{"id":121131,"date":"2023-05-04T15:46:35","date_gmt":"2023-05-04T13:46:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=121131"},"modified":"2023-05-04T15:46:36","modified_gmt":"2023-05-04T13:46:36","slug":"techniques-03-derriere-les-silences-mon-corps-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-03-derriere-les-silences-mon-corps-2\/","title":{"rendered":"#techniques #03 Derri\u00e8re les silences mon corps"},"content":{"rendered":"\n<p>Mon esprit loque. Chaos confusion de la mati\u00e8re. Cette nuit tout a \u00e9t\u00e9 foutu en l&rsquo;air. Int\u00e9riorit\u00e9 qui grogne, des coups de marteau contre ma colonne vert\u00e9brale contre ma t\u00eate tout grince, et il faut s&rsquo;ouvrir le crane. En sortir mes pens\u00e9es obs\u00e9dantes. Mes trous noirs. Mes foules terroris\u00e9es. Mes incendies. Et mon corps flambe. Et ma t\u00eate grince. Il pleut des pierres \u00e0 en perdre la raison au royaume de mes angoisses. Et en moi, dans la terre r\u00eache de mes entrailles, abondance de fossiles de souvenirs restes pourrissants de temps d\u00e9chus, veillent des cit\u00e9s englouties. Des menaces dorment. Elles r\u00eavent. Pestent. J&rsquo;ai les yeux embu\u00e9s d&rsquo;associations inexplicables. Pens\u00e9es qui chavirent m&rsquo;\u00e9chappent s&rsquo;\u00e9vanouissent ne se r\u00e9sument plus qu&rsquo;\u00e0 quelques mots, s&rsquo;\u00e9vaporent. Et des reproches. Lourdeur de la t\u00eate qui cogite. Il faut se redresser. La r\u00e9alit\u00e9, on se la prendra en pleine gueule. Nos mains en seront coup\u00e9es. Nos pieds en seront broy\u00e9s. Nos bras et nos jambes en seront clou\u00e9s. On s&rsquo;y noiera comme dans un verre de pisse. Lamentables lamentations de ma t\u00eate malade. Frustrations. Col\u00e8re. Abandons. Rage. Paroles aiguis\u00e9es qui te traversent, c&rsquo;est comme des fl\u00e8ches, et il faudrait en faire une force, rebondir, voler haut, la motivation des imb\u00e9ciles qui te suce qui te vide. Matin\u00e9e fractur\u00e9e \u2014 ou peut-\u00eatre a-t-on pass\u00e9 midi. Tes murs sont pleins de fissures, de sourires lugubres. Te voil\u00e0, les yeux enfin ouverts, \u00e9carquill\u00e9s, rong\u00e9 de projets d&rsquo;avenir. Je serai je serai je serai. Ton corps est maintenant d\u00e9sarticul\u00e9. Je serai je serai je serai. Te voil\u00e0 parcourant le monde arm\u00e9 de tes derni\u00e8res dents. Tu l&rsquo;envahis. Fais trembler la terre. La mer est bris\u00e9e par tes prises de t\u00eate. Tu es plein d&rsquo;ouragans. Ta m\u00e2choire et tes narines sont pleines de villes surpeupl\u00e9es. Ton dos est plein de crises structurelles. Tu as les poches pleines de d\u00e9munis qui piaillent. Yeux embu\u00e9s. Frustrations encore. Col\u00e8re toujours. Toujours les abandons, la rage. Et toujours les m\u00eames paroles, on ne s&rsquo;y fait pas, reproches qui tournent t&rsquo;obs\u00e8dent, et la langue s&rsquo;\u00e9puise en explications, perd des forces \u00e0 se justifier, et toujours la m\u00eame honte. Le r\u00e9veil est toujours aussi douloureux. La t\u00eate toujours aussi lourde. Alors l&rsquo;angoisse, qui me suivait dans mes r\u00eaves, mes histoires \u00e0 dormir debout, me traquait, se cachait dans mes cheveux, se r\u00e9v\u00e9la \u00e0 moi, vive, sanguinolente, douloureuse, et moi, je c\u00e9l\u00e9brais le jour glorieux. Douleur au bras. Pour avoir dormi de travers. Douleur qui m&rsquo;\u00e9crase le bras l&rsquo;\u00e9paule le dos. Tout tordu chez moi la nuit. Bras sous l&rsquo;oreille, soutenant la t\u00eate lourde, lourde. Moi, sur le ventre dormant, ventre portant tout le corps, tout