{"id":121083,"date":"2023-05-03T20:38:56","date_gmt":"2023-05-03T18:38:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=121083"},"modified":"2023-05-21T18:19:52","modified_gmt":"2023-05-21T16:19:52","slug":"techniques-4-trois-etres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-4-trois-etres\/","title":{"rendered":"#techniques #04 | trois \u00eatres"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/2-5-23-6-grue-tete-ciel-p-1-1024x768.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-121084\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/2-5-23-6-grue-tete-ciel-p-1-1024x768.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/2-5-23-6-grue-tete-ciel-p-1-420x315.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/2-5-23-6-grue-tete-ciel-p-1-768x576.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/2-5-23-6-grue-tete-ciel-p-1-1536x1152.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/2-5-23-6-grue-tete-ciel-p-1-2048x1536.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Jos\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>ce que c&rsquo;est qu&rsquo;\u00eatre p\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne pouvait pas la laisser seule. Elle, Marie, elle n&rsquo;avait pas voulu changer le jour auquel il avait droit, elle ne pouvait pas, selon elle, et c&rsquo;\u00e9tait presque certainement vrai. Alors il \u00e9tait pass\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t ce matin la prendre, la petite. Elle l&rsquo;attendait dans l&rsquo;entr\u00e9e du deux pi\u00e8ces et elle lui avait fait admirer la petite tresse que Marie lui avait faite avec quelques m\u00e8ches au milieu de ses cheveux&nbsp;; elle disait que c&rsquo;\u00e9tait un tout petit peu comme son amie qui en avait plein, toutes petites et tr\u00e8s serr\u00e9es autour de sa t\u00eate avec des rubans pris dedans&nbsp;; il l&rsquo;avait prise cette natte, l&rsquo;avait soulev\u00e9e pour l&rsquo;admirer et l&#8217;embrasser et par dessus la t\u00eate de sa fille il regardait le sourire de Marie. Ils avaient laiss\u00e9 la voiture au parking de l&rsquo;\u00eele Piot avec le petit sac \u00e0 dos trop lourd pour elle et puis, avec la navette et une baladine, ils \u00e9taient partis rejoindre les camarades. Il avait commenc\u00e9 \u00e0 lui expliquer qu&rsquo;ils allaient marcher un peu et elle lui avait coup\u00e9 la parole parce que oui elle savait, sa m\u00e8re en \u00e9tait sur qu&rsquo;il l&#8217;emm\u00e8nerait et \u00e7a la mettait en col\u00e8re parce que ce n&rsquo;\u00e9tait pas un peu qu&rsquo;elle allait devoir marcher mais que, elle, elle s&rsquo;en moquait parce qu&rsquo;ils \u00e9taient ensemble, comme elle lui aurait fait un cadeau. Et maintenant pendant qu&rsquo;ils marchaient sur l&rsquo;herbe du tram, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du cort\u00e8ge qui s&rsquo;\u00e9talait, laissait s&rsquo;\u00e9chapper des groupes, rejoignaient des gens de tous les \u00e2ges en \u00ab&nbsp;civil&nbsp;\u00bb, sans le beau gilet rouge sigl\u00e9 qu&rsquo;il portait, il sentait, serr\u00e9e dans la sienne, sa petite main douce, et il avait plus conscience de sa pr\u00e9sence que des chants et slogans qui partaient du camion, m\u00eame si bien entendu ils illustraient les raisons de la col\u00e8re rentr\u00e9e et silencieuse qui faisait qu&rsquo;il ne pouvait pas ne pas \u00eatre l\u00e0. Il souriait un peu en se souvenant qu&rsquo;elle avait dit qu&rsquo;elle \u00e9tait fi\u00e8re mais aussi que ce serait amusant et quand il la regardait il voyait qu&rsquo;elle avait l&rsquo;air non pas franchement amus\u00e9e mais int\u00e9ress\u00e9e, curieuse, bouche un peu ouverte, main vivante dans sa poigne \u00e0 lui et regard fureteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean<\/p>\n\n\n\n<p>ce que c&rsquo;est que le ciel<\/p>\n\n\n\n<p>Il a enjamb\u00e9 la corniche et repris pied dans la nacelle, s&rsquo;est pench\u00e9 vers les quelques hommes qui, plant\u00e9s sur les pav\u00e9s de la rue, entourent le gros camion\/grue, les t\u00eates lev\u00e9es vers lui comme si le casque faisait plier les nuques, a laiss\u00e9 tomber quelques mots vers eux et puis, baissant la t\u00eate sur son micro, a d\u00e9taill\u00e9 ce qu&rsquo;il avait constat\u00e9 sur le toit et discut\u00e9 avec le chef de chantier de ce qu&rsquo;il devait faire. Il s&rsquo;est redress\u00e9, heureux de la caresse du soleil, du fr\u00e9missement du jeune feuillage des platanes sous le reste de vent, s&rsquo;est \u00e0 nouveau pench\u00e9 pour surveiller le chargement de mat\u00e9riaux dans la cassette comme il appelle le panier m\u00e9tallique qu&rsquo;il fera, d&rsquo;une pression de bouton, grimper vers lui. En se relevant, il a regard\u00e9 le petit attroupement derri\u00e8re