{"id":12080,"date":"2019-08-30T14:56:23","date_gmt":"2019-08-30T12:56:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=12080"},"modified":"2019-08-30T14:56:24","modified_gmt":"2019-08-30T12:56:24","slug":"sachet-de-the-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/sachet-de-the-5\/","title":{"rendered":"sachet de th\u00e9 *5"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/P1010047-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12082\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/P1010047-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/P1010047-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/P1010047-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans nos tasses de th\u00e9 il y aura toujours beaucoup plus que du th\u00e9; il y a nos visages apeur\u00e9s et aimants.<br> <br>1. sachet de th\u00e9 \u00ad&gt; papier &gt; enveloppe &gt; infusion &gt; histoire de Bodhidharma &gt; partout pareil pas pareil &gt; noms &gt; Rosette Red Rose &gt; visages &gt; rituels r\u00e9confort &gt; amer comme la vie &gt; fort comme l&rsquo;amour &gt; doux comme la mort.<br> <br>2. Petit sachet en papier comme une page ou une interface infus\u00e9e \u00e0 d\u00e9crypter. Objet d\u00e9licat, peut \u00eatre en soie, ferm\u00e9, cachet\u00e9, mais translucide, une mousseline repli\u00e9e sur un vrac, une enveloppe diaphane pli\u00e9e broch\u00e9e, un origami botanique ou alimentaire, \u00e9l\u00e9mentaire. Et pourtant c&rsquo;est un objet usin\u00e9 (comme il peut \u00eatre artisanal). \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur : des feuilles s\u00e9ch\u00e9es, pass\u00e9es de mains en mains. Cueillette &gt; fl\u00e9trissage &gt; dessication &gt; roulage &gt; s\u00e9chage &gt; tamisage. La pr\u00e9paration du th\u00e9 diff\u00e8re d&rsquo;un pays \u00e0 l&rsquo;autre, mais dans tous les cas l&rsquo;eau et la chaleur sont pr\u00e9sentes. La chaleur et l&rsquo;eau permettent aux feuilles de gonfler et de d\u00e9gourdir leurs saveurs. Il y a le buveur immobile devant le th\u00e9 en mouvement, les feuilles pass\u00e9es de mains en mains. \u00c0 l&rsquo;origine, la l\u00e9gende de Bodhidharma : on dit que le moine avait fait v\u0153u de ne pas dormir. Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 m\u00e9diter, Bodhidharma se serait assoupi. \u00c0 son r\u00e9veil, furieux, il se coupe les paupi\u00e8res. Les paupi\u00e8res tombent au sol et font naitre le th\u00e9ier, dont les feuilles ressemblent \u00e0 des paupi\u00e8res. La plante est reconnue pour stimuler l&rsquo;attention et peut accompagner celui qui cherche l&rsquo;\u00e9veil. Le th\u00e9 pousse et est bu partout dans le monde, mais partout il n&rsquo;est pas consomm\u00e9 de la m\u00eame fa\u00e7on. Avec lait &gt; sucre &gt; citron &gt; menthe &gt; \u00e9pices &gt; fleurs. Les noms de th\u00e9s font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des lieux (Darjeeling) ou portent des images et une po\u00e9sie (Gunpowder, puits du dragon&#8230;). Il y avait Rosette qui buvait du th\u00e9 Red Rose. Elle gardait toujours la poche de th\u00e9 pour faire une seconde infusion. Les mains de Rosette n&rsquo;ont pas cueilli le th\u00e9, mais elles ont cueilli des fraises des champs et des l\u00e9gumes de jardin. J&rsquo;ai vu ma grand-m\u00e8re Rosette boire le th\u00e9, j&rsquo;ai bu le th\u00e9 avec Ahmed et Chlo\u00e9, je l&rsquo;ai bu avec des inconnus parce que j&rsquo;y \u00e9tais invit\u00e9e et qu&rsquo;on ne refuse pas une invitation \u00e0 boire le th\u00e9, j&rsquo;ai vu les professeurs se cotiser pour acheter une boite de th\u00e9, j&rsquo;ai bu du th\u00e9 au travail pour me calmer. J&rsquo;ai surtout bu du th\u00e9 avec mon amie Sophie.