le poids du monde. Corps tordu. Corps hideux. Lourd. De tant de cataclysmes. De destructions en s\u00e9ries. De morts en pagailles. Corps encombrant. Corps tant de fois torpill\u00e9. Corps qu&rsquo;on cache. Brindille dess\u00e9ch\u00e9e. Et la matin\u00e9e est fractur\u00e9e peut-\u00eatre a-t-on pass\u00e9 midi. Que seras-tu, satan\u00e9 fils de pute ? capitaine de navire ? avocat en droit administratif ? auteur \u00e0 succ\u00e8s ? mendiant se trainant sur les trottoir pour un peu de piti\u00e9 ? Tu ne sais rien faire de tes dix doigts. Ta vie est un fiasco. Tu m\u00e8nes une existence minable. Et tu veux une place quelque part ? Qu&rsquo;on te donne les clefs de quoi que ce soit ? Regarde-toi, \u00e0 plus de trente ans, tu d\u00e9pends de ta m\u00e8re. Tu voudrais diriger le monde, encore faut-il que tu saches faire tes lacets. Tu finiras seul. Personne ne veut de toi. Tu fais m\u00eame honte \u00e0 ton chat. T\u00e9tanis\u00e9, je me force \u00e0 me lever. Je traine mon ombre. Me force \u00e0 sortir de chez moi. Et le chemin est long si long, l&rsquo;avenir si incertain. Se forcer \u00e0 passer la porte. A baisser la poign\u00e9e. La pousser. Refermer derri\u00e8re soi. Se forcer \u00e0 sortir. Marcher. Marcher encore. Et encore. Et encore. Traverser le pont. Se trainer. Vers la gare. Y penser contribue d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement un \u00e9puisement qui m&rsquo;\u00e9crase me prive de toute volont\u00e9 d&rsquo;aller plus loin que la porte de ma chambre, je m&rsquo;y accroche. Mes jambes sont lourdes d&rsquo;inqui\u00e9tudes. Mes bras sont lourds de renoncements. Sur mon front il y a de la honte. Tu pourrais tu pourrais tu pourrais. Tant d&rsquo;injonctions. Tant de m\u00e9pris. Se tuer pour \u00eatre un chouia convenable. Et supporter leurs regards moqueurs. Leurs paroles infectes. Leurs conseils. Leur \u00e9tonnement. Leur bienveillance. Leurs mondanit\u00e9s. Leur agacement. Tous ces mots, ces airs concern\u00e9s, ces interrogations, ces victoires qu&rsquo;on vous jette \u00e0 la gueule, qui s&rsquo;agitent sous votre nez, et tout est si facile au royaume des biensatisfaits. Ils savent o\u00f9 aller, eux. Ils sont l\u00e9gers. Il faudrait avancer \u00e0 leur rythme. La vie a toujours quelque chose \u00e0 offrir. Et sot est celui qui ne se baisse pas pour ramasser les cadeaux que la terre lui offre, saisir les opportunit\u00e9s. Il faut toujours croire en soi. Et leurs regards sont si lourds. Et leurs sourires sont si lourds. Fractionn\u00e9s. Comme cette matin\u00e9e. Ou peut-\u00eatre a-t-on pass\u00e9 midi. Et le chemin est si long on pourrait \u00e0 tout moment clamser le ciel nous tomber sur la t\u00eate. Alors je me suis barricad\u00e9. J&rsquo;ai dormi. Comme l&rsquo;ancre d&rsquo;une \u00e9pave. Tu as voyag\u00e9 sur toute la Terre tu as pouss\u00e9 tes pas tr\u00e8s loin port\u00e9 le malheur \u00e0 ceux qui t&rsquo;attendaient. Partout o\u00f9 tu passais on devenait fou. Tu leur as appris des choses qu&rsquo;ils ne voulaient pas apprendre. Que dans le monde ils \u00e9taient seuls. Qu&rsquo;ils finiront seuls. Que dans l&rsquo;univers ils ne sont rien. Tu leur as r\u00e9v\u00e9l\u00e9 leur ridicule. Leur inutilit\u00e9. Des hurlements se sont fait entendre. Ils t&rsquo;ont suppli\u00e9 de leur foutre la paix. Ils ch\u00e9rissaient leurs illusions. Tes sombres pr\u00e9sages broyaient leurs projets d&rsquo;avenir. Tu es devenu ind\u00e9sirable. Leurs ongles sont tomb\u00e9s. Leurs dents sont tomb\u00e9es. Leurs cheveux. Ce n&rsquo;\u00e9tait plus que des cadavres infects. Tu leur as