la barri\u00e8re qui ferme la place, juste apr\u00e8s le portail du bel h\u00f4tel, l\u00e0 o\u00f9 elle se vide dans la rue, a rep\u00e9r\u00e9 un appareil photo, s&rsquo;est d\u00e9tourn\u00e9 vers le trottoir juste au moment o\u00f9 une femme et un enfant franchissaient la porte du jardin de l&rsquo;h\u00f4tel, s&rsquo;arr\u00eataient, levaient la t\u00eate vers lui. La femme veut partir vers le bout de la rue qui de ce c\u00f4t\u00e9 est libre mais le gamin r\u00e9siste. Sa m\u00e8re se penche vers lui, lui parle \u2013 il ne sait en quelle langue, sauf que ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;anglais, d&rsquo;ailleurs il entend mal, elle ne s&rsquo;adresse qu&rsquo;\u00e0 son fils \u2013 \u00e9coute la r\u00e9ponse prononc\u00e9e sans tourner la t\u00eate vers elle, et maintenant elle le regarde lui, avec un peu de curiosit\u00e9. Mais de ces deux visages renvers\u00e9s, de ces quatre yeux lev\u00e9s vers lui, ce sont ceux du gar\u00e7on qui accrochent son regard, dans lesquels il se voit. Il se redresse, l\u00e8ve les yeux dans le merveilleux ciel bleu de mistral, se sent beau gr\u00e2ce \u00e0 ce qu&rsquo;il a vu d&rsquo;\u00e9merveillement dans ces yeux enfantins, revit un instant la premi\u00e8re fois o\u00f9, avec un m\u00e9lange de crainte, de plaisir, d&rsquo;excitation, d&rsquo;application \u00e0 ne pas se laisser distraire de sa t\u00e2che malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9blouissante fiert\u00e9, il s&rsquo;est trouv\u00e9 hiss\u00e9, bien plus haut qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui d&rsquo;ailleurs, au dessus des passants, d&rsquo;un petit morceau de rue, seul dans l&rsquo;air.<\/p>\n\n\n\n<p>Adama<\/p>\n\n\n\n<p>ce que c&rsquo;est que le d\u00e9sir d&rsquo;apprendre<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est arriv\u00e9e apr\u00e8s dur voyage dans cette petite ville. Elle a trouv\u00e9 un lit, entass\u00e9e dans une chambre avec trois autres filles d&rsquo;une b\u00e2tisse fourmili\u00e8re entre deux cours. Il y a celle qui semble la plus \u00e2g\u00e9e, d\u00e9cid\u00e9e, raisonnable, chaleureuse comme ses formes un peu plus qu&rsquo;opulentes, une qui ricane de tout comme par la conviction que cela seul permet de durer, une liane souple qui sourit peu et qui, seule en ce lieu, porte un voile mais si gracieux qu&rsquo;il est une \u00e9vidence. Elle est juste un peu plus jeune que les trois autres, bouton \u00e9clos, grande et mince, cheveux ras\u00e9s comme un gar\u00e7on, le visage ovale et calme. Du voyage elle n&rsquo;a gard\u00e9 que la volont\u00e9 de ne pas en avoir \u00e9t\u00e9 chang\u00e9e, de conserver la r\u00e9serve qu&rsquo;on lui a enseign\u00e9e et ses sourires sont rares lumineux et timides. Dans les petits chahuts du groupe elle rit parfois, un rire peu sonore, mais qui la secoue, la rejette un peu en arri\u00e8re comme en dansant. Du voyage elle a gard\u00e9 la tristesse de la s\u00e9paration et la force de ce d\u00e9sir qui l&rsquo;a fait partir&nbsp;: apprendre, m\u00eame si, davantage que la plupart de ses compagnes et compagnons actuels, elle a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Du reste, de ce qui l&rsquo;a fait quitter le village et son p\u00e8re, des p\u00e9rip\u00e9ties du chemin, elle ne veut ni penser, ni parler. Dans la vie du groupe elle prend sa part des petits travaux comme l&rsquo;ain\u00e9e et contrairement aux autres filles, contrairement \u00e0 une bonne partie des gar\u00e7ons. Elle aime cela en fait, ce d\u00e9but de normalit\u00e9 comme une \u00e9tape o\u00f9 se reposer. Elle est toute dans l&rsquo;attente, l&rsquo;espoir, d&rsquo;\u00eatre accept\u00e9e, \u00e9valu\u00e9e, incluse avant la fin de l&rsquo;ann\u00e9e scolaire. Elle s&rsquo;installe dans la salle d&rsquo;\u00e9tude, sort un manuel, essaie de s&rsquo;y retrouver, quand elle le peut assiste ceux qu&rsquo;elle voit en difficult\u00e9 devant un probl\u00e8me, une phrase qu&rsquo;elle peut d\u00e9crypter, mais seulement quand elle est certaine que cela sera accept\u00e9. Elle voit les couples adultes\/\u00e9l\u00e8ves constitu\u00e9s avant son arriv\u00e9e, mais ne demandait rien jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une petite bonne femme press\u00e9e et blagueuse mais observatrice propose de lui trouver une aide.<\/p>\n\n\n\n<p>image \u00a9 Brigitte C\u00e9l\u00e9rier &#8211; avril 2023 Avignon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jos\u00e9 ce que c&rsquo;est qu&rsquo;\u00eatre p\u00e8re Il ne pouvait pas la laisser seule. Elle, Marie, elle n&rsquo;avait pas voulu changer le jour auquel il avait droit, elle ne pouvait pas, selon elle, et c&rsquo;\u00e9tait presque certainement vrai. 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