violettes. S\u2019ouvrent et se referment. Comme un poisson vrille tordu sur l\u2019herbe. L\u2019odeur pique. P\u00e9n\u00e8tre dans les narines. Vient trifouiller tout au fond, \u00e2cre, mille petits harpons. Les aiguilles plant\u00e9es dans la pelote h\u00e9risson, brillantes, avec les t\u00eates rondes rouges, jaunes, bleues, et c\u2019est doux, chacune \u00e0 tourner entre le pouce et l\u2019index \u2013 ne retiennent plus rien \u2013 \u00e7a glisse, alors je tirerai dessus avec la pince des ongles, mais non plus. La couverture lisse la main douce caresse b\u00e9b\u00e9 d\u2019amour mon amour. La voix accroch\u00e9e au volet ondule sur le parquet entre les traits noirs et blancs. Elle dispara\u00eet. Je me cache. Avant c\u2019\u00e9tait souple. Debout les mains bien \u00e0 plat juste devant les pieds, aucun effort, \u00e7a allait de soi. Parfois ils viennent. Parlent entre eux. Me lisent. Interrogent. Il y a tr\u00e8s longtemps. Je me l\u00e8ve, j\u2019ai \u00e0 faire \u00e0 la cuisine. Je me l\u00e8ve, je pars. Non, pas d\u00e9j\u00e0 voyons, je ne suis pas coiff\u00e9e. Ils disent toujours du mal, je ne comprends pas chaque mot, mais j\u2019entends bien le ton grave des insultes et le mal en cercles, toujours \u00e0 chercher des histoires et en faire en quelque sorte\u2026 Je sais tr\u00e8s bien ce que je dis. J\u2019ai plusieurs chambres, toutes pareilles. Un homme est venu, un vieux. Je ne sais pas ce qu\u2019il voulait, souvent\u00a0ils rentrent, ils tournent autour du lit, ils ouvrent le placard, fouillent dans mes affaires. Mais qu\u2019est-ce-que c\u2019est \u00e7a\u00a0? on n\u2019a jamais vu\u00a0! Ce matin ils m\u2019ont dit il faut aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Allons\u00a0! Et au bras, l\u00e0, l\u2019anneau violac\u00e9 des doigts serr\u00e9s tr\u00e8s fort. Un grand. Il m\u2019a prise, secou\u00e9e, d\u00e9p\u00eachez-vous allons\u00a0! \u00c0 mon \u00e2ge\u00a0! La ma\u00eetresse faisait n\u2019importe quoi. Elle est sortie dans la cour fumer une cigarette, et toutes les \u00e9l\u00e8ves sont rest\u00e9es compl\u00e8tement seules. Elles criaient, elles chahutaient. Mais qu\u2019est-ce-que c\u2019est \u00e7a\u00a0? On n\u2019a jamais vu\u00a0! La ma\u00eetresse, dehors, elle fumait. C\u2019\u00e9tait la grande pagaille. Apr\u00e8s il y a eu une inondation dans la classe, on va finir mouill\u00e9es, elles criaient encore plus, elles couraient dans tous les sens, ou bien noy\u00e9es, et moi je riais je riais, je pensais elles sont compl\u00e8tement folles\u00a0; alors la maitresse m\u2019a vue, elle a dit mais qu\u2019est-ce-que vous faites\u00a0? \u2013 je lui ai dit mais c\u2019est pas moi, c\u2019est pas moi, et puis \u00e0 mon \u00e2ge l\u2019\u00e9cole\u00a0! Je ne suis plus oblig\u00e9e\u00a0! J\u2019ai ri encore, et elle aussi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui je ne suis plus oblig\u00e9e. 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