r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les gouffres de ton c\u0153ur moisi. Certains ont feint de rire. Ils g\u00e9missaient, risibles mauviettes, et toi, tu les tuais encore. Pourquoi ? pleuraient-ils, pourquoi s&rsquo;acharner ? nous casser les os ? nous br\u00fbler encore ? Tout t&rsquo;\u00e9c\u0153urait chez eux. Leur hypocrisie. Leurs sourires mielleux. Leur tol\u00e9rance sans limites. Leur amour sans limites. Leur \u00e9ducation. Leurs valeurs. Leurs id\u00e9aux. Tout volait en \u00e9clats. Ils \u00e9taient seuls, maintenant, perdus, insignifiants. Tu as parcouru tout l&rsquo;univers pour d\u00e9livrer ta pens\u00e9e. Tu t&rsquo;es enfonc\u00e9 loin, infiniment. Tu as vu des villes bris\u00e9es. Des hameaux humili\u00e9s. Des montagnes agonisantes. Des for\u00eats en cendres. Des soleils vieillissants. Des espaces froids o\u00f9 la vie est impossible. La fin des temps. Tout a fini dans ma chambre. Douleur habituelle de mon dos. Toujours l&rsquo;angoisse qui mord. Toujours mon manque de volont\u00e9. J&rsquo;\u00e9tire mes pens\u00e9es qui tournent dans ma t\u00eate \u00e7a ne s&rsquo;arr\u00eate pas, ne veut pas se calmer. Le mur est plein de fissures. De grimaces. Dehors le vent rousp\u00e8te. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 le soir. Une journ\u00e9e de perdue. G\u00e2ch\u00e9e par ma m\u00e9diocrit\u00e9. Mon incapacit\u00e9 \u00e0 faire quoi que ce soit. Mener des projets \u00e0 bout. Supporter les autres. Et je repense \u00e0 toutes les paroles qui pr\u00e9disaient ma d\u00e9b\u00e2cle. Tu ne sais rien faire ta vie est minable regarde les gens de ton \u00e2ge. Je r\u00e9sistais vainement aux preuves de mon inutilit\u00e9. Col\u00e8res cataclysmiques. Ma voix est pleine d&rsquo;explosions. Aujourd&rsquo;hui, je ne suis plus qu&rsquo;une loque pensante. Une loque qui essaie de penser qui essaie d&rsquo;\u00e9tirer ses pens\u00e9es et tout \u00e7a se d\u00e9lite, \u00e7a s&rsquo;\u00e9vapore. Parfois, je veux y croire. Je me raconte des histoires. Je serai capitaine de navire, avocat en droit administratif, romancier \u00e0 succ\u00e8s\u2026 Mais pourquoi se mentir ? Je suis une loque pensante dans un corps trop lourd \u00e0 porter.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon esprit loque. Chaos confusion de la mati\u00e8re. Cette nuit tout a \u00e9t\u00e9 foutu en l&rsquo;air. Int\u00e9riorit\u00e9 qui grogne, des coups de marteau contre ma colonne vert\u00e9brale contre ma t\u00eate tout grince, et il faut s&rsquo;ouvrir le crane. En sortir mes pens\u00e9es obs\u00e9dantes. Mes trous noirs. Mes foules terroris\u00e9es. Mes incendies. Et mon corps flambe. Et ma t\u00eate grince. Il <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/techniques-03-derriere-les-silences-mon-corps-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#techniques #03 Derri\u00e8re les silences mon corps<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":612,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4434],"tags":[],"class_list":["post-121131","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-techniques-03-volodine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121131","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/612"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=121131"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121131\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=121131"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=121131"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=121131"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}