{"id":120612,"date":"2023-04-28T17:20:54","date_gmt":"2023-04-28T15:20:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=120612"},"modified":"2023-05-09T20:01:28","modified_gmt":"2023-05-09T18:01:28","slug":"techniques-03-derriere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-03-derriere\/","title":{"rendered":"#techniques #03 | Derri\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p>Les silences de mon corps d\u2019arbre, cette chair mutante au gr\u00e9sillement presque imperceptible. Les fr\u00e9missements d\u2019\u00e9corces s\u2019entretissent sous le passage des doigts, de gouttes d\u2019eau, ou la chute d\u2019un cheveu. Le tissu de peau se plisse au gr\u00e9 de mouvements \u2014 ouvrir ou fermer la main, serrer ou desserrer le poing, plisser ou d\u00e9plisser le front \u2014 laissant appara\u00eetre des chemins de sang bleut\u00e9s et sinueux, des motifs de lettres, de formes, de rides, qui s\u2019entrecroisent pouvant laisser croire, \u00e0 un esprit empreint d\u2019imagination, qu\u2019un message muet s\u2019\u00e9crit mais ne sait point se lire. Un court instant on croit pouvoir d\u00e9chiffrer cette \u00e9nigme immobile puis changeante \u00e0 nouveau, l\u2019image semble se d\u00e9voiler, jaillir hors de la peau, ouvrir ses entrailles, puis tout se referme, calfeutre ses dires dans la p\u00e9nombre du corps. Un membre s\u2019\u00e9tire croyant atteindre un infini, une sorte de ciel, un infini pourquoi pas, qu\u2019il ne fera qu\u2019effleurer du bout des doigts au travers de l\u2019entrelacs de lueurs sans v\u00e9ritable lumi\u00e8re. Un autre membre tente alors lui aussi sa chance, d\u00e9doublant un geste dans un fouillis de souffles. Un bouillonnement envahit alors toutes les extr\u00e9mit\u00e9s, pr\u00eates \u00e0 s\u2019extraire pour aller un peu plus loin, l\u00e0 o\u00f9 prendre la lumi\u00e8re, \u00e9tancher le d\u00e9sir qui saisit. Les deux membres lev\u00e9s, \u00e9tir\u00e9s dans l\u2019attente du d\u00e9but ou de la fin de quelque chose, quelques mots peut-\u00eatre mais qui ne viennent pas Entre les bras, entre les branches, quelque chose tente de percer la brume qui recouvre la peau. Des failles, des fractures, des faiblesses de la peau dessinent des d\u00e9tails dont on ne sait plus rien&nbsp;: cicatrices d\u2019un pass\u00e9 \u00e0 jamais enfoui, coups de becs d\u2019oiseaux de mauvais augure, griffures d\u2019un temps qui ne reviendra plus. \u00c9puiser le visible de chaque parcelle de peau, s\u2019attarder un peu sur ce manuscrit d\u2019un autre \u00e2ge o\u00f9 subsistent les traces de p\u00e2les hi\u00e9roglyphes. La peau pleine de taches brunes et de silences d\u2019une vie bien remplie signe l\u2019avenir d\u2019un cr\u00e9puscule imminent. Derri\u00e8re, les silences d\u2019un corps. O\u00f9 se terre une vie bien fragile. L\u2019invisible d\u2019une vie. Comme les pages noircies du carnet que l\u2019on a gliss\u00e9 dans une poche ou dans un sac \u00e0 dos, juste avant une errance, un voyage, quelque escapade solitaire ou une simple marche entre pens\u00e9es \u00e9parses, longeant des ravins couverts de ronces. Tout ce qui s\u2019\u00e9parpille dans les m\u00e9andres d\u2019un cerveau, feuilles mortes du quotidien que l\u2019on oublie de plus en plus vite. Et, dans ce foisonnement, se penser arbre dans le paysage, aller frotter sa peau aux \u00e9corces proches. Faire le choix d\u2019un arbre un particuli\u00e8rement beau ou grand ou singulier. En \u00e9lire un que l\u2019on peut enlacer, poser sa joue tout contre, et r\u00eaver, croire m\u00eame, de se fondre en lui. Que c\u2019est la place o\u00f9 \u00eatre. M\u00ealer ses pieds \u00e0 ses racines, s\u2019enfoncer dans l\u2019humus qui le nourrit. Se tenir dans cette immobilit\u00e9 feinte et laisser le monde venir vers soi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les silences de mon corps d\u2019arbre, cette chair mutante au gr\u00e9sillement presque imperceptible. Les fr\u00e9missements d\u2019\u00e9corces s\u2019entretissent sous le passage des doigts, de gouttes d\u2019eau, ou la chute d\u2019un cheveu. 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