{"id":121065,"date":"2023-05-03T15:31:38","date_gmt":"2023-05-03T13:31:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=121065"},"modified":"2023-05-03T15:31:39","modified_gmt":"2023-05-03T13:31:39","slug":"03-techniques-corps-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/03-techniques-corps-silence\/","title":{"rendered":"# 03 Techniques corps silence"},"content":{"rendered":"\n<p>\/<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le silence<\/p>\n\n\n\n<p>Le silence, apr\u00e8s sommeil probable, sensation de brutale bascule sur le c\u00f4t\u00e9 sans l\u2019avoir voulue, d\u00e9cid\u00e9e, bruit de d\u00e9rapage avant choc amorti dans le foss\u00e9, frottement comme de sable ou gravillons, silence&nbsp;; \u2026\u2026\u2026&nbsp;; silence dans l\u2019ahurissant constat, c\u2019est arriv\u00e9, la voiture est dans le foss\u00e9, couch\u00e9e, il va falloir sortir par une porti\u00e8re au-dessus, jamais vu, imagin\u00e9, se d\u00e9gager de sacs, bagages, jusqu\u2019aux faisans, cadeaux de lointains cousins, qui ont roul\u00e9 sur la banquette&nbsp;; dans l\u2019instant vient une question, blessure, accidents des corps, mourir, peut-\u00eatre, la famille au complet, personne n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9ject\u00e9 de la petite voiture dont la capote heureusement ferm\u00e9e, le p\u00e8re, front ensanglant\u00e9, dit que c\u2019est pas grave, fait asseoir la m\u00e8re et les deux enfants sur le talus, il explique, un village proche, chercher du secours, t\u00e9l\u00e9phoner, ses cousins viendront les chercher, la m\u00e8re rassure, interroge chacun, tu as mal&nbsp;?, tu peux marcher&nbsp;?, bouger les bras&nbsp;?, tes genoux ont cogn\u00e9 sur le dossier&nbsp;? les enfants r\u00e9pondent, heureux qu\u2019on les questionne \u00e0 propos de leur corps, c\u2019est comme chez le docteur, demandent s\u2019ils vont mourir, la m\u00e8re dit que jamais de la vie, un accident, c\u2019est un accident, comme il en arrive tant, ils en ont vu parfois, en rentrant de chez leur grand-m\u00e8re, sur la nationale 19, que l\u2019on dit dangereuse, police, lumi\u00e8res bleues, ambulances, ils ont eu de la chance, cessent de pleurer, d\u00e9j\u00e0 le p\u00e8re revient, ils se mettent en marche vers le village, au loin, ils voient quelques faibles lumi\u00e8res, le p\u00e8re porte le plus petit dans ses bras&nbsp;; accueillis dans une maison inconnue, par une famille, visages doux, s\u2019inqui\u00e8tent des enfants, les leurs, en pyjamas, ne savent quelle distance adopter vis \u00e0 vis des \u00e9trangers en souffrance, prennent place autour d\u2019une table couverte de toile cir\u00e9e, on leur propose un bol de lait, les parents boivent du caf\u00e9, discutent, oui il allait trop vite, il ne conna\u00eet pas cette route, beaucoup de virages, la voiture partie sans pouvoir r\u00e9agir, l\u2019ain\u00e9 \u00e9coute les mots de la conduite, volant, p\u00e9dales, freins, d\u00e9brayage, il finit par s\u2019endormir, la t\u00eate dans les bras pos\u00e9s sur la table, une sensation de fra\u00eecheur monte contre ses joues. Le silence,&nbsp; allong\u00e9, il ne dort pas, la pi\u00e8ce est fra\u00eeche, mais il n\u2019est pas couvert, son corps se coule dans l\u2019ombre, dans un cocon. Est-ce qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8rerait sortir, dans le jardin, se laisser envahir par la chaleur, le c\u0153ur soulev\u00e9, accroupi dans le soleil, construire une ville avec les graviers de la cour, beaucoup de ponts et de tunnels. Sa t\u00eate repose sur un coussin de velours brun \u00e0 motifs g\u00e9om\u00e9triques, complexes, douceur, odeur vague de renferm\u00e9, de poussi\u00e8re, on n\u2019ouvre cette pi\u00e8ce qu\u2019en \u00e9t\u00e9, il ne dort pas, les livres s\u2019entassent sur une table rectangulaire, de ch\u00eane tr\u00e8s sombre, presque noir, un peu bancale, les murs du salon, panneaux vieux vert encadr\u00e9s de boiseries peintes, teinte acajou, volets tir\u00e9s c\u00f4t\u00e9 rue, le silence parfois rompu, tremblement des vitres au passage d\u2019un camion, le corps \u00e9veill\u00e9 se tourne, s\u2019\u00e9tire, le cr\u00e2ne creuse