\u00a0\u00a0<br> <br>3. Petit sachet en papier <em>*mais je n&rsquo;ai pas parl\u00e9 de la cordelette*<\/em> comme une page ou une interface infus\u00e9e \u00e0 d\u00e9crypter. Objet d\u00e9licat, peut \u00eatre en soie, ferm\u00e9, cachet\u00e9, mais translucide, une mousseline repli\u00e9e sur un vrac, une enveloppe diaphane pli\u00e9e broch\u00e9e, un origami botanique. <em>*Chaque bout de papier pli\u00e9 me fait penser \u00e0 Christ\u00e8le, qui fait de l&rsquo;origami, et le papier me ram\u00e8ne toujours \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture, bien que j&rsquo;\u00e9crive\u00a0principalement sur \u00e9cran. Explorer les sachets de tisane d&rsquo;hibiscus conserv\u00e9s sur mon bureau pour voir comme le texte peut r\u00e9pondre \u00e0 la mati\u00e8re et vice et versa.*<\/em> Et pourtant c&rsquo;est un objet qui peut \u00eatre usin\u00e9 ou artisanal. <em>*Comme l&rsquo;\u00e9criture*<\/em> \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur : des feuilles s\u00e9ch\u00e9es, pass\u00e9es de mains en mains.\u00a0\u00a0Il y a le buveur immobile devant le th\u00e9 en mouvement, les feuilles pass\u00e9es de mains en mains <em>*les mains, les mains. Ce buveur c&rsquo;est Bodhidharma. Les paupi\u00e8res coup\u00e9es*<\/em> La chaleur et l&rsquo;eau permettent aux feuilles de gonfler de d\u00e9gourdir leurs saveurs. Il y avait Rosette <em>*Rosette est toujours partout dans mon \u00e9criture, l&rsquo;\u00e9criture me ram\u00e8ne toujours au m\u00eame endroit et l&rsquo;origine est une cuisine de campagne de grand-m\u00e8re. Pourquoi avoir pris cet objet sinon pour revisiter cette cuisine, mais encore&#8230; rayer tout jusqu&rsquo;\u00e0 Sophie*<\/em> <s>qui buvait du th\u00e9 Red Rose. Elle gardait toujours la poche de th\u00e9 pour faire une seconde infusion. Les mains de Rosette n&rsquo;ont pas cueilli le th\u00e9, mais elles ont cueilli des fraises des champs et des l\u00e9gumes de jardin. J&rsquo;ai vu ma grand-m\u00e8re Rosette boire le th\u00e9, j&rsquo;ai bu le th\u00e9 avec Ahmed et Chlo\u00e9, je l&rsquo;ai bu avec des inconnus parce que j&rsquo;y \u00e9tais invit\u00e9e et qu&rsquo;on ne refuse pas une invitation \u00e0 boire le th\u00e9, j&rsquo;ai vu les professeurs se cotiser pour acheter une boite de th\u00e9, j&rsquo;ai bu du th\u00e9 au travail pour me calmer.<\/s> J&rsquo;ai surtout bu du th\u00e9 avec mon amie Sophie. <em>*Ramener le lien entre th\u00e9 et po\u00e9sie. Le th\u00e9 autour duquel se fait la rencontre. La cordelette qui nous relie pour \u00e9viter la noyade.*<\/em> Or le th\u00e9 permet \u00ab d&rsquo;oublier les bruits du monde \u00bb, disait Lu Yu. Chasser les frissons et trouver le silence. J&rsquo;ai surtout bu du th\u00e9 avec Sophie en parlant de maternit\u00e9 et de fin du monde. <em>*Effacer le \u00ab je \u00bb le plus possible pour faire plus de place au \u00ab nous \u00bb et pour mise \u00e0 distance.*<\/em> Sophie a lu le livre de Servigne et d&rsquo;autres l&rsquo;ont lu dans l&rsquo;urgence et je ne m&rsquo;y r\u00e9signe pas par peur du d\u00e9sespoir. Tellement d&rsquo;\u00e9nergie mise \u00e0 trouver des moyens pour se calmer. Toute cette agitation ext\u00e9rieure et int\u00e9rieure. Essayer de ne pas tomber dans l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 chronique tout en demeurant lucide, malgr\u00e9 la morosit\u00e9 et les drapeaux rouges. Nous avons bu du th\u00e9 au jasmin et il n&rsquo;y avait pas de bruit, mais beaucoup d&rsquo;amertume. <em>*Sophie dit que nous aimons l&rsquo;amertume et elle a bien raison. L&rsquo;amertume au c\u0153ur du texte. Non pas de la ranc\u0153ur, mais une tristesse m\u00eal\u00e9e de col\u00e8re et de nostalgie. Faire ressortir la distance (m\u00eame physique) entre les deux personnages et la beaut\u00e9 qui existe dans l&rsquo;imperfection des individus, des situations, du monde (r\u00e9f\u00e9rence au kintsugi ou art de la r\u00e9silience)*<\/em> Nous aimons tout ce qui r\u00e2pe le fond de la gorge, qui est imparfait et qui \u00e9meut d&rsquo;humanit\u00e9. Nous sommes toujours insatisfaites. Nous buvons du th\u00e9 \u00e0 notre image, nous ne le sucrons m\u00eame pas, nous essayons de regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face sans trop l&rsquo;\u00e9viter et sans trop de d\u00e9ni. Nous buvons du th\u00e9 les yeux ouverts et des larmes coulent sur nos jours. Il y a la nounou qui place les enfants devant la t\u00e9l\u00e9vision pour faire du m\u00e9nage, les traitements de radioth\u00e9rapie chaque jour pendant 8 semaines, l&rsquo;\u00e9loignement et la distance avec les ami.e.s proches, des images d&rsquo;enfants migrants noy\u00e9s, la \u00ab la\u00efcit\u00e9 \u00bb l\u00e9galis\u00e9e presque en m\u00eame temps que l&rsquo;usage de la marijuana, la mort assist\u00e9e aux cases trop restrictives, le temps pass\u00e9 \u00e0 esp\u00e9rer en faire plus tout en voulant en faire moins, la neuvi\u00e8me baleine qui s&rsquo;\u00e9choue dans le Saint-Laurent. Nous buvons du th\u00e9 les yeux ouverts et des larmes coulent sur nos jours et pendant le temps d&rsquo;un th\u00e9 le bruit devient murmure. On s&rsquo;exerce \u00e0 cultiver le silence et \u00e0 rester calmes, mais \u00e7a prend du temps. Il y a les mains agiles qui fabriquent des jupes qui tournent, les langages invent\u00e9s, les pierres dessin\u00e9es, des maisons o\u00f9 s&rsquo;\u00e9tablir, des parcelles de terre bien d\u00e9sherb\u00e9es, des retours au bercail \u00e0 v\u00e9lo, des chants perp\u00e9tuels et des voix humaines qui s&rsquo;entrem\u00ealent. Entendre le th\u00e9 qui se fait verser <em>*faire filer le texte en fonction des diff\u00e9rentes \u00e9tapes de pr\u00e9paration et de d\u00e9gustation du th\u00e9*<\/em> &gt; prendre la tasse &gt; regarder son contenu &gt; humer &gt; go\u00fbter &gt; d\u00e9poser la tasse et respirer. <em>*La lecture du moment : La vie dans nos for\u00eats de Marie Darrieussecq. Histoire troublante, dystopie r\u00e9aliste o\u00f9 les humains se font cloner pour avoir sous la main des pi\u00e8ces (partie du corps) de rechange. J&rsquo;aime l&rsquo;utilisation des commentaires entre parenth\u00e8ses et en notes de bas de page. J&rsquo;aime les associations d&rsquo;id\u00e9es et la progression de la narration.*<\/em> Ce n&rsquo;est pas une de ces belles tasses de fantaisies comme avait mon autre grand-m\u00e8re, c&rsquo;est un petit verre en c\u00e9ramique avec une inscription dessus. Le verre est fissur\u00e9, lorsque les morceaux se d\u00e9tacheront ils seront recoll\u00e9s. La tasse ne sera pas r\u00e9par\u00e9e avec de l&rsquo;or comme on le fait avec la m\u00e9thode du kintsugi, mais malgr\u00e9 cela, elle sera encore plus belle avec son z\u00e9brage et son costume d&rsquo;abim\u00e9e. Dans cette petite tasse de th\u00e9 il y a les 6 sens. Autour de cette petite tasse de th\u00e9 il y a tellement d&rsquo;amour et de deuils.