le coussin de velours. Assis \u00e0 la fourche principale, buis-cabane d\u00e9passant le toit de la remise, l\u2019arbre formant un d\u00f4me de feuilles minuscules, dense, \u00e9pais, la lumi\u00e8re de l\u2019apr\u00e8s-midi ne passe pas, il ne joue pas \u00e0 cache-cache, il ne cherche pas \u00e0 \u00e9chapper au regard des parents, comme dans une chambre, indiff\u00e9rent \u00e0 la pr\u00e9sence du vieux chien couch\u00e9 en plein soleil, s\u2019\u00e9broue (le chien) dans la poussi\u00e8re, vient s\u2019asseoir au pied de l\u2019arbre, dans l\u2019ombre fra\u00eeche, de temps \u00e0 autre, l\u00e8ve les yeux, pousse un bref g\u00e9missement, seule rupture consentie au silence, appel \u00e0 descendre bras et jambes, mettre en mouvement ce corps alangui, \u00e0 lancer, relancer la balle rapport\u00e9e sans fin. Couch\u00e9 sur le ventre, la plage est assomm\u00e9e par l\u2019\u00e9t\u00e9, les vagues de chaleur montent des mollets jusqu\u2019\u00e0 la base du cr\u00e2ne o\u00f9 elles se dissolvent en filets capillaires, les vagues de l\u2019oc\u00e9an roulent, tout proches, ni silence, ni fracas, un souffle, un hal\u00e8tement sans pause, la mer monte, rien ne l\u2019arr\u00eate, le barrage de sable construit autour du ch\u00e2teau-fort est rong\u00e9 par une onde coureuse, emport\u00e9 par l\u2019\u00e9cume, rouleau jet\u00e9 sur la forteresse, ses tours moignons, son donjon croupion.<\/p>\n\n\n\n<p>Acouph\u00e8nes, depuis combien de temps n\u2019ai-je entendu le silence&nbsp;?, mon corps sur ses aplombs, mon corps-action, pr\u00eat&nbsp;\u00e0 ; mon corps inachev\u00e9, \u00e9voluant entre ses innombrables silences, vers la finitude qui sera la mort&nbsp;; observer, \u00e9prouver, ressentir, la lente d\u00e9gradation, ses r\u00e9missions, printemps, \u00e9t\u00e9, automne des ambig\u00fcit\u00e9s, hiver en lutte, corps \u00e0 corps avec les \u00e9l\u00e9ments&nbsp;; s\u2019installer petit \u00e0 petit dans l\u2019\u00e9chec des gestes familiers, devenus \u00e9preuves, \u00e9conomiser ce corps r\u00e9ticent \u00e0 l\u2019effort&nbsp;; parfois r\u00eaver, penser yoga, souplesse retrouv\u00e9e, marche calme vers un lac o\u00f9 se perdre sous l\u2019eau verte, ressurgir, nager sur le dos \u00e0 grands cercles des bras, brasser, brasser, brasser le flux&nbsp;; ou v\u00e9loce, courir les kilom\u00e8tres faciles ou l\u2019exigeant 400 m., si pur, parfait anneau, demander, exiger du corps l\u2019effort si souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9, vers l\u2019apoth\u00e9ose de la ligne magique&nbsp;; stop, stop, arr\u00eater ces fantasmagories, ces r\u00e9miniscences, plus dur, le r\u00e9veil, la bascule hors du sommeil, hors du silence, se rappeler ces micro-projets pens\u00e9s dans l\u2019hier, les premiers pas, \u00ab&nbsp;les premiers pas&nbsp;\u00bb, vers le crayon, le cahier, le clavier docile.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\/ Apr\u00e8s le silence Le silence, apr\u00e8s sommeil probable, sensation de brutale bascule sur le c\u00f4t\u00e9 sans l\u2019avoir voulue, d\u00e9cid\u00e9e, bruit de d\u00e9rapage avant choc amorti dans le foss\u00e9, frottement comme de sable ou gravillons, silence&nbsp;; \u2026\u2026\u2026&nbsp;; silence dans l\u2019ahurissant constat, c\u2019est arriv\u00e9, la voiture est dans le foss\u00e9, couch\u00e9e, il va falloir sortir par une porti\u00e8re au-dessus, jamais vu, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/03-techniques-corps-silence\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># 03 Techniques corps silence<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":601,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-121065","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121065","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/601"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=121065"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121065\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=121065"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=121065"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=121065"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}