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br> <br>4. Petit sachet en papier comme une page ou une interface infus\u00e9e \u00e0 d\u00e9crypter. Objet d\u00e9licat, peut \u00eatre en soie, ferm\u00e9, cachet\u00e9, mais translucide, une mousseline repli\u00e9e sur un vrac, une enveloppe diaphane pli\u00e9e broch\u00e9e, un origami botanique. Je t&rsquo;\u00e9cris avec des feuilles de th\u00e9, des feuilles pass\u00e9es de mains en mains. La chaleur et l&rsquo;eau permettent aux feuilles de gonfler de d\u00e9gourdir leurs saveurs. Il y a le bruit du th\u00e9 qu&rsquo;on verse dans les verres. Le th\u00e9, le textes, les teintures et les textures autour desquels se font nos rencontres \u00e0 distance. La cordelette qui nous relie pour \u00e9viter la noyade. Or le th\u00e9 permet \u00ab d&rsquo;oublier les bruits du monde \u00bb, disait Lu Yu. Nous avons pris les tasses, regard\u00e9 leur contenu, hum\u00e9. J&rsquo;ai bu du th\u00e9 avec toi en parlant de maternit\u00e9 et de fin du monde. Tu lisais Pablo Servigne et ses \u00e9crits sur la collapsologie. Je lisais <em>Comment \u00e7a pousse?<\/em>, <em>Qui veut sauver Myrtille la marmotte?<\/em> et <em>Les villes de papier<\/em>. D&rsquo;autres lisaient Servigne dans l&rsquo;urgence et je ne m&rsquo;y r\u00e9signe pas par peur du d\u00e9sespoir. Nous avons bu du th\u00e9 au jasmin et il n&rsquo;y avait pas de bruit, mais beaucoup d&rsquo;amertume. Nous go\u00fbtions l&rsquo;amertume jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;en faire un ch\u00e2le. Ce n&rsquo;est pas une de ces belles tasses de fantaisies comme avait mon autre grand-m\u00e8re, c&rsquo;est un petit verre en c\u00e9ramique avec une inscription dessus : \u00ab d\u00e9baller des biscuits chinois \u00e0 s&rsquo;en percer les doigts pour y trouver l&rsquo;horizon \u00bb. Le verre est fissur\u00e9, lorsque les morceaux se d\u00e9tacheront ils seront recoll\u00e9s. La tasse ne sera pas r\u00e9par\u00e9e avec de l&rsquo;or comme on le fait avec la m\u00e9thode du kintsugi, mais malgr\u00e9 cela, elle sera encore plus belle avec son z\u00e9brage et son costume d&rsquo;abim\u00e9e. Tu dis que nous aimons l&rsquo;amertume et tu as bien raison. L&rsquo;amertume au c\u0153ur du texte. Non pas de la ranc\u0153ur, mais une tristesse m\u00eal\u00e9e de col\u00e8re et de nostalgie \u00e0 cause de la distance. Nous aimons tout ce qui r\u00e2pe le fond de la gorge, qui est imparfait et qui \u00e9meut d&rsquo;humanit\u00e9. Nous sommes toujours insatisfaites. Nous buvons du th\u00e9 \u00e0 notre image, nous ne le sucrons m\u00eame pas, nous essayons de regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face sans trop l&rsquo;\u00e9viter et sans trop tomber dans le d\u00e9ni. C&rsquo;est pour cette raison que nous avons coup\u00e9 nos paupi\u00e8res. Pour ne plus dormir jamais. Pour boire le th\u00e9 les yeux ouverts avec des larmes qui coulent sur nos jours. Il y a la nounou qui place les enfants devant la t\u00e9l\u00e9vision pour faire du m\u00e9nage, les traitements de radioth\u00e9rapie chaque jour pendant 8 semaines, l&rsquo;\u00e9loignement, des images d&rsquo;enfants migrants noy\u00e9s, la \u00ab la\u00efcit\u00e9 \u00bb l\u00e9galis\u00e9e presque en m\u00eame temps que l&rsquo;usage de la marijuana, la mort assist\u00e9e aux cases trop restrictives, le temps pass\u00e9 \u00e0 esp\u00e9rer en faire plus tout en voulant en faire moins, la neuvi\u00e8me baleine qui s&rsquo;\u00e9choue dans le Saint-Laurent. Nous buvons du th\u00e9 les yeux ouverts et des larmes coulent sur nos jours et pendant le temps d&rsquo;un th\u00e9 le bruit devient murmure. Nous d\u00e9posons les tasses et respirons. On s&rsquo;exerce \u00e0 cultiver le silence et \u00e0 rester calmes, mais \u00e7a prend du temps. Il y a les mains agiles qui fabriquent des jupes qui tournent, les langages invent\u00e9s, les pierres dessin\u00e9es, des maisons o\u00f9 s&rsquo;\u00e9tablir, des parcelles de terre bien d\u00e9sherb\u00e9es, des retours au bercail \u00e0 v\u00e9lo, des chants perp\u00e9tuels et des voix humaines qui s&rsquo;entrem\u00ealent. Je lis encore <em>La vie dans nos for\u00eat<\/em> de Marie Darrieussecq. Histoire troublante, dystopie r\u00e9aliste o\u00f9 les humains se font cloner pour avoir sous la main des pi\u00e8ces (partie du corps) de rechange. Autour de cette petite tasse de th\u00e9 il y a tellement d&rsquo;amour et de deuils.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br> <br>5. Petit sachet en papier comme une page ou une interface infus\u00e9e \u00e0 d\u00e9crypter. Je t&rsquo;\u00e9cris avec des feuilles de th\u00e9, des feuilles pass\u00e9es de mains en mains. La chaleur et l&rsquo;eau permettent aux feuilles de gonfler de d\u00e9gourdir les saveurs. Puis, il y a le bruit du th\u00e9 qu&rsquo;on verse dans les verres. Le th\u00e9, nos textes, nos teintures; autour desquels se font nos rencontres \u00e0 distance. La cordelette qui nous relie pour \u00e9viter la noyade. Or le th\u00e9 permet \u00ab d&rsquo;oublier les bruits du monde \u00bb, disait Lu Yu. Nous prenons les tasses, regardons leur contenu, humons. Je bois du th\u00e9 avec toi en parlant de maternit\u00e9 et de fin du monde. Tu lis Pablo Servigne et ses \u00e9crits sur la collapsologie. Je lis <em>Comment \u00e7a pousse?<\/em>,<em> Qui veut sauver Myrtille la marmotte?<\/em> et <em>Les villes de papier<\/em>. Nous buvons du th\u00e9 au jasmin et il n&rsquo;y a pas de bruit, mais beaucoup d&rsquo;amertume. Nous go\u00fbtons l&rsquo;amertume jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;en faire un ch\u00e2le. Et sur ton petit verre de c\u00e9ramique il y a l&rsquo;inscription : \u00ab d\u00e9baller des biscuits chinois \u00e0 s&rsquo;en percer les doigts pour y trouver l&rsquo;horizon \u00bb. Le verre est fissur\u00e9, je me dis que lorsque les morceaux se d\u00e9tacheront je vais les recoller. La tasse ne sera pas r\u00e9par\u00e9e avec de l&rsquo;or comme on le fait avec la m\u00e9thode du kintsugi, mais malgr\u00e9 cela, elle sera encore plus belle avec son z\u00e9brage et son costume d&rsquo;abim\u00e9e. Tu dis toujours que nous aimons l&rsquo;amertume et tu as bien raison. Non pas de la ranc\u0153ur, mais une tristesse m\u00eal\u00e9e de col\u00e8re et de nostalgie \u00e0 cause de la distance et des drapeaux rouges qui poussent partout. Nous aimons tout ce qui r\u00e2pe le fond de la gorge, qui est imparfait et qui \u00e9meut d&rsquo;humanit\u00e9. Nous sommes toujours insatisfaites. Nous buvons du th\u00e9 \u00e0 notre image, nous ne le sucrons pas, nous essayons de regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face et c&rsquo;est pour cette raison que nous avons coup\u00e9 nos paupi\u00e8res. Pour ne plus dormir jamais. Pour boire le th\u00e9 les yeux ouverts avec des larmes qui coulent sur nos jours. Il y a la nounou qui place les enfants devant la t\u00e9l\u00e9vision pour faire le m\u00e9nage, les traitements de radioth\u00e9rapie chaque jour pendant 8 semaines, des images d&rsquo;enfants migrants noy\u00e9s, le temps pass\u00e9 \u00e0 esp\u00e9rer en faire plus tout en voulant en faire moins, la neuvi\u00e8me baleine qui s&rsquo;\u00e9choue dans le Saint-Laurent. Nous buvons du th\u00e9 les yeux ouverts et des larmes coulent sur nos genoux fatigu\u00e9s et pendant le temps d&rsquo;un th\u00e9 le bruit devient murmure. Nous d\u00e9posons les tasses et respirons. Il y a les mains agiles qui fabriquent des jupes qui tournent, les langages invent\u00e9s, les pierres dessin\u00e9es, des maisons o\u00f9 s&rsquo;\u00e9tablir, des parcelles de terre bien d\u00e9sherb\u00e9es, des retours au bercail \u00e0 v\u00e9lo, des chants perp\u00e9tuels et des voix humaines qui s&rsquo;entrem\u00ealent. Je lis aussi <em>La vie dans nos for\u00eats<\/em> de Marie Darrieussecq. Histoire troublante, dystopie r\u00e9aliste o\u00f9 les humains se font cloner pour avoir sous la main des pi\u00e8ces (partie du corps) de rechange. Tu bois ton th\u00e9 en m\u00eame temps que moi sur un autre continent. Autour de nos petites tasses de th\u00e9 il y a autant d&rsquo;amour que de deuils.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br> \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>Cette tasse de th\u00e9 fissur\u00e9e est le symbole d&rsquo;une intimit\u00e9 revendiqu\u00e9e et partag\u00e9e, qui traverse mon \u00e9criture et la cantonne souvent \u00e0 des carnets, perp\u00e9tuels chantiers, et \u00e0 des publications en ligne \u00e9crites toujours \u00e0 la fois dans l&rsquo;urgence, la spontan\u00e9it\u00e9 et l&rsquo;inachev\u00e9. J&rsquo;\u00e9cris par fragments, par petits bouts. Je n&rsquo;ai pas cette chance de pouvoir \u00eatre disciplin\u00e9e et avoir une pratique d&rsquo;\u00e9criture constante et quotidienne, parce que l&rsquo;\u00e9criture sera toujours synonyme de temps vol\u00e9, un geste qui s&rsquo;\u00e9tire sur l&rsquo;oreiller, tandis que je peine \u00e0 garder un \u0153il ouvert et que ma main s&rsquo;endort sur mon crayon.\u00a0Peut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 la fin la seule \u00e9criture qui compte et qui est vraie est celle de nos correspondances.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans nos tasses de th\u00e9 il y aura toujours beaucoup plus que du th\u00e9; il y a nos visages apeur\u00e9s et aimants. 1. sachet de th\u00e9 \u00ad&gt; papier &gt; enveloppe &gt; infusion &gt; histoire de Bodhidharma &gt; partout pareil pas pareil &gt; noms &gt; Rosette Red Rose &gt; visages &gt; rituels r\u00e9confort &gt; amer comme la vie &gt; fort comme <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/sachet-de-the-5\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">sachet de th\u00e9 *5<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":91,"featured_media":12082,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[454],"tags":[1100,1099,16,1101,1097,212,1098],"class_list":["post-12080","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2019-03-cinq-fois-sur-le-metier","tag-bruits","tag-correspondances","tag-ecriture","tag-resilience","tag-sachet","tag-silence","tag-the"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12080","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/91"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12080"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12080\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12082"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12080"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12080"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12080"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}